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Full text of "Guide historique et pittoresque du voyageur en Europe par terre et par les bateaux à vapeur, ... orné de cartes routières : France, Angleterre, Belgique, Hollande, Savoie, Suisse, Italie, Sicile, etc. : hand-book français"

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HÀND-BOOK FRANÇAIS. 



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Chacun de ces Itinéraires contient, dans un format portatif, la matière de plu- 
sieurs volumes in-8' ; on y trouve : 1° le Tableau de toutes les routes , d'après le 
livre de poste ; 2' le Tableau de chaque relai , avec sa distance ; 3° la Description 
des villes , villages, hameaux , châteaux , curiosités de la nature et de l'art , com- 
merce, population, étendue de chaque endroit ; h" l'Indication des auberges, bains, 
hôtels , messageries, bateaux à vapeur, etc. : une Carte routière très exacte : 6° les 
panoramas des grandes villes , des vues pittoresques ; 7» un tableau comparatif de 
Joutes les monnaies, et une foule d'autres renseignements indispensables au tou- 
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HAND-BOOK FRANÇAIS. 



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Historique et Pittoresque 



DU 





fîttr fcrrt et par ks ôatrau* à vapmv; 

La desci ipiion complète des routes et des bords des fleuves, mers et rivières 

par où passent les bateaux à vapeur; 

l'histoire de toutes les villes, villages, hameaux, bourgs, châteaux, maisons de plaisance 

édifices, ruines et monuments qui lesavoisinent; 

les divers événements remarquables qui s'y sont passés; 

les souvenirs historiques qui s'y rattachent; 

enfin , l'indication des personnages célèbres qui y sodI nés. 



OME DE CASTES BOTTIEÎRES. 



France , Angleterre, Belgique, Miollantle , 
Savoie, Suisse, Italie, Sicile, <J*. 









MAISON, SUCCESSEUR DE M. AUDIN, 

(Êîiitfitv bre vSuibfs-ïlirrjurb, 

QUAI OES AUGUST1NS , 29. 

1842 



L> 









T07AGEUR ES SUROFH 

PAR TERRE ET PAU LES BATEAUX A VAPEUR. 

PARIS. — POINT DE DÉPART. 

Paris étant le point de départ de nos divers voyages, soit en France ou dan» Je* 
payf étrangers , c'est par celte capitale que nous devons commencer. 



HISTOIRE DE PARIS. 

« Paria semble âmes jeux un pays de roman, 

3e crois ce m .tiu voir certaine iic enchantée; 

Je lu laisse déserte et la trouve liabilee. 

Quelque Ampliion nouveau, sans l'aide des maçons , 

En superbes palais „ changé ses buiBSuns. >■ 

Sommaire. — L'origine de cet e ville; 
la découveite qu'en firent 1rs Romains; 
son état sous leur domination et i-ous 
celle des Francs ; les clia gf liens et 
agra di-se.i eus qu'y firent successive- 
ment Louis-le-liros, Philippe-Auguste; 
ses acercs-emens sous Chai I. s V : ses 
embellisscruens sous François 1 1", Hen- 
ri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, 
Louis XV, Louis XVI ,JN, poléon, Louis 
XV III, Charles X et Louis-Phiiippe, 
vont nous occuper successivement. 

Première époque. — Origine de 
Paris. — Parmi les nombreuses, vail- 
lantes et misérables peuplades des 
Gaules, se distinguait celle de Parisii 
( Paris), établie sur les boids de la Seine 
et près des Ironlières de la puissante 
nation des Senonei. Le territoire de 
Parisii n'avait environ que douze lieues 
d'étendue , et presque toute ;a surl'a e 
était couverte par des bois , des prés et 
de vastes marais. La Seine ijui le tra- 
versait au puint où se trouve aujour- 
d'hui Paris, formait cinq îles, dont la 
plus étendue , que nous nommons main- 
tenant la Cité, reçut le nom de Lulèce 
etfutchoisie pour être la place de guerre 

FRANCE. 



ou la ville des Parisiens. Les maisons 
qui la composaient étaient, comme toutes 
les au res de < e t uips-là , construites 
en b ùs et couvertes de pa.lle eu de 
ro-eaux. D, ui ponts de bois , nommés 
l'un le Grand, l'autre le t'ettt-i'ont , 
servaient de conimuniia.iou avec les 
rms septentrional, s et méridionales. 

A l'époque tù les Uomains lirent la 
découverte de eet,e ville , c'est-à-dire 
cinquante an» avant Jesus-Chiisl, il la 
trouvèrent gouverne par un vouvira n- 
magisirat nommé Cumutoyène, vieux 
guerrier plein de bravoure et de cou- 
rage, qui perdit la vie dan» la bataille 
que ce peup e lui livra pour se rendre 
m, îire de la ville. César, maître de 
Paris, le lit entouier de muiailles et 
l'emb. Hit d'une loule d'édifices. Dès ce 
moment, celte vaste contrée, dépouillée 
pour toujours de ses coutumes et de ses 
lois, se vit soumise à la même forme 
de gou>ernemenl que les autres pro- 
vinces de la république. Avec les lois, 
romaines s'introduisit aussi la langue 
latine paimi les peuples conquis, et 
l'ancien langage- tel.ique se ternit peu 
à peu. Quant a la religion , elle resta la 
même : vainqueurs et vaincus éta.ent 
épaleme t plo, gés dans les lénèlir. s du 
pag, ni-me. Ton elois les sacrifie s hu- 
ilai .s uren» aboi, s, et ce fut un des 
bienfaits qu'apporta à cette nation bar- 
bare la civilisation des Komaius. 



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GUIDE 



V* 



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Paris , comme toutes les autres villes 
de l'empire , eut des temples, des pla- 
ces , des édifices, et comme cette ville 
jouissait d'une grande tranquillité, elle 
commença à étendre ses faubourgs sur 
les rives du fleuve. Toutefois il est im- 
posable de donner aucun renseigne- 
ment sur l'état de sa topographie inté- 
rieure pendant la dominaion romaine, 
ni sur les accroissemens progressifs 
qu'elle put alors éprouver : car il n'est 
plus question de Paris dans les historiens 
pendant près de quatre siècles , jusqu'à 
l'empereur Julieo, qui y passa plusieurs 
hivers avant et après son expédition 
contre les Allemands. L'af'eolion qu'il 
portait à cette ville, qu'il appelait sa c/<ère 
Lutèce , le séjour qu'y firent après lui 
les empereurs Valentin et Gratien , don- 
nent lieu de croire que dès lors elle 
possédait tout ce qui était nécessaire 
pour loger des empereurs et celte suite 
nombreuse d'officiers de toute espèce 
dont ils étaient sans cesse accompagnés; 
un palais, des thermes, une place 
d'armes, des arènes, un cirque, un 
amphithéâtre. Mais si nous considérons 
les dimensions de l'île qui composait 
la ville proprement dite, nous s?rons 
convaincus qu'il est impossible que de 
tels édifices aient été exéculés dans un 
si petit espace. Ammien Mareellin, quoi- 
que fort embrouillé dans tout ce qu'il 
dit sur Paris, le fait entendre assez 
clairement; le* débris du palais des 
thermes en sont une preuve encore plus 
incontestable, etleurconstruelion toute 
romaine donne l'idée d'un grand et 
magnifique édifice. A-l-il été élevé avant 
Julien? Est-ce lui qui l'a fait bâtir? 
C'est aria question qu'il est impos ible 
de décider, et d'ai leurs peu important 
d éclairai-, puisque enfin, de tout ce 
qui eusiait Mors à Paris du temps des 
Romains, si l'on en excepte une salle 
des thermes, les ruines d'un aqueduc 
et quelques autres débris . il ne reste 
plus absolument le moindre vestige. 

2 e Epoque. — Etablissement des 
francs. — Clovis, roi des Francs, 
ayant déjà conquis une partie de la 
Gaule, se rendit maître de Paris en 
824 et en fit la capitale de son empire. 
Ce ut dans le palais des empereurs qu'il 
et'ibht sa resi ience et non dans l'n t <■- 
rieur de la Cité, car les Franc- avaient 
un grand mépris pour ceux qui habi- 
taient les villes. Ce mépris, qui tenait à 



leurs mœurs , le préjugé naturel qui les 
portait à n'honorer aucune pro'esMon 
que celle des armes; les dévastations 
qu'ils commettaient en passant dans les 
pays conquis ; les guerres sanglantes 
que Clovis fut forcé d'entreprendre et 
de soutenir pour former son établisse- 
ment ; le partage de ses conquêtes après 
sa mort, et les nouvelles capitales que 
fit naître cette division impolitique ; 
toutes ces causes réunies empêchaient 
Paris de s'agrandir sous la première 
race. Sous la seconde , nous le voyons 
presque abandonné: Pépin , Charlema- 
gne , Louis-le-Débonnaire, Charles-le- 
Chauve. n'y demeurèrent qu'en passant; 
et, vers la fin de cette époque ratale , 
cette ville , assiégée sans cesse par les 
Normands , se trouva réduite par la dé- 
vastation et l'incendie de ses faubourgs, 
à celle enceinte enourée d'eau qui avait 
été l'habitation des peiniers Gaulois. 

3 e Epoque. — Paris sous le règne 
de Philippe-Auguste. — C'est sou* le 
règne de ce roi que Paris commença à 
prendre de l'accroissement; en U84, 
il en fit paver une partie et commencer 
une nouvelle enceinte qui fut achevée 
en 1211. Du côté du septentrion , cette 
clôture commençait au dessous de Saint- 
Germain-l'Auxerrois, vis-à-vis l'endroit 
où est aujourd'hui le Louvre , et traver- 
sait le terrain qui forme à présent les 
rues Coquiliière , des Deux-Ecus, 
Montmartre, Monlorgueil, Saint-Denis, 
Bourg-l'Abbé, St-Martin, Sainte- Anne; 
elle renfermait le bourg de Sl-Germain- 
l'Auxerrois , une partie du Bourg- 
l'Abtié , le beau Bourg et le houré I his- 
boust. qui devait son nom à Guillaume 
Tliishoust , prévôt des marchands. Celle 
enceinte traversait l'endroit où nous 
voyons maintenant la tvserne de l'Ave- 
Maria et finissait au Pont-Marie. 

Di côté du midi, elle commençait à 
l'endroit où est le pont de la Tournelle, 
passait derrière Sainte-Geneviève , l'é- 
glise Saint-Jacques, et se terminait au 
bord de la rivière près du palais des 
lîeaux-Arls. Cette muraille était flan- 
quée d'espace en espace de fortes tours. 
On en distinguait quatre principales, 
savoir : la Tour de Nesle . la Tour de 
Bois, la Tour de la Tournelle et la Tour 
de Bordeaux ; ces deux dernier s louis 
défendaient le haut de la rivière. 

4 e Epoque. — Paris sous le règne 
âe Charles V, de Charles VI, de Char- 



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DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



les Vit et de Henri III. — Sous les rè- 
gnes de ces deux premiers rois, on ajouta 
à Paris huit autres quartiers au nord et 
on éleva une nouvelle enceinte dans la- 
quelle ses derniers faubourgs furent 
renfermés. Jusqu'au règne de Fran- 
çois I er , nous ne voyons aucune entre- 
prise nouvelle pour l'accroissement de 
Paris. Ce roi , restaurateur des lettres 
et des arts, reprit tous les projets qui 
avaient éléconçus pour l'embellissement 
d'une ville d jà si peuplée et si floris- 
sanle. Il n'agrandit pas son enceinte, 
mais il augmenta ses dehors: il éleva 
des monumrtis d'architecture qui sont 
encore au nombre des plus remarqua- 
bles qu'elle pusse le. Le vieux Loin re , 
. abattu, fut remplacé par un édifice ma- 
gnifique et régulier. De nouvelles rues 
s'ouvrirent sur les débris d'une quantité 
de vieilles constructions. Bientôt après 
Charles IX fait bâtir le château des Tui- 
leries , enfin le Pont-Neuf fut commen- 
cé par Henri III et achevé par son suc- 
cesseur. 

3* Epoque. — Paris depuis Henri IV 
jusqu'à la mort de Louis XVI. — Hen- 
ri IV est le premier roi qui orna Paris 
de places publiques décorées d'une ar- 
chitecture uniforme; mais toutes ces 
constructions nouvelles furent faites 
dans l'ancienne enceinte, qui resta tou- 
jours la même jusqu'à Louis XIII. Sous 
ce prince, une nouvelle muraille fut 
élevée depuis la porte Saint-Denis , 
qu'on plaça alors à l'endroit où nous la 
voyons aujourd'hui, jusqu'à rentrée du 
faebourg Saint- Honoré, et le château 
des Tuileries se trouva renfermé dans 
celte troisième enceinte. 

Sous le règne brillant et majestueux 
de Louis XIV, sous lequel se dévelop- 
pa à la fois toute la force du gouver- 
nement monarchique , Paris s'éleva ra- 
pidement au plus haut degréde richesse 
et de «plendeur. Ses enceintes furent a- 
bJtlues.ses port' s grossi ère» firent chan- 
gées en arcs de triomphe, et ses fusses 
comblés et plantés d'arbres devinrent 
des promenades. Des places immenses, 
des rues superbes, des temples, des édi- 
fices magnifiques naquirent de tous cô- 
trs comme par enchantement ; le chef- 
d'œuvre de l'architecture française, le 
Louvre, fut bâti, le dôme des luvalid s 
s'éleva, etc.; enfin , sous ce règne où il 
se fit tant de choses si dgnes d'être ad- 
mirées, la ville qu'habitait le monarque 



le plus puissant et le plus magnifique de 
l'Europe, put être regardée dès lors 
comme la plus belle ville de l'univers. 

Cette superbe capilale s'est encore 
agrandie et embellie sous ses deux suc- 
cesseurs. Sous l'infortuné Louis XVI, les 
faubourgs immenses qui environnaient 
les boulevarts furent réunis dans une 
nouvelle enceinte, qui renferme aujour- 
d'hui cette immense cité et qui proba- 
blement sera la dernière 

6° kpoojue. — Depuis le règne de 
Louis XVI jusqu'à ce jour. — L'épo- 
que de la révolution fut celle de la dé- 
vastation . Paris souffrit beaucoup «lors : 
ses temples, ses barrières et la plupart 
de ses monumens et édifices fuient sac- 
cages, ses fortifications fuient entière- 
ment détruites; mais bientôt tout chan- 
gea de face : l'homme qui venait de sai- 
sir les rênes du gouvernement fit cesser 
cette marche destructive, et à sa voix 
s'élevèrent comme par enchantement 
une foule de monumens et édifices qui 
feront à jamais notre admiration. 

Sous les règnes de Louis XVIII et de 
Charles X, le plan, tracé sous Napoléon 
pour l'embellissement de Paris , a été 
heureusement suivi, etquelques monu- 
mens ont été terminés; mais à Louis- 
Philippe était réservée la gloire d'avoir 
fait terminer la plupart des monumens 
que ce grand homme avait fait commen- 
cer. 

Ici finissent les divers détails histori- 
ques do Paris que nous nous sommes 
proposé de mettre sous les yeux de nos 
lecteurs ; maintenant nous allons leur 
donner un aperçu général de cette ca- 
pitale. 

Aperçu général de Paris. — Cette 
ville, qui occupe en grande partie une 
vaste plaine , est arrosée par deux ri- 
vières, la Seine et la Bièvre; elle a en- 
viron huit lieues de tour en y compre- 
nant ses faubourgs. On y entre par 57 
barrières et l'on y compte 1180 rues, 
120 impasses, loS passages, 38 carre- 
fours, 91 places, 22 boulevarts, 34 
quais, 3 îles, 18 ponts, 80 fontaines, 16 
marchés, 6 halles, 1 grenier de réserve, 
S abutoirs, 22 hospices et hôpitaux, 16 
étahlissemens pour les indigens et plus 
de 30,000 maisons. C ttev \ lie est le chef- 
lieu d'une cour suprêm e de justice à 
laquelle ressoit ssentle ? déparleuiensde 
l'Yonne, de la Seine, ' e Seine-et-Oi-e, 
de Seine-et-Marne, d'Eure-et-Loir, de 






GUIDE 



\f 



l'Aube et de la Marne : c'est aussi le 
siège d'une cour de cassation et d'une 
cour des comptes pour ton e a F/an e, 
d'unt'ilm aldep.eniièreinstarj e,d'un 
tribunal de commerce , d'une i hambre 
etcoii.'eil de commerce et d'une bourse. 
Elle et divisée en douze arrondisse- 
Biens, à la lête de chacun des pielssont 
un maire et deux adjoints. Il y a un 
juge de paix par arrondissement. Le 
Trésor rojal, la Caisse d'amortisse- 
ment, la Banque. l'Administrât i des 
Mo .naies, des Salines , du Timbre . des 
Do ian s, de l'Enregistrement et des Do- 
maines, des Contributions indirectes, 
des Eitixet. Forêts, du Mont-de-Piétéj 
y sont établis ainsi que tous les minis- 
tres. Cest le si : ge du gouvernement : 
la Chambre des pairs et celle desdépu- 
tés des déparemens y tiennent leurs 
sessioi s La police e-t confiée à un pré- 
fet a a t fou ses or Ires quarante-hu t 
commissaires de police, vingt-quatre of- 
ficiers de paix, un tribunal de police, 
un corps de pompier!, uni 1 nombreuse 
garde municipale et une Chambre d'ar- 
rêt. Tren'e mille hommes de garde na- 
tionale aident encore au maintien du 
bon ordre. 

La préfecture civile est exercée par 
un préfet ayant pn's d>- lui un con»eil- 
général pour les hôpitaux. L'arche» ê- 
que de Varis a pour snlfragans les évê- 
ques de Versa l'c.rie Meaux. d'Amiens, 
d'Arras, île Cambrai , de Sois«ons, de 
Troyes et d'Orléans. On comi te dans 
cette ville deux basiliques, douze é- 
glises paroissiales, vingt-cinq succur- 
sales, trois séminaires, dix-huit mai ons 
de filles religieuses, deux temples pro- 
teslans, trois <1e lutherie s et trois sy- 
nagogues. Elle renferme en outre les 
Archive* du royaume, dix bb intln ques 
publiques, cinq collèges, vingt-deux 
Académies et Sociétés savantes, un Mu- 
sée de peinture et de sculpture, un d'his- 
toire naturelle, treize ou quatorze théâ- 
tres. 

Parmi ses établissemens d'ins'ruc- 
tion, nous de\ons citer le Col ége de 
Fr >nee l'Instit"t , l'École Poly techni- 
que. l'Eco'e de M néralogie, l'Ecole des 
Ponts et Chaussées ; et parmi le» monu- 
mens 1rs plus remarquables le palais 
des Tuil -ries le Louvre l'Arc-de Triom- 
phe de l'Etoile, ceux des i o tes Si inl- 
Dcuis cl S .dut-Martin, la nouvelle cgi - 
•e de la Madeleiue , la colonne de la 



place Vendôme, le Garde-Meuble, le Par 
Ia : S'Royal la nouvelle Biti' se, I'ég'i«§de 
Kolre-Dauie, l'H tel de« Monnaies, celqi 
des Invalides, le Palais-d -Justice. l'E- 
coiede Médecine, le Luxembourg, l'égl se 
S. i t-Sulpice, l'Observatoire, le Val- 
de-Grâce, enfin le Panthéon. 

Quant à la population de Paris, elle 
est de huit à neuf cent m. Ile âmes en y 
comprenant les éliangers: le nombre 
des décès s'élève , année commune , à 
2i,000 , et celui des naissances à 26 ou 
27,000. 

Api es cet aperçu général de Paris, 
parloi s maintenant des 

Mœurs parisiennes. — Les hahilans 
de Parts ent en général les mœurs dou- 
ces et fac les , et on les distingue aisé- 
ment, surtout les femmes, par leurs ma- 
ri ères et par ries grâces qui ne sont 
données qu'A eux. Ces grâces ar ifi- 
ci Iles presque en toute autre qu'une 
Française, sont enqueque sorte la na- 
ture même chez. les Parisiennes. 

C'est toi seul, ù Paris! qui nourris en ton seio 
Ce modèle parfait qu'ailb-urs on eberrhe en tain. 
Partout repu- l amour; it estparloul des belles: 
Mais ee charme puissant qui nous (lie près d'elles , 
Mais la pràce plus belle elicor que la bea'ité , 
Ce tout eaquis, eet art elier à la volupté. 
Par qui la lai. 1er même est souvent embellie 
Ce mel, n%r piquant de rai on de folie ; 
Ces magiques attraits qu ou ne peut définir; 
Tous réadmis ravissans, lu sais les réunir , 
Jtunc et brillant objet que Paris a vu naître. 

Ceux qui ont pris naissance dans la 
capi: le, sans être bien robu-tes, sont 
en général d'une conslituiion ,»aine. On 
voit rarement des couleurs vives sur les 
visages. Il aut en accuser l'humidité 
du climat, laquelle détend la fibre, et 
l'atmosphère épaisse qui entoure cette 
ville. IN 'Ont en général braves, spiri- 
tuels, généreux ;on leur reproche d'être 
vains et inconstai s. Mais leur caractère 
a singulièrement changé, surtout depuis 
la première résolution. La force des 
circonstances, des événemens piodi- 
gieux, des droits conquis et méconnus 
à défendre, ont fait prendre à leur es- 
prit une gravité, une solidité de prin- 
cipes qu'on aurait vainement cherchée 
autrefois , à moins de mouler jusqu'à 
quelques sommités de la magistrature, 
de la littérature et des sciencs. La cour 
ne donne plus comme autrefois le ton à 
la ville. 

s I.oisqur le grand Louis brûla d'un tendre amour. 
ParÎB (IcTini Cythère, et tsut l'ihît I» mur : 



. tsojutj».; 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Mais quand il fut dévot , ardent à la prière, 
Tout zélé citadin marmotta son bréviaire, o 



L"s temrssont changés. De» institu- 
tion» à prot gerou à soutenir ont tracé 
plus que ainai- m e ligne de déniai ca- 
tion entre !a haute soi iélé de la ville et 
la cour, et la «eule ari locraiieque Ton 
veuille maintenant reconnaître en 
France esL celle des richesse'. L s in- 
térêts commerciaux et poiliques, en 
occupant ions les esprits, en ont chan- 
gé la d rection. Le ternis n'est plus où 
le Parisien, à son réveil, cherchait dans 
son journal ■'anecdote scandaleuse de 
la veille; maintenant le budget et les 
discuss otis des cPanibres, occupent 
pendant six mois les feuilles quoti- 
diennes des deux iarlis,et pendant les 
six autres ino s, rVlïl. 1 s rédacteurs rem- 
plissent leurs colonnes d'hjuics, de 
menaces , qu'ils se ren\ oient chaque 
matin; de considéralio's sur la ses- 
sion qui vient de se f ire et de suppo- 
sitions à propo- de cclie qui lui doit 
succéder. L'aspect de la sociéléestdo c 
devenu, comme nou- l'avon- remarqué 
plus haut, plus grave et plus sévère; les 
femmes, ne pouvant s'opposer à cette 
révolution des mœurs, se sont mises à 
la tête du mouvement , et il n'en est pas 
une ayant quelque idée du pouvoir que 
son se'se peut exercer dans les cerc es 
de la capitale, qui voulut se servir en- 
core du ca melage dis caillettes d'au- 
trefois. Le Pa isien, il est vrai, a perdu 
en grâces ce qu'il a gagné en raison : 
mais, enfant sous l'ancien régime, il 
s'est ait homme depuis le jour où il es- 
saya de mai citer s.ins lisières. 

Cependant Paris est toujours le sé- 
jour du luxe en tout genre. Une moitié 
de l'univers est tributaire de ses mo- 
des. 

Apres avoir (racé l'histoire de Paris, 
donné un aperçu général de cette ville 
et es misse rapidement les moeurs de si s 
habitai s, il ne nous re-te plus mainte- 
nant qu'à considérer cette ville sous le 
rapport industriel et commercial. 

Paris considéré tous le rapport in- 
dustriel et commercial. — Avant l'en- 
trée des Romait s ''ans les Gaule , les 
Parisiens f. isaieni déjà par eau un com- 
merce considéra h' Leur vil e avaitdès 
lors le même symbole qu'elle possède 
aujourd'hui. Ce vafcteau était ci lui d'I- 
sis, qui était une de leurs principales 



divinités. Sous la domination des Ro- 
mains, cette ville augmenta considéra- 
blement son co nmerce. Soui la pre- 
niièie race, la Prat.ee, déchirée sans 
cesse par les guerres ciw'es. n'oirrit 
pi esque plus de ressource» au commerce 
et à l'industrie. Chariemag ef il le pre- 
mier qui le favorisa II a da au déve- 
loppement de tom I s arts utiles et sur- 
tout à celui de l'agr culture. Paiis se res» 
sentitde cette heureuse influence. Après 
la mort de ce prince , la France resta 
plongée dans l'abrutissement et l'anar- 
chie dont ce grand homme l'avait tirée. 
Hugues-Capet ayant établi son s jour 
dans (elle ville, que les rois avaient 
cessé d'habiler depuis près de deux siè- 
cles, so . i commerce re rit quelque i clat 
rousle règne de saint Louis; il s'acrut 
encore sous celui de Charles Y. Cepen- 
dant, à t ette époque, la plupart d saris 
y étaient encore à peu près inconnus. 
L'hotloge sonnai te que ce prince fit 
placer sur la tour du Palais, parut une 
mrveil'c. So is LouisXI.ee t; ran cruel 
forma de? élahlissi mcii' trèshonorables, 
entre anti es celui des posîes, et s'atta- 
cha à avor ser le commerce. Par ses 
ordres, une foule d'ouvriers de Grèce 
et d'Italie vinrent en Fia ce; un erand 
nombre d'entre eux s'établirent dans la 
capitale. Ils furent exemp s de tous 
droits, taxes et impôts, ainsi que les 
Français qui travaillèrent avec eux. 
Sous le règne de Henri IV, l'industrie 
parisienne, quoique protégée, ne reçut 
pas de grands ai croissemens. Sully pré- 
férait l'agriculture au commerce. Sous 
le règne de Louis XIV, l'industrie pari- 
sienne prit une exlei sion prodigieuse; 
elle le dut à Colbert, dont le génie s'ap- 
pliqua surtout au commerce. A sa voix 
de riclies manufactures en tous gen es 
s'él vèient dans la capitale. C'est alors 
qu'on vit : 

Nos artisans grossiers rendus industrieux , 
£ nos voisins frustrés de ces tributs sel viles 
Que pavait à leur art le luse de nos villes. 

Alors se forma une France nouvelle, 
et une second- capitale à laquelle l'an- 
cienne ne re semblait en rien. Mais ce 
vif éclat s'é eignit à la mort de ce grand 
homme. La révocation de l'édit de Nan- 
tes, en 168S. porla un coup fatal au 
commerce; il s'en ressentit long-temps. 
Près de cinquante mille familles, en trois 
ans de temps sortirent de France , e! 



GUIDE 



r 



furent suivies par une foule d'autres. 
Elles allèrent porter cliez les étrangers 
les arts, les manufactures el la richesse. 
Pendant tout le long règne de Louis XV, 
l'Industrie el le commeice sommeillè- 
rent, ainsi que sous celui d ■ so i succes- 
seur. Après sa mort, l'iliduslrie pi il une 
grande exension , grâce aux écoles des 
ails et métiers qui offrirent à l'In- 
dustrie des productions de tous les arts, 
et tracèrent l'histoire de leurs progrès. 
Les mécaniques, en procurant une éco- 
nomie de main-dVuvre considérable 
ajoutèrent à la quantité des ti'sus. Le 
tissage du coton el la filature firentd'im- 
menses progrès. En 171)8, un minisire 
citoyen, M. Fiançois de Neufchàleau 
conçut la noble' idée d'exposer au 
Champ -de-Mars, dans un bâtiment fait 
exprès, les produits de l'indu*trie fran- 
çaise où pour la première fois leâ Fran- 
çais purent admirer le lableaude toutes 
leurs richesses industrielles. Trois ans 
après , c'est-à-dire en 1801, sous le 
ministère de M. Chaptal , la seconde 
exposition eut lieu dans la grande cour 
du Louvre. La trois èrne exposition eut 
lieu en 1892 dans le même emplace- 
ment; la quatrième en 1800, sous le 
ministère de M. de Champagny ; la cin- 
quième en 1819, sous le ministère Dé- 
cades; la sixième enl823, sous le minis- 
tère de M. de Corbière ; la septième en 
1827, sous le même ministère ; la hui- 
tième enlin a eu lieu en 1833 sur la 
place de la Concorde. Ces trois derniè- 
res expositions ont été les pins biles; 
elles ont attesté les progrès immenses 
de notre industrie ; on y a pu faire la 
comparaison victorieuse de nos produits 
sur ceux de l'étranger. 

Ici se borne ce que nous avions à 
dire sur l'histoire de Paris, ses mœurs, 
son commerce et son industrie , main- 
tenant nous allons parcourir cette ville 
pour examiner les divers édifices et 
monumens dont elle est ornée. 

Promenade dans Paris. 
Pour voir tout ce que Paris renferme 
de curieux , il nous faut trois jours 

que nous emploierons de la manière sui- 
vante : 

1" Journée. — Dans cette journée 
nous visiterons les curiosités que ren- 
ferme IHe du Pal ,is , le faubourg Saint- 
Marcel et une parUe de celui de Saint- 
Jacques. 



2« Journée. — Pans la deuxième 
journée . nous achèverons de visiter le 
faubourg Saint-Jacques, et nous par- 
courrons ensuite celui de Saint-tier- 
maln. 

3 e Journée. — Enfin la troisième 
journée sera consacrée à visiter le Lou- 
vre, les Tuileries, l'HÔlel-de- Ville. 

PREMIÈRE JOURNÉE. 

POINT DE DÉPART AU POIST-NECE. 

Départ. 

C'est au 

Ponl-Neuf que nous fixons notre 
point de départ, c'est de là que nous 
partirons chaque jour. Ce pont est sans 
contredit le plus passager de Paris. La 
première pierre en fut posée eu loTo 
sous le règne de Henri III, il ne fut 
terminé qu'en 16n4 quinzième année 
du règne de Henri IV. Ce futalors que 
les pointes de l'île située dans sadirec- 
lion lurent réunies à laCité.Lesguériles 
en pierre que nous remarquons sur ce 
pont qui servent à diverses boutiques 
datent de 1774. Sur le 

Terre-plein du Pont-Neuf, c'est-à- 
dire sur la pointe de l'île de la Cité 
s'élève la 

Statue équestre de Henri IV en bron- 
ze. Ce monument, détruit en 1792, a été 
rétabli en 1818. Le groupe qui le com- 
pose a dix-huit pi ds de hauteur et 
pèse trente mille livres. Le piédesial 
repose sur une pyramide tronquée faite 
en granit de Cherbourg. Celte dernière 
construction, commencée sous l'empire, 
devait supporter un obélisque en mé- 
moire des Iriomphrs modernes des ar- 
mées françaises. L'ancien monument 
avait été érigé en 1614 par Marie de 
Médicis. Le terre-plein du Pont-Neuf 
est environné d'une grille à hauteur 
d'appui et offre un vaste coup d'oeil 

A côté est placé l'un des établisse aiens 
publics connus sous le nom de 

Bains Vigier. — L'escalier qui con- 
duit à ce bain est un morceau de char- 
pente qui mérite d'être remarqué. En 
face le terre-plein du Pont-Neuf est la 

Place Dauphine , au centre delà- 
quelle s'élève une 

Fontaine, espèce de monument con- 
sacré à la mémoire du général Desaix, 
tué à la bataille de Marengo. Celle fon- 
taine, doni la forme est ronde, s'élève 
sur un soubassement composé d'assise» 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



de pierres en retrait et orné d'inscrip- 
tions. Qua ! relèles de lion versent l'eau 
d ns d>'sras-ii s circulaires; deux gé- 
nies, une ronronne de laurier, îles mé- 
daillons, des phénix, deux fleuves, le 
Nil et le Pô. ornent la surface du t iédes- 
lal (|ue surmonte le portrait du général 
français en forme d'Hermès. Un jeune 
guerrier coiffé d'un casque et costumé 
à la grecque, lui pose une couronne sur 
la tèie. 

Ce monument d'un beau style , mais 
d'une exécution sèche et roide, a été 
sculpté pur M. Fionlin , sur les destins 
de M. Verrier. 

En continuant de suivre la place Dau- 
phin nous arrivons à la 

Rue de Hurlay, ainsi nommée du nom 
du premier président du parlement de 
Paris, en 1607. Henri IV donna à ce 
magistrat la partie occidentale de l'île 
du Palais à la charge d'y bâtir des mai- 
sons et de combler les bras de rivière. 
Au bout de la rue de Harlay nous 
trouvons le 

Çuaides orfèvres, ainsi nomme parée 
qu'il e-t composé presque exclusive- 
ment d'alelicrs et de maga ins d'orfè- 
vrerie. En remontant ce quai qui n'offre 
rien de remarquable , nous passons 
devant la 

Hue de Jérusalem , dans laquelle se 
trouve 1' 

Uoiel rie la Préfecture de Police. Au 
bout du quai nous remarquons le 

Pont Saint-Michel, ainsi nommé du 
voisinage de l'église Saint-Michel. Qua- 
tre ponts avaient été successivement 
bâlisà sa place, loi squ'en 1018 1e pont 
actuel fut élevé par une compagnie qui 
demanda d'y bâtir trenle maison* ; elles 
ont élé abaltues en 1804 pour le sacre 
de Napoléon Ce pont a quatre arches. 
En face ce pont est la 

Bue rie ht BariUerie, que nous allons 
suivre. Là bientôt se présente à nous 
le 

Palais-de-Justice , dont nous allons 
faire l'examen. Commençons d'abord 
par tracer son 

Historique. — Ce pala's est un des 
plus ancien^ édifices rie Paris, puisqu'on 
ignore absolument l'époque de sa fon- 
dation. On sait seulement qu'il fut re- 
bâti par le roi flobert vers l'an lulO , 
augmenté par ses successeurs, et notam- 
ment par saint Louis, reconstruit pres- 
que entièrement par Philippe-le-Bel 



Le bâtiment neuf que nous avons sous 
les yeux a été construit sous le règne 
de Louis XVI, en 1787. d'après les des- 
sins de Desmatoons. architecte. Ce pa- 
lais était autrefois la demeure des rois, 
aujourd'hui il est consacré aux séances 
des diverses cours de justice. Après 
l'histoire du Paleis-de-Juslice , passons 
à sa 

Description. — Commençons d'abord 
par celle de la 

Grille de la cour, puis ensuite nous 
passerons à celle de l'édifice. Celte grille, 
qui a élé restaurée il y a quelques an- 
nées , est à lances dorées el s'élend sur 
toute la largeur de la cour. A son cen- 
tre s'élève une porte à deux ballan9 et 
remarquable par ses ornemers dorés. 
Voilà ce qui concerne la grille , venons 
maintenant à l'édifice ; commençons par 
la 

Façade. — Un escalier, composé de 
dix-sept marches, conduit au bâtiment 
central, auquel on entre par trois por- 
tiques. Le milieu de la façade présente 
un avant-corps orné de quatre colonnes 
doriques. Au de'su.» de l'entablement 
règne une balustrade et sur quatre pié- 
destaux sont posés une statue allégori- 
que , savoir : la Force, l'Abondance , la 
Justice et la Prudence, toutes quatre 
dues au ciseau de Lecomle. Elles s'élè- 
vent à l'ai lomb de chaque colonne et 
se dessinent sur un fond lisse de ma- 
çonnerie qui su porte un dôme qua- 
di -angulaire, dont la base est ornée d'un 
gradin en pierres portant un écusson 
aux armes de France , soutenues par 
deux génies dus au célèbre Pajou. 

Api(S cet examen de l'extérieur pas- 
sons à celui de l' 

Intérieur. — Ici s'offre à nous une 
vaste galerie que nous nommerons si 
vous voulez 

Galerie de la Cour royale, parce 
qu'elle conduit à cette cour et qu'elle 
s'abouche dans la 

Suite des Pas-Perdus, où nous allons 
nous arrêter un instant pour l'exami- 
ner. Celle salle, qui date de 1620, est 
célèbre | ar ses dimensions, qui sont de 
deux cent vingt piedssur quatre-vingts. 
L'architecte , dont le nom nous est in- 
connu, y a déployé l'ordre dorique, qui 
lui donne un caractère mâle et si lide. 
Elle est éclairée par deux grandes ou- 
vertures cintrées pratiquées aux deux 
extrémités de chaque nef et sur les par» 



GUIDE 



lies latérales par des œi's-de-bœuf per- 
cés daos les Urnes des voûtes. 

Voilà ce qui regarde cette salle; 
main enant faisons-en le tour et pas- 
sons en revue les divers tribunaux qui 
y débouchent. 

Non loin de l'un des angles des Pas- 
Perdus est la 

Ciurrle Cassation , qui est surtout 
remarquable par sa grandeur et sa dé- 
coration. Si, privé de sommeil . vous le 
cherche, vainement, venezit i lcsd'une 
séan e de cette cour, je suiseer ain d'a- 
vance qu il ne tarder.i pas à clore votre 
paup è c Que l'on di*e maintenant que 
la tour de cassation n'est bonne à 
rien ! 
A côté est le 

Tribun d de première instance, qui 
n'offre rien de remarquable. No i loin 
de cete chambre, nous remarquons un 
Va^te cnttln r qui communique aux 
appartenions souterrains du Palais et 
qui conduit à la 

Septième chambre, située au premier 
étage. Vient ensuite 'a 

•sixième chambre (police correc'inn- 
nell*). à lajuelle on ar ive pat un joli 
Efélier en pierre f ai«anl saillie dans 
la salle des Pas-Perdus. En face de 
celte chambre, c'es. -à-dire dans l'en- 
coignure op osée, est le 

Parquet de M. le Procureur du roi, 
non loin duquel nous remarquons le 

Monument érigé à Maleslu-rbes , dû 
au ciseau de MM. Bosio et Cortot. 

Au sortir de la salle des Pas-Perdus, 
nous trouvons une 

Deuxième galerie, que nous avons 
déjà traversée, qui conduit à la 

Cour d'assises , qui n'o fre rien de 
remarquable que son escalier. 

Si maintena t nous suivons la galerie 
de la cour royale, nous sommes con- 
duits à la 

Cour de la Sainte-Chapelle, dans la- 
quelle nous remarquons une chapelle 
go bique qui lui a donné son no.u. 

Sain'e - Chapelle. — Historique. — 
On a.tribue la fondation d * celte cha- 
pelle au roi Rob-rt,nls de Hugue— Ca- 



est maintenant en 1-245, et y déposa les 
reliques qu'il a'porta de la Pale-line et 
cell s qu'il acheta à Venise. Elle fut 
érigée sur les dessins de Pierre île 
Nanteuil, célèbre architecte. 

Description. — Celte chapelle est dou- 
ble et formée d'une seule nef. La 

Chapelle supérieure , à laquelle on 
monte par un escal er de quaranle- 
qualre degrés, esl percée d'un vestibule 
en forme d'ogives que couronne une 
plaie-forme. C lie plate-forme, «pli se 
trouve au niveau de la ro e , est lermi-» 
née par me haluslrade oinée d'aiguil- 
les dont la hauteur surias e son som- 
met. Le corps en'i r de l'édifice sei om- 
pose de jambages très légers qui se rap- 
prochent les us des autre- dans la par- 
tie du rond-point et que surmontent 
également des oiguilles extrêmement 
délicates. Les intervalles en sont rem- 
plis par de longu s croisées en ogives, 
au dessus desquelles s'élève encore un 
mur d'appui qui . arcourt toute l'éten- 
due du monument. Le 

Portail de ta Ch ipe/l-' supérieure , 
dont l'arc de est aussi en forme d'ogi- 
ve, est dépoui lé de ions les on emens 
de scu plure dont il était décoré, et la 
pla''e qu'il oeenp it se trouve main- 
tenant recoin erte d un enduit de ma- 
çonnerie. Le sculptures , suivant l'u- 
sage des douzième et treizième siècles, 
représentaient le Jugement Dernier. Les 
Vitraux, qui existent encore . sont 
un monum >n( précieux de ce qu'élait 
la peinture sur ver e, à celte époque du 
treizième <-iècle. Quant à l'édi.icc infé- 
rieur, qu'on nomme 

Ha^se-Sainte-Chapelle, il servait au- 
tre ois de paroisse aux domestiques des 
chanoins et chapelains, aux habilans 
de la cour du Palais et à toutes les per- 
sonnes attachées au service de la Sainte- 
Cliapelle ; on y entrait par une porte 
latérale, maintenant fermée de maçon- 
nerie. Les cp tap.es d'un grard nom- 
bre de chanoines et dignitaires qui ont 
été enterrés daas ces caveau? . en for- 
mai ni le pavé . et dans ces mêmes ca- 
veaux reposa t le corps du célèbre Boi- 



pet. Elle ne fut d'abord qu'un simple leau : le poMe reposait auprès de ses 

A^n'nîl'A nnill* ïoa />l.n...!:... .1.. t" ,-._ 1 ' _. ,!. 1~ ..U..A ..inmn 



o-aloire pour les chevaiers de l'ordre 
de Notre-Dame-de-l'Eloile. Louis VI, 
dit le Gros, «jouta à celte construcllofi ; 
Philippe Auguste , à ce q 'il paraît, 
commença sa reconslruc ion; mais ce 
fut saint Louis qui la rebâtit telle qu'elle 



héros , cl , dit-on , sons la plaee même 
du lutrin qu'il a chanté. Sur le portail 
élait Une image de la Vierge, qui a été 
renversée et détruite ainsi que toutes 
les figures placées dans les niche» laté- 
rale?; La flèche qui couronnait i édifice 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



a été démolie peu de temps avant la ré- 
volution, c'était un chef-d'œuvre de har- 
di; s^e et de légèreté. 

Cet édifice est aujourd'hui destiné à 
l'usage des archives, où les papiers -ont 
conservés avec beaucoup d'erdre; ils 
occupent une tris grande partie rie la 
hauteur dans un corps d'armoiies for- 
mant galerie de colonnes. 

N'ayant plus rien de curieux à voir 
ici, nous allons maintenant continuer 
notre promenade n suivant 1' ile sep- 
temrionale du bâtiment du Phlais-de- 
Justice rôtir esaini er la 

Tour de l'Horloge, oui en fait l'en- 
coignure. Ce. te cour, gui est l trngone, 
et dont le suie paraît appartenir au 
seizième siècle . est malheur .usement 
ce élire par un horrifie souvenir. C'est 
dans sa lanterne qu'était placée la clo- 
che appel '-'• torsm , qui n'était ni e en 
branle que lors de la naissance ou de la 
mort des rois ou de leurs t,l- aînés. Dans 
la nuit du 24 août 1o72, ce fut el e qui 
donna le signal des massacres de la 
Saint-Earthi lemy ; ehea été pour cette 
cau*e détruite pei danl la révolution. 

Eu face celle tour est la 

Place du I\larchi-aux- Fleurs , qui 
s'étend depuis le Pont-au-Change jus- 
qu'à celui de Notre-Dame. Au milieu 
des quatre rangées d'arbres dont elle 
est ornée , nous remarquons deux bs- 
sins circu'a re< , a i centre desquels s'é- 
lève mi jet d'eau. 

N'a) a t plus rien de curieux à voir 
de ce côté, nous allons revenir mainte- 
nant sur nos pa* et joi dre le 

Marchi-Ffeuf, qui avoisine le Pont- 
au-Change. Voyt-vous ce petit bâti- 
ment qui borde la Seine? c'est le lieu 
qu'on nomme la 

Morgue. Là on expose publique- 
ment, pendant trois jours, derrière un 
Titrage et sur des tables de marbre noir 
incl nés, les noyés et tous les individus 
i connus frappés de mort sub te ou ac- 
cide telie dans les lieux i ublics Si, 
pendant ce lap« de temps, personne ne 
réclame le mort, l'autorité pounoil à 
sa se ultnre. Pour aider à reconnaître 
le cadavre , les habits dont il était 
revêtu sont suspendus au dessus de sa 
tête. 

Hâlon» de qirfter ce lieu de douleur 
et d'horreur, poursuivons notre route. 
Nous voici au 

Marché-Palu , sur lequel nous re- 



marquons quelques misérables mar- 
chands abrités par de vastes parapluies 
rouges, plus misérables encore. De là 
nous entrons dans la 

Jiue Ncuve-Nolie Dame , qui nous 
conduit à la 

Place du Parvis. Sur cette place, qui 
est carrée et très vaste , s'oflre à cous 
Notre-Pame et l'Hotel-Dieu. Exami- 
nons séparément ces deux édifices. 

Notre-Dame (église métropoli aine). 
Historique. — Ce fut en l'an 10IO et 
sous le règne du roi tlohert, que les 
fondations rie cette église furent jetées _: 
à sa mort elles étaient déjà élevées jus- 
qu'au niveau du sol. Philippe-Auguste 
fil commuer cette construction sous i'é- 
piscopal de Maurice de Sully, soixante- 
dixième évêque de Paris. Odon de Sul- 
ly, parent de Philippe-Auguste et de 
Henri . roi d'Angleterre succéda à l'é- 
vêque Maurice, e lit continuer l'édifice 
jnsqu'e ■ 1-208, épo 'ue où il mouiut. 
Pi -ire de Nemours surcéda à Odon ; 3 
fit cor.ii ucr également les travaux jus- 
qu'à sa mort, arrivée en i22 , el laissa 
aux évêquesqui lui succédèrent le soin 
d'achever l'édifice. Le grand portail, à 
ce que l'on croit, ne fut terminé que 
sous le régie de Philip e-Auguste , et 
celui du côté méridional i e fut com- 
mencé qu'en 12n7 el achevé que sous 
le quatorzième siècle. Ainsi celle con- 
struction est le résuit l de trois • iècles 
non interrompus. Ce; endant on n'avait 
pas attendu son entier achèvement pour 
y réui irles fidèle^ ; et loisque lesanc- 
tua re lut achevé, la simple bénédiction 
du lieu I riesau cls parut suffisante aux 
saints mystère 8 . La dédicace de cette 
église n'a jamais été faite. 

Description. — Extérieur. — Fa- 
çade. — La façade de ce beau monu- 
ment gothique est surtout remarquable 
par se< sciilplur s el par son éleva ion. 
Elle est terminée par deux gro- ses tours 
carrées qui communiquent entre elles 
par rieu\ galeries hor— d'oeuvre. Celte 
f-cad ■ est per ée de trois portes , au 
dessus desquelles étaient rangées sur 
une ligne horizontale les stalues de 
vingt-sept de nos rois, dont le premier 
était Childebcrt I e1 ', et le dernier Phi- 
lip e -Auguste. 

Les sculptures • Lcées dans les vous- 
sures o i\e« des tiois portes el dan- les 
niches au-dessous , offrent cette multi- 
plicité, cet entassement d'objetsqui l'ait 




GUIDE 



i 



i. 



10 

le caraclère de la barbarie gothique. 
Sur le poriail du milieu est représente 
Jésus-Christ, sous plusieurs aspects, 
avec les apôtres, les symboles des qua- 
tre évangélistes, les prophètes et mené 
les sybilles. Dans les colés sont figures 
les Vertus et les Vi es sous l'emblème 
de divers animaux. Nous y remarquons 
encore une représentation grossière du 
Jugement dernier, et dans les quatre 



pyramidales ne sont-elles pas admira- 
bles par la variété de leurs ornemens? 
La première de ces galeries esl placée 
au dessus des chapelles, la deuxième 
au dessus des galeries de la nef et du 
chœur, et la troisième autour <lu grand 
comble. Celle-ci par sa disposition sert 
pour faire extérieurement la visite de 
l'église et contribue beaucoup ;'t sa con- 
servation en facilitant l'écoulement des 



Jugement dernier, «u««j 4-»~ - ce . g . fere e 

grands pUastresqu._sep.reut ce portail 1 de el de gouUiere , 



d'avec "les deux autres, sont placées 
deux grandes statues de femme, dont 
l'une est la Foi et l'autre la Ueligion. 
Quant à la , 

Ferrure des deux portes latérales, 
qu'il nous reste à examiner, elle e-t 



surtout remarquable par la multiplicité sons a celui de 1 



multitude de canaux et de gouttières 
qui les font parvenir jusqu'au pied de 
l'édifice. La charpente , qui a trente 
pieds d'élévation, est en bois de châ- 
taignier. , . 
Après cet examen de l'extérieur, pas- 



de ses enroulemens , exécutes en fonte 
de fer dans un style d'ornement qui rap- 
pelle le goût grec du Bas-Empire, ce 
qui fait présumer que ces peintures, 
travaillées en arabesques très légers et 
ornés de roseaux, ont été enlevées de 
quelque autre monument plus ancien et 
appliquées à celui-ci. Cette conjecture 
prend plus de force , si l'on observe 
qu'elles ne sont point pareilles et que 
ni la porte nu milieu , ni les portes des 
côtés ne présentent rien de sembla 



Intérieur. — L'intérieur de cette 
église est vaste et majestueux : il pre- 
senle un chœur et un double rang de 
bas-côtés divisés par cent gros piliers 
qui supportent les voûtes en ogives. 
Tout autour de la nef et du chœur, et 
au dessus des bas-côtés, règne une ga- 
lerie ornée de cent huit petites colon- 
nes chacune d'une seule pierre. C'est 
là que, dans les cérémonies extraordi- 
naires, se placent les spectateurs. L'é- 
glise est éclairée par cent treize vitraux, 



cotes ne présentent iicu <ic ooiuui«— h" 3 ^ ^°" "~ — ,•- , , . „ . __ 

ble ou d'analogue. On les attribue ce- sans y comprendre les trois grandes ro 



pendant à un serrurier nommé Bisco 
net. 
Faces latérales de l'église. — 

Portail méridional. — Ce portail est 
d'une beauté remarquahle. Le contour 
des arceaux de la voussure est rempli 



ses, dont l'une est à la façade princi- 
pale et les deux autres sont aux faces 
latérales. Ces roses ont chacune qua- 
rante pieds de diamètre. Quarante-cinq 
chapelles entourent ce vaste édifice: 
mas des réparations successives ont fait 



aes arceaux ac ia voussure est icmpu mus ura i5ii»»o«»™ », 

de figures d'anges, de patriarches, d'é- diminuer le nombre a trente-deux. Le 
» 3 ._ i °i___ , j • r>i. ™«i on mnrhriv a cent trente 



vêques, etc. Au bas des grands contre- 
forts de chaque côté sont trois bas- 
reliefs relatifs à la vie de saint Etienne. 
Quant au 

Portail septentrional, qui nous reste 
à examiner ; il présente à peu près 
la même disposition. La statue de la 
Vierge placée dans le trumeau qui sé- 
pare la porte en deux , foule aux pieds 
un dragon ailé. 

Partie supérieure de V édifice. — Si les 
diverses parties d'architecture que nous 
venons de considérer nous ont offert 
de l'élégance el de la hardiesse , celles 
qui composent la partie supérieure de 
l'édifice ne leur cèdent en rien. Voyez 
combien ces arrs-boulanset cespiliers 
taillés en forme d'obélisque sont hardis 



Chœur, pavé en marbre, a cent trente 
pieds de long sur quarante-cinq de lar- 
ge ; il présente de chaque côté, au des- 
sus de la corniche des stalles, quatre 
grands 

Tahleaux, qui sont, à droite : 
L' Annonciation, par Haller , 
La Visitation, par Jouvenet ; 
La Nativité de Jésus-Christ, par La- 

V Adoration des Mages, par le même. 

A gauche : . 

La Présentation de Jesus-Christ au 
Temple, par Louis Boulogne ; 

La Fuite en F.gypte, par le même ; 

Jésus-Christ dans le Temple au mi- 
lieu d s Docteurs, par Coypel ; 

L'Assomption de la Pierge , par le 



et élégans, et ces trois galeries qui même. 

unissent ensemble toutes le» formes feutrée du chœur est précédée de 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



11 



deux estrades en marbre de griotte d'I- 
talie , et d'une magnifique grille que 
l'on peut considérer comme un chef- 
d'œuvre. Les 

Stullis îles Chanoines, exécutées en 
chêne de Hollande, sontornées de sculp- 
tures qui représentent les trails princi- 
paux de la vie de la Yierge ou de 1 his- 
toire du Nouveau Testament. 

Aux deux extrémilés de la boiserie 
des slalles, nous remarquons les deux 

Chaires archiépiscopales, surmontées 
de baldaquins enrichis de groupes 
d'anges , d'ornemens et de bas-reliefs. 
Au milieu du chœur est un 

Lutrin , orné de figures en bronze 
représentant les Vertus cardinales. Il 
est surmonté d'un globe au dessus du- 
quel s'élève un aigle déployé, en bronze, 
dont les ailes soutiennent le livre du 
chœur. Le 

Sanctuaire, pavé en marbre, à com- 
partimens, fut entièrement réparé en 
1714 et reçut alors un caractère mo- 
derne. Le 

Maître-Autel est élevé sur trois mar- 
ches semi-circulaires en marbre de 
Languedoc. Cet autel en marbre blanc, 
élevé de trois pieds, est décoré sur le 
devant de trois bas-reliefs, dont l'un 
(celui du milieu), en cuivre doré, re- 
présente Jésus-Christ au Tombeau. Le 

Taiernucle consiste en un gros socle 
doré, carré, décoré de pilastres et en- 
richi d'un fronton circulaire en bronze 
doré, représente Jésus-Christ au Tom- 
beau : les angles sont ornés de petites 
tètes de Chérubins. Derrière cet autel 
etsous l'arcade du milieu, est un groupe 
en marbre blanc nommé le 

Vœu de Louis XIII. On sait qu'en 
1640 ce monarque fit le vœu de mettre 
son royaume sous la protection de la 
Vierge, qu'il ordonna la procession de 
l'Assomption et s'engagea à réparer le 
principal autel de Notre-Dame. Ce 
double vœu ne fut point exécuté par 
son auteur. Louis XIV se chargea de 
l'exécuter : il en posa la première pierre 
en 1699, mais le groupe que nous re- 
marquons ne fut exécuté qu'en 1723, 
par Coustou. 

Sur les faces des murs de clôture du 
chœur, nous remarquons une infinité 
de figures en plein relief représentant 
divers sujets de l'Ancien Testament. 

Après cet examen du chœur, il ne 
nous reste plus qu'à visiter les diverses 



Chapelles dont cette église est ornée 
et dont les plus remarquables sont : La 
Chapelle de A ainte-jinne , qui a été 
décorée par An i.e d'Autriche. Le tableau 
placé au dessus du maître-autel repré- 
sente l'Assomption, par Pierre Cham- 
pagne; la 

Chapelle S aint-B ar thèlemy et Saint- 
Vincent , dans laquelle sont les fonts 
baptismaux ; la 

Chapelle de Saint-Thomas de Can- 
torbèry, où nous remarquons un su- 
perbe tab'eau représentant saint Domi- 
nique et saint Thomas, à genoux de- 
vant la Vierge, par Lanfranc; la 

Chapelle ne Saint-Nicolas, dans la- 
quelle nous remarquons un joli tableau 
représentant ce saint sauvant des péni- 
tens du naufrage, par Thiersannier; 
la 

Chapelle Saint-Laurent , dans la- 
quelle sont deux beaux tableaux : le 
premier représente le martyre de ce 
saint , par un élève de Le Sueur, et le 
second l'apparition de Jésus-Christ aux 
trois Maries , par Marot ; !a 

Chapelle de Saint-Léonard , dans 
laquelle nous remarquons ce saint fi- 
guré en habit de guerre, par P. Cham- 
pagne ; la 

Chapelle de Saint-Nicuise , sur la 
boiserie de laquelle est peint le Juge- 
ment Dernier, par Héry; la 

Chapelle Sainl-Gérald, où sont deux 
tableaux remarquables : le premierre- 
présente la mort de la Vierge, par Ni 
Poussin, et l'autre un Vœu à la Vierge 
sur un champ de bataille; la 

Chapelle d'Harcourt , dans laquelle 
nous vo\ons le mausolée de Claude- 
Henri comte d'Harcourt, mort en 1769. 
Ce mausolée se compose de quatre fi- 
gures de marbre plus grandes que na- 
ture. Nous y voyons le défunt à demi 
sorti du tombeau, dont un génie lève la 
pierre d'une main et de l'autre lient un 
flambeau pour le rappeler à la vie. Le 
comte, ressuscité, se débarrasse de son 
linceul et tend les bras à son épouse, 
qui se préci| ite vers lui ; mais la mort 
inflexible, sous la forme d'un squelette, 
annonce, en montrant son sablier, que 
le temps est écoulé, le génie éteint son 
flambeau et le tombeau se referme pour 
toujours. L'idée poétique de ce monu- 
ment est due à la comtesse d'Harcourt 
et l'exécution à Pigale. 



12 



GUIDE 



Voilà ce qui concerne Notre-Dame; 
examinons uia ntenant 1' 

Hôtel-Dieu.— Historique. - On at- 
tribue la fondation de cet hospice à 
saint Landry, qui vivait au m lieu du 
septième siècle. Phi'dppe-.'iUgus e est le 
premier de nos ro.s qui ait (ait du bien 
à cet établissement. Après lui, saint 
Lou;s le meubla tellement de ses pieu- 
ses ibéralilés, qu'il mérita d'en être ap- 
pelé le fondateur. Son seulement ce 
prince en . ccrut les revenus, mais il en 
augmenta 'coi sidernbleinent les bâli- 
jnens qui, avant lui, ne consistaient que 
dans trois ou quatre corps-de-logis 
av c l'ancienne chapelle Suint-CInisto- 
phe. De uis, les bàimensse multipliè- 
rent entre la rivière et la rue de Sa- 
blons et vi ren aboutir au P til-Po,.t. 
En 160!î. Het ri IV rit rebât r la sale 
Saint-Thomas et exyistruire les pilierj 
d'u.i pont où, devaient aboutir deuou- 
veiles propriété;-. La même ai. née, la 
salle de Saint-i haï les, qui donna son 
nom à ce pont, fut achevée par les lib - 
r.iiités de Si. Pomponne de Bellièvre. 
Les administrateurs agrandirent encore 
1 Hôtel-Dieu en faisant construire 'e 
long de la rivière une voûte sur laquelle 
ils él vêtent une saile nouvelle. Us ob- 
tinrent en même temps la permission 
de bâtir un second pont du côté de 
l'Archevêché. En 1804 on éleva le p ir- 
lail que nous avons sous les yeux, enfin, 
en I836, on a rerons . ruit une partie 
du bâtiment qui donne du côt • de l' Ar- 
chevêché elon a aii disparaître l'arcade 
qui éait construite sur le pou.. 

Description, — L -s bâ im ni dont se 
compose l'JJôtel-Dieu ajaul été con- 
sti'iii's et ajoutés les uns aux autres en 
différens temps , présentent une masse 
assez irrégulière que nous ne cherche- 
rons pas à décrire. Quant à son 

Portail, il mérite seul quelque* dé- 
tails. L'architecte (M. Clavareau) lui 
a dbni é un caractère mixte qui tient 
des temples et des monumen» consacrés 
à la bienfaisance et à l'utilité publi jue : 
ûjs croisées, en forme d arcades, rem- 
placent aux deux eôtés du i éryslile 
les niches qui. dans un édifice sacré, 
eussent contenu des sainls protecteurs 
de l'Eglise, et annoncent le» 'oge- 
mens et les bureaux nécessaires à l"et.- 
trëtien d'une semblable maison. 

Une extrême simplicité convenait à 
Une telle construction , et l'auteur s'y 



est assu\éti dans toutes les parties. 11 no 
s'est pas même permis les cannelures , 
ornement usité che7. les anciens dans 
l'ordre dorique, et qui se mettent en 
harmonie avec les triglypHes dont la 
frise est orn e. La seul ture qui doit 
décorer le tympan du fronton n'est point 
encore exécutée. Quant atu 

Salles rie l'Hôle -Dieu , dont il nous 
reste à dire un mot, elles -ont au nom- 
bre de vingt-trois, onze pour les hom- 
mes et douze pour le? femmes : ces sal- 
les renf rment 1800 lits, composés cha- 
cun de deux malt las, d'un iraveisin et 
d'un ou d-ux oreillers. 

/ euination. - Cet hôpital est des- 
tiné au traitement des malades et des 
blessés ; il est desservi par les dames re- 
ligieuses de l'ordre de Saint-Augustin. 
On y traite, année commune, près de 
onze mille mal d s. 

Quit on > maintenant le parvis Notre- 
De.me et suivons le 

Quai de OAichevèché;YA notre œil 
plane sur un 

yailx emplacement rempli de dé- 
combres; c'.slcelui qu'oc eu; a:t e palais 
de l'Archevêché, détruit en 1Su(> par le 
peuple, qui croyait, d'après le bruitqui 
courait, que les prêtres faisaient de ce 
palais une espèce de citadelle. Or, le 
peuple ne raisom e point : il soupçonne 
et il frappe. Ainsi il prit au sérieux cette 
altiiude hostile que !a mal gnité avait 
prêtée à des ministresde paix; de là sa 
colère et ses exi es. 
Traversons le 

] ont îles Bernardins et suivon» le 
Qiun delà Tmirnelle, ainsi nommé à 
cause d'une tournelle ( eel ite tour c arrée) 
qui avoisinail le pont que nous avons 
sous les yeux. Vassé ce pont, nous ne 
tardons pas à arriver sur le 

Quai Saint-Bernard, remarquable 
par son vaste 

Entrepôt des vins et eaux-de-vie. 
Enfin nous remarquons 

L'île Loitviers, qui est exclusivement 
occupée par des chantiers de bois à 
brûler. Cette île fut en 1349 le théâtre 
d'une Tète renia rqu-b'e, donnée à Hen- 
ri II par le prévôt des marchands el les 
échevins Pour donner à ce p-ince l'i- 
dée d'un comb.il naval et d'un siège , 
on construisit sur ses bords un petit 
fort et une espèce de havre. 

Sous Napoléon, il fut question de 
convertir cette île en jardin public pour 



DU VOYAGEUR EN EUAOPE. 



!.- 



servir de promenade aux habilans du 
marais En continuant d'avancer sur le 
quai , le 

Pont d , Austcrlkz se déroule tout en- 
tier à nos yeux. Ce ponl, qui a quatre 
cents i ieds de longueur ?ur trente-sept 
de large, offre ci:. q : rcliesen ferporlées 
sur des culées en pierres de taille ; com- 
mencé en 1801 , il fut achevé en 1S 6 
sur les dessin* de M. Becque} -Beau- 
pré. En face le pont nous remarquons 
la vaste 

Place Walhutert, quia une forme se- 
mi-circulaire et fur Inquel'e es la 

Principale entrée du jardin d- -s Plan- 
tes. — Avant de parcourir ce magnifique 
jardin, nous allons tracer son 

Hisioriqrte. — La fondation du jar- 
din des plantes remonte à l'an ' 636. 
Tournefori Bernard de Jus-ieu et Vail- 
lant 1 enrichirent successivement. Eu 
1739. Buflbn, connu jar plus eurs mé- 
moires de physique et d'économie ru- 
rale qi i lui a\a;ent omerl I > nlrée à 
l'académie des si iences fut mis à la tête 
de cet i tab issement qui s'agrandit et 
se i erf ctio na «ous lui. La culture dut 
beaucoup an célèbre Thouin, i'anatomie 
au baron Cuvier, le« divers règnes 
durent à Daubenton et à Jussieu. 



brîsseaux qui sont disposés sur les côtés 
en amphithéâtre. Après avoir passé ce 
carré et traversé une 

A Ice liord>e d'un seul côté de Mes- 
pitus Lineuris et de koclienteria, nous 
trouvons la 



Prom nade dans le jardin des Plantes. 

« Le Jardin des Plantes est une prome- 
nade publique, un peu solitaire à raison de 
sa situation , mais extrêmement variée, in- 
téressante et pittoresque. » 

Franchissons la grille de clôture, là 
nous nou« trouvons en face de 

Huit parterres, dont les quatre pre- 
miers sont consacrés à la culture des 
pla- tesmé 'ictnales.doiitonfailladi-ari- 
bulion gratuite auv pauvres. Elles y 
sont disposées ■ ar bandes, et toutes 
étiquetées pour que les herboristes et 
même les éludi-ns en pharmacie et en 
médecine puissent les examiner dan« 
leur développement. Deux de ces carrés 
sont destinés aux plantes indigènes : les 
deux antres auv plantes evoiiques. Les 
deux parterres suivans des doubles des 
plus belles plante" vivantes de l'école. 
Les deux derniers carrés sont en par- 
terre, où l'on cullive des fleurs de pla- 
te-bande. En continuant notre marche, 
nous arrivo: s à une espèce de 

Bassin rarré dans lequel on cultive 
des plantes aquatiques et quelques ar- 



Péfliii&e qui est entourée d'une belle 
grille de fer. C'est lit qu'on élève les ar- 
bres, arbiisseauv et aibu tes nécessaires 
pour garnir les différentes pallies du 
jardin : on y propage de bouture, de 
marcotte, ou de greffe toutes les espèces 
intéressantes qui sont nomellement ou 
qui ne son pas encore répandues dans 
le commerce, ei l'on en donne de jeunes 
pieds auv cultivateurs qui sont eu cor- 
iespond„nce avec le Mu éum. 
Au mi ieu de la pépinière est un 
/ ucher, composé de trente-six ru- 
ches réunies da s un peut pavillon for- 
mé d'une charpente en bois et couvert 
d'une toile peinte eu rouge. A l'opposé 
de la pép nière, c'est-à-dire à notre 
gauche nous remarquons trois grands 
Carrés destines à la culture des fleurs 
annuel s, vivacesel au feu. is d'arbres 
et arbustes. Au dessu- e-t un 

Café ant ur duquel sont des sièges 
e! de petites tables pour ceux qui veu- 
lent prendre quelques rafiaî his-emens 
en se reposant à l'ombre des arbres. 
Au desMis mais à droi e sont 

Deux P rterr.s einour.s d'un treil- 
lage, employés à 1 : culture et à la mul- 
tiplication des plantes étrangères vivaces 
et de pleine (erre. Les plan, hes sonlen- 
lourées de plantes i ropres aux bordures 
que l'on varie d'une »ni ée à l'autre 
pour tes faire connaître et remarquer. 
Dans 1 intervalle qui sépare c»s deux 
parterres, nous remarquons un large 

Bassin, dans lequel on cultive des plan- 
tes a-iualiques. A notre gauche sont les 
Nouv lie', galeries qui sont en con- 
struction. En continuant notre prome- 
nade et en passant devant la galerie, 
nous arrivons à l'allée de tilleuls. Là' 
nous remarquons à gauche les 

Nouvelles seires construites depuis 
peu. Après avoir passé la 

Rampe qui conduit du bas jardin aux 
buttes, nous arrivons bientôt à I' 

Entrée de V école de Botanique. — 
Celle école qui est entourée d'une grille 
de er occupe une sur"ace de trois 
mille six cent quatre toises carrée. Des 
allée- longitudinales et transversales la 
parfagent en seiie compartimens qui 



''f^k £*-",<*»£&"**. 



WM 



u 



GUIDE 



\S 



occupent cent cinquante plate-bandes 

d'inégales grandeurs, mais qu. ont en 

général soixante pieds de long sur cinq 

de large et sont séparées les unes des 

autres, par des sentier» de trou pieds ; ; - ;•- ^ , e 

toutes'les plantes placées . ans ^cha , e A M» ^ ^ ,. fe| ^ 

plate-bande ^«f;**^ ._ En suivant le sentier de ce der 
quettes fort grandes et de coi 



Entrées de la ménagerie et par la- 
quelle nous allons entrer. Suivons le 
sentier qui est à notre droite, là nous 
remarquons le 

Parc des petits animaux ruminans. — 



indiquent d'abord la classe et les fam.l- 
les; ensuite vient l'étiquette du genre, 
qui est placée au dessus de ecl e de la 
première espèce du genre ; enfin les 
étiquettes de l'espèce dont chacune 
porte sur la première ligne la lettre 
initiale du genre et le nom classique 
latin sur la seconde le nom ira: cais, et 
sur une troisième l'indication du pavs 
où la plante croît naturellement et es 
si mes qui marquent si elleest annuelle, 
vivace ou ligneuse, siel.e est de pleine 
terre, ou d'orangerie, ou de serre. Au 
dessous de ces signes nous voyons sur 



\rope. 

En suivant le sentier de ce dernier, 

non- arrivons à la 

Loge îles animaux féroces (carni- 
vores). —Cet édifice, d'une aichilecture 
simple et régulière, présente sur une 
même ligne à l'exposition du midi 
vingt et une loges derrière lesquelles 
est une galerie éclairée par le liant, 
assez large pour qu'on puisse s'y pro- 
mener en hiver et voir les animaux 
lorsque les volets extérieurs des loges 
sont fermés. C'est encore par cette ga- 
lerie que se fait le service, soit pour 
donner aux animaux leur nourrilure, 
soit pour laver et nettoyer leurs loges 

la 



KKSKÎM'SM en faisant entrer chacun d'eux de 
piusieuisci.i | a nasse la nuit dans celle 



en rouge , ou en vert, ou en jaune, ou 
en bl^u. ou en noir et destinée a in- 
diquer si la plante est d'usage dans la 
médecine, l'économie domestique ou 
dans les arts, si elle est recherchée 
pour l'ornement des jardins, entin si 
elle est vénéneuse. 

Après avoir parcouru celte école, 
nous revenons joindre la porte d'entrée 
et de là nous gagnons 1' 

Allèedes marronniers.— -Là nous re- 
marquons à noire gauche la 
Grande serre tempérée et le 
Jardin de semis , dans lequel se trou- 
ve un 

Bassin destiné à la culture des plan- 
tes bulbeuses. — En continuant de des- 
cendre l'allée des marouniers, nous 
trouvons le 

Jardm de naturalisation séparé du 
précédent par un mur et une plantation 
de thu;a. Après le jardin de naturali- 
sation, nous remarquons les 

Fosses aux ours et un peu plus bas le 



j mis ici uiijl uni ) n lui {nu^vub v— — , 

Parc aux chèvres. — En face ce parc COle est la 

t \ J ;._ - ■ 11 Fjiisnni 



loge où il a passé la nuit dans celle qui 
est la plus voisine. 

Après avoir examiné les divers ani- 
maux qui sont renfermés dans ces loges, 
nous allons continuer notre promenade 
en suivant le sentier qui fait suite à celte 
galerie. 1N011 loin de cet édifice nous re- 
marquons à gauche les 

Loge et parc des élans, OU grands 
cerfs du Canada. D'ici nous sommes en 
vue de la 

Ilotmule dans laquelle sont renfermes 
pé 'éph.mt. le bison, les dromadaires et 
la girafe. En face le bassin de la ro- 
tonde sont les 

Parc et cabane du zèbre. — Faisons 
le tour de la rotonde. Eu face de nous, 
nous remarquons le 

Parc des bouquetins et buffles et der- 
rière celui-ci les 

Bassin et parc des oiseaux aquatique!. 
En continuant de faire le tour de la 
rotonde, nous nous trouvons en face un 
seniier qui conduit à la 

Volière des oiseaux de proie. — A 



et à droite e-t 1 

Ecole ries arbres fruitiers dans la- 
quelle sont plus de <iou7.e cenls espèces 
ou variétés d'arbres et arbrisseaux qui 
y sont disposés d'après l'analogie qu'ils 
ont entre eui; à la suite du premier 
car é nous trouvons une belle 



Faisanderie , en face laquelle nous 
remarquons le 

Parc des moutons , des chèvres, de 
Falpaca, etc. De là nous suivons le sen- 
tier qui est à notre droite et bientôt 
nous nous trouvons en face la 

Loue des singes. — De celte loge en 



r é nous trouvons une belle £"ge des singes. — De celte loge e 

Allée de platanes qui correspond à suivant le sentier par lequel nous som 
l'une des mes arrivés, nous allons aux i 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



1S 



Galeries et au laboratoire de chimie. 
Dans la cour que forme ce bâtiment, 
nous remarquons le 

•Squelette d' 'un cachalot, que la pluie 
«laquelle il e f t exposé fera bientôt tom- 
ber en poussière. Si nous continuons 
encore de suivre le sentier, nous ne 
tardons pas à être hors de la ménage- 
rie. Ici nous nous trouvons presque en 
face de 1' 

amphithéâtre, joli bâtiment consa- 
cré aux cours des diverses branches 
des sciences naturelles. En face, nous 
remarquons un 

Emplacement circulaire destiné à 
l'exposition des arbres de serre tempé- 
rée. Si nous passons devant l'amphi- 
théâtre et que nous suivions le sentier 
pratiqué à notre droite, nous nous trou- 
vons en face des 

Galeries de botanique et du bureau 
de l'administration. Visitons ces gale- 
ries; ce qu'elles renferment est digne 
de fixer notre attention. Dans la pre- 
mière salle de cet établissement nous 
voyons les échantillons de tous les bois 
inconnus et un sac à ouvrage de l'écorce 
de l'arbre à dentelle. Dans la deuxième, 
nous remarquons des feuillages; mal- 
heureusement les herbiers sont fermés. 
En revanche, nous nous dédommageons 
dans la troisième salle par la vue d'une 
multitude de fruits rares et précieux, 
de gommes, d'une quantité de plantes 
et de champignons figurés en cire, enfin 
d'un va-e de liège tenant au moins cinq 
litres. 

Si de la galerie de Botanique nous 
suivons le sentier qui s'olfre à nous, 
nous commençons à monter la butt' au 
haut du jardin. Bientôt nous arrivons 
au pied d'un 

Cèdre qui est d'une grosseur éton- 
nante. Pa°sé ce cèdre, nous remarquons 
une 

Colonne, élevée à la mémoire du cé- 
lèbre Daubenton. Pions entrons dans le 

Luhyrimhe , au sommet duquel s'é- 
lève un fort joli 

Kiosque, contenant une sphère et une 
méridienne à délonna'ions. 

Ici se borne notre promenade dans le 
Jardin-des-Plantes; il ne reste plus 
qu'a \oir le 

Cabmei d'Histoire naturelle. — Le 
corps de bâtiment qui contient ce cabi- 
net se développe sur une façade de deux 
étages de haut et de deux cent quatre- 



vingt-dix pieds de long. L'extérieur 
manque de noblesse , mais l'intérieur 
est commode et convenablement distri- 
bué. La collection dont ce cabinet se 
compose est immense, et l'on ne croi- 
rait jamais arriver au terme de l'admi- 
ration. La 

Galet ie du premier étage contient les 
minéraux, les reptiles , les coquillages 
et les animaux fcsiles; la 

Gai rie supérieure renferme les co- 
quilles, les madrépores, Icspai il Ions, les 
oiseaux et lesquadrupèdesde toute es- 
pèce. 

Ouverture. — Ces galeries sont ou- 
vertes au public les mardis et vendre- 
dis de trois heures à la nuit. 

M .intenant que nous avons passé en 
revue tout ce que le Janlin-des-PIanles 
renferme de curieux, nous allons con- 
tinuer notre promenade. 

Départ du jardin des Plantes. 

Nous sortons du Jardin-des-Plantes 
par la porte donnant sur la 

Bue du J ardin-du-Koi, que nous al- 
lons remonter. Au bout de cette rue, et 
à gauche, nous remarquons 1' 

Entrée de V Hôpital de la Pitié , qui 
n'offre rien de remarquable. En face, et 
à l'angle de la rue de Seine, nous 
voyons la 

Fontaine Saint-Victor, qui est ali- 
mentée par l'eau d'Arcueil. 

Description. — La composition de 
cette fontaine présente une urne soute- 
nue par des dauphins et posée sur un 
piédes'a! .au milieu duquel est un mas- 
que de bror.z'. Deux sirènes, depuis 
long temps mutil 'es accompagnent celle 
urne, que surmontaient autrefois les ar- 
mes de la ville: celles du roi étaient 
placées dans le rronton qui lui sert de 
couronnement. Sur Panique, on y lisait 
deux vers latins de Santeuil , qui fai- 
saient allusion au vo'sinage de l'abbaye 
de Saint-Victor. Descendons la 

fiile Sairtï' Victor jusqu'à ce'Ie des 
Fossés-Sainl-Berna d , là nous voyons 
une maison isolée ; c'est la 

Maison d'Arrêt de la Garde natio- 
nale, surnommée V Hôtel des Haricots. 
Du côté opposé, et presque en face, est 
la 

Hue des Fossés Saint- Victor, que 
nous allons suivre. De celte rue nous 
suivons celle de Clovïs , dans laquelle 
nous remarquons 1' 






16 



fiUlDE 



Ecole Polytechnique et 1' 
Eglùe Saint-Etienne-du-Mont, que 
nous a'ions décrire. 

Hisloriqu . — Pans l'origine cette 
paroisse n'était qu'u i oratoire ou cha- 
pelle basse attenant a l'église Sainle- 
Geneviève et portantle nom île Cnapelle- 
du->Iont. En 1222, 1 abbé de celle église 
obtint du pane Honoré III la oermissiou 
de f lire rebà ir celte chapelle dans de 
plus grudes pro >o lions. En 149 i , la 
nouvelle < glise fut augmentée du cote 
du chœur. Plus tard , c'est-à-dire en 
1338, elle le fut de* chapelles et de 
toute l'aile de la nef. En 1317, elle fut 
presque entièrement reconstruite , et 
subit encore de nouvelles a igmenla- 
tions en 160i et lot l. Huit i ns plus 
tard, on y ajouta les panneaux du grand 
et du petit portail. 

Description. — Les diverses construc- 
tions dont ivous venons de parler, guoi- 
que Taile-endiff'-reiw temps et ■ ar divers 
architectes , s'accordent assez bien et 
font un as=ez bel ef'et. La 

F.içarle pri ici pute île cette église qui 
est de forme pyramidale , et dans la- 
quelle se trouvent mélangés les genres 
grec et sarrasin , offre un caractère 
étrange qui n'est pas dépourvu d'a- 
gré.nenl. Quatre colonnes d'ordre com- 
posite bandées et sculptées, qui nor- 
tent un f onton , forment l'architecture 
de ce portail. La 

Tour que nous remarquons au bord 
de l'édifice . sert de clocher ; elle est 
fort élevée et son architecture est d un 
genre peu ordinaire. 

Pénétrons maintenant dans 1' 
Intérieur. — L'intérieur de celte 
église est superbe, mais ce qui ait re 
surtout notre attention , c'est la coupe 
extraord.naire de son jubé et les esca- 
liers qui y conduisent. 

Jubé. — Ce jubé est porté par une 
voûte en cintre très surbaissée. Les 
deux tourelles à jour que nous remar- 
quons à ses deux extrémités et qui s'é- 
lèvent d'environ trente p'eds au dessus 
de son niveau renferment deux esca- 
liers qui conduisent à une galerie 
étroite bordée de balustres de pierre. 
Ces deux esoliers s'élèvent chacun en 
contournant le fût d'une colo me et 
corn ne les tours sont A jour, nous voyous 
le dessous des marches portée par un 
corbellement. 

Parmi les objets dignes de Axer 



notre attention, nous remarquons la 
Chaire à precAer.sculplée par Claude 
Lesiocard.d'a irèslesdesseinsdeLahire. 
Une sta ue colossale de Samson semble 
soutenir l'énorme masse de cette chaire 
dont le pourtour est orné de pusieurs 
vertu» assises et séparées les unes des 
autres par d'excellens bas -reliefs dans 
les panneaux. Sur l'abat-voix est un 
ange qui lient deuv trompettes pour 
appeler les fidèles. La 

Chapelle de la Fierté située au rond- 
poinl de l'église. Enfin le 

Tombeau de Pascal , situé près de la 
porte d'entrée. Ce monument consiste 
dans une simple pierre, sur laquelle est 
gravée l'épitaphe latine de l'auteur des 
Lettres provinciales. 

A côté de 1 église Saint-Etienne , 
est le 

( ol'rgc royal d' Henri IV, qui a été 
constru l sur remplacement de l'an- 
cienne abbatc deSainte-Geneviève, fon- 
dée au X' siècle par Clovis I er . Pans le 
bitiment de ( ecollége se trouve la 

Jiildioilrque Sainte- Geneviève , qui 
est très remarquable tant pour le choix 
des livres qu'elle renferme que pour le 
local. Son plan pré ente une croix; 
au milieu , nous remarquons un dôme 
dont la coupole a été peinte par Restou 
en 1730; elle repré ente l'apoihéose 
de saint- Augus in. Au fond d'une des 
branches de la croix plus courte que 
l'antre, Lajoue a peint une perspective, 
qui «lu point du milieu , 'enl celte 
partie égale, tant l'illusion e tcoaiplèle. 
Les salles sont décorées de 

Bustes en marbre et en | làtre de plu- 
sieurs hommes illustres ; quelques uns 
sont dus au ciseau de Cosevox et de 
Guisardon. Dans le fond d'une salle 
nous remarquons un 

Plan de Home en relief, par Germini. 
Le 

Nombre de volumes dont cette biblio- 
thèque se compose s'élève à 121,000 et 
celui des manuscrits à 3000. 

Ouverture.— Celle Bibliothèque est 
ouverte tous les jours de dix à deux 
heures. Ses vacances sont du premier 
septembre au premier octobre. Si nous 
suivons la 

lue Saint-Etienne q'ii fait face a 
1'égis- donl nous venons de parler, 
nous arrivo.s à l' 

Ecoie de Pi oit qui nous présente sa 
façade, construite sur le» dessins de l'ar- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



17 



chitecfe Soufflol. Cet édifice se com- 
pose d'un vaste amphithéâtre , de salies 
appropriées à la destination de l'éta- 
blissement et de logemens particuliers 
Sa acade est ornée de qualre colonies 
ioniques que soutient un fionton trian- 
gulaire. En face l'école de Droit et en 
regard de la belle 

i ne i$Qirfftot, s'élève le magnifique 

Panthéon que nous allons èssaj'er de 
décrire en comm "nçant d'abord par son 

Historique. — En 1745 l'abhaje de 
Sainte-Geneviève menaçant de tomber 
en ruine, le clergé qui la composait 
présenta une requête à Louis XV pour 
faire rebâtir celte Eglise. Ce Prince 
acquiesça à leur demande et ordon- 
na l'érection de l'édifice d'un nouveau 
terni le dédié à la patronne de Paris. 11 
fut commencé en 1757 sur Fes dessins 
et sous la conduite de Soufflot. 

Plan de l'édifice. Le plan de cet édi- 
fice est une crois grecque formant 
quatre nefs qui se réunissent au centre 
où est placé le dôme. Ce plan en y com- 
prenant le périshle a 337 pieds, sur 
233 pieds de large hors d'oeuvre. La 

Façade principale se compose d'un 
perron élevé sur onze marches, et d'un 
péristyle imité du panthéon de Rome. 
Ce perron est composé de vingt-deux 
colonnes d'ordre corinthien , de six 
pieds de diamètre et de soixante pieds 
de hauteur, y ooruprisbase et chapiteau. 
Six d'entre eiles sont de Foix. Ces co- 
lonnes supportent un fronton dont le 
tympan dans l'origine représentait en 
bas-relief , une croix entourée de rayons 
divergens et d'anges adorateurs; on y 
voyait une inscriptioniatine qui rappe- 
lait que le temple était sous l'invoca- 
tion de Sainte - Geneviève. En 1791 
l'assemblée nationale ayant décidé que 
cet édifice prendrait le nom de Pan- 
théon français et qu'il servirait de sé- 
pulture à ceux qui auraient bien mé- 
rité de la patrie, en conséquence, on 
enleva celte inscription et on la rem- 
plaça par la suivante due à M. le Mar- 
quis de Pàsldfet. 

Aux grands Bamnm la Pairie rctonnaUsar.le ! 

A cette époque , tous les bas-rel : efs 
relatifs à la vie et au* actions de la pa- 
tronne de Paris furent grattés et rem- 
placés par d'autres analogues à la nou- 
velle des ination du temple. Sur la frise 
du milieu on plaça cette inscription : 

Pantlùoa Franrah , fan III de ta tlbirlé. 

France. 



Plus tard, c'est-à-dire en 1823, cette 
église fut rendue au culte catholique, 
et on replaça les anciens bas-reliefs. 
En 1830 elle a repris la destination 
qu'elle avait en 1791. D:q uis Ior<- e le 
est fermée pour cause de réparations; 
nous les ferons connaître lors d'une 
prochaine édition. 

Continuons 'notre marche, suivons la 

Hue îles Ores, là nous trouvons |' 

Eglise de la Sorbonnr, qui fait face 
à une jolie place entourée en pai t e par 
des maii-ons bâties dej uis | eu. Celle 
église, qui a été bâtie par le cardinal 
de Richelieu en 1650 sur (elle éle\ée 
en 1252 par Robert de Sorbcn, te com- 
pose du côté de la place, d'un 

S'vituil décore de deux ordres co- 
rinthien et composite élevés l'un sur 
l'autre. Dans les emre-colonnemei s 
hauts et bas nous remarquo s quatre 
niches dans lesquelles étaient imlre- 
fois des statues en marbre, sculptées 
par Guillaume; à la croisée du second 
ordre est une horloge qui marque les 
phases de la lune. A l'aiguille du ca- 
dran était suspendu un R qui reslait 
toujours perpendiculairement posé. Au 
dessus de la façade s'élè\e un 

Dôme accompagné de quatre cam- 
paniiles, et orné de côtes de plomb 
doré. Le tout est surmonté par une 
plate-forme qui soutient un balcon et 
une lanterne qui sert d'amortissement, 
Le 

Second portique de cette église, qui 
donne dans la cour du collège, forme 
un carré long. Une partie de celte cour, 
plus élevée que l'autre de plusieurs de- 
grés, donne un air de majesté au beau 
portique qui s'élève au tond et forme 
une des façades naturelles de l'église. 
Ce portique, du genre de ceux que Vi- 
truve api elle déeaslyles ou piodomos, 
est formé de dix colonnes, dont six de 
face et les quatre autres en retour sur 
les côtés. Ces colonnes, d'ordre corin- 
thien, sont élevées sur un perron com- 
posé île quinze degrés et formant por- 
che, dont l'entrée est couverte par un 
fronton di'ns le tympan duquel sont 
les armes du cardinal. La porte de l'é- 
glise se trouve tous ce beau portique, 
disposé dans le genre de celui du Pan- 
théon romain. Quant à 1' 

Intérieur de l'église qu'il nous 
reste à passer en revue, il est d'une 
médiocre grandeur. L'ordre qui règne 






18 



G0IDE 



tont autour est couronné par une cor- 
niche d'une haute proportion. Enlreces 
pilastres sont des niches superposées, 
où on avait anciennement placé des 
anges de grandeur naturelle et les douze 
apolies. Ces figures avaient été exécu- 
tées par Berlholet et Giillain. Le 

Gvand-autel est décoré de quatre 
colonnes en marbre qui supportent un 
fron on triangulaire. Dans l'épaisseur 
des piliers qui soutiennent le dôme, on 
a pratiqué deux chapelles. En suivant 

la 

Bue des Maçoiu-Sorbonne, nous ar- 
rivons à la . 

Hue des Mathurins -Saint - Jacques 
dans laquelle nous trouvons 1' 

Jintel Cluny. Cet hôtel, qui porte le 
n. 14, fut bail en 1307 par Jacques 
d'Amboise, abbé de Cluny, sur une 
portion des ruines du pala-.s des Ther- 
mes. Pour voir ce qui reste encore 
de ces ruines, nous allons descendre la 
rue des Mathurins et de là descendre la 

Bue de la Harpe où elles gisent. 

Ruines du Palais des Thermes. — 
Ces ruines, situées au lond de la cour 
d'une vieille maison qu'on a démolie il 
y a quelques années, sont couvertes d'un 
toît et entourées de toutes parts par des 



cliées, la troisième ne l'est qu'à moitié, 
et la quatrième ouverte en forme d'ar- 
cade y introduit une belle lumière : 
celle-ci est pratiquée en face de l'en- 
trée au dessus de la grande niche, et 
précisément dans le cintre de la 
voûte. Cette partie de l'édifice, comme 
tous les thermes de Rome , est faite 
en voûte d'arête, genre de couverture 
peu dispendieuse et de la plus grande 
solidité, parce que toutes les poussées 
y font divisées et que par conséquent il 
ne s'y opère aucun travail. Aux quatre 
angles nous voyons encore desdébrisde 
chapileaux fa ts en forme de poupe de 
navire, lesquels servaient sans doute de 
couronnement à ces pilastres qui ont 
été détruits. 

La construction des murs de cet 
édifice se compose de six rangées de 
briques qui , chacune , ont un pouce 
à quinze lignes seulement d'épaisseur. 
Ce genre de construction était habi- 
tuellement celui des Romains, et nous 
le reirouvons dans un grand nombre 
d'édifices à Rome et dans toute l'Italie. 
Ce modèle, que le temps a respecté au 
milieu de Paris, y est malheureusement 
trop peu connu et mériterait d'être vi- 
sité. Il nous offre la solution de ce pro- 



construclions. Nous ne savons pas pré- blême que s'étaient proposé les ar 



cisément par qui ni en quel temps cet 
édifice fut bâti ; ce qui est certain c'est 
que Julien-1' Apostat y a demeuré, et 
qu'il y faisait son séjour lorsqu'il fut 
proclamé empereur. Il fut quelquefois 
habité par nos rois de la première etde 
la deux.ème race ; et sa dégradation ne 
commença sans doute que lorsqu'ils eu- 
rent transféré leur résidence dans la 
Cité et frit bâtir à la pointe de l'île le 
va«te bâtiment connu sous le nom de 
Palais. 

Description. — Ce fragment d'édifice 
est presque carré, si l'on excepte l'a- 
vant-salle qui précède la grande pièce. 
La façade de l'entrée est une grande 
niche circulaire, accompagnée de deux 
au'res plus petites et de forme qua- 
drangulaire. Oc chaque côté, les murs 
latéraux présentent un enfoncement 
dont nous ignorons l'emploi. La salle, 
dont la hauteur est de quarante pieds 
au dessus dir sol actuel de la rue de 
la Harpe, se prolonge dans une dimen- 
sion de cinquante-huit pieds de long sur 
cinquante-six de large. Elle est percée 
de quatre croisées dont deux sont bou- 



chilectes de l'antiquité, de faire de 
grands édifices avec des matériaux com- 
muns et de peu de valeur : c'est ce 
qu'on ne saurait plus faire aujourd'hui. 

Cette salle qui était recouverte d'une 
couche de sluc , quelle place occupait- 
elle dans l'ensemble des thermes de Ju- 
lien? C'est ce qu'il n'est pa« facile de 
décider en la voyant ainsi séparée de 
l'immense édifice dont elle faisait par- 
tie. Les thermes des anciens se compo- 
saient d'une multitude de pièces qui, 
toutes, n'étaient point destinées à l'u- 
sage des bains, et pour assigner à celle- 
ci son emploi précis, il faudrait réta- 
blir sur les indications des fondations et 
des rues adjacentes l'ensemble approxi- 
matif des salles contiguës. 

Revenons maintenant sur nos pa? et 
suivons la 

Bue de l'Ecole de Médecine où nous 
allons voir 1' 

Edle de Médecine devant laquelle 
nous allons nous arrêter pour en faire 
l'examen. 

Description. — Cet édifice, qui a été 
élevé sous le règne de Louis XV, qui en 



I 



DO VOYAGEUR EN T EPROPE. 



19 



posa la première pierre en 1774, se 
compose de quatre corps de bàlimens 
formant une cour de onze toises de pro- 
fondeur sur seize de large. Sa 

Façade, qui a trente toises, est déco- 
rée d'un péristyle d'ordre dorique à 
quatre rangs de colonnes, surmonté d'un 
étage qui conlient la bibliothèque et le 
cabinet d'anatomie. Au dessus de la 
porte d'entrée nous remarquons un 

Bus-relief de trente pieds de lon- 
gueur, représentant dans une compo- 
sition allégor.que le gouvernement ac- 
cordant des grâces et des privilèges à la 
chirurgie; il est accompagné de la Sa- 
gesse et de la Bienfaisance : le génie 
des arts lui présente le plan de l'écol :. 
Toutes ces sculptures . extrêmement 
médiocres, sont de Brarue. La 

Décoration extérieure consiste dans 
toute l'étendue de la façade et au pour- 
tour de la cour, eu un ordre ionique 
qui n'excède pas la hauteur du rez-de- 
chaussée; au fond est un périshle de 
six colonnes corinthiennes d'un plus 
grand modèle, couonné d'un fronton 
d«ns le tympRii duquel est un bas-re- 
lief offrant la Théorie et la Pratique se 
donnant la main, et jurant sur l'autel 
d'Esculape de demeurer unies pour le 
soulagement de l'humanité. Sur le mur 
du ond, dans la partie la plus élevée, 
cinq médaillons offrent les portraits de 
cinq chirurgiens célèbres. Quant à 1' 

Ampliiihèâtre, il i st construit à l'in- 
térieur à l'imitation du théâtre des an- 
ciens , et peut contenir douze cents 
personnes. En regard à l'Ecole de Mé- 
decine est 1' 

Hospice de l'Ecole de Médecine con- 
struit depuis peu d'années. Sa porte 
d'entrée a été pratiquée dans l'édifice 
d'une fontaine faite en forme de grotte, 
laquelle se composait de quatre colon- 
nes d'ordre dorique cannelées, formant 
trois enlre-eolonnemens et portant un 
atlique. 

Deuxième promenade. 

Dans la première promenade que 
nous venons de faire, nous avons par - 
couru successivement le quartier de la 
Cité et les faubourgs Saint-Marcel et 
Saint-Jacques ; dans celle-ci nous allons 
visiter le faubourg Saint-Germain dans 
lequel nous avons à voir une foule de 
monumens et édifices remarquables. 



Départ. 



Quittons le Pont-Neuf et dirigeons 
nos pas vers la 

Rue Dauphine; à notre gauche nous 
remarquons le 

Quai des Augustins et la 

Halle à la Volaille. \ droite est le 

Quai Contitxa lequel est situé V 

Hôtel de ta Monnaie, où nous allons 
nous rendre. Cet hôtel qui occupe l'em- 
placement de l'ancien hôtel de Nesle, 
fut construit en 1771, par l'ordre dé 
l'abbé Terray et sous la conduite de 
l'architecte Antoine. 

Description. — La façade de cet édi- 
fice est décorée de six colonnes ioniques 
au dessus d'un soubassement de cinq 
arcades ornées de refonds. Un soubasse- 
ment couronne le tout. L'avant-corps 
est surmonté d'un attique devant lequel 
sont six figures isolées représentant la 
Loi, la Prudence, la Force, le Commer- 
ce, l'Abondance et la Paix, dues aux ci- 
seaux de Pigale, Mouchi et Lecomle. La 

Courprincipale, large de cent qualre- 
vingt-douze pieds et profonde de cent 
dix, est entourée d'une galerie. Quatre 
colonnes d'ordre toscan soutiennent la 
voûte surbaissée de la salle des balan- 
ciers. A droite de la cour est la salle du 
laminage. La décoration intérieure est 
d'ordre ionique sur un soubassement. 

Cet hôtel renferme, outre les ateliers, 
les bureaux de l'administration, les ap- 
partenons des principaux administra- 
teurs. L'entrée du bureau de garantie 
des matières d'or et d'argent est rue 
Gué négaud, à côté de la monnaie des 
médailles. 

Continuons à suivre le quai Conti, 
bientôt nous serons en face du 

Palais des Sciences et des Arts, ou 
Palais de l'Institut. — Ce palais qui a 
été construit en 1062, par Mazarin, sur 
les dessins de l'architecte Leveau, de- 
vait servir à un collège dans lequel oh 
devait placer soixante étudiait* nobles 
de quatre na'ions diverses : de là le nom 
de collège Mazarin et des Quntre Nations 
que porte l'édifice. Les travaux du 
Louvre y firent transférer en 1801 l'é- 
cole des Beaux-Arts, et, en 1816, l'In- 
stitut : de là ces nouvelles dénomina- 
tions. Il est occupé maintenant par la 
bibliothèque Mazarine, l'Institut et la 
Galerie d'Architecture. 

Description. — La 






• 



so 



GUIDE 



■ 



Façade extérieure de ce palais forme 
un cintre, lequel est un corps d'ar- 
chitecture avance où se trouve la ririn- 
ci al • porte ou le 'ortiqu -, qui consiste 
en quatre colonies o pi astres d'ontre 
corinthien, poséssui un p-rron.Ce corps 
d'architecture est HCioinpagi'é de deux 
ailes de bUm.enl, ou poi lii.ns de cercle, 
d'une ordonnance înmns él-v e. déco- 
ré s de pilastres io iques et d'une ba- 
luliide sur !a corniche qm entoure le 
toit. C'est ar ces d ux a h s que la pa - 
tie centrale se raccorde avec les deux 
pavillon.* des extrémités, pnillois or- 
nés de pilastres corinthiens avec des 
vases sur les enlabl me,, s, et qui sont 
de la même hauteur que celle p rlic. 
Aux angles du perron, nous remarquons 
deux 

Fontaines absolument semblables. 
Chacune d'elles se compose de deux 
lions égyptiens, sur le modèle de ceux 
que l'on voit à la foniaine de Moïse, 
place des Thermes, à liome. Ces lions, 
en regard, versent de l'eau dans une 
asque en forme de cercle. Us ont deux 
mètres de long et sont de fonte de fer. 
Ils ont été fondus à la fonderie du 
Creuzot prèsd'Autun, et ont élé exécu- 
tés en 1809 sur les dessins de M. Vau- 
doyer, architecte. 

Après cet examen de l'extérieur, pas- 
sons à celui de 1' 

Intè ieur. — Des Irois portes que nous 
remarquons à cet édifice, celle de gau- 
che est la seule ouverte. Entrons; ici 
s'offre à nous une vaste 

Cuur dans laquelle nous remarquons 
deux escaliers, celui de gauche conduit 
à la 

Bibliothèque qui Contient 9S,000 vo- 
lumes et environ i,000 manuscrits ; et 
cehiide droite à l'ancienne chapelle que 
l'on a convertie en une espèce d' 

Amphithéâtre consacré aux séances 
publiques de l'Institut, A la suite de la 
première cour en est une seconde or- 
née de deux rangées d'arbres et d'une 
jolie fontaine. Les bàliniens qui la bor- 
nent à droite retiennent la galerie 
d'architecture fruit des savantes explo- 
rations de Cass >s et de Duloumy, en 
Italie et en Grèce. 

Quittons maintenant le palais des 
•ciences et arts, et jetons un coup d'oeil 
*ur le * 

Pont de; Arts qui lui fait f.ice Ce 
pont, qui est un des plus élégans et des 



plus gracieux de Paris, ne date que de 
1804. Ses piles et ses culées sont en 
pierre et ses arches en fonte. Une grille 
en fer de 'onle. les parapets et le sol 
esten planches; aussi e-l-il exclusive- 
ment co S'cré aux fiiéto'ris qui paient 
un on par personne. Il se compose de 
n< uf an lies ,'e fer li es ensemble par 
des inlr —oises. Sa longueur est de 
o~o piei's sur une largeur de 30. Il a 
été construit sur les dessins de M. Dil- 
lon, et a coulé 9(0, Ofi francs. 

Me quittons pus le pont des Arts sans 
rappeler les souvenirs qui s'y ratta- 
chent : 

Souvenirs historiques. — Lors de la 
révo'utii n de 1830. ce pont fut témoin 
de la valeur parisienne. Le 28 juillet, 
les Suisses,* ci;as-iés de toutes parts, se 
retranchèrent , vers les trois heures de 
l'a rès-midi, dans e Louvre. Vivement 
inquiétés par les tirailleurs qui avan- 
çaient sur lé pont des Arts, ils firent 
une sortie; alors commença sur ce 
point un engagement qui ne se termina 
qu'à la nuit. Des élèves de l'école des 
Beaux- Arts, armés de fusils de chasse, 
se présentèrent intrépidement pour ré- 
pondre aux Suisses, et malgré le feu 
que ceux-ci dirigeaient des fenêtres et 
du jardin du Louvre, ils s'avançaient 
jusqu'au milieu du pont des Arts, et re- 
venaient après avoir, presqu'àcoup sûr, 
déch.trgé leur*; armes. L'attaque de ce 
côté devint vers le soir tellement sé- 
rieuse, que les Suisses sentirent la né- 
cessité de faire un appel à l'artillerie ; 
le canon tonna, mais en vain ; la nuit 
seule put faire cesser le combat. 

En passant sous l'arcade du palais de 
l'Institut , nous arrivons à la 

Hue de Seine, qui était autrefois le 
chemin du Pré aux Clercs. Au bout de 
cette rue est la 

Hue de Tournai, dans laquelle nous 
remarquons P 

Hôtel Nivernais, qui était la demeure 
de ConcinL maréchal d'Ancre, lue dans 
le Louvre le 24 août 1617. Louis XIII, 
à son retour de Savoie, en 1(529, alla 
loger dans cet hôtel qu'il préféra t au 
Louvre , h cause de ia proximité du 
Luxembourg, qu'habitait sa mère. 

Du milieu de la rue de ïournon nous 
apercevons le 

Palais du Luxembourg, joli édifice 
auquel nous allons nous rendre. 

Historique, — Ce palais, qui est sur- 



ï>lf VOYAGEUR EN EUROPE. 



21 



tout remarquable par la beauté de ses 
proportions et par sa parfaite symétrie, 
était, dans son origine, une grande mai- 
son accompagnée d'un jardin, que Ro- 
bert de Harlay de Sancy fit bâtir vers 
le milieu du seizième siècle. Cette mai- 
son, que le duc d'Epinay Luxembourg 
acquit ensuite, et qu'il agrandit consi- 
dérablement en 1383 en y joignant plu- 
sieurs pièces de terres contiguës, fut 
l'emplacement que Marie de Médicis, 
régente, acheta en UHï, et sur lequel 
elle fit, en 1015, jeter les fondemens de 
ce palais : il s'éle\a sur le modèle du 
palais Ali, à Florence, et sur les des- 
sins de Jacques Desbrosses, architecte. 
Les travaux poussés avec activité furent 
achevés en peu d'années. 

Description. — Extérieur. — Ce pa- 
lais occupe un parallélogramme de 500 
toises de face sur 60 de profondeur. L' 
Entrée qui nous fait face est compo- 
sée de deux pavillons liés entre eux par 
deux terrasses que supportent des gale- 
ries ouvertes, au milieu desquelles s'é- 
lève un dôme au devant duquel nous 
remarquons un superbe cadran. Ce 
dôme ,«e rattache au corps de logis prin- 
cipal par deux ailes élevées d'un étage; 
quatre gros pavillons carrés, dont la 
toiture s'élève en pointe, sont aux qua- 
tre angles du corps de bâtiment prin- 
cipal. 

Tout l'édifice est élevé de deux 
étages. Le rez-de-chaussée est d'ordre 
toscan ; le premier étage dorique, et le 
troisième, ionique. 

Après cet examen de l'extérieur, pé- 
nétrons dans la 

Cour. — Cette cour est carrée et en- 
tourée d'arcades ouvertes et d'arcades 
fermées. Tous les murs massifs et même 
les pilastres des colonnes font couverts 
de bossages et de refends. Sur le fron- 
ton, du côté de la cour, nous remar- 
quons une allégorie relalive au com- 
merce, par Duret. Quant à la 

Façade du jardin, étant en Ce 1110- 
ment-ci en réparation, nous en parle- 
rons dans une prochaine édition. Pas- 
sons maintenant à l'examen «le 1' 

Intérieur du p.lais. — L'intérieur 
du palais e*l magnifique et a subi d'heu- 
reux changetnens depui» qu'il a été con- 
sacré au sén.'t, et postérieurement à la 
Chambre des Pairs. L' 

Escalier d'Honneur de la Chambre 
coupe l'aile droite ; vingt-deux colonnes 



d'ordre ionique supportent la voûte qui 
est ornée de caissons et bas-reliefs de 
Duret. Des 

Statues et trophées décorent succes- 
sivement ses entablemens non occupés 
pai des fenêtres. La 

Salle d s Séances, placée au premier 
étage, dai s l'avant-corps du milieu, est 
demi-circulaire : son diamètre est de 
soixante-dix-neuf pieds. Les murs sont 
revêtus de stuc imitant le marbre blanc 
veiné. Les bancs de MM. les pairs sont 
dispusés en amphithéâtre. Le bureau 
du roi est placé en face le bureau. 

Si nous sortons de la cour du palais 
par 1' 

Arcade qui es', à notre gauche, nous 
entrons dans la 

Cour extérieure, dans laquelle donne 

Entrée du musée du Luxembourg. 
Ce musée occupe une partie des deux 
ailes septentrionales du palais. La ter- 
rasse qui longe la rue de Vaugirard sert 
de communication aux divisions qu'il 
présente. Les grandes salles sont dans 
l'aile orientale ; les petite», dans l'aile 
opposée. Les premières sont éclairées 
par le haut, les autres par des fenêtres 
latérales. Au centre de la galerie de 
communication est une rotonde d'un 
bon goût. 

Ici se borne ce que nous avions à 
dire sur le palais du Luxembourg ; il ne 
nous reste plus maintenant qu'à visiter 
son jardin. 

Jardin du Luxembourg. — De la 
cour extérieure où nous sommes, nous- 
puuvons nous rendre à ce jardin. On y 
arrive par huit entrées principales, tou- 
tes ornées de gril'es en fer. 

Ordonnance générale. — L'ordon- 
nance générale de ce jardin présente un 
parterre entouré de plates-bandes et 
divisé en trois parties qui sont un pre- 
mier tapis de gazon, puis une vaste 
pièce d'eau et un second tapis de ga- 
zon. Des terrasses bordées debalustrades 
et recourbées en pente douce à l'extré- 
mité opposée du palais, ceignent le 
parterre et sont autant de promenades 
qui le dominent. A droite s'étend une 
profonde futaie percée d'allées qui sont 
en berceaux ; à gauche sont aussi des 
polygones de futaie dont le plan légè- 
rement incliné permet de jouir de l'en- 
semble du jardin. 
Tout autour de la terrasse, et de dis- 



çittsca 



22, 



fi U IDE 



lancé en dislance , sont une foule de 
statues que nous allons faire connaître. 

Statues du jardin. — Coté de la ter— 
Tusse, à gauche. — Un Horace, Bac- 
cuus, Cérès, un vieux Bacchus, Mer- 
cure. 

Côté de la rue d'Enfer. L'Hiver, la 
Huit. Vénus pudique, fontaine en for- 
me de grotte, exécutée par Jacques 
De9brosses, et restaurée par Chalgrin. 

Parterre du coté de tu rue d'Enfer. 
— Antinous, Diane la chasseresse. 

Parerre vis-à-vis le château. — 
Une Vénus, le Gladiateur. 

Parterre du palais, à droite. — Vul- 
cain, Hébé, Cérès, Vénus d'Arles Le 
Luxembourg ne nous offrant plus rien 
d'intéressant à voir, ! ous allons conti- 
nuer noire promenade ;suivo; s la 

Grande avenue du Luxembourg, là 
nous découvrons 1' 

Observatoire royal, que nous allons 
visiter, puisque nous voilà maintenant 
auprès, traçons-en la 

Description, — Extérieur. — Cet 
édifiée, qui fut commencé en 1<!67, sur 
les des-ins de Perrault, fut achevé en 
167-2. Sa forme est celle d'un paialléli- 
pipède rectangulaire dont les quatre fa- 
ces latérales correspondent aux quatre 
points cardinaux. Deux tours octogo- 
nes s'élèvent aux angles de la façade 
méridionale, une troisième, mais car- 
rée, est au m, lieu de la facude rord où 
est l'entrée. La plate-forme qui cou- 
ronne l'édifice est à 83 pieds au dessus 
du sol. Les caves de l'Observatoire ont 
en p o r ondeur autant que l'édifice a 
d'élévation. Quant à 1' 

Intérieur de l'Observatoire , il est 
divisé en logemens particuliers et en 
salles appropriées aux travaux astrono- 
miques et physiques. Six de ces salles 
ont des ouvertures qui correspondent 
auv différens points du ciel. Sur la 
plate forme existent des cabinets dispo- 
ses pour les observations et le jeu des 
instrumens; nous y remarquons aussi 
une méridienne qui sert de point de dé- 
part pour compter les longitudes. 

Au centre du bâtiment, on a pratiqué 
a travers toutes les voûtes une ouver- 
ture de trois pieds de diamètre qui se 
prolonge jusqu'au plus bas des caves, 
et qui a servi entre autres aux expé- 
r.ences relatives à la pesanteur des 
corps. Le 

Jardin de FObservatoire n'étant pas 



public, nous croyons pouvoir le passer 
outre. En nous isolant un peu de l'Ob- 
servatoire, c'est-à-dire en revei.ant sur 
nos pas, nous remarquons à notre gau- 
che F 

If • spire des E il fans - Trouvés, qui 
occupe l'ancienne ma'son de l'inslilu- 
lion de l'Oratoire. Si de 1 endroit où 
nous sommes nous continuons notre 
marche, nous arriverons à la 

Hue d'Enfer, que nous allons suivre 
jusqu'à la 

Hue de la Bourbe, dans laquelle nous 
remarquons 1' 

Hospice de la Maternité, qui occupe 
les tîâtimens de Port-Royal que les Jé- 
suites ont rendu célèbre. Dans cet hos- 
pice on reçoit les lem.; es enceintes 
dans le huitième mois, ou cel.es qui 
sont sur le point d'accoucher. 

Continuons de suivre la rue de la 
Bourbe, à son extrémité nous trouvons 
la 

Rue des Capucins, sur laquelle donne 

Hospice des Vénériens, établi dans 
l'ancienne maison des Capucins. Cet 
hospice dont les dépendances sont im- 
menses, est spécialement consacré au 
traitement des maladies vénériennes, 
soit en admettant les malades, soit en 
leur donnant des conseils et des remè- 
des dont ils font usage chez eux. Des- 
cendons maintenant la 

Hue Saint-Jacqurs, que nous avons 
traversée, là nous trouvons à notre 
droite 1' 

Hôpital militaire du Val-de-Grâce, 
qui se compose de plusieurs corps de 
logis, d'un vaste jardin et d'une église. 
Avant d'entrer dans aucun détail sur 
ces diverses parties, traçons rapidement 
1' 

Historique du bâtiment. Ce magni- 
fique édifice était autrefois une abbaye 
royale de Bénédictines. Depuis le neu- 
vième siècle , ces religieuses avaient 
une maison dans une vallée près de 
Bièvre-le-Chàlel. Au dix -septième 
siècle, la ruine des bàtimens, les fré- 
quentes inondations, la situation triste 
de ce mona=tère, déterminèrent ses ha- 
bitantes à s'établir à Paris. Elles acheté- 
rent en conséquence en 10-20 le vaste 
emplacement qu'oecune aujourd'hui 
l'édifice. Anne d'Autriche, femme de 
Louis XIII, dégoûtée du séjour de la 
cour, prit la résolution d'embellir ce 



DU VOYAGEUK EN EUROPE. 



23 



monaslère et de s'en former une re- 
traite. Elle fit acheter à cet effet en 
162-2, pour 33 mille livres, un grand 
emplacement et quelques bâlimeus 
connus sous le nom de fief de Valois, et 
se fit déclarer fondatrice. 

Voilà l'origine des bàtimens du Val- 
de-Grâce ; voici maintenant celle de 
son église. 

Historique de l'Eglise. — Anne d'Au- 
triche étant accouchée de Louis XIV, 
après 22 ans de stérilité, fit voeu d'éle- 
ver un superbe temple : elle en fit poser 
la première pierre le 12 avril 1643 par 
son fils âgé de 10 ans. Les troubles qui 
agitèrent la minorité de ce prince suspen- 
dirent bientôt ies travaux commencés: 
mais ils furent repris en Kioo. Le célèbre 
Mansard fournit les dessins de cet édi- 
fice et fut chargé de son exécution qu'il 
conduisit jusqu'à neuf pieds au dessus 
du sol. Il perdit alors la faveur de la 
reine, parce que, dit-on, il ne voulut 
rien changer à son plan dont l'achève- 
ment eut coûté des sommes considéra- 
bles , et beaucoup au dessus de la 
dépense qu'on voulait faire pour ce 
monument. Jacques Le Mercier remplaça 
Maisard, et conduisit le» constructions 
jusqu'à la corniche du premier ordre 
tant intérieur qu'extérieur. C'est à cette 
époque que les travaux furent inter- 
rompus. Ils furent repris en 1664 sous 
la conduite et la direction de l'ierre. Le 
Muset, alors en réputation , auquel on 
associa depuis Gabriel Leduc qui arri- 
vait d'Italie, où i avait fait, dit-on, de 
longues études sur l'architecture des 
temples. Il est possible que chacun de 
ces architectes ait eu la prétention 
d'y mettre un peu du sien: et dès-lors 
on ne doit pas être surpris de trouver 
dans le style et dans les ornemens des 
diverses parties quelques discordances, 
suites inévitables de ce changement 
successif de direction. Cependant le 
monument est en général exécuté avec 
beaucoup de précision et rie soin , la 
sculpture de l'intérieur est très délicate 
et très achevée. 

Maintenant quenousconnaissons l'his- 
toire de cette église, passons à sa des- 
cription. 

Description de l'Eglise du Vul-de- 
Grâce. — Extérieur. — Commençons 
par le 

Grand Portail. — Ce. portail s'élève 
sur 15 marches, avancé au milieu il 



forme un portique soutenu de huit co- 
lonnes corinthiennes isolées, accompa- 
gnées de niches dans lesquelles étaient 
autrefois les statue* de saint Benoît et 
de Scholaslique. Le second ordre élevé 
au dessus du premier, esl formé d'ordre 
composite qui se raccorde pardesgrands 
enroulemens sur les deux côtés. Le 

Dôme qui couronne l'édifice, est 
superbe, 

Elevé dans la nue 

Parc du frrand P.iris la magnifique vue. 

Et parmi lant d'objets semés di: toutes parts 

Du TOjaçeur surpris prend les premiers regards. 

11 l'ail surtout briller dans sa noble richesse 

La splendeur du saint tobu d'une grande princesse, 

Et porte un témoignage à la postérité 

De sa maguiticenee et de sa piété. 

Ce dôme qui est couvert de lames 
de plomb, avec des plates-bandes do- 
rées, est surmonté «l'une eampanille que 
surmonle un globe de métal. 

Voilà l'extérieur, passons maintenant 
il' 

Intérieur. — L'intérieur de l'église 
offre une nef qui, comme à l'ordinaire, 
est séparée des bas-côlés par des arca- 
des et des pilastres corinthiens à can- 
nelures rudentées, et le pavé est divisé 
parcomparlimens correspondais à ceux 
de la voûte. Le 

Maûre-jiutel, qui a été exécuté sur 
les dessins de Gabriel Leduc, est décoré 
de grandes colonnes torses en marbre 
revêtues de bronze. Au des^its se des- 
sine un entablement couronné d'un 
baldaquin et sur chaque colonne sont 
des anges portant des encensoirs; d'au- 
tres anges plu» petits semblent sej'ouer 
dans les festons qui lient ensemble 
toutes les parties du couronnement. Ils 
tiennent des cartels où sont écrits 
quelques vers du Gloria in excelsis. 
Les anges, le baldaquin et tous les 
autres ornemens sont dorés. Quant à 
la 

Fresque qui couvre le plafond du 
dôme, c'est le plus beau morceau de 
peinture qu'il y ait en Europe. Il 
représente la gloire des élus dans le 
ciel et contient plus de deux cents fi- 
gures rie proportions colossales, l'ierre 
Mignard, qui en est l'auteur, le conçut 
et l'evécula dans l'espace de treize mois. 
Il passe pour son chef-d'œuvre. Molière 
dans son poème intitulé la Gloire du 
Val-de-Gràce, célèbre ainsi ce grand 
peintre. 




24 



GUIDE. 






Toi qui dans celle coupe, à ton vaste *rénie, 
Comme un ample théâtre, heureusement fournie, 
Es venu déployer les précieux trésors 
Qui' le 'Libre t'a lu ramasser sur ses bords; 
Dis-nous, fameux Milliard , par qui le sont versées 
Le9 charmantes Leaulé, de les nobles peusies ; 
Et dans quel fonds tu prends cette variété 
Boni l'esprit est su- pris et l'œil est enchanté. 
Dis-nous quel feu divin , dans les fécondes veilles , 
De tes expressions enfante les merveilles. 
Quels charmes Ion pinceau répand dans tousses traits, 
Quelle force il y melivà ses plus doux ait ails ■ 
El quel est ce pouvoir qu'au bout des doigts tu portes. 
Qui sail faire à nos yeux vivre des choses mortes . 
Et d'un peu de mélange et des bruns et des clairs. 
Rendre esprit la couleur et les pierres des chairs. 

Les 

Bâtimens du Monastère furent pen- 
dant le régime impérial et sont encore 
aujourd'hui affectés à un hôpital mili- 
taire destiné à la garnison de Paris. Son 
régime est semblable à celui de tous les 
hôpitaux militaires de France. 

Si nous continuions à suivre la rue 
Saint-Jacques, nous aurions à voir là 
l'école des Sourds-3'Iuets et VEgliie 
Saint-Jacques-du-Haut-Pus, mais ces 
deux édifices ne valent pas que nous 
fassions cette course; nous allons donc 
prendre la rue du Yal-de-Grâce et de 
là joindre le Luxembourg et le 

Théâtre Royal de /' Odéon. — Ce théâ- 
tre bâti en 1791 pour la Comédie Frati- 
çaise.par Waillyet Peyre, fui incendie 
en 1799 et en 18 18. Sa fo rme est simple et 
noble. Sa façade s'annonce par un pé- 
ristyle en saillie , orné de huit colon- 
nes d'ordre dorique. Sous le porche, 
trois portes introduisent à un vestibule 
décoré de l'ordre toscan. Trois galeries 
qui servent de passage sont percées de 
quarante-cinq arcades et se lient au 
porche. Quant à la forme intérieure de 
la salle, elle est ovoïde ; son grand aie 
est de 86 pieds et le plu? petit de 47. 

Suivons la 

Rue de V Odéon qui fait face au théâ- 
tre, magnifique rue qui fut ouverte en 
178*2 sur une partie de l'emplacement 
de l'hôtel de Condé. Au bout de cette 
rue , et à gauche est la 

Rue du Petit-Lion que nous allons 
suivre. De celte rue nous entrons dans 
celle du Petit Boiirbon-Saint-Sulpice qui 
nous conduit directement à l'église 
Saint-Sulpice que nous allons visiter. 

F.glise Saint-Sulpice. — Historique. 
—L'église actuelle de Saint-Sulpice est 
fondée sur les restes d'une ancienne 
chapelle de Saint-Pierre qui existait au 



même lieu avaDt le X« siècle. On 
ignore à quelle époque elle prit le nom 
qu'elle porte ; mais on est assuré 
qu'en tâlO elle était déjà paroisse. One 
chapelle nommée Saint-Pierre, l'ut le 
premier siège de la vaste église de Saint- 
Sulpice. Cette chapelle se trouvant trop 
peiite pour contenir les habitans de ce 
quartier, on en bâlitune autre en 1211 
et on lui donna le titre de Saint-Pierre 
qui est aujourd'hui le premier patron 
titulaire de l'église qui nous occupe. 
L'accroissement de la population qui 
avait nécessité l'érection de cette église 
nécessita bientôt son agrandissement. 
Déjà sous le règne de François I er 
on y avait ajouté une nef. mais ces addi- 
tions ne lui procurant pas les dimen- 
lions nécessaires, il fut arrêlé en 1643 
qu'un nouvel édifice serait reconstruit. 
Un architecte peu connu , nommé Ga- 
mart , fut chargé de cette construction, 
et Gaston , duc d'Orléans, frère du roi 
Louis XIII, en posa la première pierre 
en I041i. Pendant neuf années consé- 
cutives, les travaux se continuèrent d'a- 
près les dessins adoptés. Plusieurs par- 
ties de l'église future étaient presque 
achevées lorqu'on s'aperçut un peu tard 
que le plan n'en était pas encore d'une 
étendue convenable. Alors l'architecte 
Loui- Levau fournit les dessins d'un plus 
vaste édifice ; on recommença presque 
tout le travail, et le 20 février 1633, la 
reine Anne d'Autriche, alors régente du 
royaume, en posa solennellement la pre- 
mière pierre. Levau étant mort peu de 
temps après , la continuation des tra- 
vaux fut confiée à Daniel Gittard. Les 
travaux ayant élé suspendus en 167o, on 
ne les reprit qu'en 171S, sous la direc- 
tion de Gilles-Marie Opnord. 

Description. — Extérieur. — Portail. 
— Le portail de celte église, commencé 
en 1733, est de Servandoni, qui termina 
l'édifice dou'e ans plus tard , c'est-à- 
dire en 1745. On y monte par un per- 
ron de 18 marches, au haut duquel est 
tin "grand palier. Deux ordres de co- 
lonnes posés l'un au dessus de l'autre 
et compris entre deux lours carrées et 
le fronton , constituent les masses fon- 
damentales de ce portail. Les colonnes 
du rez-de-chaussée sontdoriques et ont 
quarante pieds de hauteur, sur cinq de 
diamètre. Leur entablement est de dix 
pieds, les colonnes ioniques du péristyle 
supérieur ont 38 pieds de hauteur sur 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



2S 



1 



quatre pieds (rois pouces de diamètre. 
Ou compte 68 colonnes dans l'un et 
l'autre péristylle. 

Tours de l'Eglise.— L'église de Saint- 
Sulpice fut consacrée le 30 juin 1745; à 
cetteépoque les tours qui la surmontaient 
n'étaient pas encore finies , et comme 
elles ne remplissaient pas le but qu'on 
espérait, od jugea à propos de les faire 
reconstruire par l'architecte M?.c!aurin. 
En 1749, celui-ci lit exécuter deux tours 
dont la première ordonnance, élevée sur 
un plan quadrangulaire, élaitoclogone, 
et la seconde circulaire. La tour qui 
existe à l'angle méridional de cette fa- 
çade, et dont les sculptures sont encore 
àjàire, est l'ouvrage de Maclaurin. En 
1777, ces tours furent de nouveau re- 
construites; M. Chalgrin, auquel on les 
confia, s'occupa de rétablir celle qui 
est à l'angle opposé; il la composa de 
deux ordonnances , l'une quadrangu- 
laire, et l'autre plus élevée, sur un plan 
circulaire , quoiqu'elle repose sur un 
socle carré, elle s'accorde mieux que 
les précédentes avec les 'desseins de 
la façade. Elle est d'ailleurs plus éle- 
vée, d'une plus belle composition que 
la tour qui n'a pas été reconstruite et 
qui probablement ne le sera jamais. 

Faces latérales. — Quant aux faces 
latérales de cette église, elles n'ont rien 
de remarquable que les portes qui sont 
fort belles; l'une est composée des or- 
dres dorique et ionique, l'autre des or- 
dres corinthien et composite, et ornées 
des statues de Saint-Jean et Saint-Jo- 
seph par François Dumant , de Saint- 
Pierre et de Saint-Paul pur le même. 
Après cet examen de l'extérieur, pas- 
sons à relui de 1' 

Intérieur.— L'intérieur de cette église 
est superbe , la nef , le pourtour du 
sanctuaire et les bras de la croix sont 
en arcades , dont les pieds droits sont 
ornés de pilastres corinthiens. Le 

Chœur, qui est d'un admirable effet, 
est entouré de sept arcades. Au tour et 
contre les piliers sont douze statues 
d'apôtres, exécutées par Bouchardon. 
Le 

Maître Autel qui fut consacré à 
Saint-Pierre et à Saint-Sulpice , en 
153 i, est isolé et placé dans le centre 
de la croisée, au devant du chœur, sur 
un assez grand nombre de degrés. Sa 
forme est celle d'une espèce de tombeau 
de marbre blanc avec des ornemeus de 



bronze doré. Le milieu est ouvert d'un 
côté et de l'autre, et laisse voir à tra- 
vers deux glaces un grand nombre de 
reliques. Une balustrade circulaire, 
dont les balustres de bronze supportent 
une tablette de marbre précieux en 
défend 1 accès. 

Chapelles, — Les chapelles qui entou- 
rent les bas-côtés de celte église sont 
tontes élevées de trois degrés; elles sont 
au nombre de dix-n uf , dont les plus 
remarquables sont : La 

Chapt Ile Saint-Fiacre, dans laquelle 
nous remarquons le tableau où ce saint 
refuse la couronne d'Ecosse , par Dé- 
juine. La 

Chapelle Saint-Jean, qui est remar- 
quable sous plusieurs rapports : nous y 
voyoas d'abord , au-dessus de l'autel, 
deux colonnes cannelées, en marbre 
vert.de l'ordre composite, supportant 
un fronton doré; au milieu est une sta- 
tue de saint Jean-Baptiste avec un 
mouton, par Boizot. En face est le Mau- 
solée de Pierre Langues de Gergg , 
exécuté par Michel-Ange Slodz. La 

Chapelle de Saint-Maurice, peinte à 
fresque par Vinchon ; à droite de la 
chapelle, nous voyons le saint refusant 
de sacrifier aux idoles; à gauche est le 
tombeau du saint ; la coupole repré- 
sente l'apothéose. 

La 

Chapelle Saint-Tloch qui est peinte 
à fresque par M. Abel de Pujol, et qui 
représente à gauche le saint se dé- 
vouant à soigner les pestiférés de Mar- 
seille ; en face nous le vovons mort 
dans sa prison. Enfin la 

Chapelle de la ï'ierge qui est située 
au rond-point, et de forme circulaire 
en plan comme en élévation. La cou- 
pole, peinte à fresque par Lemoine, 
représente l'Assomption de la Vierge et 
de l'enfant Jésus, par Pigalle. La lu- 
mière vient d'en liant et se distribue 
d'une manière très harmonieuse. Le 
reste fie la décoration de la chapelle 
de la "Vierge a été fait par Servandoni. 
Le retable de l'autel renferme un bas- 
relief représentant les noces de Cana. 
Quant au 

Buffet d'orgues dont il nous reste à 
dire un mot , il a été construit par 
Cliquot, célèbre facteur, et est l'un 
des plus complets que l'on connaisse. 
Il est soutenu par des colonnes de 
pierre , ouvrage de Servandoni. 



* 





1 


1 




1 








1 




1 





Ici se bornent les divers détails des- 
criptifs de l'église Sai it-Sulpice, main- 
tenant nous allons continuer notre pro- 
menade. Dirigeons nos pas vers le 
nord-ouest en suivant la 

Rue du Vùux-Colombier, sale rue 
qui prend son nom d'un colombier que 
les religieuse de l'Abbaje-Saint-Ger- 
main y avaient fait bâtir, et qui aboutit 
au 

Carrefour de la Croix-Rouge , qui 
est formé par la rencontre des rues de 
Sèvres, du Four, Clierclie-Midi, de 
Grenelle, du Dragon et du Vieux-Co- 
lombier. Après avoir fait quelques pas 
dans la 

Rue de Grenelle, nous entrons dans la 

Rue des Saints-Pères que nous allons 



GUIDE 

Derrière du Palais. — Du côté du 
quai, ce palais présente l'aspect de deux 
bàlimens séparés par une semi-circu- 
laire. Cette dernière partie est le prin- 
cipal salon du palais, salon qui est 
aussi de forme circulaire et dont le 
diamètre est le corp* du logis. 

Ce joli valais » été construit en 1786 
par l'architecte Rousseau : il était des™ 
tiné à la demeure du prince de Salm. 

Puisque nous sommes dans la rue de 
Lille , nous allons la suivre. Elle con- 
duit à la 

Chambre des Députés que nous allons 
examiaer. La place qui lui fait face 
n'ayant rien de remarquable, nous 1» 
laissons de côté. Ce palais , qui n'est 
qu'une dépendance de celui de Bour- 



suivre jusqu'à la Seine. Là nous avons bon, a fa porte d entrée sur a place, 

,-i ..-.- i~ :~i! cette porte est accompagnée de chaque 

côté d'une colonnade d'ordre corin- 
thien. 



sous les yeux le joli 

Pont du Carrousel, bâti depuis peu 
d'années, et dont la construction est 
des plus gracieuses. Bientôt nous ar- 
rivons au 

Pont-Royal, qui communique du 
quai des Tuileries aux quais Voltaire 
et d'Orsai. Ce pont, qui doit son nom 
au voisinage des Tuileries, fut construit 
en lGSo par les architectes Maisard et 
Gabriel Romain. Il est composé de 
cinq arches et a soixante-douze toises 
de longueur sur huit de largeur. 

Continuons notre marche. Après 
avoir passé le Pont-Royal, nous entrons 
sur le 

Quai d'Orsai; là nous remarquons 
d'abord la 

Caserne qui porte ce nom, puis en- 
suite un vaste 



Ce palais fut disposé dans le principe 
pour la section du corps législatif, dite 
conseil des Cinq-Ce ts. établie par la 
constitution de l'an III de la république. 
M. Gisors, architecte, exécuta le» con- 
structions nécessaires. Une partie des 
ancien-* bàtimens servirent aux nou- 
veaux. En 1795 , on ajouta au centre , 
du côté de la cour , un avant-corps 
décoré de huit colonnes surmon'ées 
d'une attique que couronne un fronton 
dont le bas-relief représente la loi pro- 
tégeant l'innocence et punissant le 
crime. Sur deux piédestaux sont des 
statues représentant Minerve, par Bri- 
dant jeune; etlaForce.parEspercieux. 
Les deux figures accompagnant le ca- 



Edifice construit depuis peu , dont dran de l'horloge sont de Fra gonard. La 
ms ignorons la destination. Quittons Salle des Séances est demi-circu- 
i ,i>r\„„„: „..:..„„. i„ îoiro ai itiuiiM en amnhitheatre. Le 



nous ig..„ 

le quai d'Orsai, suivons la laire et disposée en amphithéâtre 

Hue Belle-Chasse jusqu'à celle de fauteuil du président et le bureau font 
Lille. Là nous trouvons le 



Palais de la Légion-d' Honneur, où 
nous allons nous arrêter. 

Façade. — La porte d'entrée de ce 
palais est un arc de triomphe décoré de 
colonnes ioniques. Deux galeries du 
même ordre partant de la porte con- 
duisent à deux pavillons ; en avant , un 
corps dont l'attique est revêtue de bas- 
reliefs, composés par Rolland ; un pé- 
ristyle ionique règne autour de la cour 
en forme de promenade couverte. Le 

Principal corps de logis est au fond 
de la cour. Sa façade est relevée par 
un ordre de colonnes corinthiennes. 



face à l'amphithéâtre. Les parois de 
cette salle sont en stuc vert antique. 
Six niches latérales contiennent les sta- 
tues des orateur les plus célèbres de 
Rome et d'Athènes. Plusieurs salles 
adjacentes, convenablement décorées, 
servent aux travaux intérieurs et parti- 
culiers de MM. les députés. 

Maintenant que nous avons vu la face 
principale de ce palais , il nous reste a 
voir celle qui est du côté de la Seine. 

Façade du côté de la Seine. — Cette 
façade, qui a été construite de 1804 
à 1807 sur les dessins de M. Poyet . est 
précédée d'un vaste perron de dix-huit 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



27 



pieds d'élévation, et divisée en deux 
rampes. Sur ce perron s'élèvent 
douze colonnes corinthiennes de grande 
proportion qui supportent un enlable- 
men. et un fronton. A l'origine des 
escaliers, nous remarquons quatre sta- 
tu s qui sont celles de Sully, par Beau- 
valet; de Colbert, par Dumont; du 
chancelier d'Aguesseau, par Faucon. 

Considérons maintenant le pont qui 
fait face. Ce pont qu'on nomme le 

Pont de la Concorde, fui commencé en 
1778, sur les dessins et sous la conduite 
de l'architecte Peyronnet, et fut ter- 
miné en 1790. Ce pont a cinq arches, 
d'une construction élégante , soutenues 
par des piles très légères. Des para- 
pets, formés en bali stiades, ajoutent à 
la beauté de ce pont, qui fait l'admira- 
tion des connaisseurs, par son élégance 
et sa légèreté. Douze statues, exécutées 
par nos plus célèbres sculpteurs, dé- 
coraient l'année passée ce pont; elles 
ont été enlevées, nous ignorons entiè- 
rement leur nouvelle destination et ce 
que l'on propose de mettre à leur place. 

Puisque nous sommes revenus sur le 
quai d'Orsai, suivons- le. Passé la cham- 
bre des députés nous longeons la 

Terrasse du palais de Bourbon , dont 
les bâtimens et la porte d'entrée don- 
nent dans la rue de l'Université. Ce pa- 
lais qui a été bâti en 1722 , par ordre 
de la duchesse douairière de Bourbon, 
d'après les dessins et sous là conduite de 
Girardin, n'est composé que d'un étage, 
ce qui ne lui don e que l'apparence 
d'une maison de plaisance. Une avenue 
de 48 toises de longueur , ternir ée par 
une cour d'environ 30 toises sur 20 con- 
duit au perron des appartemens du feu 
prince. On citait autrefois les apparte- 
mens pour leur fa^te et leur élégance ; 
aujourd'hui ils n'ont de remarquable 
que les peintures et les sculptures dont 
ils sont ornés. 

Passé la terrasse du palais Bourbon , 
nous entrons sur la vaste 

Esplanade des Invalides que nous 
allons suivre en prenant la chaussée du 
milieu. Là, nous remarquons une 

Fontaine construite en 180Ï , sur les 
dessins et sous la conduite de Treoort. 
Au sortir de l'esplanade , nous entrons 
sur la 

Place des Invalides , de là dans l'hô- 
tel royal des Invalides. 



Hôtel royal des Invalides. 

«De quelque manière que l'on considère 
ce superbe édifice, soit par rapport à sou ca- 
ractère, soit du coté des chefs-d'œuvre de 
l'art qui le décorent, soit enfin par rapport 
à la discipline admirable qui s'y observe , 
tout y annonce la piété , la grandeur, la ma- 
gnificence de son auguste fondateur. » 

Historique. — Le projet d'offrir un 
asile aux militaires blessés au service 
de la patrie , fut conçu par le bon 
Henri IV , et ces militaires furent placés 
rue de l'Ourcine. Louis XIII destina le 
château de Iliiètre au même usage; il 
fit faire en conséquence , en 163i , des 
bà;imens considérables. Sa mort seule 
empêcha l'accomplissement de cette en- 
treprise. Son fils disposa de cette maison 
en 10o6 en 'aveur de l'hôpital général, 
mais il projeta d'élever une retraite 
magnifique aux militaires âgés pauvres 
et blessés. Le 30 novembre 1670, on 
commença les fondations de ce vaste 
édifice, et huit ans après il fut en état 
d'être habité. 

Promenade dans l'intérieur. 
Dipart 

Après avoir passé le 

Fosse et la magnifique porte de fer , 
nous an ïvons dans 1' 

Avant . cour. — Des deux côtés de 
celle porte, nous remarquons deux pa- 
villons de pierre de taille enrichis de 
trophées d'armes et surmontés d'une 
masse de boulets. Dans le premier à 
droite est un corps-de-garde : le second 
qui est à gauche est occupé par les por- 
tiers. L' , 

Artillerie de l'hôtel est placée a cote 
des pavillons à droite et à gauche. Cette 
artillerie qui fait ornement d'une maniè- 
re convenable à une maison habitée par 
des gens de guerre , sert d'ailleurs dans 
les fêles et les réjouissances publiques : 
c'est elle qui donne ordinairement la 
première nouvelle des événemens qui 
intéressent l'état; tels que des naissances 
des enfans de France , victoires rem- 
portées, etc. 

Façade extérieure de l'édifice. — 
Nous voici arrivés maintenant à la fa- 
çade de l'édifice; faisons-en l'examen. 
Celte façade est compo ée d'unrez-de- 
chaussée et de quatre étages dont le 
quatrième qui est au dessus d'un grand 



W ' £«~, 



23 



GUIDE 



tî 



li'i 



entablement est éclairé par des lucarnes 
ornées de trophées. La 

Porte d'entrée principale est au mi- 
lieu dans un grand avant-corps, dont 
le couronnement en plein - cintre est 
orné de trophées d'armes. Au dessus est 
un 

Grand bits-relief représentant Louis 
XIY à cheval ; au bas du pié lestai sont 
deux figures qui représentent la Justice 
et l'autre la Prudence. Aux 

Extrémités de lafaçddesovi deuxgros 
pavillons sur lesquels on a placé deux 
croisées en mansarde ornées de tro- 
phées. De l'avant - corps du milieu 
nous entrons dans un beau 

Vestibule orné de colonnes. A l'un 
des côtés est le 

Grand corps-de-garde. De ce vesti- 
bule nous passons à la 

Cour royale , laquelle est entourée 
de quatre corps-de-logisavec des avant- 
corps dans le milieu et des pavillons 
dans ses angles. Toutes les faces sont 
décorées de deux rangs d'arcades, d'une 
très belle forme , couronnées chacune 
d'un entablement dont les profils sont 
admirables et terminés par de riches 
lucarnes ornées de trophées de pierre. 
Derrière ces deux rangs d'arcades font 
ménagées des galeries qui conduisent 
dans tous les logemens, ce qui procure 
une grande commodité. Les bâlimens 
qui bordent la droite et la gauche de la 
cour royale sont divisés de chaque 
côté par trois cours moins spacieuses. 
Dans la partie des bâlimens qui occu- 
pent la droite et la gauche de la cour 
royale, sont quatre 

réfectoires contigus aux galeries que 
formentlesporiijues des rez-de-chaus- 
sées. Ces réfectoires qui peuvent conte- 
nir lbOO personnes, sont ornés de pein- 
tures à fresque exécutées par Martin , 
peintre célèbre, élève de Vander Meu- 
len. Atlenantetauxcôtésdes réfectoires 
des soldats sont ceux des officiers. Ils 
sont à table ronde de douze. A côté des 
ré'ectoires qui occupent la partie de 
j'hotel du côté de Paris , nous trouvons 
la 

Cuisine dans laquelle rien ne man- 
que de tout ce qui peut être nécessaire 
pour préparera manger à toutleit onde. 
Nous y voyons d'abord cinq énormes mar- 
mites dont deux grandes et trois moyen- 
nes. Les plus grandes servent pour fidre 
cuire la viaude des soldats, les moyen- 



nes pour celle des officiers. De chaque 
côté de la cuisine sont des dépenses 
très propres ; elles sont destinées à 
recevoir les viandes. 

Si nous continuons à suivre le rez- 
de-chauss-ée par une troisième cour , 
nous arrivons aux 

Infirmeries qui occupent un espace 
considérable. Le bâtiment qui est 
orienté du levant au midi, u'est éle- 
vé que d'un étage au dessus du rez-de- 
chaussée afin qu'il ne nuise point à la 
vue du grand édifice et principalement 
de l'égl se à laquelle il est contigu. L'in- 
firmerie se compose de six grandes sal!es 
dont les quatre principales s'appellent 
les 

Salles de Notre-Dame ; elles forment 
une croix : les officiers malades y sont 
séparés des autres. Les deux autres salles 
sont placées, l'une au midi, l'autre à 
l'orient. Celle qui est au midi se nomme 
la 

Salle de Saint-Joseph; elle est desti- 
née pour les vieillards infirmes; celle 
qui est à l'orient et qu'on appelle la 

Salle de Saint-Corne , est pour les 
blessés. Au delà des infirmeries, et à 
l'extrémité de l'enclos de l'hôtel , se 
trouve la 

Boulangerie, don t les dimensions sont 
immenses. 

Maintenant que nous avons vu la bou- 
langerie, nous allons suivre le corridor 
de ce nom et joindre la cour Royale , 
pour de là parcourir l'aile opposée du 
bâtiment. 

Bâlimens de l'ouest. — ha. même dis- 
position existe de ce côté que du côté 
opposé, à quelque chose près. Les cours 
moyennes sont en tout pareilles, mais 
à la place qu'occupent les cours d'in- 
firmerie, s'élève un vaste 

Jardin destiné aux pi êtres attachés à 
la maison. Après le 

Logement des prêtres, nous trouvons 
le 

Jardin du Gouverneur, qui a une 
forme carrée et qui est entouré par des 
magasins et des logemens particuliers. 
Revenons un instant dans la cour royale 
afin de pouvoir examiner l'église des 
Invalides, seule curiosité qui nous reste 
à voir. 

Eglise des Invalides. — Cette église 
se divise en deux îiarlies , qui forment 
véritablement deux églises, savoir : celle 
des soldats, dont chaque jour on se 



BU VOYAGEUR EN EUROPE. 



29 



sort pour le service divin , et celle 
que l'on nomme l'église Royale ou le 
Dôme. La première a son entrée dans 
la cour Royale, et celle du Dôme a la 
sienne du côté 'lu midi. Bédiécsau mê- 
me patron, les deuv églises n'en for- 
ment qu'uncseule ; on les app lie l'une 
et l'autre l'église de Saint-Louis. 

/■glise île la maison. — La ai lie de 
l'égli e qui e-l du coté du noid futeon- 
slruiteen même temps que 1 sbàlimens 
de ia cour Ro. a e et sur les des i ns de 
Libéral Bruant, habile architecte, dont 
nous avons déjà eu occas on de pailer. 
Son 

s ortail est composé d'ornemens de 
fort bon goût. Pénétrons dansl' 

Intérieur. — L'intéiieur de celte égli- 
se est magi iflque. La 

Nej est décorée en arcades plein- 
cintre, entre lesquelles sont des pilas- 
tres d'ordre corinthien couronnés 4*1 n 
entablement de même ordre, niais dont 
la cimaise est supprimée. Toute cette 
église est éclairée par cinquante-qua- 
tre croisées ou vilreaux, dont ceux d'en 
haut sont peints avec reflets, blasons et 
omeniens. La 

Voûte de cet édifice est aussi plein- 
cintre et construite en pierre. Il yadeux 
rangs d'arcades : le premier communi- 
que aux bas-éôtés'èt le second aux tri- 
bunes. Dans la nef nous voyons, à 
droite, contre un des piliers, une 

Chaire à prêcher, d'un bon goût de 
dessin et d'une belle exécution. 

Do la nef nous entrons dans le 

Chœur, qui est surtout remarquable 
par la beauté des stalles, qui sont d'un 
beau travail. Au bout du chœur est V 

Autel, placé sous une grande arcade 
quj termine l'église de la maison et 
teisse apercevoir le dôme. Un 

Baldaquin, de la plus riche compo- 
sition.est au dessusdecet autel. Quant 
au v 

Buffet d'orgues , dont il nous resle à 
dire uu mot , il mérite quel ,ue atten- 
tion, tant à l'égard de la menuiserie que 
par rai port à la savante ordonnance de 
ses jeux. Nous y voyons ure montre de 
seize pieds, d'élain parfaitement poli, 
et bien fournie de tous les différensjeux 
qui peuvent concourir à la perfection 
de l'harmonie. Le 

Buffet d'en haut a viogl-qualre pieds 
de ace sur cinq de profondeur; celui 
d'enbas,où est le positif, porte neuf pieds 



de hauteur et de largeur sur cinq de 
profondeur : louies les proportions sont 
exactement observées dans ce grand 
morceau ; chaque p:èce est enrichie 
d. s oruemens qu, lui conviennent, tels 
que chnpite 11*, aicli.Uvves.fi esques, 
corniches , consoles, < nls-ile-lajipes, 
clai es-voies, têtes de chérubin . etc. 

Eglisç Itoj aie ou le Doute. - Forme. 
— La l'orme de cette ég ise est une croix 
grecque : dans le centre est le grand 
dôme soutenu par quatre gros piliers, qui 
sont percé-' pour laisser à découvert les 
quatre chapelles dans les diagonales. 
Les pilastres a pliqués contre des piliers, 
a'nsi que les colonnes qui sont de>aut, 
sont d'un ordre corinlli en, cannelés et 
exécutés dans la dernière perfection de 
même que lou le reste de l'ouvrage. 

Autel principal. — Cet autel est d'un 
goût admirable , tant par sa magnifi- 
cence que pour la correction du des- 
sin. Il est orné de bronze artislement 
travaillé. Aux côtés et sur le devant, s'é- 
levaient six colonnes torses, d'ordre 
composite, groupées trois à trois et en- 
tourées de pampres de vigne, d'épis de 
blé et de feuillages. Leurs chapiteaux, 
qui sont de feuilles d'acanthe, portent 
un entablement sur lequel s'élèvent 
quatre grands enroulemens ornés d'un 
compartiment rempli de roses et de 
fleurs de lys, au dessous et aux côtés, 
et de palmes. Au dessus s'élève un ri- 
che 

Baldaquin, garni de eampanilles. Au- 
tour et au dessus de ce baldaquin sont 
plusieurs figures d'anges et de chéru- 
bins. Les deux 

Chapelles principales qui terminent 
à droite et à gauche la largeur de la 
croix grecque , sont celles de la sainte 
Vierge et de sainte Thérèse. 

Chapelle de la Vierge. — Cette cha- 
pelle , qui a trente-huit pieds de pro- 
fondeur sur quarante de largeur, est 
d'une beauté reinarqnab'e. Son autel 
est pi icé s ims une croisée, dans une ar- 
cade smb.iissée, sur l'archivolte de 
laquelle sont deux figures de femme, 
dont l'une représente la Prudence et 
l'autre la Tempérance. Sous cet autel 
est un tabernacle accompagné de deux 
anges; au dessus est la statue en mar- 
bre d • la Yierge. Quant à la 

Chapelle de Sainte- Thcrhe, qui est en 
face de la précédente, elle a les mêmes 
proportions et possède la statue de la 



if.: 



so 



GUIDE 



î 



«Inte par Philippe Magnier. Aux deux parfaitement groupées, qui semblent 
côtés du tabernacle sont deux figures former des concerts de musique. Le la- 
d'anges , dont l'une est de Lemome et 
l'autre de Lapierre. Les deux figures 
de femmes qui sont placées sur l'archi- 
volte de la croisée représentent, l'une 
la Force, l'autre la Justice. 

Chapelles des Anges. Ces chapelles, 
qui ont quatre-vi; gt-qualorze pieds 
d'élévation sur trente-sis de diamètre, 
sont décorées de même dans leur archi- 
tecture et leurs ornemens. Huit colon- 
nes toutes d'ordre corinthien, élevées 
sur des piédestaux à égale distance, ont pendentifs est un entablement et un at- 
dans leur intervalle trois niches et tique en mosaïque , ornés de niédail- 
deux croisées, et portent un enlable- Ions en bas-reliefs, de douzede nos rois_. 
ment au dessus duquel est une espèce Cet attique sert de soubassement à 
de piédestal ou attique qui reçoit la vingt-quatre pilastres d'ordre compo- 
nais=ance de la voûte; il est revêtu de site, accouplés, entre lesquels sont 



bleau qui est à droite a été peint par 
Bon-Eoulogne ; celui de gauche , par 
Louis de lîoulogne. 

Les voûtes des quatre parties de la 
nef du dôme formaient quatre arcades, 
danslespendenlifs desquels sont autant 
de tableaux représentant les quatre 
évîingélistcs dans des bordures chan- 
tournées de plomb, dorées à l'huile. Ces 
tableaux sont de Charles de La Fosse, 
élè»e du fameux Lebrun. Au dessus des 



naissance i 
quatre groupes de figures en bas-re- 
liefs. Ces ligures sont entre quatre 
avant-corps ornés de sculptures, telles 
que boucliers , des branches d'olivier, 
de laurier et de palmes, entrelacées de 
tiges de lys.de roses et d'autres fleurs, 
selon les "dilférens symboles relatifs aux 
quatre pères de l'Eglise à qui ces cha- 
pelles sont dédiées. 

Après ces divers détails sur les cha- 



sont 
douze croisées qui éclairent cette partie 
du dôme ; elles sont ornées de riches 
chambranles avec des consoles d'où pen- 
dent des guirlandes. Les pilastres ser- 
vent à porter le dernier entablement 
d'où la première voûte s'élève. Des arcs 
doubleaux ornés de cassettes remplies 
de roses, et repondant aux pilastres 
de dessous, ont la même largeur que 
le bas et se rétrécissent par le haut. 



pelles, il nous reste à présenta parler Entre ces arcs doubleaux et au dessus 



du riche morceau qui fait le principal 
ornement de cette église, c'est-à-dire 
du 

Dôme et des beautés qu'il renferme, 
tant en architecture qu'en sculpture. 

Descr ; plion. — Dans la description 
que nous allons faire du Dôme , voici 
la marche que nous croyons devoirsui- 
vre.Nous allons commencer par lavoute 
du sanctuaire, et procédant ensuite par 
gradations jusqu'à la plus haute éléva- 
tion de l'intérieur du Dôme , nous par- 
lerons ensuile di s richesses que l'archi- 
tecture la plus savante nous offre en 
dehors. 



des vitraux: sont douze tableaux repré- 
sentant les douze apôtres , par Jean 
Jouvinet. 

La corniche qui est au dessus de ces 
tableaux a sous son larmier un gros 
cordon orné de pampres de vigne. Le 
milieu percé d'une ouverture circulaire 
de quarante-huit pieds de diamètre . 
dans laquelle sont des jours pratiqués 
avec un art infini. C'est dans celte der- 
nière voûte que nous voyons le grand 
morceau de peinture qui sert de cou- 
ronnement à tout l'ouvrage. Le peintre 
y a représenté saint Louis revêtu des 
ornemens de la royauté , entrant dans 



Intérieur du Dôme — Voûte du grand la gloire et environné d'anges , et pré- 



Sanctuaire. — Tonte la voûte du grand 
sanctuaire est ou peinte ou dorée. I)eux 
magnifiques morceauv de Noël Coypel 
fixent d'abord notre attention. Le pre- 
mier est un tableau de la Trinité, qui 
occupe toute la voûte de ce sanctuaire ; 
le second, qui est placé au dessous de 
ce même sanctuaire, représente l'As- 
somption de la Vierge. Cette partie est 
éclairée pardeux croisées, l'une adroite 
et l'autre à gauche ; dans leurs embrâ 



sentant à Jésus-Christ l'épée avec la- 
quelle il a triomphé des ennemis du 
nom chrétien. 

Ce riche tableau est de la plus grande 
exécution. Nous ne pouvons , suis ad- 
miration , reconnaître que l'habile ar- 
tiste a su , dans un espace de cinquante 
pieds de diamètre, ménager les accidens 
de lumière avec tant d'intelligence, 
qu'il a réussi à les faire briller partout 
avec la plus industrieuse économie , de 






sures, nous voyons des figures d'anges, manière que , dans une coupe aussi 



u 



DU VOYAGEPR EN EPROPE. 



Si 



spacieuse , il n'est aucun point de vue 
qui ne fasse l'impression la plus agréa- 
ble. C'est un des chefs-d'œuvre du cé- 
lèbre Charles Lafosse. 

Extérieur de l'église .façade princi- 
pale. _ Quant aux beautés du dehors 
de ce superbe temple, elles ne le cè- 
dent en rien à celles du dedans. La 
forme extérieure du dôme est un qua- 
drilatère régulier qui a vingt-huil toi- 
ses en (ont sens. Sa façade principale 
est au midi, du côté de la plaine de 
Grenelle. Nous voyons dans le milieu 
deux d flerens ordres d'architecture , 
ornés de colonnes et de pilastres , l'or- 
dre dorique en bas , et le corinthien 
au dessus. Un simple atliquc , orné de 
pilastres, est élevé sur l'ordre dorique 
aui extrémités de la même face et 
dans celle des deux côtés. Un 

Grand perron carré de quinze mar- 
ches, placé au milieu de la façade prin- 
cipale, sert à monter sous le portique 
de l'église , qui est en avant-corps. Il 
est orné de six colonnes doriques, der- 
rière lesquelles il y a un pareil nombre 
de pilastres. Quatre de ces colonnes 
sont sur le devant et deux autres près 
de la porte de l'église. 

Quant aux autres colonnes moins 
avancées que les quatre autres, elles ac- 
compagn ni de part et d'autre deux ni- 
ches dans chacune desquelles est une 
statue de marbre blanc. L'une , qui est 
vers l'occident, représente saint Loirs 
en habit de guerre; et l'aut;e, qui est 
de l'autre côté, représente Charlema- 
gne, la couronne de France sur la tète 
et revêtu d'une cuirasse à la romaine. 

Au dessus de l'entablement dorique 
s'élève un ordre corinthien de colonnes 
et de pilastres qui répondent à l'ordre 
de dessous. Au devant de deux pilastres 
altiquessont qualie figures de femmes, 
dont les deux qui sont les plus proches 
du centre, représentent la Justice el la 
Tempérance; et les deux autres plus 
éloignées, la Prudence et la Force. L'a- 
vant-corps du milieu est terminé par 
un fronton , dans le tympan duquel 
nous remarquons l'écu des armes de 
France. 

Des deux côtés du fronton et un peu 
au dessous dans le pourtour de l'église, 
règne une balustrade de pierre à hau- 
teur d'appui. 

Faces latérales. — Les deux faces 
latérales ont chacune uu avant-corps 



au milieu du bâtiment , où sont des 
tables saillantes qui portent l'enlable- 
ment dorique sur lequel s'élève l'atti- 
que. Quatre pilastres servent à porter 
un grand fronton, dont le milieu est 
rempli par les aimes de France et par 
divers orneuieus de sculpture. 

Dôme. — Le dehors île ce dôme est 
décoré d'une ordonnance de quarante 
colonnes c mposites posées sur un sou- 
bassement qui sert à élever tout cet 
édilice, pour le mieux voir d'en bas et 
d'un point de distance proportionné 
à toutes les parlies; trente-deux co- 
lonnes sont employées à cantonner huit 
massifs qui servent de piliers baltans 
au dehors; les huit autres sont accou- 
plées au devant de quatre trumeaux 
dans le milieu des quatre axes des qua- 
tre faces de ce monument. Un attique au 
dessus de l'ordre composite est décoré 
de douze croisées plein-cintre. 

Pour servir d'amortissement à tous 
les massifs ornés dans l'attique , il y a 
sur la corniche des socles qui portent 
des candélabres. Derrière s'élève le 
cintre du dôme. Il est fait en manière 
de coupe renversée et d'une forme ad- 
mirable. Les ornemens qui l'accompa- 
gnent sont dune richesse surprenante. 
De larges côtes qui répondent aux mas- 
sifs de dessous ont, dans leurs inter- 
valles, de grands trophées d'armes en 
bas-reliefs et autres ornemens dorés à 
l'huile. 

Au milieu de ces trophées sont des 
lucarnes formées par des casques dont 
les wsières servent à éclairer la char- 
pente intérieure du dôme : au dessus 
du cordon où les trophées sont attachés 
et où les côtes se terminent, est une 
campanule très riche, qui s'étend jus- 
qu'à un cordon et à des consoles qui 
portent une plate-forme circulaire d'où 
s'élève une 

Lanterne environnée d'un ba'con de 
fer, le tout entièrement doré. Celte 
lanterne e;l tout à jour, à quatre arca- 
des et douze colonnes, dont quatre plus 
saillantes, qui sont isolées, portent qua- 
tre slalues qui représentent autant de 
vertus. Au dessus de la lanterne est un 

Obélisque semé de (leurs de lys, qui 
porte un globe aussi revêtu de fleurs 
de lvs, au dessus duquel est une croix. 
La " 

Grande calotte intérieure du temple 
de ce dôme est toute de pierre de 



» 



GtTDE 






■: 



taille. Au dessus est une imraanse et 
magnifique charpente faite avec tout 
l'art possible; elle est revêtue de 
plomb, de manière que 'injure du 
temps ne peut y faire aucune impres- 
sion. 

Ici se borne la description de l'hôtel 
et île l'église royale îles I valides, main- 
tenant nous allons continuer notre pro- 
menade. 

Départ des Invalides. 

Suivons 1' 

Avenue de Tourville, elle nous con- 
duira à r 

Ecole Militaire, qui et le s:ul édi- 
fice qui nous reste à voir dans celle 
promenade. 

Destination. — Aini que son nom 
l'indique , ce bâtiment fut fondé en 
1731 par Louis XV pour l'éducation 
gratuite de cinq cents jeunes nobles, 
fis de païens morts au service. Depuis 
long-temps celle école n'est plusa'.'fec- 
tée à sa destination primitive : elle sert 
de caserne et contient environ 3,000 
hommes d'infanterie et cavalerie. 

Description. — Façade principale. 
Cette façade, qui regarde l'avenue Fou- 
tenoy, est décorée par une ordonnance 
dorique que surmonte un ordre ioni- 
que. Au centre de cette façade est un 
avant-corps formé par des colonnes co- 
rinthiennes dont la hauteur embrasse 
les deux étages : il supporte un fron- 
ton surmonté d'un attique couronné 
par un dôme quadrangulaire. Le 

Vestibule q'ii s'ouvre sur l'avant- 
corpî du centre de cette façade e t or- 
né de quatre rangs de colonnes d'ordre 
toscan et de quatre niches dans les- 
quelles on a placé les figures en pied 
du maréchal de Luxembourg, du comte 
de Tureune, du prince de Coudé et 
du maréchal de Saxe * Au 

Prefnier étage est 1S' salle du conseil, 
ornée d'atlribuls militaires et de ta- 
bleaux représentant des batailles. 

Considérons maintenant la façade qui 
regarde le Champ-de-Mare,. 

Façade du enté du Champ-de-Mars, 
— Cette façade présente deux rangs de 
croisées au rez-de-chaussée et au pre- 
mier, chaque rang se compose de vingt 
et une ouvertures, portes ou fenêtres, lu 
centre est un avant-corps orné de co- 
lonnes corinthiennes qui embrassent les 



deux étages et supportent un fronton 
orné de bas— reliefs ; derrière est le 
dôme quadrangulaire dont nous avons 
parlé. 

Après cette description succincte de 
l'Ecole-Ml it.tire. pa-sons à celle du 

Champ-de-Mars. — On donne le 
nom de Champ-qe-IHars à ■■elle vaste 
place qui s'étend depuis lEcole-.llili- 
luire jusqu'à la roule qui borde la rive 
de la Seine. Son plan est un parallé- 
logramme régulier, bordé par des fos- 
sés revêtus en maçonnerie, et munis de 
guérites aux cinq entrées et ;iux paral- 
lélogrammes. Lesdeuxcôfésdu Chauip- 
de-llars sont ornés intérieurement de 
qu.ilre rangées d'arbres d'une fort belle 
venue. Ce cb.amp Oit jusqu'à l'année 1770 
un terrain occupé par des maraîchers; 
destiné d'abord aux exercices des élè- 
ves qui composaient l'Ecolc-Militaire, il 
servit long-temps après aux exercices 
militaires. Il sert aujourd'hui aux gran- 
de- revues et aux courses aux chevaux. 

Glacis ou gradins du Champ-de- 
Mars. — Dans l'origine, le Champ-de- 
Mars n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. 
Ava„t l'année iTUa. ses glacis ou gra- 
dins n'étaient pas élevés. Ce fut à celte 
époque seulement et lors de la fédéra- 
tion, qu'ils furent élevés, afin que tous 
les spectateurs fussent témoins du ser- 
ment qui devait s'y prêter. Douze mille 
ouvriers y furent employés, mais l'ou- 
vrage avançait peu ; les habitans de Pa- 
ris résolurent de prendre part à ces 
travaux, et l'on vit alors des soldats, 
des femmes et des religieux travaillant 
tous ensemble pour élever ces gradins, 
qui furet: t achevés avec une prompti- 
tude incroyable. 

Pour terminer ce qui a trait au 
Champ-de-Mars, il ne nous reste plus 
qu'à rappeler les divers souvenirs his- 
toriques qui s'y rattachent. 

Souvenirs historiques. — C'est dans 
ce lieu qu'on prononça en 1792 la dé- 
chéance de l'infortuné Louis XVI, et 
que le sage ISailly, maire de Paris, per- 
dit la vie sur l'échafaud. C'est ici qu'on 
célébra les anniversaires de la fédéra- 
tion du li juillet et les fêtes de l'Elre- 
Suprème. de la liaison et de la journée 
du 10 août. C'est encore ici qu'eut lieu, 
en 1815, l'assemblée du Chauip-de- 
Mai , où Napoléon pas^a en revue 
toute la garde impériale et environ 



DU YOÏAGEUR EN EUROPE. 



35 



soixanle mille hommes de la garde na- 
tionale de Paris; ce fu: là enfin que 
Charles X pa sa la dernière revue de 
la garde nationale parisienne, si étran- 
gement licenciée le lendemain, 

Au bout du Chauip-de-Mars est le 
sueprbe 

J ont cVIêna ou de l'Ecole-Mililaire, 
qui a été construit en 1813, sur les des- 
sins et sous la conduite de l'ingénieur 
Lamandé. Ce pont, qui est composé de 
cinq arches à plein cintre dont le dia- 
mètre est de vingt-huit mètre?, offre à 
ses deux extrémités quatre piédestaux 
en pierre de Châleau-Landon, dest nés 
à porter de si ji tue . Au-dessus < e cha- 
que i ile, et dam l'interval e de- arches 
étaient sculptés des aigles entrelacés de 
couronnes; maintenant ce' scu'plures 
sont remplacées pur d'autres sigr.es. 

Ici se borne notre deuxième prome- 
nade, à demain la troisième. 

Troisième promenade. 

Dé pur t. 

Quittons 1' Pont-Neuf et suivons le 
Quai rie l'Ecole. Là i:OUS trouvons 

sur ure place de peu d'.p;a;cnce une 
jolie foulai' e qu'on a pelle 

F nt ine de t'fùnte. — Cette fon- 
taine, qui fut construite en 1806 se com- 
pose dm e mase carrée qui s'élève i'U 
milieu d'un bassin i irculaire surmonté 
d'u i vaseoméedeba«-reliefs.I/iau jail- 
litd'un mascaron de bron?e placé surcha- 
que face du soubassement. Continuons à 
suivre le qu i, là vient te dévelop^ er à 
nos regards le 

Louvre. 

« L'étranger, à l'aspect Je celte masse 
imposante et majestueuse, s'arrête saisi 
(J'admi ration , et s'aperçoit bierilôr (pie celle 
superbe demeure ne pouvait être destinée 
qu'à des rois , qu'aux chefs d'un grand 
peuple. » 

H siniiqiic. — Vn voile éra's cache 
l'origine du Louvre ; el'e se r erd cornue 
relie des a i iennes r ilés, « an~ l'obscu- 
rité des temps. Ceoend/i.t, si i n rli- 
p'ôme cité p.T Puhoiil y est authen- 
tique, il faudrait croire (|ue le Louvre 
existait déjà du temps du loi Daeoberl, 
c'est-à-dire veis le mi ieu <\u ep- 
lième s è< 1 ■ ; nu i* en sui po ant qu'on 
puisse di nner à son origine cette haute 
antiquité, il faut croire en même temps 

FftlKQE. 



que ce n'était pas une maison royale, 
ou qu'elle jouissat : lors de jeu de re- 
nommée, car les historiens de la pre- 
mière dynastie n'en font aucune men- 
tion, tandis qu'ils parlent souvent de 
Vincennes, de Ruelle, de Saint-Denis 
et d'autres maisons de plaisance que 
nos rois avaient alors coutume de par- 
courir, et qu'ils habitaient plus volon- 
tiers que la ville. Il n'existe pas de 
preuves sufii antes pour faire adopter 
une origine si ancienne ; mais ce serait 
aussi la rapprocher beaucoup trop de 
nos temp- modernes, que de l'attribuer 
à Ph linpe- Auguste, co me l'a fa t Du- 
haillaut. L'erreur qui a fait regarder ce 
prince comme le f nda eur du Louvre, 
vient de ce qu'effectivement il en répa- 
ra les co structions. Ce t lui qui rit 
élever celte gios-e tour, connue alors et 
même long temps après sous le nom 
de Tour-Neuve. S'il eût fait bâtir le 
château en ier, R gord, son hMorien, 
n'aurait i as manqué d'en faire men- 
tion. Le nom neuve, qui fut donné à la 
tour de Philippe-Auguste, prouve qu'il 
en exis ail d'iiulres qui avaient «'té ion- 
struilcs aui aravant. En effet, cette 
tour, que R gord appelle netne, parce 
qu'il n'y avait <iue dix i ns qn'ell • était 
b't'e lorsqu'il écrivait, occupait au mi- 
lieu du Louvre la place d'une autre 
tour qui a\ ait aussi porlé le même i.om. 
Repuis on l'appela Grose-Tour. 

Sou-» le règne de Louis-le-.leune, on 
trouve di-s actes où ce château est nom- 
mé Louvre, sans qu'il suit ind que si ce 
nom i rovenait de i'édilice lui-même, 
ou du terrain sur lequel on l'avait bâti. 
Le plan du Louvre était un parallélo- 
gramme, et s'étendait en longueur de- 
puis la riv ère jusqu'à la rue Béarnais, 
et en largeur, d puis la rue Froidman- 
leau j i qu'à celle d'Autriche, aujour- 
d'hui de l'Oratoire. Il consistait en plu- 
sieur^ corps de loeis d'une architecture 
si i pie et si grossière, que la f ca 'e 
re semblait à quatre ai's de muraille 
percés de cro's es longues et élioiies, 
( ù I ■ jour ■ onv il à peine pénéirer, et 
placées au hasard le^ une" sir les au- 
tres <~le châle n, d". il'eius, é'a t 'o li- 
flé. (1 nqué d'un rrand no i brp d • ton s, 
et environné de larges et p ofonds os- 

SIS. 

Les plus cornues de ce tours sont : 
la gress.' tour du Louvre la lo r de la 
Librairie, la tour de l'Artillerie, la tour 






'* 



54 



GUIDS 



de Windal, la tour du Bois, la tour de transportés après au couvent des Cèles 
l'Ecluse, enfin la tour Neuve du pont tins, le 18 décembre 137-2 , par ordri 



des Tuileries. 

La tour du Louvre, qui était ronde et 
sembla!) e à celles de la Conciergerie 
du Palais éiaitle lieu où tous les grands 
vassaus étaient tenus de venir tendre 
hommage. Celait, dit Saint-Fpîx. un: 
prison toute préparée i our eux s'ils y 
manquaient. Ilappelous les divers sou- 
venirs historiques qui s'y rattachent. 

Souvenirs historiques de la Tour du 
Louvre. 

« Et c'était une tradition qu'il existait 
des souterrains dans cette tour où l'on se 
défaisait des criminels qu'on ne voulait pas 
faire mourir en public. » 

C'était dans celle tour que l'on ren- 
fermait , ou les vaincus illustres, ouïes 
grands coupables. C'est là que «aint 
Louis fit conduire EnguerranddeCou -y, 
qui avait fait pendre troi jeunes gentils- 
hommes flamands pour avoir poursiiivi 
sur ses terres des lapins qu'ils avaient 
fait lever sur celles de l'abbaye. C'est 
là que Couy , comte de Flandre, fut 
amené avec .'es ënfaiis pour avoir pris 
les armes contre Piiilippe-le-Bel , en 
1299. Ce fut dans cette même tour que 
Louis, comte de Flandre et de Ne- ers, 
et Jean , comte de Richemont et de 
Montfort, furent renfermés sous le rè- 
gne do Charles-le-liel et de Philippe 
de Valois, le premier pour avoir obligé 
ses sujets à lui rendre hommage, ce qui 
était contraire à un traité fait en 1310 ; 
le second pour avoir usurpé la Bretagne. 
G'eslencore dans cette tour qtie ce roi de 
Navarre- i funeste à la France, Charles II, 
dit le Mauvais, fut deux lois prison- 
nier par o die du roi J au : d'abord à 
cause de l'assassinat de Charles d'Es- 
pagne, connétable de France, convaincu 
ensu te d'avoir excité les Ang'a's à 
envahir le royaume; enfin ce fut dans 
cette tour que Louis XI lit renfermer , 
en 1474, Jean II, duc d'Alençon. 

Maintenant que nous connaissons les 
divers souvenirs historiques qui se 
rattache il à celle tour , examinons 
successivement les autres. 

La tour de la Librairie reçut le nom 
qu'elle portait parce qu'elle servit de 
dépôt à la bibliothèque de Charles V. 
Nous ns savons antre chose de la tour 
de l'Artillerie sinon que les arsenaux 
du Louvre, qui y étaient établis, furent 



re 

du roi Charles IX. La tour de Windal 
élait située sur le bord de la rivière et 
attachée à la porte d'une des basses 
cours. La lour du Bois fut bà je en 1382 
par ordre de Louis XI. Elle était si- 
tuée vis-à-vis la tour de Nesle. entre 
la Seine et la ba se cour du Louvre, et 
environnée de fusses profonds. La tour 
de l'Eclu e retenait par des vannes l'eau 
du fleuve dans les fo-sés. Enfin la loin- 
Neuve du pont des Tuileries était près 
du logis du prévôt de l'hôtel et du pont 
des Tuileries. 

Depuis Philippe - Auguste jusqu'à 
François I" r aucun changement re- 
marquable ne fut 'ait dans le Louvre. 
En 1339, lorsque Charles-Quint vint à 
Paris, Fiancois L r fut obligé d'y faire 
de- réparations considérab'es pour le 
rendre digne de recevoir ce monarque. 
Les travaux, dont l'effet étailsans doute 
insuffisant pour la restauration entière 
de l'édifice, lui firent naître l'idée de 
le faire entièrement abattre et de con- 
struiie à la i lace un palais plus digne 
de la majesté des rois et de l'état de 
civilisation où la nation élait parvenue. 
A cet'e époque , les beaux-arts s'élaient 
introduits eu France à la voix d'un 
prince qui les aimait et les protégeait : 
les plus grands arlite; de l'Italie étaient 
à la cour; de ce nombre était Pierre 
Le^cot, l'un des plus grands artistes de 
sou siècle. Ce lut lui qui présenta au 
roi le pan de ce magnifique palais 
dont les travaux présentent trois épo- 
ques principales : la première sous 
François l' r , Henri II cl Louis XIII, la 
deuxième sous Louis XIV , et la troi- 
fième qui appartient au règne de 
Loirs XV. 

Premier'? époque. — Ce fut en 1341, 
c'esl-à-dire cinq années avant la mort 
de Fiancois I ,r que le nouveau bâti- 
ment commença à sortir de terre. En 
1348, Henri IÎ fit continuer l'ouvrage 
commencé par son père. La partie éle- 
vée sous ces deux rois et celle qui fait 
l'angle de la cour actuelle, A partir du 
pavillon qui occupe le milieu de la fa- 
çade méridionale jusqu'au gros pavil- 
lon surmonté d'un dôme qui est opposé 
à la colonnade. Cette partie est la seule 
qu'on eut complètement achevée du 
côté intérieur sur les dessins de Pierre 
Lescot. La façade offre un ordre corin- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



33 



thien surmonté de deux composites dont 
un est atlique. 

Pendant les règnes courts et agités 
des rois qui se succédèrent depuis 
Henri II jusqu'à Louis XIII , il se rit 
peu de changements cl d'augmentations 
dans la construction du Loutre. Cathe- 
rine de Wédicis commença la grande 
galerie du Louvre, et fit le château des 
Tuileries. Charles IX , Henri III et 
Henri IV continuèrent après elle, sans 
toutefois y mettre un grand intérêt , 
quelques parties du Louvre et de la ga- 
lerie. On ne songea que sous Louis XI II à 
achever la belle façade dont nous ve- 
nons de parler; et Jacques Lemcrcier, a; - 
chitecle protégé par le card.nal de Riche- 
lieu, fut chargé de la direction decel ou- 
vrage. Il suivit les dessins de Lescot, 
dans toute la partie qui est nu delà du 
pavillon du milieu, mais il crut devoir 
s'en écarter dans la con-truclion de ce 
pavillon, et c'est une faute qu'on ne 
peut trop lui reprocher. Il couronna 
l'atliqne de Lescot de huit figures en 
bas-reliefs, modelées par Sarrazin, elles 
furent surmontées par un dôme, le seul 
qui reste aujourd'hui dans cette cour. 
Le même architecte construisit le vesti- 
bule orné de colonnes qui est au rez- 
de-chaussée de ce pavillon, et ce mor- 
ceau tl'est pas sans mérite. Il parait que 
ce fut aussi dans ce temps là, et tou- 
jours sous la direction de Lemercier, 
qu'on éleva, en se coi formant encore 
au plan de Lescot, l'autre partie de 
cette aile du Louvre où étaient jadis 
l'acad 'mie française et celle des belles 
lettres. Ce fut toutefo's un des premiers 
changemens survenus dans le plan ori- 
ginal. Suivant ce plan , le Louvre ne 
devait avoir en étendue que le quart de 
la superficie occupée par la cour ac- 
tuelle. Le projet devint p'us vaste sous 
Louis XIH, on le quadrupla. 

Deuxième époque. — Tel était l'état 
de ce palais lorsque Louis XIV com- 
mença à gouverner lui-même. Voulant 
que tout autour de lui eut de la gran- 
deur et de la majesté, il ordonna que le 
Louvre fût achevé et rendu digne de 
sa noble deslina ion. Claude Perrault 
présenta un nouveau plan qui fut 
adopté, et dès-lors on commença à élever 
celle fameuse colonnade qui fait face à 
l'église Saint- Germain- l'Auxerrois et 
que nous allons examiner. 
Colonnade du Louvre. Cette face 



de l'édifice consiste en trois avant-corps 
unis entre eux par des péristyles. Elle 
a quatre-vingt-sept toises de longueur. 
Sa princ pale porte est dans l'avant- 
corps du milieu. Les péristyles sont 
composés de colonnes accouplées d'or- 
dre corinthien, et placées au premier 
étage. L'intérieur de- péristv les et les 
sollites sont entièrement décorés de 
feuillages et d'enlrelas, exécutés avec 
une grande déli alcse. La cimaise du 
fronton esl formée de deux pièces feu- 
lement, qui ont chacune 54 pieds de 
longueur quoiqu'elles n'aient que 18 
pouces d'é| ai seur. L'ordre coriiuh en 
qui compose la colonnade est admira- 
ble, et d'une belle proportion. 

Troisième époque. — Sous le règne de 
Louis XV on acheva, d'après le système 
de Perrault, toutes les parties de la cour 
du Louvre, qui lorment Tant. le depuis le 
vestibule, ou pavillon de la colonnade , 
jusqu'à celui île la rue du Coq. L'ar- 
ch tecle Gabriel, n'ayant point trouvé de 
détails d'ornemens , fut dans la néces- 
sité „de les composer lui-même, et la 
vérité force à dire que toute cette par- 
tie de décoration , soit pour le goût, 
soit pour l'exécution, est loin de répon- 
dre au beau caractère de la sculpture 
faite du temps de Pierre Lescot. 

Après cet exposé historique et des- 
criptif du Couvre, il ne nous reste qu'à 
examiner ses 

fias-RelieJs. — Fronton de la colon- 
nade. — Au dessus du cintre nous 
remarquons une victoire , les ailes 
déployées, les bras étendus et tenant de 
chaque main une couronne de laurier; 
elle est montée sur un char attelé de 
quatre chevaux, et accompagnée de 
deux cnf.ins qui portent des palmes. 
Dais le fronton, les sciences elles arts, 
Minerve, la Victoire, forment un groupe 
de quatorze figures qui entourent le 
bus:e de Louis XIV, et l'histoire écrit 
sur le piédeslal qui le supporte, Ludo- 
vico Dfagno. 

Ces deux ornemens de sculpture du 
plus grand style et d'une très-belle exé- 
cution, sont le premier de M, Calelier 
et le second de Lemot. 

Fronton Intérieur de la Façade du 
bord de l'eau. — Minerve debout sur un 
trône, et entourée de figures allégori- 
ques des sciences et des arts. 

Fronton extérieur du même côté. — 
Dans le cintre, au dessus de la croisée, 



se 



GUIDE 



deux enfans dont l'un tient une épëe et 
une brandie de palmier, et l'autre une 
l\rc et une brandie île palmî r; à leurs 
p'ieds sont des attributs de la guerre et 
des arts. 

Fronton intérieur de la façade, côté 
de lu rue du Coq. — Minerve , un génie 
ailé, Cy bêle, Mercure, et autres em- 
blèmes des sciences et des arts, etc. 

Fronton extérieur du même côté. — 
Des figures allégori |ues de la guerre 
avec tous les attributs qui les caracté- 
risent. 

Fronton extérieur du vieux Louvre. 

Les armes de Fiance entourées de 

trophées. 

Souvenirs historiques. —Ce fut dans 
ce palais (le vieux Louvre ) que Cathe- 
rine de Médicis conçut et prépara le 
massacre de la Saint-Barthélémy. En 
1591, Charles, duc de Mayenne, fit pen- 
dre, dans une des salles de ce palais. 
quatre des principaux chefs de la Ligue 
pour venger la mort du président Bris- 
son et des conseillers Lai cher et Tardif, 
que ces factieux avaient Indignement 
fait périr du même supplice. Ce fut 
aussi dans la grande salle du Louvre 
que se tinrent les états de la Ligue, con- 
voqués par ce même duc de Mayenne. 
Henri IV, frappé par Ravaillac, fut ap- 
porté dans cette même salle, dite alors 
salle des Gardes, où il expira sans 
avo'r pu proférer une seule parole. 
Le 29 juillet -18:50, ce palais fut témoin 
de la bravoure prisiet'ii •■. Les Suisses. 
battus la veille de tous les côtés, se re- 
tranchèrent dans cet éd fi' e, des colon- 
nades duquel ils faisaient un feu meur- 
trier sur les assaillans. Dans cette cir- 
constance le succès devait être rapide, 
ou il échappait; les Parisiens le senti- 
rent. Marcher l'arme au bras sur la 
porte du Louvre, la briser, c'était le 
seul moyen d'en finir sans demie; mais 
ce moyen é lait terrible, car il livrait à 
une mort certaine les audacieux qui 
oseraient marcher au premier rang 
Qu'importe! cela était possible, cela 
fut. Une première colonne se précipite; 
e'ie reçoit le feu des assiégés, les rangs 
s'ërlaircis' eut . mais aussilôt d'autres 
combattant s'élancent, les Suisses à la 
vu^ d'une réso'uUon si énergique et si 
s iblinie «oit Trappes de terreur: à peine 
songent- ls à se défendre ; ils ne com- 
bat lent pi s. ils pensent à la retraite. 
La grille du Louvre est eufoucée, les 



citoyens se jettent sur les pas des enne- 
mis qu'ils viennent de vaincre. Ceux- 
ci fuient dan- la cour, dans les galeries 
et même sur les quais; et tous ceux qui 
parviennent à s'échapper vont porter à 
la ré.-erve du duc de Raguse la nouvelle 
de la piise du Louvre. 

Si nous sortons du Louvre par le pa- 
villon de l'horloge, nous nous trouvons 
sur la 

Place du Muséum sur laquelle donne 

r 

Entrée du Muste royal. — Ce musée 
comprend la galerie des tableaux, les 
superbes salles des anli ues, la galerie 
des dessins et le cabinet des gravures. 
On trouve dans les salles des livres d'ex- 
plication que l'on ne peut se dispenser 
o"e se procuret. L" Musée est ouvert le 
dimanche au public, depuis dix heures 
du ma in jusqu'à quatre. Les étrangers 
qui voyagent sont s uls admis pendant 
la sen aine, sur la présentation de leurs 
passeports ou | ermis de séjour. 

Continuons notre promenade, nous 
voici dans la 

Hue du Carrousel, au bout de laquelle 
est la place du même nom. 

l' lace du Carrousel ! — Cette p'ace qui 
a été ouverte pour dégager la façade 
orientale du châ eu des Tuileries, doit 
son nom au carrousel que Louis XIV 
donna à sa mère et à sa femme. L'or- 
nement le plus remarquable de cette 
llace est V 

Arc de Triomphe , qui fait face à la 
porte cenlrale des Tuileries et qui a été 
élevé en I80(i pour célébrer les hauts 
fails de la Grande Armée française 
après la mémorable campagne de 18 o. 

Description. — A l'imitation des arcs 
de Constantin et de Septime-Sévèr'e, il 
présente trois arcades ; celle du centre 
a quatorze pieds d'ouverture: les arca- 
de* latéral s en onl huit et demi. Cet 
arc a 4o "iede d« hauteur. (10 de largeur, 
et -0 1/2 d'épaisseur. Ces trois arcades 
sont transvers dément coupées par une 
arcade dont la direction se correspond 
de l'une à l'autre, et traverse cel'e des 
trois arcades de f ce. Chacune de ces 
deux faces est ornée de huit colonnes 
de marbre rouue d'ordre corinthien 
dont les liae« et chapiteaux sont en 
bronze. A l'a lomb de ces colonnes, et au 
devant de l'altique , s'élèvent autant de 
statues de soldats français de diverses 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



armes. Au dessus de l'atlique, que sur- 
monte nu double socle, s'élève un 

Quadrige ou Char de triomphe au- 
quel sont attelés quatre chevaux de 
bronze guidés par la Victoire et la Paix. 
Bas-lieliejs. — Sii bas-reliefs en mar 
bre blanc qui retracent les événeinens 
les plus remarquables de la campagne 
de 1803 décorent les quatre faces de 
cet arc de triomphe. 

Passé l'arc de triomphe, nous en- 
trons dans la 

Cour (lu Palais des Tuileries, qui 
est séparée de la pince du Carrousel par 
une simple grille de fera lanees dorées. 
Celte grille re ose sur un mur d'appui 
de quatre pieds de haut et est soutenue 
de distance en distance par des colon- 
nes surmontées par des boules dorées. 
Des massifs supportant des s atues mar- 
quent les entrées de la cour qui sont au 
nombre de trois dans l'étendue de la 
grille. Les slalues de la porte du côté 
du nord sont deux vic:ores, par Pctitot; 
à la porte centrale est l'arc de triomphe; 
enfin celles de la troisième, au midi, 
sont la France et l'Hisloire. Quant à I' 
Intérieur de ta cour, elle forme un 
parallélogramme presque aussi vaste 
que le Carrousel, séparé par deux lignes 
de bornes de granit liées entre elles par 
des chaînes de fer. C'est là qu'a lieu tous 
les jours à dix heures la îarade de la 
garde nationa'e. 

Château des Tuileries. 

« Que d'intrigues et de complots se sont 
trames dans ce château! » 

Historique. — Ce palais a été ainsi 
nommé, i-arce qu'il est situé sur un 
terrain où l'on avait anciennement établi 
des tuileries. Charles IX ayant par le 
conseil de sa mère ordonné de démolir 
le château des Tournel!es,!a reine voulut 
en faire bâtir un autre plus vaste et 
plus magnifique. La po ilion de ces lui- 
leries étant fort belle, lui parut propre 
à ce dessein: elle acheta donc les bâti— 
mens et les terres voisines, et fil com- 
mencer en même temps le palais et le 
jardin. Les deux plus haMIes archi- 
tectes français, Philibert de Lorme et 
Jean Bullant, furent chargés d'en faire 
te plan qu'ils présentèrent en 1868 , et 
dès le mois de mai de celte année on 
commença les travaux. On travaillait 
alors avec une grande ardeur à ce palais. 



S7 

Il était déjà composé des deux gros pa- 
villons du mil eu , des deux corps de 
iogi< qui l'acco npagnenL et de* deux 
pavillons qui viennent immédiatement 
après, lorsque Catherine, saisie d'une 
crain e superstitieuse, lit ces er lout-à- 
conp les travaux. Un astrologue avf.it 
prédit à cette princesse qu'elle mourrait 
auprès de Saint-Germain. Les bàii- 
mens commencés et abandonnés par 
Catherine de Médicis . furent repris et 
continués sous Henri IV. Ils furent enfin 
achevés sous le règne de Louis XIII, 
sur les dessins de Danereau , qui ne 
manqua point, suivant l'usage adopté 
par la plupart des architecles, de chan- 
ger l'ordonnance et la décoralion de 
ceux qui l'avaient précédé. Louis XIV, 
choqué dis disparates qu'offrait ce 
palais , voulut mettre de l'ensemble 
dans ses parties, et Louis Leveiu fut 
chargé de ce raccommodement. 

Jh scri/jtinn.— Extérieur. — Faça<lc. 
— La fac de de ce palais consiste en 
cinq pavillons et quatre corps de logis 
sur une même ligne, dans une longueur 
de cent soixante-huit toise». Le pavillon 
placé au centre de la façade a une 
forme quadrangulaire que couronne 
une petite galerie. Son avant-corps est 
décoré au rez-de-chaussée de dem sta- 
tues anti mes de marbre , représentant 
un Apollon et un Faune ; ces stalues 
sont placées dans deux niches prati- 
quées des deux côtés de la porte. Le 
fronlon e9l décoré du cadran d'une 
excellente horloge rie Lepaule , placée 
entre deux slalues à demi-couchées , 
représentant la Justice et la Prudence. 
Les corps de logis qui suivent, ainsi 
que les deux pavillo.is des extrémités, 
sont d'un ordre composite, en pilaslres 
cannelés et surmontés d'une attique 
ave>' des vases sur l'entablement. 

Intérieur. — On enlre dans les ap- 
partenions de ce palais par un grand 
Visiilui'e, pratiqué dans le pavillon 
du milieu, et dont le fond un peu bas 
est soutenu d'arcades formées par des 
colonnes Ioniques. A droite de ce ves- 
tibule est placé le 

Grand escalier auquel Louis-Philippe 
a fall subir de nombreux changemens 
que nous ne connaissons pa" assez pour 
pouvoir en parler. La salle dite des 
Cent-Suisses est au premier. Au palic . 
supérieur est le 

Salon de la chapelle. La 







e».: 



38 



GUIDE 



Chapelle est entourée de deux ordres 
de colonnes en pierre et en stuc, for- 
mant de trois côtés au premier étage 
des tribunes. Au fond est l'autel , sur 
le devant est la tribune du roi 
l'orchestre au dessus d'elle. La 

Salle de spectacle, qui se trouve dans 
le voisinage , est décorée d'un rez-de- 
chaussée de colonnes ioniques. La loge 
du roi est placée vis-à-vis la scène ; a 
droite et à gauche se développent des 
amphithéâtres en corbeille réserves 
aux dames. La 

Salle des Maréchaux occupe le pa- 
villon central. Les portraits des mare. 



de-chaussée. C'était ce dernier qu'oc- 
cunait Madame la duchesse de Berri. 

Maintenant que nous connaissons en 
entier le palais des Tuileries , allons 
ayant joindre le jardin , en passant sous le 
pavillon de l'horloge. 

Jardin des Tuileries. 



Promenade. 

« Ce beau jardin est le rendez-vous des 
élégantes et des bonnes ! v 

Au sortir du pavillon central , nous 
remarquons un jo'i 
Parterre, formé depuis 1830 et divisé 

srSce^rir^n^aFne: «^H^ïS^-Si^S 

ment de celte salle. De cette pièce on respond a 1 allée principale du jardin, 
«unique au , En suivant la gnlle de ce jardin, a gau- 

Salon des nobles, lequel a six croisées 
sur ses faces. Au pi fond sont peints 
des sujets militaires traités poétique- 
ment. De là nous passons dans la 

Salle du trône, qui est éclairée par 
trois croisées qui donnent sur la cour. 
La 

Salle du conseil qui vient après, n'a 
de remarquable que ses cheminées sur 
lesquell sM.Taunay a sculpté l'Histoire 
et la Renommée, entourées de troph'es 
militaires. A l'extrémité des grands 
aipartemens nous voyons la 

Galerie de Diane, dont le plafond 
offre des copies de peinture du palais 
Farnèse à Rome. Derrière est Y 

Appartement de service du roi qui a 
vue sur le jardin. Cet appartement est 
composé de deux salons , du cabinet 
du roi , d'un second cabinet , d'une 
chambre à coucher et d'un cabinet de 
toilette. Tousles plafonds de ces diverses 
pièces offrent des peintures fort remar- 
quâmes ; celui de l'antichambre, peint 
en 1810, représente Mais faisant le 
tour du monde , et marquant chaque 
mois par des victoires. Tous les autres 
olîrent des allusions flatteuses à la vie 
de Loirs XIV. 

Après l'appartement de service du 
roi vient le 

Pavillon de Flore ; les apparte- 
nons qui le composent sont fort ëlègans 
et bien décorés. Au dessous du rei-d'e- 
chauss'c sont les 
Cuisines. Le 

Pavillon Marsan est à l'opposé de 
celui-ci: il contient deux anpartemens 
complets au premier, et l'autre au rez- 



che nous arrivons à la 

Terrasse du bord de Veau , qui est 
plantée de tilleuls taillés eu rideau. 
Parmi les i ombreuses 

Statues dont cette terrasse est ornée, 
nous remarquons deux Nymphes (par 
Coustou); un laboureur en repos (par 
Le Maire) ; un chasseur en repos (par 
Couslou) ; le groupe de Laocoon. Vers 
le milieu de cette terrasse et à droite, 
nous remarquons un 

Escalier, dans le mur duquel est la 
Statue en bronze de Clèopalre. Près 
l'extrémité de cette terrasse, nous re- 
marquons un charmant 

Kiosque que Napoléon fit bâtir pour 
son fils. Passé ce kiosque, la terrasse 
décrit une courbe et s'abaisse ensuite 
progressivement jusqu'au niveau du sol, 
en laissant une vaste ouverture par la- 
quelle la vue pénètre dans les Champs- 
Elysées. La terrasse du côté opposé , 
dite 

Terrasse des Feuillans, est faite dans 
le même principe que celle que nous 
venons de parcourir. L'esp;tce com- 
pris entre ces deux terrasses est occupé 
par nn bo ; s et un parterre que nous 
allons visiter successivement. Non loin 
delà terra-se que nous venons de par- 
courir, et presque en face, est un 

Bassin circulaire autour duquel nous 
remarquons les 

Fleuvs : le Nil, le Rhône , la Saône, 
le Tibre , la Seine et la Marne. Passé 
ce ba sin, noirs entrons dans le 

B. is, qui est formé de deux beaux 
massifs d'ormes et de marronniers qui 
sont partagés chacun par une allée lon- 
gitudinale , où les branches des arbres 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



59 



forment un dôme ; puis par des allées 
dans ces deux directions , mais peu 
resserrées, el d'une quan i;é d'autres 
ob!i s ui s qui coui| lètent la dhiion du 
terrain. Au milieu de ces massi s d'ar- 
bres et dans des clairières habilement 
mé, âgées, nous remarquons vers la fin 
du bois une 

Salle de verdure ornée de (leurs, à 
l'extrémité de laquelle se levé un pavé 
de marlre blanc , un gradin terminé 
par un siège antique ormanl hémicycle, 
préparé pour les juges de paix. Apollon 
adolescent y regarde H.ppomène et 
Alalante, luttant à la course. Au bout 
du bois nous t -marquons les 

Siuiuet suivantes: Une Diane, Jules 
César, Flore, Hercu'e, quatre copi s 
de l'antique en marbre. Nous entrons 
dans e 

Parterre. Cs parterre se compose de 
quatre grands carrés, dans les centres 
desquels est du gazon et qui offrent à 
leur pourtour une plate-bande toujours 
garnie de fleurs, la iuelle est en oui ée 
d'une grille de fer à haut -ur d'appui. Au 
centre, et dans les angles que forment 
ces parterres triangulaires, sont des 
bassins circulaires dans lesquels on 
nourrit des poissons de la Chine. 

Départ du jardin des Tuileries. 

Maintenant que nous connaissons le 
jardin des Tui. cries, nous allons sum'e 
V 

Allée des orangers et sortir par la 
porte qui fait face à la 

Hue Caitiglione que nous allons sui- 
vre. Dans celle rue te montre à nous la 
magnifique 

Colonne triomphale de la place Ven- 
dôme que nous allons examiner. 

Historique, — Le point sur lequel 
s'élève celle colonne était occupé, 
avant 1792, par une statue équestre de 
Louis XIV. En 1800, Napoléon conçut 
le projet d'y ériger un monument 
triomphal pour célébrer les explo.ts de 
la grande armée dans la mémorable 
campagne de LS08. Commencée le il 
septembre 1800, celle colonne fut ter- 
minée m 1810. 

Description. — Ce monument a deux 
cen!s_ pu-ds de hauteur et douze de 
diamètre. Le piédestal sur lequel il re- 
pose a vingl-uu | kds de hauteur. 11 
est entouré par un pavé de granit de 



Corse. Une grille entourée de bornes, 
en ceint carrément le pied. Au dessus 
du piédestal sont des fe tons de chaînes 
soutenus à leurs angles par autant 
d'aij- 1 s de bronze. Sur la porie oe 
l'escalier sont deux victoires tenant une 
(ablette sur laquelle se lisait autrefois 
la dédicace du monument. Ou parvient 
au sommet de la colonne par un 

Escalier à vis, composé de cent 
soivanfe-seize marche-. Sur le dôme 
qui surmonte le fut de la colonne, s'é- 
lève la 

Statue gigantesque de Napoléon , qui 
a dé inaugurée après la révolution de 
1830. 

Fut de la colonne. — A l'imitation 
de I» fameuse colonne d'Antonin , le 
iùl de celle-ci est couvert d'une suite 
de quaranle-ci: q tableaux en bas-re- 
liif- el en bronze, disposés en spirale, 
et dont le sujets représentent, par or- 
dre chronologique , les principaux ex- 
ploits qui Signalent la campagne de 
18(lo, depuis le départ des troupes du 
camp de lioulogne, jusqu'à la conclu- 
sion de la paix, après la bataille d'Au- 
sterlitz 

Tout le bronze employé dans ce su- 
perbe monument , provient des mille 
deux cents pièces de canons prises en 
trois mois sur les armées rus-es et 
autrichienne^, pendant la campagne 
de 1SQ3. 
Revenons sur nos pas, el suivons la 
Hue Saint-Honoré, où nous avons à 
voir 1' 

E$ ise Saint-liocli, qui est si'uée en- 
tre î s numéros 2911 el 298. Cette église 
convertie en paroisse en 1053, et re- 
bâtie la même année sur les des ins de 
Jacques Lemeicier, est d'une beauté 
îemmquable. Son 

Portail, qui a été construit en 1730, 
sur les dessins de R< bert Décolle, est 
composé de deux ordres d'architecture, 
du dorique et du corinthien mis l'un 
sur l'antre. Le premier en bas, comme 
le plus solide, et le corinthien au des- 
sus; ce dern er est couronné par un 
fronton triangulaire au desus duquel 
s'élève une croix. 

Intérieur de l'Egli e. — L'intérieur 
de celle égli e est composé d'une nef 
el de trois chapelles qui se suivent dai s 
l'alignement du portail, et se prolon- 
gent ainsi en 1 gi,e droite jusqu'à l'ex- 
trémité de l'édifice. La 



I 



GUIDE 




belle 
d 

nien 
re. 

~hap-.. 
suivent relie ne:' offrent un ordre de 
pilastres corinthiens disposes d- la 
même manière; et le long «les bas-çolés 
on a établi un assez grand nombre de 
petiie« chapelles dont les autels sont pla- 
cés de manière qu'on peut les aperce- 
voir de la nef à travers les percées des 
accords. La cliai e'ie dite 

Chapelle du Calvaire, est digne d'e- 
Ire remarquée. Elle représente la pas- 
mo 1. L'ob curilé. le p u d'élévation de 



con lent un principal e calier pince 
à droite, el renfermé dans une espèce 
de t'orne orl élevé. Gagnons la 

Deuxième cour. — Cette cour, beau- 
coup plus considérable que la précé- 
dente, a également une forme carrée. 
L'avant-corps de cette cour est décoré 
au premier étage de huit colonne- can- 
nelées, posées sur un soubassement, et 
couronnées par un nltique devant le- 
quel sont ; lacée» quatre statues de Pa- 



la voûte, de< constructions massives et Joti, représentant Mars. Apollon, la Pru 



dence et la Liber lité. A droite el à man- 
che de celle cour sont deux galeries qui 
te prolongent vers le jardin et qui com- 
mun! nienl avec la 

Galn-ie de pi?rre, que nous allons 
traverser. Au sortir de cette galerie nous 
entroi s dans le 

Jardin, qui offre un parallélogramme 
.. Ici la mode semble avoir établi son de 700 pieds de long sur 300 de large, 
empire. » planté à droiic et à gauche d'une dou- 

ble allée de tilleuls. Au milieu de ce jar- 
ffistorique. — Ce fui en lfi-29, et sur din -ont dent pelouses garnies de plates- 
1-s débri< de l'hôtel de Rambouillet, bandes garnies d'arbustes et de fleur?, 
que le cardinal de Richelieu fit jeter |e S pmlégëes par une grille de fer. Au cen- 
fondations de ce palais. Les coislruc- ire de la prên ière pelouse est la Haine 



l'air silencieux c|ui y règne, inspirent le 
reçu illement, et pénètrent l'âme d'un 
sentiment lugubre et reli-ieux. 

En continuant de suivre la rue Saint- 
Honoré, nous arrivons au 

Palais-Royal. 



lions confiées à Jacques Lemercier f.i- 
renl d'abord proportionnées à la r orlune 
du ministre. Aussi, l'inscription placée 
au dessus de la porte principale port? 



en bronze de Piane, et près d'elle un 
Canon méridien, qui annonce le vrai 

midi. Eutie les pelouses est un 

l'assin de 60 pieds de diamètre et de 



t-e'le d'abord :H <lel Richelieu, et p'us 2 pieds de profondeur. 



tard : "alais Cardinal. Le p: lais fui ache- 
vé en 173fi: en 1043, t'poque de sa mort, 
le cardinal légua le palais à Louis XIII, 
le 17 octobre de celle année , ce prince 
vint avec la reine y fixer sa demeure. 
Alors l'inscription ■ orla : Palais-Royal. 



Grande galerie de pierre. — Autour 
de ce jardin , ? nt trois corps de hâli- 
men élevés le quatre étages, exécutés 
en 1781, sur le- dessins de Leveau. 
Leur façade offre une ligne de 18') por- 
tiques séparés iar des pilastres enrin- 



Après avo'r accordé la jouissanee de ce Uiiens supnor'ant un entablement dans 



palais à Monsieur, >on frère, Louis XIV 
le donna au duc d'Orléans, son frère 
unique. 

Bescri' tinn. — Façade. — La façade 
extérieure de la première cou ' offre un 

Portique formant lerr.sse avec ba- 
lustrade, et unis ant sur la place les 
deux aiies avancées du palais. 

/ rentière cour. — Trois b dles por- 
tes autrefois incrustées de bronze et 
d'ornemens divers, conduisent à la pre- 
mière cour, dont la forme est carrée. 
En face de nous nous remarquons l'a- 



li fri c e duquel on a percé ces fenelres. 
Au rez-de-chaussée règne une galerie 
étroite, m is longue d'un qoarl de lieue, 
qui permet de circuler à l'pbrî autour 
du jardin. Les galeries de lierre ont 
une bouti un à chaque arcade, et un 
très grand nombre de passades obscurs 
situ s entre ces boutiques. Là se trouve 
tout ce qu'il est possible d'imaginer 
pour snli'f i e le luxe. 

QuiMons maintenant le Palais-Royal 
et allons joindre le 

Quai de la Mégisserie en (raversan 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



41 



le Louvre. Ce quai, qui est conslr it de- 
puis peu, est superbe et conduit à la 

Place du CknteUt, que nous allons 
■visiter. (te place, qui e.-lf >ri vaste, a 
pris son nom du grand Chàielet, sur 
l'eraplaceii eut duquel e.le a été en i ar- 
tie constru le. A son centre nous re- 
marquons la fonlaine dde 

Fontaine du Palmier, qui a été con- 
struite en 1807, sur les dessins de l'in- 
génieur lïialle. 

Description. — La forme de cette 
fonlaine est un quadrilatère au milieu 
duquel s'élève au centre d'un bassin de 
20 pieds de diamètre, une colonne de 
st)le égyptien eu forme de palmier. Le 
dé qui lui sert de base, s'appuie sur un 
soubassement élevé, dont chaque angle 
est orné d'une corne d'aboiidanre d'où 
jaillit de l'eau : au deastis de la co'onne 
s'élève une bouie dorée sur laquelle e^t 
posée une Renommée également dorée, 
ayant les ailes déployées et les bras ten- 
dus, et tenant une couronne civique A 
chaque main. Au bas sont placées qua- 
tre statues représentant la Justice, la 
Force, la Prudence ei la Vigilance. 

La colonne, qui n'appartient à aucun 
ordre, a le fut décoré de feuillages et 
occupé à (les intervalles égaux par des 
bracelets où sont inscrits en lettres de 
broirre, les noms de? principales ba- 
tailles gagnées par les armées fran- 
çaises. 

La forme du chapiteau évasé est or- 
née de plumes et de palmes symétri- 
quement arrangés. Le | ii destal décoré 
d'un aigle aux ailes déployées et en- 
touré d'une couronne de lauriers. 

Continuons à suivre les quais; voici le 

Quai de la Grive qui n'offre rien de 
remarquable et auquel aboutit le 

Pont Notre- Du me sur lequel est une 
joie machine hydraulique. Plus loin est 
le 

Quai Pelletier, au bout duquel est la 

Place de Grève où nous allons nous 
arrêter pour vi iter 1' 

Hôtel-de-Ville. — Description. — Ce 
vaste édifice fut bâti sous le règne de 
François I er sur les dessins de Domi- 
nique Crotonne, architecte italien. 

Façade. — La façade e c t percée au 
premier étage de treize croisées et flan- 
quée de deux pavillons. Nous y remar- 
quons l'ordre corinthien employé dans 
un élnge inférieur, lequel est surchargé 
de petils détails et ornemens superflus. 



Au dessus de la porte d'entrée, sur un 
fond de marbre .nnir esl un grand bas- 
relief représentant Henri IV à cheval. 
L'c difice est surmonté d'une cani a- 
nille renfermant u e horloge de Le- 
paute é. Liirée la nuit par une lampe 
parabolique établie en 1821. Du vaste 

/ erroii qui se développe de^anl la 
façade du bâtiment nous pénétrons 
dans 1' 

Intel ';er<raprès avoir monté une quin- 
zaine de marches. Là nous trouvons 
une >asle 

Cour décorée d'arcades, dans l'une 
desquelles nous voyons la 

Statue pédestre en bronze de Louis 
XIV. 

Salles. — Parmi les salles les plus 
remarquables de cet édifice, nous re- 
marquons la 

Salle du trône, dans laquelle sont 
deux cheminées de l'ersique. La 

Salle du Zodiaque qui est ornée de 
bas-reliefs et de lableaux. La 

Salle Saint-Jean que décorent douze 
colonnes corinthiennes. 

Dans cet hôtel sont réunis tous les 
bureaux de la préfecture ; il est ouvert 
tous les jours non lériés de trois à 
qna're heures du soir. 

Maintenant que nous connaissons Pa- 
ris, parcourons les environs. 

ENVIRONS DE PARIS. 

Les endroils les plus remarquables 
des environs de Paris sont ceux quiavoi» 
sinent les boid» gracieux de la Seine ; 
c'est donc de ce côté que nous devons 
diriger nos promenades . et à cet effet 
nous allons prendre les bateaux à va- 
peur qui font le service de la haute et 
basse Seine. 

HAUTE-SEINE. 

Promenade de Paris à Montereau. 

Distance à parcourir : 2(1 lieues. 

[ En montant 11 II. 
Durée du trajet : / 

! En descendant 8 h. 

Bateaux affectés à ce service. 

Ouatre bateaux à vapeur remontent 
journellement le cours de la Seine; 
savoir : le 

Louqwr, qui va jusqu'à Mclun ; 1' 



G 



r-siss 



GUIDE 



Hirondelle, qui va également jusqu'à 
cette ville ; la 

VMe-de-Corbeil, qui mouille à celle 
ville ; enfin le 

Parisien qui se rend jusqu'à Mon- 
tereau. 

Embarquement et départ. 

C'est au 

Port de la Grève que l'on s'em- 
barque; le Par sien part tous les malins 
à 7 heures , les aulres à midi et ne re- 
viennent que leL'ndemain. Après que la 
cloche a sonné trois fois, on pousse 
au large et bientôt nousavons franchi les 

Ponts Louis-Philippe , de l'île Saint- 
Louis, de la Tourne le, enfui de la Gare, 
auj rès duquel nous a Ions tare une 

Station pour prendre des passagers. 
En face de nous est 

Ber.y , gros bourg célèbre par les 
immenses magasins de \in qu'on y a 
é,abiis. Du côté opposé et un peu à l'é- 
cart du fleuve s'élève 1' 

H. pilai de la Sal/iétri're, ainsi nom- 
mé parce que Louis XIII destina d'a- 
bord cette enceinte à une fabrique de 
salpêtre. Huit mille personnes à titre 
demaladiesou de correction, enfermées 
dans cet établissement, ont fait une au- 
tre ville dans Paris même. Le premier 
objet qui vient fixer notre attention 
après la Salpétrière est le 

Château <e Bercy situé à notre gau- 
che et sur une légère colline. Ce château 
qui a été construit vers la fin duXVIlI c 
siècle par l'intendant des finances Mâ- 
lon a beaucoup perdu de sa sp'endeur 
primitive; son parc qui était d'une 
beauté remarquable, i été ravagé dans ses 
derniers temps , et il n'offre plus main- 
tenant qu'un vaste champ. 

Après le château de liercy et toujours 
du même côté nous découvrons 

Conflans, v liage fort joli et da' s le- 
quel no-; premiers rois de la troisième 
race ont eu une habitation de plaisance 
nommée le séjour des rois, et vendue 
en 1548 sous Henri II. Devenue plus 
tard un fief, elle fut possédée par Dio- 
nis du Séjour, célèbre aslronome. 

Ce fut dans cette solitude 

Que ,ou uénie a dacieux 

Souda, libre d'inquiétude, 

Les vastes mystères dis cieux. 
Et c'est là que son'cril , armé d'une lunette , 
Poursuivait ecs srands corps , dociles à sa vois; 
Prédisait tour à tour l'éebp.e ou la comète , 
Qui toutes b'empresEaieut d'obéir à ses lois. 



ITeureux qmi , comme lui , terminant sa carrière , 
Après avoir tout fait pour la postérité , 
Est rûr de contempler à son beure dernière 
Une double immortalité J 

C'est dans ce village qu'est situé le 
Château des archevêques de aris, bÀli 
en 1672 , par François de Harlay, dans 
lequel il mourut en 1695. Ce château 
somplueuv quoique régulier jouit d'une 
vue très étendue. Le peuple de Paris 
en juillet 1830 et en février 1831, se 
chargea d'en visiter les ap'iarteuiens et 
de leur rendre la simplicité qui con- 
vientà l'humilité q tic Jésus-Christ a prê- 
chée à ses disciples et que ses ministres 
partout d -vraient les premiers observera. 
Apercevez-vous à l'extrémité de Conflans 
une habitation d'un genre ancien, dont la 
construction rappelle celles du com- 
mencement du XVII e siècle? C'est le 
Pavillon de Gabrielle, construit par 
Henri IV pour Gabrielle d'Eslrée. C'est 
de là qu'elle venait souvent à Vincenites 
trouver son royal amant. La vénérable 
duchesse douairière d'Orléans avait ac- 
quis cette propriété peu de temps avant 
sa mort , en 1821 ; elle la laissa par tes- 
tament à une personne de sa maison. 
Après le pavillon de Gabrielle est 
Cha'renlon, bourg agréablement situé 
proche du 

Confluent de la Seine et de la Marne , 
sur la grande route de Paris à Lyon. Ici 
nous faisons une 

Station au large pour prendre des pas- 
sagers. Pendant i efte station, jetons nos 
regards sur la Marne, là nous décou- 
vrons le 

l'ont de Charenton, seule curiosité 
que renferme ce village. Ce pont , qui 
est un dos plus anciens des environs de 
Paris , est regardé comme la clef de la 
capitale de ce côté: aussi a-l-ilété sou- 
vent attaqué. En l'an 865, il fut détruit 
par les Normands ; en juin 1358 , le 
dauphin Charles , régent du royaume 
pendant l'absence de son père Jean, 
prisonnier en Angleterre, l'attaqua et 
s'y porta pour y protéger ses opérations 
contre Louis XI. Les calvi, isles le pri- 
rent en 1367. Le "25 avril 1590, Henri 
IV l'enleva aux soldats de la Ligue qui 
s'y dépendirent avec acharnement. Eu- 
fin, au mois de février 1814, lorsque 
l'ennemi inondait les ; Lunes de la Cham- 
pagneet menaçait d'être bientôt à Pari", 
les approches du pont furent fortifiées de 
palissades et la défense en fut confiée 



DE VOYAGEUR EN EUROPE. 



45 



aux jeunes élèves de l'école vétérinaire 
d'Aliort. 

Au delà du pont de Charenlon com- 
mencent une foule d'îles charmantes, 
qui font les dclices des Parisiens pen- 
dant la belle saison. Au nord de ce 
village , et un peu à l'écart de» bords 
paisibles de la Marie, est silué le bois 
et le château de Vincennes, où nous 
alions nous transporter idéalement pour 
en faire l'examen. 

Excursion idéale au bois et au château 
de Vincennes. 

Distance à parcourir un demi-quart de 1. 

■ Des environs divers de notre capital* , 
Yinccnne en plus grand nombre étale 

Des souvenirs de gloire et d'opprol re à la fois. 
11 vit Le pins pieux de nos roi* 

Des vertus dans ses murs arborer la bannière-. 
Et .l'Isabelle de Bavière 

I! a ni l'impudique et fastueuse cour 

Fixer dans ce château son odieux séjour. 

Long-temps il lui l'asile où Vénus sur ses traces 

Conduisait les amours . les plaisirs et les grâces ; 

Plus tard , un lieu fatal de leireur et de deuil. 

Où nos rois ont trouvé leur prison , leur cercueil. » 

Un petit sentier tracé dans la plaine 
nous conduit directement de Charenton 
au 

Bois rie Vincennes. — Ce bois , qui 
est très fréquenté le dimanche pendant 
l'été par la population de Paris, est fort 
joli etcoi pé par une infinité d'avenues 
qui toutes aboutissent à une vaste es- 
planade qui fait face au 

Château. C'est de là surtout que 
celui-ci se montre dans tout son en- 
tier ; son asi ect e-t fort imposant. 
Voyons , faisons connaissance avec lui, 
tracons-en d'abord 1' 

Histnritjue. — C'esl. si nous som- 
mes bien instruits, Philippe- Auguste 
qui en jeta les premiers fondemens vers 
1337; menaçant de tomber en ruine, 
Philippe de Valois le fit raser complète- 
ment, et fit élever celui que nous nvons 
sons les yeux, sauf la cha- elle qui ut 
fondée en i 30 par Charles V, et ter- 
minée par Henri en 1553. 

Sous Charles IX, plusieurs tours qui 
avaient été élevées successivement, me- 
naçant de tomber en ruines, furent répa- 
rées ; et plus tard, Louis XIII ordonna 
la conslruction du château neut tel 
qu'il existe aujourd'hui ; mais il ne fut 
terminé que sous le règne de Louis XIV . 
Après ce léger aperçu de l'histoire du 
château de Vincennes, nous devons 



rappeler les divers souvenirs historiques 
qui s'y rattachent. 

Souvenirs historiques. — De tous les 
rois qui ont habité successivement le 
château de Vincennes, Louis IX est 
celui qui s'y plaisait le plus , et celui 
surtout dont le souvenir s'y est le plus 
conservé. C'est ici. près de la place que 
nous occupons, et à l'ombre d'un vieux 
chêne que le temps a fait djspai aître , 
que ce vertueux monarque écoutait ou 
la plainte, ou la prière du plus humble 
de ses sujets : 

Pourquoi ne voit-on pas un monument durable, 
Erigé par les mains des beureux qu'il a f ils , 
Retracer à nos yeux l'image et les bienfaits 

De ce monarque vénérable ? 
En des jours de nvalbrur. la seraient accourus , 
Suivant de leurs aïeux les antiques uaae.es . 
Les femmes , les vieillards désertant leurs villages 

Pour rendre liotninace à ses vertus: 
lit grâce au monument où la clémence auguste , 
Des peuples opprimés ressusritailles droits , 
Les mis auraient a|qins que le roi I- plus juste 
Est le plus grand de Ions les rois. 

Ce fut dans ce château que Philippe- 
le-Hardi , avant perdu son fils aîné , ce 
qu'on crut être du à l'effet du poison , 
consulta les devins qui ne i urent riea 
lui apprendre. Ce fut là aussi qu'En- 
guerrand de Marigny fut condamné à 
mort en 1315. Plus tard, c'est-à-dire 
en 1335, Philippe de Valois y réunit les 
prélats elles abbés de France, pour 
leur faire décider sur l'opinion émise 
par le pape Jean XXII , sur la vision 
béatifique qu'il prétendait n'être ac- 
cordée aux justes qu'après le jugement 
dernier. La décision de celte assemblée 
fut pour la négative. Le roi la transmit 
aussitôt à ce pape, et lui fit dire en 
même temps qu'il eût à se rétracter 
sans cela qu'il le Terait brûler vif. 

C'est au château de Vincennes qu'est 
né, le 21 juin 1337, Charles VI sur- 
nommé le Sage ; c'est là aussi qu'Isa- 
belle de Bavière se retira en 1417 avec 
ta nombreuse cour. C'est dans ce châ- 
teau qu'elle se livrait à ses inclinations 
galantes. Elle aimait alors Louis Pour- 
don, l.rave chevalier qui s'était distin- 
gué à la bataille d'Aiincourt. Un jour 
qu'il allait à Vincennes, à «on ordinaire, 
il passa devant le roi Charles VI qu'il 
salua , mais sans s'arrêter ni descendre , 
et poussa ensuite son cheval au grand 
galop. Ses amours avec la reine étaient 
publics, mais cet excès d'audace aug- 
menta la colère du roi, qui se vengea 
eu le faisant mourir. 






. ttMl 



44 



GUIDE 



C'est au château de Vincennes que 
Charles IX termina ses jours le 3 I mai 
1574 Depuis ce te époque, ce château 
cessa d'être habité par le* rois; il fut 
converti en prison d'é al. C'est source 
dernier aspect qoe nous al ons le con- 
sidérer inninlenant. 

Pincennes, prison d'état. — Les pri- 
sonniers qui ont été eiilcmis successi- 
vement dans les cachots lugubres du 
donjon de Vincennes, depuis 1371 jus- 
qu'au règne de Louis XVI , sont très 
nombreux ; parmi les personnes de dis- 
tinction qui y ont été renfermées, nous 
citerons Gaspard de Har, sieur de Bui , 
le prince de Condé , le cardinal de 
Retz, Reaufort, etc. Depuis ce temps 
jusqu'à la restauration, Vincennes reçut 
dans ses murs d'autres illustres per- 
sonnages. Entre autres se remarquent 
le duc et le prince de Polignac , le duc 
de Rivière, le baron de Vilrolles, qui, 
tous dévoués à la cause royale , devin- 
rent les victimes du pouvoir qui domi- 
nait alors. Maintenant il n'y a plus de 
prisonniers à Vincennes , les bâiimens 
intérieurs servent de caserne à un régi- 
ment d'artillerie. L'esplanade sur la- 
quelle nous sommes, fert aux divers 
exercices de cet arme. 

Après avoir tracé l'histoire du châ- 
teau de Vii cennes, rappelé divers sou- 
venirs qui s'y rattachent, et fait connaî- 
tre les principaux prisonniers qui y ont 
été renfermés, il ne nous reste plus 
maintenant qu'à en faire la 

OeScription, — La forme générale de 
ce château est un parallélogramme ré- 
gulier d'une grandeur immense, com- 
posé de vieux bâiimens construits p^r 
Charles V, et de modernes, les uns éle- 
vés par la reine Marie de Médicis, et les 
autres commencés par Louis XIII et 
achevés par Louis XIV. La 

Principale entrée du château e?t du 
coté où nous sommes, c'est-à-dire sur 
l'esplanade. Elle consiste en une porte 
bâtie en forme d'arc de triomphe, com- 
posée de six colonnes doriques enga- 
gées et ornées de deux bas-reliefs" de 
marbre et de ligures antiques. Pénétrons 
dans 1' 

Intérieur du château. — Ici nous re- 
marquons une vaste 
^ Cour dans laquelle nous remarquons 
a gauche le bâtiment qui renfermait les 
appartenons du roi et de la reine, et à 
droite, celui qui renfermait ceux de la 



reine-mère. De cette cour nous passons 
ensuite par une porte décorée de co- 
lonnes toscanes à une 

r/euxième cour, dans la (uelle nous 
remarquons à droite la Sainte-Cha- 
pelle, et à gauche le Donjon. La 

Sainte-Chapelle est d'un gothique of- 
frant extérieurement toute la magnifi- 
cence de ce genre d'architecture. L'in- 
térieur, très simple, n'offre rien de re- 
marquable, que de. vitraux peints par 
Jean Cousin , sur les dessins de Ra- 
phaël. Quant au 

Donjon, il est entouré de fossés par- 
ticuliers, profonds d'environ quarante 
pieds. La forme de ce donjon est car- 
rée, ayant à chaque angle une tour. 
L'intérieur de ce donjon est divisée en 
cinq étages auxquels on monte par un 
escalier en voûte, et dont la liard esse 
est étonnante. Chacun des étages entiè- 
rement voûté est composé d'une grande 
salle carrée, soutenue par un fort pilier 
central, et dans laquelle est une chemi- 
née. A chacun des quatre coins de cette 
salle est une prison de forme carrée, 
ayant une cheminée. A la hauteur du 
troisième étage est une galerie exté- 
rieure, en saillie, qui règne autour du 
bâtiment. Le comble du donjon forme 
une terrasse cintrée , dont la coupe 
des pierres qui la compose est très cu- 
rieuse. A l'un d 's angles de celte ter- 
ra se s'élève, à eue hauteur considéra- 
ble , une guérite en pierres , d'une 
grande délie >tesse. 

La salle du rez-de-chaussée du don- 
jon s'a qielail la 

Chambre de la Question. Son nom 
indique a c sez quel était son usage. Celle 
du dernier étage s'appelait la 

Salle du Conseil, parce que les rois 
y tenaient leur conseil lorsqu'ils habi- 
taient le donjon. La pièce commune 
était fermée par une porte très épaisse, 
et celle de chaque cachot l'était par 
trois autres, et toutes é'aient doublées 
en fer et pourvues de deux serrures et 
de tro : s verroux. Quelques uns de ces 
cachots, et certes c'est la majorité, ne 
reçoivent pas de lumière; pour les autres 
qui jouissent de cette insigne faveur, elle 
n'arrive qu'après avoir traversé une in- 
finité de barreaux formidables, et dis- 
posés de telle manière, que la malheu- 
reuse victime ne pouvait rien voir au 
dehors. 

Tels sont les cachots du donjon de 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



4S 



Vincennes. Que de gémissemens, que de 
sanglots ont élé poussés dans ces lieux 
de mi -ère. 

Voyez en proie à sa longue torture. 

Ce morte] connue d;ms sa noire clôture] 
Pour unique plaisir et [jour seul passetrmps , 
De sa lenle journée il compte les iustans , 
Ou de son noir caobol mesure l'étendue, 
Ou médite en «ecret sa fuite inattendue , 
Ou de ceux qu'. vaut lui renferma 1 i prison , 
Lit sur ces tris'es murs la complainte et le nom ; 
Et lui même y traçant sa douloureuse histoire , 
A ceux qui le suivront en transmet la mémoire. 

Cest peu d'être enchaîné dans ces tristes tombeaux; 
romliien de souvenir- viennent aigrir ses mau xi 
Urbis 1 tandis qu'auprès de leurs jeunes cooipfiguee , 
Dans les riches cités , dans les v;i-ti s campagnes , 
Ses amis d'autrefois errent en liberté ; 
Lorsque l'heure propice à la société 
fleconduil chaque soir , la jeunesse filàlre , 
Aux entretiens jov eux . à la danse, au théâtre, 
Ou d'un plaisir plus doux annonçant le retour 
Du moment fortuné lient avertir l'amour. 
11 est seul... en un long et lugubre silence ; 
Pour lui le jour s'achève et le jour ri commence. 
Il u'enlend point l'accent de l.i douce amitié; 
11 ne voit point les pleurs de la d uce pitié ; 
N'ayant de mouvement qui- pour traîner ses chaînes, 
Tu creur que pourl'eumui . des sens que pour les | eincs. 
Pour lui plus de beaux j'iurs . de ruisseaux . de gazon ; 
Celte voûte est son ciel . ci s murs son horizon ; 
Sun regard élevé vers le flambeau céleste 
Vient mourir dans la nuit de ces cachols funestes ; 
Rien n'éeaie à ses yeux leur r.ioiue obscurité , 
Ou si par des barreaux . avans de elarlé , 
Un faible jour se glisse en ces anires Funèbres ; 
11 redouble pour lui les horreurs des ténèbres ; 
Et e cceur consumé d'un regret sans espoir, 
Il cherche la lumière et gémit di: la voir 

( DFI.II.I.E. ) 

Départ du confluent de la Seine et de ta 
Marne. 

Pendant no're exe rsion idéale au 
château de Vincennes, notre navire a 
fait des progrès rapides, déjà nous 
avons franchi le 

Pnru de l.osse-de-Marne et \i joli 
village d' 

I"iy, situé à noire droile et un peu à 
l'écart du fleuve. C'est dans ce pelit 
bourg, que pendant long-temps une 
prêtresse de Thalie, mademoiselle Con- 
tât, renommée p.tr son talent et sa dou- 
ceur, venaii se reposer de la scène dra- 
matique, enlourée de ses nombreux 
amis au nombre desquels élait Legou- 
vé, l'un de ses plus assidus. Hais hélas ! 

■ Jouet d'un essor trop sublime 
Un jour que , seul au fond des bois , 
llans les cirux il cherchait la rime , 
Il tombe , et s us nrec et sai s voix. 
I. 'amour, l'amitié . la nalure 

oient en vuîn à son secours. 
En vain l'un vent sauver -es jours , 
Mien ne peut guérir sa blessure ; 
lit nouveau ma tyi d'Apollon , 
Pi ivé de sens et de mémoire , 
Il rierit pauvre de raison : 

Mais il renaît riche de gloire. % 



Après avoir parcouru une faible dis- 
taice, nous remarquons du même côté 
qu'Ivry le 

l'art-à—V Anglais , hameau célèbre 
parmi les Parisien*, pour les excellentes 
maleloltt s que l'on y mange, et [es dé- 
licieux bains froids que l'on y vient 
prendre en été. Après le Porl-à-l'An- 
glais vient 

Vitry, bourg situé dans une position 
très avantageuse, sur la pente de la 
montagne de Villejuif, ce qui lui donne 
l'agrément d une vue très variée et 
fort élendue. C'est dans ce village que 
vint mourir en lOdO, le troisième roi 
de Fnnce, de la race des Capétiens, 
après trenle ans de iè r ne. Henri I e ', 
petit-fils de Hugues Capet, qui gouver- 
na, dit V il}, son royaume avec justice 
et autorité, chose depuis long- emps in- 
connue en l'rance. 

Diit s les guerres qui eurent lieu en 
France pendant le règne du roi J> an, 
les Anglais ravagèrent Vitry. Charles V, 
en monlanl sur le trône, répara les dé- 
sastres de ce village, et y fit élever l'é- 
glise que nous y voyons aujourd'hui. 
Parmi les 

Maisons de plaisance que Vitry ren- 
ferme, nous citeroi.s cornu e les plus 
remarquables, la n a son de madame 
veuve Agasse et celle de M. Dubo s, 
l'un de nos plus célèb es chirurgityis 
de la cap laie. Celte dernière est l'an- 
cien château seigneurial , mais M. Du- 
bois y a fait exécuter tant d'enibellisse- 
meiis. que celte propriété n'est plus re- 
connaissable. 

Pu côté opposé à Vitry est la 

Ferme de la Folie, et plus haut, pres- 
qu'en face, est 

i'huisy-le- oi , bourg dans une des 
plus belles positions, où nous allons faire 
une 

•Station, pour prendre et poser des 
passagers. 

Ce village possédait, avant la pre- 
mière révolution, un magnifique clnl- 
leau, construit par M nsard, par les 
ordres de mademoiselle de Montpensier. 
Aînés sa mort, armée en 1693, le dau- 
phin, fils de Louis XIV, en lit l'acquisi- 
lion et s'y fixa. Ce prince avant par 
suite échangé celte terre avec madame 
de Louvtii-s, pour le château et la sei- 
gneurie de Meudon : Choisy passa <<uel- 
que temps après entre les mains de la 
princesse de Conly, femme célèbre par 






m 



GUIDE 



sa beauté et son esprit, et du portrait quelles nous 
de laquelle Mulei -Ismaël, roi de Maroc, 
devint éperdument amoureux. C'est 
ce qui porta J.-B. Rousseau à faire les 
■vers suivans : 

Votre beauté, grandp princesse , 

Porte lc§ traits dont elfe blesse 

Jusques aux plus sauvages lieux. 

L'Afrique aVeo roua capitule . 
Et les QOoqltêles de vos jeux 
Vont plus loin <|ue celles d'Hercule. 

En 1739, Louis XV acheta le château 
de Choisy.et par des dépenses énormes 
en fit un séjour vraiment royal. Au- 
jourd'hui tout est détruit, et sur son 
emplacement se sont élevées des manu- 
faclures qui font la richesse de la plu- 
part des habitans. Ses jardins, autre- 
fois si fréquentés, sont maintenant sil- 
lonnés par la charrue 

L'ingénieux imitateur d'Ovide habita 
long tem; s Cltoisy-le-Roi. 

s Cet enfant chéri de Cythère , 
Savant sous les deux étendards , 
Du dieu qui répand la lumière 
Et du dieu sanglant des hasards. 
Ce poète qui , par Voltaire, 
Fut sur no ni nié Gentil Btrnord , 
Dont la muse vive et Légère 
Levant le voile du mystère 
Peignit la nature sans fard ; 
Qui professant l'amour en chaire. 
Du sentiment ne til (pi un art , 
Et dont les vers, souient miguards, 
i Endoctrinaient mainte écolière ; 
Leur donna par un fol écart, 
Le seul Ovide pour bréviaire. 
Vers le déclin de sa carrière , 
Ce voluptueux troubadour. 
Toujours savant dans tait de plaire , 
(hanta la helle Ponipadour , 
Et de Louis , pour son salaire , 
Eut le brevet de séculaire. 
Dés lors sa muse solitaire 
A t'.hoisy boioant son séjour. 
Vécut pour l'amitié sincère, 
Qui, leudie et lidèle à Sun tour. 
Ferma sa mourante paupière 
Entre les grâces et l'amour. » 

Le Pont sons lequel nous ruons passé 
et près duquel nous stationnons , a été 
construit fous Louis XV, et n'olTre rien 
de remarquable. 

Du côlé opposé à Choisy , et après 
avoir parcouru une course assez consi- 
dérable, nous découvrons. 

Villeneuve-Saint- Georges ( Seine- 
et-Oise ), bourg dans une position char- 
mante , au pied d'une montagne assez 
roide , sur laquelle est assise l'église 
paroissiale qui nVlIYe rien de curieux. 
Ce grand village renferme un grand 
nombre de 

Maisons de plaisance, parmi les- 



remarquons celle de 
M. Monlorient , désignée sous le nom 
de 

Beauregard. placée sur le haut de la 
montagne d'où l'on découvre le vaste 
bassin de la Seine. Un peu au dessus 
de Villeneuve-Saint-Georges est t' 

Embouchure de VYères, rivière qui 
dans ses méandres irréguliers dispa- 
raît en plusieurs endroits , sans laisser 
de trace de son existence. Sur ses bords 
est le village de 

Crosne , dans lequel est né, en 1386, 
Boileau De*prèaux, le législateur du 
Parnasse fiançais. 

Là naquit Despréaux, leur maître en l'art d'écrire , 
Lui qu'arma la ra son des l rail s de la satire, 
Qui .tonnant le précepte et l'exemple à la fois, 
Etablit d'Apollon les rigoureuses lois. 

Après Villeneuve- Saint- Georges , 
nous découvrons du côté 0|ipo é 

Ablon , bourg célèbre dans les an- 
nales de la religion réformée pour avoir 
étélepreuiieretidroit, prèsde Paris, où 
les protestans, du consentement du roi , 
firent bâtir , dans le ïf siècle, un 
terni le détruit sous Louis XIV à l'épo- 
que de la révocation de Pédit de Nantes. 
C'est dans l'église de ce village que se 
célébra, en 1005, le mariage de la fille 
de Sully, avec le duc de Rouan, homme 
fort aimé de Henri IV et duquel Voltaire 
a dit : 

Avec tous les lalens le ciel l'avait fait naître : 
1 1 agit en héros , en sage il écrivît ; 
Il fut même grand homme en combattant son maître . 
Et plus grand lorsqu'il le servit. 

Un peu au dessus d'Ablon est 

Mons, bourg peu considérable, placé 
sur une hauteur comme son nom l'in- 
dique. En face sont les 

Fermes de Noisy et de la Maison 
Blanche. Plus haut et en face est 

Jlliis, charmant village, silué sur la 
pente d'une cote et dont le clàleau 
que vous apercevez a appartenu à la 
duchesse de Châlillon et au duc de 
Rohan- Chabot. Bientôt après nous 
longeons les 

Château et Parc de Chaige et le vil- 
lage de 

Vigny , élevé sur un côleau frais et 
riant qui semble vouloir nous barrer le 
passage et au pied duquel coule la pe- 
tite 

Rivière d' Orge , sur laquelle est un 
pont remarquable par sa construction. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



-57 



Du môme côté , et plus haut , sont les 
hameaux du 

Petit et Grand Chritillon, qui n'offrent 
rien de remarquable. En face est 

Viry, village renommé par sesexcel- 
lens fromages à la crème . qui sont 
trè-i recherchés par les gourmets de 
la capitale. Un peu plus haut, et du 
même côté, sont les hameaux de 

Chtimp-Rosuy et la horde qui sont 
remplis de maisons de plaisance. A 
quelque distance de là est 

Mis, village fort joli, où nous admi- 
rons un beau 

Pont suspendu , dû à M. Aguado , 
banquier espagnol. Du côté opposé est 

Sois) , situé dans une agréable posi- 
tion et entouré de jolies maisons de 
campagne. A l'opposite est 

Evry, village dans une belle position 
et entouré de fort jolis châteaux, dont 
le plus remarquable est celui qu'on 
nomme le 

Château île Petit-Bourg , qui est 
d'une élégante construction ; la vue 
dont on y jouit s'y étend sur le plus 
beau paysage que l'on puisse voir ; les 
I arlerres , les jardins fruitiers et pota- 
gers, les pièces d'eau, les hautes futaies 
renfermées dans un parc de deux cents 
arpens, rendent cette habitation infini- 
ment agréable. 

Ce château, avant la première révo- 
lution , a toujours été habile par des 
personnes de distinction, telle- que M. le 
duc d'Antin , madame la pré^dente 
Chauvelin , M. le marquis de Pa.'anne, 
et Madame la duchesse de Bourbon. Il 
a été fréquenté par Louis XIV , et a 
servi plus eurs foi; de rendez-vous de 
chasse à Louis XV, lorsqu'il allait 
prendre cet exercice dans la forêt de 
Senart. Ce château appartient actuelle- 
ment à M. Aguado. 

Après avoir parcouru une pet le dis- 
tance, nous découvrons. 

Corbeil, qui e>t le terme du voyage 
de la Ville de Corbeil et où nous allons 
faire une nouvelle 

Station d'un demi-quart d'heure , 
temps nécessaire pour prendre et poser 
des pas-agers. 

aperçu général de Corbeil. — Cette 
ville est agréablement située sur la 
Seine qui la divise en deux parties iné- 
gales: l'une, la plus considérable, porte 
le nom de Nouveau Corbeil , l'autre , 
assise sur la rive droite du fleuve, celle 



de Vieux Corbeil , ou quartier Saint- 
Léonard. Les rues sont en général 
étroites, mais bordées de maisons assez 
bien bàiies. 

Corbeil possède une société d'agri- 
culture, une bibliothèque publique ri- 
che d'environ quatre mille volumes, un 
petit théâtre, un hospice civil, une belle 
place plantée d'arbres, une superbe 
halle aux grains construite en 1780 sur 
les dessins de l'architecte Yiel, enfin 
deux églises, dont la plus remarquable 
est ce le de Saint-Spire, fondée , dit- 
on, au IX e >iècle, par Haimon, p;emier 
comte de Coibeil. 

Histoire de Corbeil. — L'origine de 
cette ville remonle au commencement 
du IX e siècle, à cette époque ce n'était 
qu'un amas de cabanes habitées par des 
pécheurs; plus lard on y construisit un 
château fort et l'on y établit un comte, 
dont le premier fut Haimon. Après sa 
mort ce château passa successivement 
entre les mains de lîurchard, d'Eudes, 
et du fils naturel de Philippe I er . Louis- 
le-Gros en dépouilla ce piince, sous 
prétexte de conspiration, et reunit cette 
ville au domaine de la couronne : elle 
cessa alors d'être le Chef-lien d'un 
comté et devint le siège d'une châtelle- 
nie et d'une prévoie. 

« En 1 57, Corbeil fut pillé parmi chef 
de guerre nommé Le Bègue de Vi lains; 
en 1;,63, par les Anglais et les Navar- 
rois, et en 13ii8, par les routiers fran- 
çais six ans après Koberl Knolls, capi- 
taine anglais, en brûla les faubourgs. 
En i'tlo , le duc de Bourgogne ayant 
formé le projet de s'en emparer,- afin 
d'affamer Paris, l'assiégea inutilement 
et fut obligé de se retirer. Charles V11I 
fit enfermer. En 1862, te prince de 
Conrfé , chef des protestans, tenla en 
Tain de prendre Corbeil; tombée en 
489 ! au pouvoir île Henri IV, cette cité 
fut reprise par la Ligue : dans la même 
année , par le duc de l'arme, après un 
siège de vingt-quatre jours et un assaut 
meurtrier. Depuis ce temps Corbeil , 
heureusement pour ses habitans , n'a 
pas attiré l'attention des his'oriens. » 

Souvenirs bis oriques. — Ce fut à 
Corbeil que mourut, en 123G . Ingel- 
burge de Danemarck . femme de Phi- 
lippe-Auguste , qui l'y avait reléguée 
lorsque le pape Inocenl lit l'eut con- 
traint de la reprendre après sa répudia- 
tion; elle fut inhumée dans l'église de 



48 



GUIDE 



Saint-Jean-en-1'Ile. C'est à Corbeil que 
le célèbre Abeilard vint se réfugier 
lorsqu'il fut forcé de quitter Mclun par 
les intrigues de ses ennemis. Il n'y resta 
pas long-temps, el se retira dans son pays 
na'.al pour y refaire sa santé, ébranlée 
par les persécutions non interiompues 
qu'il avait eu à souffrir. La Harpe vint 
aussi dans cette ville chercher un asile 
après le 18 fructidor et le 13 brumaire, 
et le 28 février il y vint pour la der- 
nière fois- 

Biographie de Corbeil. — Cette ville 
a vu naî re le savant antiquaire 

Ansse de Villm on. 

Départ de Corbeil. 

Anrès avoir q itté le qu i du Ponl- 
de-P.iris et franchi Corbeil, nous re- 
marquons en face 

Essorftie, petit bourg peuplé de treize 
à quatorze cents habilans, et situé sur 
la petite 

Rivière d'Essonne, et remarquable 
par les i.omb eux établissemens indus- 
triels qu'il renferme. Après a\oir par- 
couru une petite distance, nous remar- 
quons la magnifique propiiété de 

( hamplaireux dont le château est 
admit able. Du même côté est la jolie 
commune de 

Samtory , peuplée de cinq cents 
habilans. Plus haut et du côté opposé 
est la 

Ferme du Pressoir. — Plus haut en- 
core est le hameau du 

Plesis Chenet, où nous remarquons 
un superbe château orné de beaux jar- 
dins. En face se déploie la 

Ferme de Saint-Gurfdarct le village 
de 

Morsang-snr-Scine remarquable par 
le beau clocher octogone de son église. 
Bientôt nous rencontrons du côté op- 
posé 

£e Coudray, village qui compte cent 
vingt habiians et où nous remarquons 
un très beau 

Château qui a élé possédé par le 
marée ai Jourdan. Plus haut et du coté 
apposé est 

Croix-Fontaine , pe'it village qui 
n'offre rien de rernar ni ble que sa 

Fontaine qui coule au pied d'une 
croix, d'où sen nom lui esl venu. Sur 
le même côté est 

S inr-Port, village dans l'une des 
plus belles situations des rhes de la 



Seine, et remarquable par les nombreu- 
ses 

Maisons de plaisance qui l'ornent, et 
dont les | lus remarquables et les plus 
agréables sont le 

Pavillon Boiirettc, ou le Pavillon 
dit Roi , ainsi nommé , parce que 
Louis XV, attiré par le magnifique 
point de vue dont on y jouit, venait 
souvent s'y reposer dans ses promena- 
des vers ces parages et y goûter un 
calme et une tranquillité que la politi- 
que et le Parc-aux-Cerfs étaient peu 
propres à lui donner, et que la simp'e 
nature accorde toujours à celui qui sait 
l'aimer et se contenter, et jouir de ses 
heureux dons. Entin , le 

Château île ■ cine-Assise , qui est 
placé dans une situation admirable et 
appartenant à M. le comte de Puurlalès. 
Plus haut, et du côté opposé, esl le 
hameau de 

Ttlly, qui n'offre rien de remar- 
quable que sa situation. Après avoir 
parcouru un peut coude qu'offre la 
Seine, nous apercevons 

Fteaulieu, hameau assis sur une col- 
line et où sont plusieurs maisons 
fort jolies. En face est le joli village 
de 

Ponthièry, p'acé dans une situation 
charmante. Plus haut est 

Boissy—le-Roi , hameau peuplé de 
soiiante-dix habilans, situé sur une 
éminence des pus agréables, et où nous 
remarquons un 

Château d'une assezjolie apparence. 
Du côté opposé se présente 

Biissetie, petit hameau entouré de 
plusieurs maisons fort jolies. A l'oppo- 
sile se montre 

Furcy, où les amateurs d'horticul- 
ture doivent visiter les belles pépi- 
nières de M. Eterhart, qui possède 
aussi une belle collection de rosiers. 
Sur le même plateau est le 

Lys, village où sont les 

Restes de t' Abbaye de* fi les du Tys, 
fondée en 1240, par B anche de Cas- 
tille, mère de saint Louis, et qu'on a 
convertie a> jonrd hui en maison de 
plaisance. Plu- haut , et dans la même 
direction , est le 

Chat au rie Bel-Ombre , qui est re- 
marquable par -a be le situation et sur- 
tout par les eaux qui s'y trouvent. Non 
loin de là, et du coté opposé , est 

Lemée , vi.lage peuplé d'environ 



VU VOYAGEUR EN EUROPE. 



cinquante habitans , et possédant une 
charmante propriété, dont les ter- 
rasses dominent la Seine et offrent un 
aspect enchanteur. 

Fourneau qui vient après nous, 
offre une suite de jolies habitations. 
Enfin nous entrons dans 

Melun, où nous allons faire une 
nouvelle 

Station d'un quart d'heure. 

Aperçu général de Melun. — Cette 
ville est agréablement siluée au pied 
d'une colline et traversée par la Seine 
qw la divise en trois parties. La pre- 
mière, ou quartier Saint-Aspais, borde 
la rive droite ; la seconde. ou !e quartier 
Notre-Dame, occupe uneîle du fleuve ; 
la troisième enfin, ou le quartier Saint- 
Amboise. est située sur la plaine de 
la rive gauche, et est unie à la Cité par 
le Ponl-aux-Moulius, le seul qui soit 
resié à la navigation et près duquel 
nous stationnons. 

La vi le de Melun est en général bien 
bâtie , bien percéj et d'un aspect 
agréable. Elle possède deux églises: 
Saint-Aspais et Notre-Dame; une so- 
ciété libre d'agriculture, une bbl othè- 
que publique, contenant huit mille vo- 
lumes, une salle de spectacle, un 
collège communal, un hospice civil et 
militaire, deux ponts , une école gra- 
tuite de dessin , une caserne , enfin une 
maison centrale de détention. 

Histoire <ie Melun.— Celte ville, qui 
occupe l'emplacement d'une ancienne 
forteresse gauloise , fut prise par les 
Normands lors de leurs premières inva- 
sions en France. En 1420, elle sou- 
tint un siège de quatre mois contre 
les Anglais. La famine obligea les assié- 
gés de se rendre. Melun était alors une 
ville importante à cause de son château 
que Charles V avait fait bâtir, et qui 
depuis long-lemps apparlenait aux rois 
de France. Plusieurs y firent de longs 
séjours. 

Souvenirs historiques. — C'est à Me- 
lun que moururent les rois Robert et 
Philippe l"; l'un en 1031, et l'autre 
en 1108. C'est aussi dans cette ville que 
le célèbre Abeilard donna ses pre- 
mières leçons et juta les premiers fon- 
demens de cette grande réputation qui 
lui valut une foule de disciples , d'ad- 
mirateurs, de persécuteurs, ainsi qu'une 
maîtresse, une épouse aussi tendre. 



aussi savante que belle, et un événe- 
ment dont le récit fait frémir. 

Biographie rie Melun. — Deux hom- 
mes remarquables par leurs vastes con- 
naissances ont reçu le jour à Melun, 
savoir : 

Jacques Amyot, en 1813; et 
Malet (abbé), savant professeur. 

Environs de Melun. — Excursion 
idéale. 

Excursion au château de Vaux-le- 
Praslin. 

Dislance a parcourir : 1 lieue. 
Direction : le Nord-Est de Melun. 

Historique. — Le château de Vaux- 
Îe-Praslin a été construit en 1059 par 
le célèbre Fouquet, surintendant des 
finances. L'architecte Levau construisit 
les bàtimens ; les jardins commencèrent 
la réputation de Le Nôtre ; les peintures 
furent exécutées par Lebrun et par les 
meilleurs artistes du temps. C'est dans 
ce s jour somptueux que Fouquet 
réunissait tout ce que la ville et la cour 
pouvaient offrir d'aimable et de grand. 
Arrêté par ordre de Louis XIV, à la 
suite d'une brillante fête qu'il lui don- 
nait , il fut condamné trois ans après 
à un bannissement perpétuel ; mais 
Louis XIV, craignant qu'il ne rendît à 
l'étranger les secrets de l'état, le fit 
conduire aux îles Marguerites : il fut 
l'homme au masque de fer qui languit 
si long-temps dans les prisons de ces 
îles. 

Ce château appartient maintenant à 
M. le duc de Choiseul , pair de France. 

Description. — Extérieur.— L'avant- 
cour de ce château est décorée de por- 
tiques et fermée du côté de l'avenue 
par une grille que soutiennent des ca- 
riatides ; deuv bassins enrichis de grou- 
pes ornent la cour du château lui- 
même, qui est entouré de larges fossés 
remplis d'eau vive, et bordés d'une ba- 
lustrade de pierre. Un superbe vesti- 
bule communique à un salon d'une 
grande beauté. L'architecture se com- 
pose d'arcades et de pilastres d'ordre 
composite; quatre statues de marbre, 
d'après Panique, remplissent quatre 
de ces arc.ides. 

Côté du jardin. — Va côté du jardin, 
la façade du château offre deux pa- 
villons ornés de pilastres ioniques. 
Deux petits avant-corps qui les accom- 



fctJIDE 



pagnent sont surmontés d'une balus- 
trade régnant pareillement sur le dôme, 
qui est terminé par une campanule. 
Le milieu de la façade e-t décoré de 
quatre colonnes doriques , au dessus 
sunt autant de pilastres ioniques avec 
un fronton ; et sur l'entablement , qui 
est du même ordre , s'clè\ent quatre 
figures de pierre: des chiffres et des 
armes, supportés par des lions et des 
génies tenant des couronnes , surmon- 
tent le bandeau des croisées du rez-de- 
chaussée. 

Intérieur. — Appartemens. — Les 
appartenons sont superbes, ornés de 
figures en stuc et de peintures magni- 
fiques: nous remarquons, du célèbre 
Lebrun, un plafond superbe, représen- 
tant l'apothéose d'Hercule et quelques 
uns de ses travaux; un autre plafond 
du même peintre se compose de cinq 
figurer : la Fidélité, le Secret, la Force 
et la Prudence , groupées et soutenues 
par la Renommée. Pans le fond, Apollon 
renverse à coups de flèches l'Envie et 
d'autres monstres, qui se perdent dans 
l'épaisseur des nuées. 

Le plafond du cabinet présente une 
femme qui dort, ia tête api u\ée sur 
son bras ; elle laisse tomber des pa- 
vots. 

Dépendances du château. — Parc. 
— Les dépendances du château sont 
immcnsesel d'une beauté remarquable. 
Dans le parc, nous remarquons quatre 
magnifiques bassins, une belle pièce 
d'eau d'un arpent carré, au centre de 
laquelle est une figure en marbre re- 
présentant Neptune , sur une conque 
marine tirée par trois chevaux; une 
chute d'eau, un canal de cinq cents 
toises de longueur occurent toute la lar- 
geur du parc , qui est de six cents ar- 
pens. De nombreux piédestaux jeltent 
chacun par un mascaron de l'eau dans 
une coquille, yuanl aux 

Jardins , ils étaient autrefois décorés 
de fort belles statues en marbre, dont 
plusieurs antiques ; nous y remarquons 
encore une crotte en forme d'amphi- 
théâtre, d'où s'-.'lève une grosse gerbe 
au milieu d'un ba<s'm ; on y monte par 
deux rampes , ornées de balustrades et 
de quatre piédestaux qui supportent 
chacun une figure de lion. 

Tels sont les principaux ornemens 
de cette vaste propriété, jadis si splen- 
dide, aujourd'hui si délabrée. Eu par- 



courant ces jardins , on se représente 
le bon La Fontaine, assis, la lête bais- 
sée , le regard triple, adressant aux 
nymphes de Vaux cet'e prière à la fois 
si louchante et si pathétique , dans la- 
que le il les supplie d'inlercéder pour 
son bienfaiteur. 

Si le long de vos Lords Louis porte ses pas , 

Tâchez .le l'adoucir, fléebistez non courage: 

11 aime ses sujels, il csl jusle il esl saue; 

llu titie de élément rendu le ambitieux. 

l'est par là que les rois sont semlilalilca aux dieux. 

Du magnanime Henri qu il coi uple la vie * 

Dès qu'il put se venter il en | crdit I envie. 
lus, mu à Louis cette même do'.ceur;. 
La plus belle victoire est de vaincre son cœur. 
Oronle est à présent un objet de clémence : 
S il a cru lis conseils d une aveii/l puissuice , 
11 eu esl trup puni par son sort t jgoureux; 
Kl c'est être innocent que d'être malheureux. 

Excursion au château du Jard. 

j De Melun 1 lieue. 
Distance à parcourir: < De Vaux-le-Praslin 
[ un quart de 1. 

Château du Jard dépend de la com- 
mune de Voi«enon. Ce château , an- 
cienne habitation de la seconde femme 
de Louis-le-Jeune (Alix de Champagne), 
fut transformé en abbaye en 1I9U. A 
l'époque de la révolution , il fut vendu 
comme bien national à M. Vergie, et 
pa«sa ensuite à M. Rouillé d'Orfeuil, 
qui se plut à l'embellir. Le 

.'Vi/tviui est percé de routes de chas e 
et rempli de rochers pittoresques, ren- 
ferme un superbe canal alimenté par de 
nombreuses sources d'eau vive. 

La ce sont des oiseaux qui d'une rame agile, 
Navigateurs aib's feiulent l'onde docile. 
A leur tête s'avance et nage avec perte 
Le cyptte au cou superbe . au plumage argenté. 
A su .uîte un essaim de ces oiseaux rameurs. 
Tous dillérens de voix, de plumage et de mreurs , 
Fend les eaux , bal les airs de ses ailes liruvaules ; 
Tout jouit, louta'auinie , et les eaux sont vivantes. 

Excursion au château de Pouilly-le- 
Fort. 

{De Melun 1 lieue et 
demie. 
De Jard 1 1. et d. 

Non loin du château du Jard et de la 
roule de Lyon sont les 

Iiui'iesdu château HePouill -le-Fort, 
consistant en plusieurs foss ; s ruinés, en 
quelques ponts ie»is à moitié détruits , 
en plusieurs tourelles minées par le 
temps. Le reste du château est traversé 
par la charrue qui seule retentit à pré- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Kl 



sent dans les endroits où résonnaient 
jadis le choc des lances et le bruit des 
armes. 

Un long respect consacre encor ces ruines ; 

Ici c'est un vieux Tort qui, du haut des cnlliues , 

Tyran de !a coulrée , ell'roi de ses vassaux , 

Portait jusques au ciel l'orgueil de ses créneaux 

Qui . dans ces temps all'reux de discorde et d'alarmes , 

Villes grands coups de lance et les noLles fait* d'armes. 

Ces débris, celte mâle et triste architecture, 
Qu'environne une fraïclie et riante verdure. 
Ces angles . ces glacis . ces vieux restes de tours 
Où l'oiseau couve en paix les fruits de ses amours; 
Et ces troupeaux peuplant ces enceintes guerrières, 
El l'enfant qui se joue où con battaient ses pères ; 
Ici toul est contraste, et tout moiilre à nos jeux 
Cn tableau doux et lier, champêtre et belliqueux. 

(DlLtLI.I. ) 

Excursion au château de Fleunj- 
d'Argouges. 

Distance à parcourir : 5 lieues. 
Direction : au Sud de Melun. 

Historique. — Ce cliàieau, dont l'as- 
pect est fort pittoresque, fut bâti par 
Côme Closset, grand-maître des eaux et 
forêts sous le règne de Henri II; pos- 
sédé depuis par le cardinal de liiche- 
lieu, il devint la propriété de M. le 
comte d'Argouges, qui se plut à l'em- 
fcellir et à accroître ses dépendances. 

Description. — Ce château est fort 
vaste , d'une solide construction en 
pierres et en briques. — Le cori s-de- 
logis principal est presque entièrement 
reconstruit à neuf. Son intérieur est 
surtout remarquable par les belles pein- 
tures à fresque du célèbre Primalice. 
Ses fossés sont remplis d'eau vive et 
séparent l'avant - cour de la cour inté- 
rieure. 

Dépendances. — Les dépendances du 
château de Fletiry-d'Argouges sont im- 
menses ; ses jardins sont magnifiques ; 
dans un on remarque une superbe ter- 
rasse , et dans l'autre deux parterres 
anglais fort jolis dont l'un est ornéd'une 
pièce d'eau. Quant atiparc il contient un 
superbe 

( anal de qualre cents toises de lon- 
gueur sur dix de large. A l'origine de 
ce canal , nous remarquons une source 
fort abondante, surmontée d'un mar- 
bre sur lequel sont gravés les vers sui- 
vans du célèbre Kollin. 

Vives a<jtiir , inox j'aufier, aquis hinc rursùs abunda ni , 

Sptrare adoerûi dtilici , mettant aecund. i, 

Àt ijun alium cuncta , unde [lunt ttgnatctrt fontem. 

Un jeune poète, M. C. Delanoue , 



a fait l'imitation de ces beaui vers : 

Source opuleute et pauvre lour à tour. 
Je sais lutter eit un desiiu contraire ; 
Lorsque mes flols ont franchi leur barrière , 
D'un nuire oh&taclc ils craignent le retour. 
Fuyant ainsi dans ma paisible course , 
J appris a craindre un lil ambitieux, 
El je m 'élève à la vivante source 
où tout découle el qui liait dans les cieux. 

Départ de Melun. 

Peu de temps après avoir quitté Me- 
lun, nous découvrons le 

Château de laux-le- Long, arcienne 
seigneurie dépendante du village voi- 
sin, dont nous voyons le clocher de l'é- 
glise s'élever près du château. Ce fut 
dans ce lieu que s'arrêta, en 1814, l'em- 
pereur de Hussie, et qu'il reçut les clefs 
de Melun. Du cô:é opposé est le 

Château de la liocheite, bâti sur un 
sol aride, dont le {propriétaire, par des 
travaux énormes, a su tirer un excel- 
lent parti. Presque en face est 

Lwry, vilage peuplé d'environ trois 
cents habitans, el où nous remarquons 
un joli 

Château entouré de bois el de belles 
prairies. Dans la même direction ett le 

Château de la Bergerie, en face du- 
quel se présente sur le penchant de la 
côie la 

Ferme de la Riutie, et sur le sommet 
le hameau de 

Branles, près lequel il se donna une 
grande bataille sous le règne de Phi- 
lippe-le-Bel , où périrent un grand 
nombre d'Anglais. Du côté opposé est 

Charlrette, village dans une position 
charmante, au sommet d'un coteau d'où 
la vue s'étend sur le cours de la Seine 
et la partie septentrionale de la forêt 
de Fontainebleau. Parmi les nombreu- 
ses maisons de pi dsaiice que ce village 
renferme, nous remarquoi s le 

Château du Pré, bâti par Henri IV 
pour Gabrielle d'Entrées, Plus haut est 

Lavage, tpii a un port considérable 
pour l'exploitation des bois et des grès 
que l'on tire de la forêt de Fontaine- 
bleau. îNon loin de là est 

Sermoise, hameau où fe trouvent deux 
maisons de plaisance dont les jardins 
viennent toucher le fleuve. Après un lé- 
ger détour nous découvrons 

funtaine-le-Port, villa ;e qui occupe 
un fond étroit et mal sain. De celte 
commune dépendait autrefois la célèbre 



III 



HZ 



GUIDE 



abbaye du Barbeau, fondé» eu 1147 par ^ Voiture, qui les conduit gratuitement 
Louis-le-Jeune, qui y fut enterré. L'é- a la ville. 



glise de ce va9te monastère a été démo 
lie , mais ses immenses bàlimens ont 
été conservés et forment une belle ha- 
bitation qui avait été donnée par Napo- 
léon à la Légion-d'Honneur, pour en 
faire une maison d'éducation des orphe- 
lines de l'ordre. Du côté ojiposé , et 
presque en face est le joli 

Bois-Madame. Plus haut et dans la 
même direction est la 

Ferme du Petit-Barbeau , en face 
de laquelle nous remarquons le 

Port de Barbeau, où l'on embarque 
pour l'approvisionnement de la capi- 
tale, une grande quantité de bois pro- 
venant des forêts qui tapissent les hau- 
teurs voisines, et où vient se terminer 
dans la Seine une 

Petite rivière qui met en mouvement 
plusieurs moulins. A l'opposite est 

Samois, village situé sur un coteau 
et au milieu de la forêt de Fontaine- 
bleau. Plus haut est 

IJcricy, village placé sur le bord de 
la Seine et au pied d'une colline. Hé- 
ricy était jadis une petite ville entourée 
de fossés et bordée de murs dont nous 
voyons encore quelques débris. Nous y 
remarquons aussi les 

ftuinesd'im pont dont on atlribue la 
fondation aux Romains, et détruit sous 
le règne de Louis XI, pour intercepter 
le passage aux Bourguignons, avec les- 
quels ce monarque était en guerre. Ce 
pont était alors très étendu, et dans son 
état de destruction il offre de belles 
ruines antiques, remarquables par la 
hardiesse et la solidité des cintres des 
arches. L' 

Eglise paroissiale d'Hèricy est gran- 
de , régulière et l'une des p'us belles 
des environs. A une laitile d stauce de 
Héricy, et du côté opposé est 

Bas- Samois, hameau de peu d'im- 
portance. Immédiatement après Bas- 
Samois vient la 

Madeleine, colline fort jolie, où nous 
remarquons une superbe maison de 
plaisance. Bientôt nous arrivons à 
Valvin, où nous faisons une nouvelle 

Station pour les passagers qui se ren- 
dent à 

Fontainebleau, pour la commodité 
desquels l'administration du bateau de 
Montereau a établi une petite 



Excursion à Fontainebleau. 

Distance à parcourir : une petite lieue. 
Direction : le Sud. 

Lorsque tous les voyageurs pour Fon- 
tainebleau ont pris place dans la voi- 
ture, nous quittons à l'instant "Valvin, 
et dans peu de temps nous sommes ren- 
dus à 

Fontainebleau, qui est le but de no- 
tre excursion. 

Aperçu général de Fontainebleau. — 
Celte ville, située au milieu d'une des 
plus belles forêts de la France, est régu- 
lièrement bâtie, les rues en sont larges, 
propres etbien percées. Elle possède de 
belles places,maisirrégulières,une église 
qui n'a tien de remarquable, deux hos- 
pices, dont un, celui de la Charité, pour 
les malades civile et militaires, et l'autre, 
celui du Mont-Pierreux, pour les vieil- 
lards et les enfans trouvés et orphelins, 
deux beauv quartiers de cavalerie , un 
pelit théâtre, une bibliothèque publique 
contenant vingt-huit mille volumes, un 
obélisque d'une hauteur considérable, 
érigé en .1786, à l'occasion de la nais- 
sance ries enfans de Louis XVI et de 
Marie-Antoinette, enfin un superbe châ- 
teau royal que nous allons parcourir. 

Promenade au Château Royal. 

Historique. — L'origine du châîeau 
de Fontainebleau remonte au de à du 
douzième siècle ; il servit souvent de 
résidence à Louis VII et à son fils Phi- 
lippe-Auguste. Saint Louis et tous les 
roi-* ses successeurs augmentèrent à 
l'envi cet agréable séjour; mais une 
partie des premiers bàtimens étant 
tombée ei ruines, François I er , qui af— 
fectionnaitparticulièi ement cet endroit, 
fit presque entièrement reconstruire et 
décorer le château par les plus habiles 
artistes de l'Italie. Henri II , C larles IX 
et Henri III ont fait faire quelques 
constructions nouvelles, mais Henri IV 
les surpassa de beaucoup, et y d pensa, 
en huit ans, 3,440 830 livrer Louis XIII 
et Louis XIV imitèrent leurs prédéces- 
seurs et mirent la dernière main à ce 
magnifique château. Sous le règne de 
Louis XV. on y exécuta aussi de grands 
travaux ; Louis XV I y laissa quelques tra- 
ces du sien, et Napoléon y fit exécuter 



DU VOYAGEUR £>' EUROPE. 



S.- 



de nolablesembelisseniens, dont la dé- 
pense s'éleva à 6,242,< 00 francs. 

Description, — Extérieur du château. 
Ce superbe édifice, qui est bâli au fond 
d'un vallon, est composé de cinq corps 
de bâtimens divisés par autant de cours 
et de ga'eries. La 

Première cour ou la cour du Che- 
val-Blanc est assez spacieuse; à droite 
nous remarquons 1' 

Aile neuve qui a élé construite sous 
Louis XV, et achevée sous Louis XVI. 
A son extrémité occidentale se voient 
encore les 

liestes de la grotte du jardin des prin- 
ces, monument des amours de Fran- 
çois I er et de dame de Pisseleu , du- 
chesse de Valentinois, qui avait son ap- 
partement au dessus. L' 

Aile dit bâtiment à gauche n'a rien de 
remarquable que sa construction pri- 
mitive du temps de François I er ; elle 
sert de logement aux minisires. 
Devant la façade se remarque I' 
Escalier en fer à cheval construit 
sous Loui3 XIII en 1634, par Jacques 
Lemercier son architecte, et qui con- 
duit, aux grands appartemens. Le 

Pavillon à gauche du côté de t hor- 
loge s'appelait le 

Pavillon des Armes, parce que Fran- 
çois I er y avait rassemblé des armes et 
d'autres curiosités militaires. Au pied 
de ce pavillon est le 

Jeu de Paume, qui a élé rétabli dans 
les derniers temps. En suivant la chaus- 
sée qui passe sons l'escalier en fer à 
cheval, nous nous rendons à la 

Chapelle de la Trinité, construite en 
1329, peinte et décorée sous Henri IV, 
par Martin Fréminet. Le principal au- 
tel, qui a été exécuté sur les dessins de 
Bourdon, architecte , est noble et ma- 
jestueux dans son élévation. En face est 
la 

Tribune du Hoi, élevée à la hauteur 
des appartemens, sur dix colonnes d'or- 
dre corinthien. La 

Deuxième cour, ou la cour de la Fon- 
taine est une des plus agréables par son 
exposition et ses points de vue au midi. 
Elle doit son nom à la fontaine qui 
l'orne et dont la décoration est fort jo- 
lie. 

Tout le premier étage de l'aile droite 
de cette cour fournit ï' 

Ancien appartement des reines mè- 
res. C'est là que fut logé l'empereur 



Charles -Quint, lorsqu'il vint en 1339 ; 
Pie VII lorsqu'il vint en France à la fin 
de 1804; enfin Charles IV roi d'Espagne, 
après qu'on eut envahi ses états. 
Au rez-de-chaussée du 
Gros pavillon qui termine celte aile 
de bâtiment était 1' 

Ancienne salle du conseil construite 
à cet effet sous François I er , du côté de 
l'étang. En avant de l'aile du fond s'é- 
levait une terrasse au dessus d'une ga- 
lerie voûtée et percée de sept arcades 
entre lesquelles sont des niches à jour 
attendant des statues. 

Le rez-de-chaussée de ce corps de 
bâtiment, qui servit d'abord aux bains, 
fut converti en appartement en 1397, et 
la dernière pièce au levant fut appelée 
Salle de la conférence. Au premier 
étage est la 

Galerie de François I er , ou des ré- 
formés , à cause de quelques officiers 
que Louis XIV y réforma. 

Dans les pièces de l'étage supérieur 
était placée la 

Bibliothèque de François I er qui fut 
transportée à Paris en 1393. 

L'aile gauche de cette cour est occu- 
pée en entier par une pièce nommée 
successivement la 
Grande salle , la 

Salle de la belle cheminée, enfin la 
Salle de la comédie. 
En sorlantdela cour de laFontaine 
on entre dans la 

Cour ovale ou du Donjon , par la 
Porte dorée, laquelle suppoite un 
gros pavillon à sept étages, dont la 
masse est assez imposante. 

Les deux tiers des bâtimens commu- 
niquent en dehors par un balcon cons- 
truit sous Henri IV; sous un superbe 
portique sont deux escaliers , l'un est 
nommé 

Escalier du F.oi et l'autre 
Escalier de la Reine. 
A coté de la porte dorée , à droite en 
entrant, est encore un escalier composé 
de cent trente marches formantehacune 
un seul noyau. Non loin de cel escalier 
est la 

Conciergerie , où l'on s'adresse pour 
voir le château. Au rez-de-chaussée de 
ce bâtiment est la 

Chapelle basse qui fut rebâtie sous 
François 1 er et dont quelques ornemens 
sont encore d'une grande fraîcheur. 






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GTJIDB 



Entre les deux pavillons qui terminent 
les corps de bàlimens est la 

Porte du Dauphin , ainsi nommée 
parce qu'elle fut construite en l'an 1601 
à l'occasion de la nais'ance du Dauphin 
depuis Loui-i XIII. Cette porte , qui a 
soixante-six pedi d'élévation, est ornée 
des armes de France, soutenues d'un 
côté par des anges et de l'autre par des 
renommées. 
Gagnons maintenant 1' 
Intérieur du château, en prenant 1' 
Escalier du Roi qui est situé prés la 
porte dorée dans la cour ovale. ^ 

l re Pièce. — La première pièce qui 
se présente à nous est 1' 

Ancienne salle des gardes, dont le 
plafond est peint par Barlhélemi; et 
représentant un 

Triomphe d'Amphitrite. 
2« Pièce. — La deuxième pièce est la 
Chambre à coucher de Saint-Louis , 
sur la cheminée de laquelle nous re- 
marquons une A 

Lèda avec ses deux fils en bas âge. 
A côté d'elle est 
Jupiter sous la figure d'un cygne. _ 
3' Pièce. — Cette pièce , qui a été 
construite sous François 1 er , porte le 
nom de 

Salon des nobles. Les ornemens dont 
elle est décorée ont été peints par 
Paul Bril. 

4 e Pièce. — La quatrième pièce est la 
Salle à manger du lioi, dont le lam- 
bris est du temps de Louis XIII. 
5 e Pièce. — La cinquième pièce est la 
Salle des gardes de la Reine, qui n'a 
de remarquable que le 

Portrait d'Anne a" Autriche,qmOVî)e 
le dessus de la cheminée. 

6* Pièce. — La sixième pièce est 1' 
Antichambre de la Reine , dont le 
pla f ond est soutenu par quatre colon- 
nes. 
7 e Pièce. — La septième pièce est la 
Galerie de Diane, construite en 1600 et 
restaurée dans ces derniers temps avec 
beaucoup de goût. Aux deux extrémités 
de cette pièce des arcs doubleaux sup- 
portés par des colonnes accouplées 
d'ordre dorique en stuc . lesquelles à 
l'entrée ménagent une espèce de vesti- 
bule. Au milieu de cette galerie sont 
huit pi astres de même ordre qui rap- 
pellent l'ordonnance des deux extré- 
mités. Quant a la décoration elle est 
parfaite «ous tous les rapports. 



8 e Pièce. — La huitième pièce en 
revenant sur nos pas est le 

Salon des jeux, où l'on remarque une 
superbî 

Table en porcelaine de Sèvres , sur 
laquelle sonlpeints,encinq médaillons, 
des objels gracieux tirés de la fable. 

9' Pièce. — La neuvième pièce est 

'a 

Grande Chambre de la Reine, dont 
le plafond est très bien conservé, et 
d'une beauté rare. Le 

Lit de Parade , dont il est orné , 
ainsi que le restant de l'ameublement, 
est fort remarquable et digne de fixer 
l'attention des curieux. 

10 e Pièce. —La dixième pièce est 
un 

Boudoir, dont le parquet est en bois 
d'acajou, et meublé avec goût. 

11" Pièce. — La onzième pièce est 
la 

Salle du Trône , dont le plafond et 
l'ameublement sont dignes de remar- 



que. 

12 e Pièce. 
la 



— La douzième pièce est 



Salle du Conseil, au milieu de laquelle 

est une 

Table en noyer d'Amérique. _ 

13 e Pièce. — La treizième pièce en 
sortant de la salle du conseil est la 

Grande Chambre à coucher du roi, 
qui est enrichie de divers ornemens en 
or et en couleur et d'une belle exécu- 
tion. 

14 e Pièce. — La quatorzième pièce 

est la 

Petite Chambre à coucher du roi, 
dont le lit, les tentures et les meubles 
sont d'un goût admirable. 

16? Pièce.— La quinzième pièce , que 
j'app lierai 

Chambre de l'Abdication, parce que 
Bonaparte y signa son abdication , est 
garnie et décorée avec beaucoup de 
goût et d'éclat. 

C'est ainsi que se composent les 
grands appartenons du roi et de la 
reine, desquels on est conduit à la 

Grande Bibliothèque , qui est placée 
dans une ancienne chapelle dite cha- 
pelle haute, enfin à la 

..S'a 7e de Bal qui fut construite sous 
François W, et décorée par Nicolo et 
Toussaint Dubreuil. 

Maintenant que nous avons parcouru 
et admiré l'intérieur des appartement 



DU VOYAGEUR EN EUftOPtL 



3S 



il ne nous reste plus qu'à voir le 
dehors du château , c'est-à-dire ses 
dépendances. 

Promenade extérieure. — Nous 
allons commencer notre promenaJe 
extérieure par le 

Janlin de P Orangerie , auquel nous 
arrivons par la cour de la fontaine. Ce 
jardin qui , avant la révolulion , était 
orné de beaucoup de statues , n'en 
oirre plus aujourd'hui qu'un très petit 
nombre. Du jardin de l'orangerie, nous 
allons visiter 1' 

Etang et les 

Petits Jardins. L'étang est borné à 
l'est par la chaussée royale, au sud par 
l'allée du chenil, à l'orient par l'allée 
royale , et au nord par la cour de la 
fontaine. Le 

Petit Pavillon que vous apercevez, 
a été reconstruit en 1811 et décoré avec 
goût. 

Quant aux petits jardins qu'il y avait 
autrefois, ils ont été détruits soui Louis 
XIV, et Le Nôtre traça le jardin tel 
que nous le voyons aujourd'hui. Le 

Parterre reçut sa première forme sous 
François I er ', et la seconde sous 
Henri IV. Il serait inutile d'entrer dans 
quelques détails à son égard. Descen- 
dons la 

Terrasse du Parterre, et allons visi- 
ter la 

Cascade et le 

(anal. L'ancienne cascade qu'il y 
avait a été détruite et remplacée par 
une de meilleur goût. Quant au parc, 
il est fort joli, ainsi que le canal qui est 
bordé de chaque côté d'ailées et de 
lapis de gazon. 

Au bout de la partie gauche du parc 
existe un 

Labyrinthe qui est fort marécageux, 
mais d'assez bon goût. 

Tels sont les divers ob'efs que nous 
avions à visiter au dehors du château ; 
il ne nous reste plus maintenant qu'à 
parcourir les 

Environs de Fontainebleau. 

Excursion à l'Ermitage de Franchard. 

Dislance à parcourir: 1 lieue et demie. 
Direction : le Nord-Est. 

Départ. 

Franchissons l'enceinte de la ville et 
dirigeons nos pas vers la route de Frau- 



chard, dont l'aspect est assez agréable. 
Après une heure environ de marche, 
nous commençons à cire en vue de 1' 

F.i-mitage , qui est placé dans la 
partie la plus agreste de la forêt, et au 
milieu des sables et des rochers. Ici 
on se croirait volontiers transporté au 
centre des'\asles solitudes de l'Améri- 
que septentrionale; d'un côté s'élèvent 
d'immei ses enlassemens de rochers, de 
l'autre sont de profondes anfracluosités; 
partout un sombre horizon de forêts et 
de déserts. 

Historique. — C'est dans ce lieu 
plein d'horreur que se fixa l'ermite 
Guillaume, chanoine régulier de Saint- 
Euvert d'Orléans , à qui Philippe- 
Auguste en fit la donation à vie. Bien- 
tôt l'ermitage de Franchard se peupla 
à un tel point de religieux qu'il devint 
un monastère considérable , soutenu 
par les pieuses largesses qu'il recevait 
de toutes parts. Ce monastère ayant été 
détruit par les guerres intérieures , 
Louis XIV le rétablit en 1072,eten 
remit les titres, sans revenus, aux reli- 
gieux Mathurins de Fontainebleau. A 
dater de cette époque, ces religieux 
allèrent tous le* ans, le mardi delà 
Penlecôte, y célébrer l'office divin. Mais 
comme ce lieu était désert pendant tout 
le resle de l'année, le roi en ordonna 
la démolition en 1712, dans la crainte 
que cet asile de paix ne devînt un lieu de 
débauche ou une retraite de voleurs. 
Dans le même temps il fil détruire, par 
la même raison, un beltédèrequ'il a\ait 
fait construire pour procurer à la reine 
la vue des beaux paysages qui sont au 
delà des rochers. 

Dans les ruines du monastère de 
Franchard on a construit une 

Maison de Garde de la Foret, et pour 
son usage, on a creusé tout à côté un 
puits curieux par sa beautéet dont l'eau 
est excellente. 

Fêle de Franchard. 



Allons d.insci 
Aniinea vous 
Allons danse 
Galans , | 



mus les ormeaux , 

jeunes lilleltesi 

er sous les oimeaui, 

nez vos chalumeaux. 



J.-J. Il La Devin du î'illage.) 

Au pieux pèlerinage qu'on faisait 
jadis à Franchard le mardi ée la Pen- 
tecôie, a succédé une lête brillante à 
laquelle se rend une foule immense. 
Ici, comme aux autres fêtes villageoises. 



I M 



a« 



GUIDE 



on danse sur la pelou-e , à l'ombre des 
chênes, au milieu des boutiques ambu- 
lantes, des paniers de eomeslibes, des 
chevaux de bois , et au son déchirant 
des violons faux, des fifres aigus, des 
tambourins à contre-mesure, au bruit 
in ernal des enfans qui crient et des 
joueurs qui se d sputent. 

Excursion à la montaqne dite le Mail 
d'Henri IV. 

Distance à parcourir : un quart de lieue. 
Situation : au bout do l'allée de Mainlenon. 

Quels sut limes aspects, quels tableaux romautiques! 

bur ces vastes rochers, confusément énars. 

Je crois voir le e,énie appeler tous les arts. 

Le peintre y vient obercher, sous des teintes sans nombre, 

Les jets de la lumière et [es masses de l'ombre ■ 

Le poète y former ses plus sublimes chants ; 

Le sage y retrouver des souvenirs touchans, 

( Delillb , L'Homme dos Champs. } 

Cette montagne, dont nous allons 
gravir le sommet pour jouir des nom- 
breux points de vue qu'elle offre, était 
autrefois toute nue et très escarpée. 
L'infortuné Louis XVI la fit adoucir, et 
sur l'avis de son premier médecin, il l'a 
lit couvrir de pins de Bordeaux et d'E- 
cosse qui ont réussi à merve.lle. Cartel, 
dans son joli poème sur la forêt de Fon- 
tainebleau, s'exprime ainsi au sujet de 
cette plantation. 

Un peuple d'ttrbres verts nous tppelle à son tour : 

ÎV'é prés de la Baltique , il orne ce séjour, 

Occupe lescôteau\ rebutés par les chênes , 

Et prospère au milieu de stériles arènes. 

Honneur à I.LvioxtKt , qui sur cet heureux bord 

A fart croître ei fleurir les parures du nnrd ! 

Par lui Fontainebleau voit malgré la froidure , 

Au front de tes rochers éclater la verdure ; 

Et nos ports n'auront point compté cinquante hivers , 

Les mâts qu'il a semés vogueront sur ks mers. 

C'est, dit J.-J. Rousseau, sur la cîme 
des montagnes solitaires que l'homme 
sensible aime à contempler la nature; 
c'esllà que, tête-à-tête avec elle, il en 
reçoit des inspirations toutes puissan- 
tes, qui élèvent l'âme au dessus de la 
région des erreurs et des préjugés. 



Excursion à Avon. 

Dislance à parcourir: une demi lieue. 
Direction: à l'Est. 

* ;,*,.". ' ^"re sludious Ut me sii , 
And hold high converse wltk Ihe mighlj dead. 

Je veux ici , ne recueillir et lier entretien 
avec lesi'lustres nmils. 
ITuousox, Poème des Saisons, p. 43l et 4Ô2.) 

Autrefois, de l'Obélisque à Avon ce 
n'était qu'une vaste plaine inculte ; au- 



jourd'hui se présente à l'œil le plus 
agréable tableau que l'on puisse voir, 
par les diverses plantations qu'on y a 
faites 

Le village d' 

Avon, qui est peuplé d'environ neuf 
cents âmes, n'offre rien de curieux que 
son 

Eglise, dans laquelle sont renfer- 
més les 

Tb/nieat/xd'Ambroise Dubois, pein- 
tre, qui travail! a beau coup pour le châ- 
teau de Fontainebleau, et qui y mourut 
le 27 décembre Kilo ; et de Monal- 
desclii. Près le bénitier est la pierre 
tumulaire du malheureux marquis de 
Monaldeschi ; elle a environ dix-huit 
pouces de long sur quinze de large ; 
nous y lisons ces mots : 

Ci git ilonatdesclii ! 

Dans le 

Cimetière de l'église sont les 
Mausolées du naturaliste E tlme-Louis 
Daubenton , mort le 12 décembre 1783, 
en sa maison de Saint-Aubrin; et du 
mathématicien Etienne Bezout , né à 
Piemours le 13 mars 1730, et mort en 
sa maison des Belles-Loges, le 27 dé- 
cembre 1783. 

Départ de Fontainebleau. 

Maintenant que nous avons vu tout 
ce que Fontainebleau et ses environs 
renferment de curieux, nous allons re- 
prendre li route tic Valvin, et de là nous 
allons continuer à tracer l'itinéraire du 
cours de la Seine. 

Départ de Valvin. 

Peu de temps a rès avoir quitté Val- 
vin, nous trouvons à noire gauche 

Samoreau, village sur le penchant 
d'une colline, et dans lequel nous re- 
marquons un 

Château construit sous le règne de 
François I er , dont le parc et les jardins, 
distribués en terrasse, sont très remar- 
quables. Plus haut et du côté opposé, 
est 

Lariviere et la 

Ferme de Montmélian , près de la- 
quelle on exploite un rocher de grès. 
Plus haut en> ore , nous découvrons le 
Chàlcau de Sainl-Aubin, le char- 
mant 

Bois Gautier et le hameau d' 
EJfrondé, en face duquel est le joli 
Château des Pressoirs du Boi, con- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE, 



ST 



struit par François I", et sur les murs 
duquel nous remarquons les chiffres et 
devises de ce prince. Du côté opposé et 
plus haut, est 

Thomery, village dans lequel On 
compte cent Iiabilans, et très renommé 
pour le commerce considérable qu'il 
fait en fruits et surtout en raisins. Du 
côté opposé et plus haut, est 

Champagne , village ayant un petit 
port fort commode , et où l'on cultive 
d'eveellens chasselals. 

By, se trouve un peu au dessus et de 
l'autre côté, après lequel nous décou- 
vrons 

Venau, village de huit cents âmes , 
qui semble vouloir nous barrer le pas- 
sage. Bientôt après nous passons devant 
le' 

Canal du Loing , qui baigne lïloret 
et qui commence dans le département 
du Loiret. A quelque distance du canal 
est 

Saint-Mamè , village peuplé de i inq 
cents habitans, et où nous allons faire 
une nouvelle 

i talion pour débarquer les passa- 
gers que leurs affaires ou la curiosité 
atltiient à 

Moret, où nous allons faire une ex- 
cursion idéale. 

Excursion idéale à Moret. 

Distance à parcourir : une demi-lieue. 
Direction: le Sud. 

Moret est une petite ville fort jolie, 
située sur la roule de Fontainebleau à 
Sens, et sur la rive gauche du Loing , 
qui y fait tourner plusieurs moulins. 
Son origine nous est inconnue: il s'y 
tint un concile en 8oO. Louis-le- Jeune 
y avait un palais en 1128. Cette ville 
est bien bâtie, propre, bien percée et 
d'un aspect agréable. C'était autrefois 
une place forte qui fut assiégée et prise 
en 14^0 par le roi d'Angleterre et le 
duc de Bourgogne. Charles VII la re- 
prit d'assaut vers 1430. Aujourd'hui 
ses fortifications sont bien délabrées , 
à l'exception de deuv portes d'entrée 
fort élégantes, lesquelles sont flanquées 
de tourelles rondes et couvertes d'un 
toit élevé , terminé par un pan coupé 
que décorent deux girouettes. Le vieux 
château n'offre plus aujouid'hui que 
des ruines pittoresques et un vieux 
donjon en terrasse. Quant à l'église de 



Moret , c'est un vaste édifice du xv 
siècle. 

Après cet aperçu général de Moret, 
revenons à notre 

Itinéraire fluvial. A l'opposé de 
Saint-Mamé est la 

CeUe-SQUs-Mnret, village fort mi- 
sérable, qui n'a rien de remarquable 
que le joli 

Belvédère que vous apercevez sur 
le haut de la colline. Bientôt nous dé- 
couvrons du même côté , et au milieu 
d'un bois, 

Ver non , village peuplé de sept cents 
habitans , et à côté le 

Château cPArgevilie, placé au centre 
d'un grand parc , qui communique à 
la Seine par une longue avenue. A côté 
coule le 

fiuisseau de Champigny, qui fait 
tourner plusieurs moulins. Après une 
courte navigation , nous découvrons à 
droite 

Froide Fontaine , hameau situé au 
pied d'une jolie colline , au sommet de 
laquelle s'élève 1' 

Obélisque de la Heine, monument de 
marbre veiné de blanc, érigé à la place 
même où Louis XV, vint au devant de 
Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi 
de Pologne , pour en faire une reine 
de France. Plus haut et à gauche, se 
montre 

Tavers, hameau de peu d'importance, 
où nous remarquons une maison fort 
jolie et dont le jardin est disposé en 
amphithéâtre. En face est la 

Ferme des Loges, et plus loin, dans 
la même direction, celle de 

Pinavant , en face de laquelle nous 
remarquons la 

Grande Paroisse , village n'offrant 
rien de curieux. Bientôt nous décou- 
vrons à droite 

Varennes, dont le clocher de l'église 
est assez beau. La 

Diaison de plaisance, dont le parc 
vient border le fleuve, est fort jolie et 
bien distribuée. Enfin, après un léger 
détour, nous entrons dans 

Montereau, qui est le terme de notre 
voyage. 

Jlperçu général de Montereau. — 
Cette ville est placée dans une situation 
très favorable au commerce, au con- 
fluent de deux rivières navigables, sur 
lesquelles sont jetés deux pouls d'une 
construction hardie. Elle est générale- 



*8 



GCIM 



ment bien bâtie et divisée en trois par- 
ties, dont la plus considérable, la ville 
proprement dite, occupe la rive gauche, 
l'Yonne et la Seine ; au nord , sur la 
rive droile de celle rivière, s'étend le 
fauboug Saint-Nicolas, qui forme l'a- 
venue de Melun ; un aulre faubourg, 
celui de Saint-Maurice, par lequel on 
sort pour se rendre à Bray-sur-Seine, 
est sur la pointe formée par la réunion 
de deux cours d'eau. 

Montereau possède de fort jolies mai- 
sons , une superbe église , un hospice 
civil et militaire, et de belles prome- 
nades. 

Débarquement , séjour et promenade. 

Débarquons et allons loger à 1* 

Hôtel de la l'osle, comme étant celui 
où on est le mieux. Après avoir pris 
possession de notre logement , nous 
allons examiner successivement les 
diverses 

Curiosités de Montereau , en com- 
mençant par 1' 

Eglise Notre- Dame que longe la 
grande rue. Celte église est bâtie dans 
le style gothique , elle est flanquée de 
deux tours carrées a.«sez massives, dont 
le sommet ne dépasse pas le comble du 
temple, et dont l'une, celle de gauche, 
est surmontée d'une petite aiguille. Pé- 
nétrons maintenant dans 1' 

Intérieur de l'église , qui n'offre 
rien de remarquable que le 

Peut jeu d'orgues qui se trouve au 
dessus de la grande porte. Autrefois on 
voyait suspendue à la voûte l'épée de 
Jean -sans -Peur, duc de Bourgogne, 
dont le corps y a même reposé pen- 
dant environ un an , au bout duquel 
on en fit la translation dans l'église des 
Chartreux de Dijon. 

Dirigeons nos pas maintenant du 
cote de 1' 

H6tel-de- Ville , dont la construction 
est fort belle; et de là vers le charmant 
Quinconce , situé sur la rive gauche 
de l'Yonne. Là sur celte pelouse ver- 
doyante , et à l'ombre que donnent ses 
ormes, je vous tracerai rapidement 1' 

Histoire de Montereau. — Celte ville 
doit, dit-on, sa fondation à un monas- 
tère de Saint-Martin qui y fut fondé on 
ne sait a quelle époque , et autour du- 
quel «élevèrent quelques habitations 



qui en reçurent le nom de Monasteria* 
lum, dont on a fait Montereau. 

Les premières fortifications qui eu- 
rent lieu à Montereau furent faites par 
Raynard II, comte de Sens, en 1026, 
qui con'trui'it, à l'angle formé par 
la réunion des deux rivières, un châ- 
teau-fort d'où il pilait les baleaux qui 
se rendaient à Pain et tous les environs. 

En 114:5, Louis-le-Jcune eut à Mon- 
tereau une entrevue avec saint Bernard 
à l'occasion des croisades. Plus tard, 
c'est-à-dire en 1389, sous le rè^ne de 
Jean, ce château fut pris par le Dauphin 
sur les troupes du roi de Navarre , qui 
s'en étaient emparées. Après la mort 
du duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur, 
assassiné sur le pont de crtte ville , 
cette cilé tomba ainsi que son château 
au pouvoir du nouveau duc de Bour- 
gogne , Pbilippe-le-Bon. En 1438 , les 
Anglais s'en rendirent maîtres: mais 
Charles villes en chassa. Depuis cette 
époque jusqu'à 1387, cette ville jouit 
d'un repos parfait; mais alors elle prit 
le parti de la Ligue , à laquelle le duc 
d'Epernon l'enleva deux ans après ; 
bientôt elle fut au pouvoir du duc de 
Mayenne. Mais la seule journée du 14 
avril 1570, suffit à Henri IV pour l'arra- 
cher aux factieux. 

Depuis cette époque, Montereau pa- 
raissait enfin goûter quelque repos, 
lorsque l'invasion des alliés en France, 
en 1814, vint de nouveau ramener 
malheureusement son nom gur la scène 
historique. C'e*t en effet à Montereau 
que se livra , le 18 février de cette 
année, la célèbre bataille qui porte le 
même nom, dans laquelle les Français, 
commandés par Napoléon , défirent un 
corps d'armée wurtembergois et au- 
trichien , qui fut forcé d'évacuer la 
ville dont il s'était emparé. 

En 1815, cette ville fut le théâtre de 
nouveau* désastres : cinq à six mille 
bavarois vinrent camper dans ses envi- 
rons, où ils pillèrent toutes les habita- 
tions isolées. 

Telle est, cher lecteur, l'histoire de 
Montereau et des divers événemens mi- 
litaires qui y ont eu I eu, depuis nos pre- 
mières guerres jusqu'en 1815. Mainte- 
nant que ma tâche est remplie , je quitte 
ces brillantes contrées pour passer dans 
d'autres non moins intéressantes, et 
que le fleuve baigne plus bas. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



B9 



Basse-Seine. 
Promenade de Paris à Sainl-Cloud. 

Distance à parcourir: 2 lieues un quart. 

i En montant demi-heure 
Durée du trajet: j 

[En descendant 20 min. 

Bateaux affectés à ce service. 

Un seul bateau à vapeur, d'une mar- 
che fort aianlageuse , fait le trajet plu- 
sieurs fois par jour de Paris à St-Cloud, 
et de St-Cloud à Paris, en louchant 
aux ports intermédiaires duPoint-du- 
Jour, du Bas-ÎVIeudon et de Sèvres. Le 

Prix des places à bord de ce baleau 
est fixé à soixante-quinze centimes les 
premières, et à cinquante les secondes. 

Embarquement et départ. 

C'est au 

Quai d'Orsaiet non loin du Pont- 
Royal que nous allons nous embarquer ; 
et, comme tous les édifices et monu- 
mens qui avo sinent le fleuve, depuis 
ce pont jusqu'au 

Pont de l'Ecole Militaire , nous 
sont connus, c'est là seulement (pie va 
commencer noire itinéraire fluvial. 
Pa s sé ce pont , nous remarquons immé- 
diatement la jolie 

II? de Grenelle , et à notre gauche 
le village du 

Beau Grenelle , au dessus duquel 
s'élève sur une magnifique colline le 

Château de Vanvres , ancienne pro- 
priété du prince de Coudé. Ce château, 
qui fut bÉtti en 1698 , par M. de Mon- 
tarçis, sur les dessirs de Julcs-Har- 
douin Mansard, consiste en un grand 
Corps-de-logis construit en pierre de 
taille, d'une structure simple et si belle, 
qu'elle remplace les ornemens d'archi- 
tecture dont on aurait pu le décorer. 
Son 

Parc, qui s'éiend au bas de la colline, 
du châieau , est surtout remarquable 
par les belles eaux que lui fournissent 
les fontaines de Vanvres. Le dessinateur 
de ce jardin a su tirer un très grand 
parti de ces eaux. Les bassins , les ca- 
naux, les petilcs rivières et les jels- 
d'eau y sont d'une b auté extraordi- 
naiie ; et , ce qui leur donne un 
charme de plus, c'est que, produites 
par des sources très abondantes , ces 
eaux sont d'une activité continuelle et 



jamais interrompue. A côté de ce châ-' 
teau , et dans le fond de la vallée, est 
situé le village de 

Vanvres, qui n'offre rien de très re- 
marquable, mais qui est célèbre par le 
fameux procès de l'âne de lierre Le- 
clerc , contre l'âne de Jacques Féron, 
et dont voici les faits: 

Femme Leclerc , sur sa monture 

Traversait un jour ce canton. 

Quanti lïine de veuve Féron 

Broutait , errant à l'aventure. 

C'était déjà dans la saison 

Qui , par son influence heureuse , 

Vient rajeunir les animaux 

Et féconder les végétaux. 

Près de l'anesse vov accuse , 

Dont la voix reuque témoignait 

Une passion amoureuse. 

Voilà crû 'aussitôt le baudet 

Lève le col , se met à braire 

Et veut prouver à sa manière 

Les feux d'amour qu'il ressentait. 

Leclerc pour écarter la bête 

D'un ptus liâtou frappe sa tête. 

L'animal furieux s'aigrit , 

Sur la dame à l'instant s'élance, 

La mord , la renverse et s'enfuit. 

N'écoutant plus que sa vengeance, 

Elle se relève, et poursuit 

Maitre Aliboron qu'elle accroche 

Et nombre de coups lui décoche. 

Non contente de sa rigueur 

Par un esprit déraisonnable , 

Des soltises du serviteur 

Rendant le maitre responsable, 

Elle saisit cet mimai 

Et l'établit sou commensal. 

Féron s'iuquiete et se damne 

Croyant avoir perdu son âne: 

Mais . par hasard , le découvrant , 

Leclerc demande pour dommages 

Des morsures et des outrages 

Quinze cents francs . argent comptant, 

Le procès qui déjà s'intente 

Faisait rire tout le pays, 

Quand 1 attestation suivante. 

Produite a la cour de Themis , 

Rendii l'affaire plus plaisanta, 

t INous soussignés, prieur-curé et ha- 
bitans de la paroisse de Vanvres, avons 
connaissance que Marie Françoise , 
femme de Jacques Féron, avait un iine 
depuis quatre ans, pour le service de la 
commune, et que pendant tout le temps 
qu'ils l'ont eu, personne ne l'a connu 
méchant, et n'a jamais ble«sé personne ; 
même pendant six ans qu'il a appartenu 
à un autre habitant; qu'aucun ne s'en 
est jamais plaint, ni entendu qu'il ait 
fait des malices dans le pays : eu foi de 
quoi, nous soussignés, lui avous délivré 
le présent témoignage. 
A Vanvres, ce 19 septembre 1739. 

Signé : Pintuel, prieur-curé de 
Vanvres , Jérôme Patens , 
Claude Jannet, Louis Rétoré, 






«0 



GUIDE 



Louis Senlis, Claude Carbon- 
nel. s 

Eu continuant d'avancer, la rive de- 
vient peu pittoresque; à droite nous 
remarquons le joli petit village du 

Point-du-lour, et à gauche les hau- 
teurs de Meudon, couvertes de bois et 
de vignes. bîenlôt nous passons devant 
une magnifique île après laquelle nous 
remarquons 

Sèvres, joli petit village dont il sera 
question lorsque nous parcourrons les 
régions de l'ouest, et à l'issue duquel 
viennent les dépendances de 

Saint-Cloud, qui est le lieu de notre 
destination. 

Débarquement et promenade. 

Maintenant que nous sommes arrivés 
au lieu de notre promenade, quittons 
notre navire et dirigeons-nous vers le 

Château Royal , car le vil âge de 
Saint-Cloud ne nous offre rien de re- 
marquable. Montons l'avenue du châ- 
teau, et allons joindre sa première cour 
dite 

Cour du Fer à cheval; là nous ferons 
une station pour tracer son 

Historique. — Ce château ne date pas 
d'une époque bien reculée. Dans l'ori- 
gine il appartenait à Jérôme Gondi. Flo- 
rentin, où logeait Henri III lors de son 
assassinat. Il passa dans la suite aux 
descendais de Gondi, parmi lesquels on 
compta successivement trois évêques de 
Paris, dont le cardinal de Retz fit partie. 
Eu 1660 Louis XIV fit l'acquisition de ce 
vieil édifice ainsi que des trois maisons 
d'Hervard, contrôleur général, de Fou- 
quet,surintendanldesfinances,etdeMon- 
crot, pour en faire présent au duc d'Or- 
léans, son frère unique. Sur ce terrain 
alors on fit bâtir le magnifique château 
que nous remarquons, et dont mainte- 
nant nous allons faire la 

Description. — Le château propre- 
ment se compose d'un corps-de-logis et 
de deux ailes : cette façade qui donne sur 
la cour d'honneur devant laquelle nous 
sommes, domine la plaine de Boulogne ; 
l'aile droite a un étage et un comble en 
mansarde ; l'aile gauche n'a qu'un étage 
en soubassement, qui hii est commun 
avec l'ordre du corps principal. Ce der- 
nier a de plus un étage et un comble 
en mansarde. 

La principale façade est ornée de plu- 



sieurs morceaux de sculpture remar- 
quables. Sur le fronton nous remar- 
quons le Teni| s avec ses attributs. Il 
découvre d'une main un cadran entou- 
ré d'enfans qui représentent les quatre 
parties du jour. La corniche, d'un très 
beau stvle, est portée par quatre co- 
lonnes de l'ordre cor.nthien, et sur- 
montée de quatre statues allégoriques 
représentant la Force, la Prudence, la 
Richesse et la Guerre. 

Le premier étage est éclairé par onze 
croisées de face, au dessus desquelles 
sont des bas-reliefs représentant les 
douze mois de l'année; celui du milieu 
comprend ces deux comparlimens : 
août et septembre. 

L'aile droite est également ornée de 
sculptures. Nous y remarquons Cybèle, 
la déesse de la terre ; et dans les niches, 
quatre statues, savoir : la Jeunesse, la 
Musique et la Bonne-chère. Le fronton 
de l'aile gauche, qui fait face à celui de 
l'aile droite, présente Bellone, la déesse 
de la guerre. Dans les niches sonl les 
quatre statues suivantes : la Danse, la 
Comédie, la Paix et l'Abondance. 

Ces diverses statues ont été laites par 
Denizot, et les frontons sont l'ouvrage 
de Dupont. Quant à 1' 

Intérieur du château, il est magnifi- 
que et parfaitement distribué, et comme 
il n'est pas public, nous sommes dis- 
pensés, par cette rai-on, d'entrer dans 
aucun détail à cet égard. Visitons main- 
tenant les 

Dépendances du château. — Les dé- 
pendances de ce château sont immen- 
ses, elles consistent en deux parcs qu'on 
appelle, l'un, petit parc, ou parc parti- 
culier, et l'autre, le grand parc. Le 

Petit parc commence aux apparte- 
nions même du château, et s'étend à 
gauche, en montant presque au sommet 
de la colline. Sur la droite et au des- 
sous même du château est une espèce 
de vallée qui a permis de donner à celte 
partie du parc les genres d'agrément 
qui sont propres aux lieux bas et en- 
foncés. 

Le petit parc contient aussi des par- 
terres ornés de bouquets, de gazons, de 
bassins, et décoré par des statues dont 
la plupart sont des chefs-d'œuvre di- 
gnes de figurer à Versailles. Quant au 

Grand parc, auquel nous allons nous 
rendre en prenant les grilles qui avoi- 
sinent le pont, il s'étend depuis la Seine 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



81 



usque et par delà le sommet de la col- 
'ine. Après avoir passé la grile, nous 
entrons dans l'allée double ap; elée 

Grande avenue, à la droite de la- 
quelle nous remarquons une longue 
suite de boutiques construites en 1807. 
Viennent ensuite, toujours du même côté, 
deux quinconces plantés en marronniers 
et tilleuls, au milieu desquels se trou- 
vent la grande cascade et le grand bassin. 
La 

Grande cascade est divisée en deux 
parties : la première est connue sous le 
nom de haute cascade, et la seconde 
sous celui de basse cascade. La 

Haute cascade est du dessin de Le- 
paute. Elle a 1(18 pieds de face sur à 
peu près autant de pente. Au milieu de 
celle première cascade est un beau 
groupe sculpté par Adam l'aîné, et re- 
présentant la Seine et la Marne. L'eau 
jaillit des urnes de ces deux statues, et 
va tomber dans une vaste coquille. 
Quant à la 

Basse cascade, elle est construite sur 
les dessins de Mansard , et n'est pas 
moins imposante que la précédente, 
par l'abondance et la rapide expansion 
de ses eaux. Elle est bien plus vaste et 
ses effets sont plus multipliés. Disposée 
en fer à cheval, elle a avec son cai a! 
270 pieds sur 98. dans sa plus grande 
largeur. Trois buffets d'eau tombent 
dans un bassin circulaire. L'eau retombe 
en faisant nappe, dans un second, puis 
dans un troisième, plus enfoncé que les 
deux autres. Les intervalles sont ornés 
de dauphins et de grenouilles qui pro- 
jettent une grande abondance d'eau par 
la bouche et les narines. 

Toutes les eaux réunies se précipi- 
tent avec violence par une dernière 
nappe, dans le canal où >e rendent les 
deux cascades, qui lui-même est orné 
de quatorze jets. 

A gauche de ces cascades et un peu 
au dessous rions remarquons le 

Grand jet d'eau , qui s'élance avec 
une force et une rapidité étonnante du 
grand bassin, dont il est le point du 
milieu. 

« raîmfi ces tels où l'onde en des canaux pressée, 
Part, sVehappe et jaillit a>'ec force tancée. 
A l'aspect de ces flots qu'un art audacieux 
Fait sortir de la terre et tance jusqu'aux cieux. 
L'homme se dît : C'est moi qui crée ces prodiges; 
L'homme admire son art dans ces brillans prestiges. 



C'est peu; tout doit répondre à ce noble ornement. 
Que tout prenne à fenlnur un air d'enchantement! 
Peisuadez aux yeux que , d'un coup de baguette, 
Une fée, en passant, s'est fait une retraite. 
Tel j'ji vu de Snint-Cloud le bocage enchanteur 
L œil de son jet hardi mesure la hauteur; 
Aux eaux qui sur les eaux retombent et bondissent , 
Les bassins , les bosquets, les grottes applaudissent; 
Le gazon est plus vert, l'air plus Irais : des oiseaux 
Léchant s'anime au bruit de la chute des eaux, 
El les bois inclinant leurs tiges arrosées 
Semblent s'épanouir à ces douces rosées, n 

Après avoir vu le grand parc et les 
eaux qui le décorent, il ne nous reste 
plus qu'à voir le 

Bois de iSuint-Cloud, que nous avons 
déjà aperçu depuis le bord de notre na- 
vire, et surtout depuis la cour du Fer à 
cheval. De là, après avoir passé les murs 
de la terrasse du château, le bois s'of- 
fre à nous dans tout son entier, et sur- 
tout le monument désigné sous le nom 
de 

Lanterne de Diogènc, espèce d'obé- 
lisque, du sommet de laquelle nous 
jouissons de la vue la plus étendue et la 
plus variée. Asseyons-nous ici et rappe- 
lons maintenant les divers souvenirs 
historiques qui se rattachent à âaint- 
Cloud. 

Souvenirs historiques. — Le plus an- 
cien souvenir historique qui se rattache 
à ce lieu est celui du jeune Clodoald, à 
qui son extrême jeunesse mérita la pi- 
tié de ses oncles, les rois francs Chil- 
debert et Clotaire , assassins de ses frè- 
res, mais on lui coupa les cheveux, et, 
confiné dans un monastère, il fut dé- 
pouillé par là de ses droits à la royauté. 
Le lieu de son exil fut No gentum. Ce 
prince, devenu célèbre par sa piété et 
ses vertus chrétiennes, porta le nom de 
saint Cloud. 

La situation de ce lie a lui donna en tout 
temps une grande importance militaire ; 
nous en retrouvons la preuve dans no- 
tre histoire dès 1358, où il fut réduit en 
cendres par Charles-k-Hauvais, roi de 
Navarre, et le roi d'Angleterre. Sous le 
règne de Charles V il existait un pont 
sur lequel s'élevait une forteresse qui fut 
plusieurs fois prise et reprise par les 
Armagnacs et les Bourguignons. 

Pendant les guerres de religion, la 
terre deSaint-Cloud fut souvent arrosée 
du sang des deux factions. Ce fut à 
Saint-CIoud que Henri III et le roi de 
Navarre se rendirent après leur récon- 
ciliation. Henri résidait dans la maisou 
de Gondi : c'est là qu'il succomba sous 






es 



ftUlDE 



le poignard d'un moine fanatique, Jac- 
ques Clément. 

C'est à Saint-Cloud que le 18 bru- 
maire de Tan vm, eut lieu la dé- 
chéance du directoire et de ses deux 
conseils. Ce fui dans ce jour mémorable 
qu'un jeune homme, sorti des rangs in- 
férieurs de l'armée, mais à qui peu 
d'années avaient su.fi pour orner sou 
front des lauriers de trente victoires, 
arracha les rênes de l'état à des mains 
inhabiles, et jeta les fondemens de son 
pouvoir despotique. Bonaparte, devenu 
empereur, garda toujours une prédilec- 
tion marquée pour le château de Saint- 
Cloud , qui avait été le théâtre de sa 
première élévation ; aussi en faisait— il 
sa résidence habituelle, et c'est là qu'il 
a imait à se rendre de préférence quand 
jl n'habitait pas les Tuileries. 



Hôtels recommandés à Paris. — Hôtel 
de Bristol , principale entrée rue Tra- 
versirre Saint-Houoré, n° 22, et l'autre 
rue Richelieu, n° 13. 

Ce joli hôtel , près le Palais-Royal et 
les Tuilerie?, décoré à neuf, a de belles 
pièces parquetées et bien aérées. On y 
parle anglais , allemand et espagnol. 
Table d'hôte à cinq heures, délicatement 
servie , à 2 francs 50 ceut. L'hôt 1 pos- 
sède de vastes écuries et remises. 

Hôtel fentadour , même rue 7. 

Cet hôtel situé au centre du plus beau 
quartier de la capitale, est avantageu- 
sement connu par sa bonne tenue et 
par son excellente table d'hôte. On y 
trouve des bains et des voitures pour la 
promenade. ainsi que les divers journaux 
de la capitale. 



DIVISION ROL'TIEKS DE LA FRANCE. 

ta France est divisée en quatre régions, qui sont la région du Nord, la région du 
Centre, la région de l'Est, enfin la région du Midi. Telle est la division routière de la 
France ; telle est aussi la marche que nous allons suivre pour la parcourir. 



PREMIERE REGION. - 

De Paris à Rouen et de Rouen au Havre. 

Mantes. — Hôtel du Cheval-blanc te- 
nu par M. Degournay. 

Cet hôtel connu depuis long-temps se 
recommande à tous les voyageurs par sa 
bonne tenue et son excellente table qui 
est toujours bien fournie et très variée. 
Sa maison possède un joli jardin, et de 
vastes écuries et remises. 

Rouen. — Hôtel de France, rue des 
Carmes , n° 99. 

Madame veuve Marc Rohée, cédant 
aux sollicitations de ses nombreux ha- 
bitués, continue à tenir ce bel établis- 
sement où MM. les voyageurs trouve- 
ront ce que peut attendre l'exigence la 
plus rigoureuse; d'importantes amélio- 
rations ont été faites à l'hôtel. 

Havre. — H tel de l'Europe, situé 
rue de Paris, 121, tenu par M Guérin. 

Cet hôtel situé dans le centre des af- 
faires, à proximité de la Bourse, des 
bassins et de la salle de spectacle, pos- 
sède des appartement convenables pour 
recevoir toute espèce de voyageur. La 
maison est construite depuis 13 ans. 

Hôtel de Hollande, rue Saint-Julien, 



- REGION DU NORD. 

n» 6, tenu par madame Duprey-The- 
venot. 

Cet hôtel, qui est situé près le quai , 
en face des bateaux à vapeur et de l'en- 
trée du port , est richement meublé et 
décoré. Sa table est en tout temps bien 
pourvue et très variée. 

Routes. 

Trois routes différentes conduisent à 
Rouen ; celle d'en bas étant la plus suivie 
et la plus pittoresque , nous allons la suivre. 

Route d'en bas. 

Dislance à parcourir : 54 lieues et demie , 

17 postes un quart. 
Durée du trajet : 11 heures. 

Topographie de la route. 
Départ. 
Nous avons déjà franchi les rues 
bruyantes Saint-Honoré et de Rivoli, 
nous voici à la 

Place de la Révolution , au centre de 
laquelle nous remarquons le majes- 
tueux. 

U/iélucjue de Louqsor, et en face 

les magnifiques 

Chevaux de Marly. 



DD VOYAGEUR EN EUROPE. 



65 



Bril 



ans jumeaux que l'aîné des Couslous 



Fit élancer des roches de Carrare 
Fougueux coursiers, de j-râce, arrêtez-vous, 
Pa:is le veut, Paris n'esl plus barbare. 

Pendant un siècle , auprès d'un abreuvoir, 
vous avez su conserver l'abstinence ; 
A non rentiers prêtez votre savoir, 
A nos tribuns prêtez voire silence. 

Mais quand Delille eut quitte scs loyers, 
Pégase ici vous choisit pour' modèle , 
El comme vous laisse ses écu vers 
Toujours à pied , et jamais sur la selle. 

Vos mouvemens que l'instinct a guidés, 
Frappent l'artiste et foui penser le sage, 
Toujours ruans, quoique toujours biidts , 
Des nations vous nous montrez l'image. 

Si la colère étincelle en vos jeux, 
Ah I c'est de voir au sein de nos misères , 
Que chaque jour . dans des chars orgueilleux. 
'J ant de faquins sont traînés par i os frères. 

Nous traversons la superbe 

Avenue de Neuilly, au bout de la- 
quelle s'élève comme un géant le su- 
perbe 

Arc de Triomphe , élevé en l'honneur 
de celui qui siégeait alors sur le trône 
impérial. Cet Arc de triomphe qui fut 
commencé sur les d.-ssins et sous la 
conduite de itt. Clialgriu, s'élève à qua- 
rante -quatre mètres de hauteur, ou 
cent tient -trois pieds. Sa largeur est 
de cent (rois pieds et son épaisseur de 
ijuarante cinqpieds. L'arcade du centre, 
placre sur l'ave de la route de Neuilly ' 
a vingt-trois pieds de liauleur ; sa lar- 
geur est de quaranle-cinq pieds. Les 
arcades qui s'ouvrent sur l'axe du bou- 
levart du Roule et celui de Passv ont 
vingt pieds de largeur et leur hauteur 
est de cinquante pieds. 

Les bas - reliefs qui doivent orner 
cet arc ne sont pas encore posés. Après 
avoir franchi l'Arc de Iriomphe et par- 
couru une petite distance nous décou- 
vrons à gauche le joli 

Bois de Boulogne, qui est dans la 
belle saison le rendez-vous des heureux 
du jour. Les routes qui le traversent 
dans tous les sens sont piesque toules 
couvertes d'équipagrsél'gans; c'est aus»i 
dans s s longues et belle? allées que 'es 
brillantes cavalcades rie Paris, «près 
avoir charmé de leur tumul ueiv éclat 
l'admirable avenue rie Neuillj viennent 
te faire admirer emoie Ses réduits 
servent aussi d'asile aux atours et aux 
duellistes. 

Sur les limites du Itois de Boulogne 
et piè s des rives de la Seine est 

B as aulle, joli château élevé sur une 



maison de plaisance habitée par made- 
moiselle de Charolois, femme remar- 
quable car son extrême beauté, qui eut 
la singulière fantaisie de se faire peindre 
eu cordelier . ainsi que l'attestent les 
vers suivans de Voltaire : 

...Frère de f harolois , 
Itis nous par quelle aventure 
Le cordon de Saint François 
Sert à Vénus de ceinture. 

"Plus tard le comte d'Aï lois (Charles X) 
fit l'acquisition de Bagalele, et en un 
instant tout prit un autre aspect; un 
logement, un jardin magnifique et 
d'une ordonnance aussi belle qu'aima- 
ble se trouvèrent bâtis , dt ssinés comme 
par miracle : et quel est l'architeee qui 
opéra celte mélamorj hose ? L'archi- 
tecte Bel'anger. Ses dessins réunissent 
la noblesse , la grâce et le bon goût. 

Le château de Bagatelle est précédé 
de trois cours ; au dehors de la porte 
d'une d'elles nous lisons l'inscription sui- 
vante qui donne une idée assez exacte de 
cette habitation : 

Parut! sirf apia. 

Une rampe conduit à la porte du pa- 
villon qui est décoré de belles colonnes. 
Dans le vestibule sont de belles statues, 
dues au ciseau des plus grands maî- 
tres. Le sa ou est dans le goût italien , 
et offre une rotonde d'une belle éléva- 
tion décorée de glaces et de bas-re- 
liefs représeulant des arabesques et des 
figures allégoriques. A gauche de ce sa- 
lon est un cabinet de bain, orné de 
plusieurs laideaux peints par Robert. 
A côté est un boudoir parfaitement dé- 
coré par Callei. Un escalier qu'éclaire 
une lumière douce lombanl du comble, 
conduit aux appartemens supérieurs 
qui se font remarquer par leur belle 
décoration. Quant aux jardins ils sont 
superbes et ornés de belles statues. 

Après la restauration, Bagatelle fut 
donné au duc de Berri, et devint plus 
lard un lieu de récréation pour ses en- 
fans. Aujourd'hui cette bel, e propriété 
est m ; se en vente. 

L'immortel Delille, dans son délicieux 
poème des Jardins, a chanté ainsi l'il- 
lustre créateur de celte belle propriété. 



Et loi, d'un prince aimable, ô l'asile fidèle 1 
Don lie nom nop modeste est indigne de toi . 
Lieu charmant, otlîe-lui tout ce que je lui dois 
Un lortunè loisir, une douce retraite 1 
bienfaiteur de tue» vers, ainsi que du poète , 



:'# 



64 



GUIDE 



C'est lui qui dans ce choix d'écrivains enchanteurs , 

Dans ce jardin paré de poétiques fleurs , 

Daigne aceueillir ma muse.. . Ainsi du sein de l'herbe 

La vio ettccroît auprès du lys superbe. 

Compagnon inconnu de ces hommes fameux, 

Ali! si ma vois pouvait chanter comme je veux, 

Je peindrais tes iardins, le dieu qui les habile , 

Les arts et l'amitié qu'il y mène à sa suite ! 

Beau lieu , fais son bonheur : et moi .si quelque jour, 

Grâce à lui , j'embellis un champêtre séjour, 

De mou illustre appui j'y placerai 1 image : 

De mes premières fleurs je lui promets 1 hommage -, 

Pour elle je cultive et j'enlace en lestons 

Le myrte et le laurier, tousdeu* chers aux Bourbons I 

Et si l'ombre , la paix, la liberté m'inspire , 

A l'auteur de ces dons je dévouerai rua lyre. 

A la suite du bois de Boulogne est 

Neuilly . village situé sur la droite de 
la Seine , où nous remarquons un 

Pont d'une beauté remarquable, long 
de sept cent cinquante pieds et sup- 
porté par cinq arches qui ont chacune 
cent vingt pieds d'ouverture et trente 
pieds de hauteur sous clef. Ce pont fut 
construit sous le règne de Louis XV , 
d'après les dessins de Peronnet. 

A droi e , et non loin du pont et des 
rives de la Seine s'élève sur p usieurs 
terrasses qui descendent en amphithéâ- 
tre jus qu'au rivage du fleuve le 

Château de Neui'ly désigné autre r ois 
sous le nom de Pavillon «le Sainte-Foin. 
Ce château 1 , qui a été bâti sous le règne 
de Louis XV pur M. le comte d'Argen- 
son , a été habité successivement par 
M. de Sainte-Foix, madame de Mon- 
tesson , le prince Talleyrand , et Murât. 
A la restauration , cette habitation ayant 
été jointe au domaine extraordinaire, 
Louis X VIII la donna à sa m;sjesléLiOuis- 
Philippe.en échange des écuries WO/ 1 - 
iéans. 

Dès le temps de M. de Sainte-Foi , ce 
château était déjà remarquable par la 
beauté de ses jardins , de son p ire , de 
son architecture , et par le luxe des 
appartenons. Depuis quelques années 
le roi a tout agrandi, tout embelli; des 
bronzes, des statues, de précieux ta- 
bleaux, tout y atteste son goût pour 
les beaux arts qui s'y montrent à cha- 
que pas. On doit au talent de M. Fon- 
taine les nouvelles constructions et les 
heureux changemens qui y ont été faits. 
De vastes et magnifiques jardins, dessi- 
nes par le roi lui-même , s'étendent 
jusqu'à la Seine. Plusieurs îles récem- 
ment plantées ajoutent encore aux nom- 
breux agrémens du parc, et l'on com- 
munique avec elles à l'aida de petites 
embarcations. 



Après avoir passé le pont, nous en- 
trons dans 

Courbevoie (Curva via), joli village 
bàli sur une hauteur d'où l'on jouit d'une 
vue fort étendue, et dans lequel sont 
plusieurs châteaux dont le plus re- 
marquable est le 

Ch teau de Colonnes, bâti parM. Poze 
fermier gi'néral. Ce château, qui ap tar- 
dent aujourd'hui à M. Woreau, se d s- 
tingue pnr une gracieuse élégance. 
L'architecture peut en être proposée 
comme un véritable modèle : il y a 
dans l'ensemble de l'édifice une har- 
monie et une variété qui lui donnent 
un aspectaussi nouveau que pittoresque. 

En avant de la facude principale 
règne un large perron dans toute son 
étendue, au dessus duquel est une ga- 
lerie formée par une colonnade de l'or- 
dre Poestmn. A droite et à gauche, sur 
cette façade, sont deux pavillons en 
saillie , formant un premier étage , des 
lcrra : ses ornées de colonnes doriques; 
le loutest surmonté d'une corniche du 
même ordre et d'une altique au cen- 
tre. 

Dans les jardins , qui «ont dessinés 
dans le genre pittoresque , sont de 
belles statues, mais les plus remarqua- 
bles sont celles qui sont placées sur 
la vaste pelouse qui règne devant la 
maison. 

Dans la partie la plus élevée de Cour- 
bevoie, se voit la superbe 

Caserne construite sous Louis XV, 
pour loger le régiment suisse , et d.ins 
laquelle est maintenant un régiment de 
ligne. Nous montons une 

Petite cite, au haut de laquelle notre 
vue s'arrête sur le 

Mnni Valérien, montagne, l'une des 
plus hautes qui soient aux environs de 
Paris, a Les vues des terrasses du mont 
Valérien sont uniques pour leur éten- 
due et pour la beauté des objets qu'elles 
offrent ; on y découvre les beaux paysa- 
ges des environs de Paris , les vastes 
détours de la Seine , à dix lieues à la 
ronde , et la multitude de villages qui 
décorent ses rives; c'est un véritable 
panorama, » 

Bientôt le mont Valérien disparaît 
derrière nous et nous rentrons dans 

Nanterre ( Nemplodorum ) , village 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



fort ancien , renommé par ses gâteaux 
et remarquable par plusieurs 

Evénemens historiques. — En 393, 
Ciotaire II, âgé de sept ans, et fils du 
roi Chilpéric, fut baptisé à Nanterre. 
En 1346, les Anglais quitenaient de s'em- 
parer de Saint-Germain et de le brû- 
ler, prirent Nanlerre et lui firent éprou- 
ver le même sort. Plus tard, c'est-à- 
dire en 1411 , les Anglais réunis aux 
Armagnacs , s'emparèrent une seconde 
fois de ce village et signalèrent celle 
nouvelle apparition par de nouveaux 
excès. 

Le 2 juillet 1813, il y eut à Nanlerre 
un engagement entre les troupes an- 
glaises et les Français. Les der - 
niers eurent l'avantage; un bataillon 
Prussien y fut haché sans qu'il en 
échappât un s ul homme. Mais le len- 
demain les troupes anglaises ayant pris 
possess on de Nanterre, elles traitèrent 
les habi ans de la même manière que 
leur nation avait traité les leurs aux 
xiv e et xv e siècles. 

A noire gauche, et à l'écart de notre 
route est la 

MalmàisonW château célèbre par le 
séjour qu'y firent Napoléon et l'impéra- 
trice Joséphine. Aprèsavoir été pendant 
long-temps une habitation obscure . la 
Malmaison est devenueun des châteaux 
les plus agréables des environs de Paris. 
Vendue comme bien national, en 1792, 
elle fut acquise par Leeoulieui de Can- 
teleu, alors banquier et depuis séna- 
teur. L'année suivante, il la céda à 
Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve 
d?Beauharnais, et f mme de Napoléon 
Boiaparle, à l'époque où ce général 
commençait sa première campagne d'I- 
talie. Joséphine, que ses goots purs et 
simples portèrent toujours à aimer les 
plaisirs champêtres, s'qvliqua dès ce 
moment à embellir encore cette re- 
traite déjà reno nmée par ses beaux 
jardins et les eaux aborda les qui les 
arrosaient, devenue impératrice .'es 
Francis . Joséphi e consena s s goûts 
simples et son amour pour la campagne; 
aussi l'un des premiers usages qu'elle 
fit de sa puissance, fut de la fnire ser- 
vir à l'embellissement de ces beaux jar- 
dins. Instruite dans les diverse- bran- 
ches des sciences naturelles, elle foi ma 
à la Malmaison un superbe musée con- 
sacré spécialement à celte science et 
dans le parc, elle fit établir un jardin 
France. 



«S 

botanique , une ménagerie , et une 
école d'agriculture. 

Le jardin botanique contenait , soit 
en pleine terre , soit dans les serres 
chaudes, loi: tes les plantes exotiques les 
plus remarquables. La inéncgerie ren- 
fermait tous les animaux terreslres, 
aquatiques et volatils, pouvant vivre 
dans notre atmosphère, enfin l'école 
d'agriculture était consacrée à des ex- 
périences utiles. Pour organiser ces di- 
vers éiablissemens , Joséphine sacrifia 
des sumuies énormes, mais el e ne son- 
gea jamais à se fair.. construire un pa- 
lais digne d'elle: sa modeste habilalion, 
composée d'un rez-de-chaussée et d'un 
premier élage. parut toujours suffis, nte 
à son ambition. Mais, si l'aspect de ce 
réduit chami êlre n'annonçait point à 
l'étranger l'impératrice des Français. le 
récit de ses vertus, de sa douce bien ''ai- 
sance , les pleurs d'amour que répan- 
daient en parlant d\ lie lous les liabitans 
des villages voisins, la faisaient bien vite 
reconnaître, et le vova>;eur s'en retour- 
nait pénétré d'admiralion pour une 
femme qui ne semblait vouloir régner 
que pour se faire chérir. Aussi a-l-on 
remarqué que les malheurs de Napoléon 
ont commencé au moment où son in- 
satiable ambition l'engagea à se séparer 
de cet ange de bonté , qui semblait, à 
toute heure , réconcilier le ciel avec 
lui. 

De même qu'elle avait accepté son 
élévation sans orgueil, Joséphine sup- 
porta avec noblesse, avec la plus tou- 
chante résign.dion , l'outrage que lui 
faisait soi ingrat époux. La Malmaîson 
avait fait ses plus chères délices durant 
le cours de sa grandeur , cl ai.rès sa 
disgrâce, elle fit encore sa plus douce 
consolation. 

En 181 i. iors de l'occupation de Paris 
par les abiés, l'empereur Alexandre se 
fil un devoir de lui rendre visite, et de 
lui témoigner, par là, sa ha île eslime. 
Il accepta même, le 2(i mai , le dîner 
qu'elle lui avait Tait préparer; mais cet 
honneur lui fut bien funesle, car trois 
jours après elle n'existait nlus. 

Après la mort de Joséphine, la Mal- 
ma son apparii t à -o • fils, le pnnee 
de lie tiV rn is, gei dre du roi de Ba- 
vière. Rn 1813, e> raison de l'ordon- 
nance de Louis XVIII qui commandait 
à tous les membres de l'ex-fairiillé im- 
périale de se défaire des propriétés 







6* 



éUIDE 



qu'ili araiënt en France, la Malmaison 
fut mise en vente. J'ignore qui en est le 
propriétaire actuel. 

Après avoir traversé une 

Plaine sans importance, nous arri- 
vons à 

Chaton ( Seine-et-Oise ) , fort joli 
village sur la rive gauche dé la .Seine, 
que l'on passe en cet endroit sur un 

Pont, qui fut rompu en 1813, pour 
opposer des obstacles à l'approche des 
ennemis vers la capitale. 

A côté de Clialou , et sur les bords 
gracieux de la Seine, s'élève au milieu 
d'un magnifique parc, le 

Château d,- Chàtou , bâti à grands 
frais par Berlin , qui fui un des minis- 
tres de Louis XVI Ce château et tout 
ce qui en dépend, est construit sur les 
dessins de Soufflol. 

Au sortir de Chatou nous entrons dans 
le 

Bois de Vézinct, qui est assis sur un 
plaieau calcaire ,. recouvert de sable 
ou limon d'aftérisseinei t semblable à 
celui du bois de Boulogne. Henri IV 
panât être le premier de nos rois qui 
se soit occupé de ce bois, encore s'il 
y a donné quelque attention, "c'est 
jîarce qu'il avait i'avaniage de sfe trou- 
ver en face de Sai . .t-Germain et sous 
les fenêtres du château neuf. Ce fut 
probablement ce prince qui y fit ouvrir 
les principales routes qui toutes abou- 
tissent à une très belle place circulaire 
au midi de la Seine. 

Henri IV et ses successeurs prenaient 
le plaisir de la chasse dans le boi-i du 
Vézinet. Lou s XIV , même lorsqu'il 
eut livé sa (four à Versailles , venait se 
récréer dans les environs du château 
où il avait pris naissance. 

Dan- un lieu isolé et aliénant au bois 
du Vézinet se t ouve Ja 

Faisand rie. C tte maison qui, avant 
la révolu'ion, faisait partie de l'apanage 
du comte d'Artois, était un rendez-vous 
de clias-e remarquable par la simpli- 
cité de sa construction , qui lui donne 
l'aspect d'un joli ermitage , par son 
jardin entretenu et rempli de superbes 
plantations d'arbres étrangers, et par 
son point de vue magnifique, d'où l'on 
découvre depuis la Malmai on jusqu'à 
Saint-Germain. Elle a été aliénée pen- 
dant la révolution, avec quaraute ar- 
pens du Vézinet. 



Peu de tenip9 apre9 avoir quitté le 
bois du Vézinet, nous entrons dans le 

Pec (Al\ icum), petit village situé sur 
la pente d'une monïagne très escarpée, 
qui touche d'un bout au rivage de la 
Sci.'.e, que l'on passe en Cet endroit sur 
un 

Pont de Bois, et de l'autre au pre- 
mières maisons de Saint-Germain, dont 
on croirait qu'il est le faubourg. 

Si le Pec n'offre aucune curiosité 
remarquable, il est célèbre <'ars l'his- 
toire pour avoir été l'endroit où les ar- 
mées de l'Europe, coalisées contre 
Napoléon , effectuèrent le | assage de 
la Seine en 1813. Exposé pendant plu- 
sieurs jours au passage de l'a presque 
totalité des Anglais et des Prussiens, 
cet ii foriuné village fut successivement 
dévasté par tous. Il est un de ceux qui 
ont le plus souffert pendant cette fu- 
ne.-te campagne de 1818. 

Après avoir traversé la grande rue 
du Pec , nous entrons dans 

Saini-Germuin-en-Luye , où nous 
allons f.iirc une 

•Station idéale. 

Jtperçn général de Saint- Germain, 
— Cette \illc e^t bâtie sur un pi teau 
élevé, tirés de la rive gauche de la Seine. 
Ses rues sont en général assez larges 
et suffi-amment aérées , mais elles sont 
percées très irrégulièrement. 

Saint-Germain possède un mont- 
de-piété, trois établ s-emens de bains, 
un petit théâtre exploilé par la troupe 
de Versailles qui y joue la comédie, 
l'opéra-comique et le vau eville , une 
belle église , trois places , [ iusieurs 
fontaines publiques , une halle , un hô- 
pital desti ié aut malades de tout genre 
et aux vieillards des deuv sexes, plu- 
sieurs maisons d'éducation , établies la 
plupart dans des locaux chartnans, qui 
tous possèdent l'avantage d'un air pur 
et salubre ; enfin un 

Cliâieau Royal d'une grande beauté. 
Ce château 



....Est assis sur une montagne 

Oui découvre (II' loin iuie \aslo campagne : 

]l lemoifme aux pa'sans. leur donnant lie l'pfl'roi , 

Ou il esl lepu'S loup, temps la demeure d'un roi. 

11 commande de plus à toute cetle plaine 

Oui lut rend des donneurs comme à sa souveraine; 

Jit la Seine , qui vient et lui lave les pieds , 

Forée tout à lui cendre ses soins humiliés. 

La foret ijui parait, avec une arrogance , 

S'élever au dessus de ta toute puissauee, 



DU VOYAGEUR jEN EUROPE. 



Dont les arb ra obenus teniblonl loucher le« cieui, 
fcout louleloi* braui-nup au dessous de ici vn-i. 

L'on mil un immbie inlini de village*. 
Qui d'un cour UVre.d liane lui i enduit leurs honi 

El les pstils buissons , les Imites , les ormeaux , 
Ne seul pas les derniers tjui s en disent lassau'ï. 
(Uahriel Qrisir.; 

Historique. — Le château de Saint- 
Germain fut bâti par Hèhrj IV en 1(300. 
Après sa mort , arrivée le 14 mai .1610 , 
sou (ils Louis XIII fil ornçï la chapelle 
du cliâteau d'une manière as'mi able : 
mais LousXlV est, sans contredit . un 
des rois qui contribua le (lus à l'em- 
bellissement de ce lieu. Il fit planter de- 
vant le château un parterre et plusieurs 
bassins qui ajoutèrent de nombreux 
charmes à la beauté de cette habitation, 
et une superbe terrasse dont i'exec.ution 
fut confiée à Le Noire. 

Ce château ne pouvant contenir la 
nombreuse cour de Louis XIV, ce 
monarque fit construire en 1Ô80 les 
cinq gros pavillons qui flanquent ses 
encoignures afin d'augweuler le nom- 
bre des appartenons. Pendant que l'on 
s'occupait de cette réparation , il vint 
habiter Versailles qu'il venait de bâtir ; 
il le trouva si beau, qu'il y établit pour 
toujours le séjour de sa magnifique 
cour. 

Ce château, jadis si fréquenté , resta 
sous Louis XV et Louis XVI entièrement 
abandonné ; le gouverneur seul y de- 
meurait. Pendant la révolution, il servit 
de caserne; et sous l'empire. Bonaparte 
y fonda une école spéciale d'officiers 
de cavalerie. A son retour, Louis XVIII 
licencia celte école et y établit une 
compagnie de ses gardes. Aujourd'hui ce 
château n'est pas liabilé, et encore 
quelques années, il tombera en ruiné. 
^ Description. — Le château de S.iint- 
Germain forme un pentagone irrégulier, 
et occupe une superficie de un hectare 
cinquante ares seize centiares. La fa- 
çade du côté du parterre est gâtée par 
une avance en pierres de tai. le, qui ren- 
ferme des lieux d'aisance. Celle sur la 
place dite du Château, bâtie par 
François l ur , est en pierre , et eu con- 
séquence d'une décoration différente 
du renie du bâlimenl, partout ailleurs 
en pierre et eu bii jue. La 

( hapelledu château, tie cong'.rucliou 
gothique, fait partie de la masse du 
bâtiment et ne s'élève qu'à la hau- 
teur de sou second étage. Elle est eu- 



67 

tourée de corridors et d'escaliers qui y 
communiquent par des pontes ina- 
peiçues de l'intérieur. Elle a environ 
quarante pieds de hauteur, trente de 
largeur et soixante-dix de longueur. La 
voûte est soutenue par des piliers ornés 
de fuseau* du même style que le re'te 
du bâtiment et qui se croisent dans 
(mis les sens. La coupole du château 6e 
distingue par sa légèreté : dis rosace 
en pierre, fort biensculi lie ,et laissant 
apercevoir une tête couronnée au centre 
de leur assemblemei t , servent de clefs 
aux diliérens lires de la \oule. 1,'iiué- 
1 leur est éclairé par des ouverture.- gar- 
nies de trèfles en pierre et surmontées 
d'ogives en fuseaux. 

Lors de la tourmente révolutionnaire, 
l'autel fut démoli , les colonnes furent 
renversées et transportées | lus tard au 
musée des Petits-Augustin* à Paris , où 
l'on les voyait encore il y a quelques 
années. Les boiseries du chœur furent 
brisées, les grilles vendues, les parquets 
arrachés, les carreaux en marbre de la 
nef mutilés et détruit^, et des inscrip- 
tions cachées depuis des siècles aux 
yeux des hommes , furent mises à dé- 
couvert. lUcn ne fut épargné de ce 
qu'on aperçut et de ce qu'où put at- 
teindre. 

Les peintures de la voûte échappèrent 
cependant comme par miracle à cet 
affreux désastre. 

Tel est l'état de dégradation que cette 
chapelle a offert jusqu'en 1820 , époque 
à laquelle Charles X accorda cin- 
quante mille francs pour la réparer. Ce 
travail fut confié à M. Meunier, ingé- 
nieur militaire ; et le 27 janvier !,si>7, 
jour de l'Epiphanie, la chapelle fut 
bénite en présence des autorités civiles 
et militaires et de l'élite de ta popula- 
tion de Saint-Germain. 

I ersoniiages historiques qui ont oc- 
cupé le château de : aiiit-Cr/uain. — 
Louis-le-Groa est le premier roi qui ait 
habité Saint-Germain. Son fils Louis-lc- 
Jeune y vint résider en l'an 114. i. n y 
était encore en Ub9, et. ce fut dans ce 
lieu qu'il eut une longue conférence 
avec Henri, roi d'Angleterre, et conclut 
avec lui un traité de paii. Phil ppe- 
Augus'.e y lit plusieurs voy a es ai si que 
saint Louis , qui y reçut'en 1-247 l'em- 
pereur de Conslanlino le, Baudouin, 
lequel lui fil don de plusieurs reliques 
qui furent placées dans la Sainte- 






• ' 






m 



UUIDE 



Chapelle à Paris. Le 22 mai 1271 , le 
roi Philippe-le-Hardi se retira à Saint- 
Germain; Pliilippe-le-Bel y séjourna 
quelque ternes : c'est là qu'il perdit, au 
mois d'octobre 13U6 , son fils Robert, 
jeune en'ant d'une grande espérance. 
Philippe V séjourna aussi à Saint-Ger- 
main ; il y rendit, en juin 1326, deux 
ordonnances dont l'une concernait la 
loi salique, et l'autre relative à fies con- 
testations qui s'étaient élevées entre 
deuxévêques. En 1390, le roi Charles VI 
et son épouse Isabeau de Bavière pré- 
sidèrent au conseil extraordinaire , as- 
semblé au château de Saint-Germain , 
pour délibérer sur une augmentation 
d'impôt qu'on proposait et dreser un 
tableau général des tailles. C'est au 
château de Saint-Germain que fut cé- 
lébré le mariage de François 1" avec 
Madame Claude , princesse du sang. 
Henri II naquit à Saint-Germain , le 
31 mars 1518 , et y fut baptisé le 25 
juillet 1519. Charles , fils de Henri , 
naquit aussi à Saint-Germain: Charles 
IX fut à Sainl-Germain le 23 «oui, et 
y réunit le duc de Guise et le prince 
de Condé, qu'il voulait réconcilier. 
L'assemblée des notables, convoquée en 
1583, par Henri III, pour la réforma- 
tion des abus , se tint au château de 
Saint-Germain. Le résultat de cette 
assemblée fut, comme en 1789, de 
préparer tous les éiémens de la guerre 
civile. Henri IV se plaisait beaucoup à 
Saint-Germain , ainsi que Marie de 
Médicis. Louis XIII habita souvent 
Saint-Germain , et y faisait son séjour 
habituel pendant la belle saison ; il y 
tomba malade au mois de février 16i4 
dans le château neuf qu'avail bâti son 
père, et y mourut le 14 mai de la même 
année. Son fils Louis XIV y reçut le 
jour, et y fut baptisé à l'âge de cinq 
ans. 

Quand ,1a reine Christine vint en 
France , après avoir abdiqué la cou- 
ronne de Suède , elle parut se p'aire 
beaucoup à Saint-Germain ; Louis XIV, 
envieux de se rendre agréable à celte 
reine, lui assigna le vieux château pour 
séjour, el donna désordres pour qu'elle 
y trouvât tous les plaisirs qui pourraient 
lui convenir. La reine Anne d'Autriche 
fit son lest nient à Saint-Germain , le 
3 août 16îi5. L' fière et hautaine Mon- 
lespan ayant succédé dans le cœur de 
Louis XIV à la douce et intéressante La 



Vallière, le roi donna à cette amanle 
abandonnée le château de Saint-Ger- 
main. Après madame de la Vallière, le 
châleau de Saint-Germain fut occupé 
par Jacques II, roi d'Angleterre. Ce 
monarque , que sa faiblesse , son fana- 
tisme et son esprit de vengeance pré- 
cipitèrent pour la seconde fois d'un 
trône où son frère était heureusement 
remonté, se réfugia en Fiance en 1689, 
après avoir couru risque mille fois 
d'être arrêté par ses propres sujets. 
Louis XIV l'accueillit avec sa magnifi- 
cence accoutumée, el lui donna le châ- 
teau de Saint-Germain pour y résider 
avec la reine son épouse el les seigneurs 
anglais qui l'avaient suivi dans son in- 
fortuné. Ce roi détrôné et digne de 
l'êlre , mourut à Saint-Germain, le 16 
seplembre 170i. Un poète du temps lui 
fit l'épitaphe suivante , qui peint fort 
bien son genre de vie : 

C'est ici que Jacques second. 
Sans ministres et s;ins maîtresse. 
Le malin allait a ]j messe , 
Et le soir allait au sermon. 

Marie Stuart, fille de Jacques, mourut 
aussi à Saint-Germain, le ISavril 1712 ; 
et Josephe-Marie d'Est, sa femme , le 
9 mai 1718. Enfin . Jacques II est le 
dernier personnage historique que nous 
trouvions avoir occupé le châleau de 
Saint-Germain. 

Environs de Saint-Germain. 



Excursions idéales. 

Panorama. — C'est à la terrasse du 
château que nous de\ons nous trans- 
porter pour découvrir les environs de 
Saint-Germain, de là la vue s'étend à 
pins de trois lieues. A notre gauche , 
nous découvrons, entre le coteau et le 
lit onduleux de la Seine qui se déroule 
à nos pieds comme un ruban d'azur, 
le château de Maisons, les villages et 
hameaux de Meni'-Vaux . Carrières- 
sous-liois, le Uelloi et le Pec. En face 
de nous , de l'autre côté du fleuve et 
vis-à-vis le Menil, nnu* découvrons les 
villages d'IIerb'ai, Montigny, la Fretle, 
Cormeil, S irlrouvillc, Houille, Montes- 
son, le Bois, Vezinet, Croi^sy, Chalou, 
Argenté uil , Colombes , Bezons et les 
tours de l'antique abbaye de Saint- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Denis. A droite , nous apercevons le 
Port-Marly, la rompe à feu et l'impo- 
sant aqueduc suspendu dan ; les nuages, 
l'île de la Ln^e, Primai, Louveciennes, 
Voisin-le-Bnis, la Malmaison, la Celle- 
Bougiva) , la Chaussée, la.fonchère, 
Ruel,]\aiiterre et le Mont-Valérien. 

Tels sont les divers endroits que nous 
découvrons de lu terrasse du château, 
et dans lesquels nous allons nous 
transporter idéalement. 

Excursion au château de Maisons. 

Dislance à parcourir : 1 lieue et demie. 

Xe château de Maisons est peut-ê(re 
le plus beau de tous ceux qui sont dans 
les environs de Paris. Placé dans une 
position charmante, à peu de distance 
de la Seine, il oflYe dans sa décoration 
extérieure des preuves du goût et du 
talent de Mansard , qui le construisit 
pour René de Longueil, surintendant 
des finances. Vol'aire. en décrivant le 
temple du goût , semble avoir décrit 
cette habitation dans ces vers : 

Simple en était la noLle architecture , 

Chaque ornement à s:t |i]aec arrêté 
Y semblait mis par la nécessité. 
L'art s'y car liait sous l'air tie la nature : 
L'œil satisfait embrassait sa structure , 

Jamais surpris , et toujours enchanté. 

En novembre lfioS , la terre et le 
château de Maisons furent érigés en 
marquisat, Le 10 avril 1671, le jour du 
décès de Philippe, duc d'Anjou, le roi 
et toute la cour vinrent habiler ce châ- 
teau. Louis XV eut, le 6 mai 1717, 
envie de l'acheter pour madame de 
Pompadour, mais il changea d'avis. 

Le château de Maisons passa d'abord 
au marquis de Soyeeourt. puis ensuite 
au président de Maisons. Vollaire , qui 
y futsouvent reçu, s'y plai ait beaucoup : 
c'est là qu'il devait un jour lire, pour 
la première fois , sa tragédie de Ma- 
rianne, quand il fut tout-à-coup frappé 
par la fièvre et par la manifestation de 
la petite-vérole. Un mois se pa-sa sans 
qu'il lui fut possible de revenir à Paris, 
et l'instant de son départ fut celui d'un 
grave accident: le 'eu éclata dans la 
chambre qu'il venait de quitter, et em- 
brasa en grande partie une des ailes du 
château. Devenu en 1778 la propriété du 



comte d'Artois (Charles X) . il fut sou- 
vent honoré de la'présencede la famille 
royale. Le roi, la reine Marie-Antoinette 
et les princes y avaient chacun un ap- 
par ement, A la révolution , il fut vendu 
comme propriété nationale , et subit 
alors de grandes dégradation- commises 
par d'avides spéculateurs habitués à éri- 
ger leur fortune sur les ruines. Les plus 
beaux arbres des avenues furent coupés, 
les marbres et les grilles vendus , les 
bàtimeus laissés dans un déplo.able 
abandon. Tel était le triste état du châ- 
teau de Maisons lorsqu'il devint la pro- 
priété du m réchalLannes,ducde Mon- 
tebello ; et ce fut A peu près à cette épo- 
que que fut décidée l'exécution du pont 
actuellement existant sur la Seine, con- 
struit dans la direction de l'axe du châ- 
teau. Le maréchal avait eu la pensée 
d'y faire d'importantes réparations, mais 
une mort aussi glorieuse que préma- 
turée ayant enlevé ce héros à la France, 
ce projet resta sans exécution. 

Ce fut en 1820 que M. Jacques Laf- 
filte acheta Maisons; bientôt sous sa 
main tout changea de face, le château 
fut restauré avec habileté , le parc et 
le jardin subirent aussi d'heureuses 
métamorphoses. 

La façade du château de Maisons, du 
côté de la cour, se compose de deux 
ordres d'architecture : le dorique et 
l'ionique. Celé du côté oppo«é, est éga- 
lement belle et répond parfaitement au 
reste de l'édifice. Le bâtiment des écu- 
ries , situé dans l'avant-cour, sur le 
parc, est d'une construction élégante ; 
et l'orangerie, d'une architecture gra- 
cieuse. Un petit pont en fer, très 
éléga t, est jeté sur le fo~sé en face le 
château. Le parc est d'une vaste éten- 
due, de superbes avenues le divisent. 
A côté du château et sur un bras de la 
Seine sont deux superbes moulins qui 
dépendent de cette propriété. Auprès , 
on a établi en 1S22 une machine à va- 
peur de la force de douze, chevaux, pour 
fournir de l'eau dans le château, qui 
était alimenté par une pompe construite 
en 1081 , par Morelan , Anglais habile 
en hydraulique. 

Excursion à l'aqueduc de Marly , a Lu- 
demies et à Marly-te-Roi. 

C'est sur celte jolie colline qui est à 



70 



GUIDE 



notre droite et qui se dirige du côté de 
Paris que sont situés ces divers lieux. 

L'Aqueduc de Marly élant l'objet qui 
frappe le premier nos regards i.ous 
allons nous y arrêter. — Cet aqueduc 
assis sur la crête de la montagne de 
Marly, fut construit par Louis X(V pour 
recevoir les eaux de la Seine transmises 
par une belle pompe à feu et destinées 
à alimenter le. pare de Versailles. Cet 
aqueduc , ouvrage digne des Romains 
par sa conslruclion simple, sulide et 
majestueuse , est composé de trente- 
six arcades et sa longueur est de rois 
cent trente toises : ses deux extrémités 
sont terminées par deux beaux châteaux 
d'eau, ou réservoirs, dont l'un reçoit 
l'eau de la mSchine , et l'autre les dé- 
verse danS les canaux pratiqués pour les 
conduire S Versailles. 

Au pied iriè'iîië de l'aqueduc de Marly 
est le 

Pavillon de Lucicnnes, charmante 
habitation bâtie pour la fam use Du- 
barry , maîtresse de Louis XV. Ce pavil- 
lon , dont tous les arts concourent à em- 
bellir l'intérieur, est décoré au dehors 
de plusieurs colonnes de marbre B'àjic. 
Il appartient maintenant à Jacques La- 
fitte L'église, située non loin delà . et 
dédiée à saint Martin : elle a un aspect 
antique : cependant le chœur et le sanc- 
tuaire ne semblent appartenir qu'au goût 
du XIII e siècle. 

Non loin de l'aqueduc est 

Marly -le- Foi , joli village dans le- 
quel Louis XIV avait fait élever un 
superbe château royal digne par sa ma- 
gnificence de rivaliser avec celui de 
Versailles. Tous les auteurs qui en ont 
parlé l'ont également célébré et en font 
un pompeux élo:;e. Le chantre des Jar- 
dins , Jacques Delille, les a chantés 
ainsi : 

C'est là que tout est grand , que l'art n'est point timide; 

Là , tout est enchante :c'est le palais d'Arniide , 

C'est le jardin d'Aloine , où 6e riait un liéro3, 

Noble dans sa retraite et grand dans son repos. 

Qui cherrlie eneore à vaincre , à dompter «les obstacles , 

Et ne marche jamais qu'enlouré de miracles. 

Voyez vous elles eaux , et la terre et les bois. 

Subjugués à leur tour, obéir à ses lois , 

A ces douze palais d'élégante structure */ 

Ces arbres marier leur verte arebrteetu 

Ces bronzes respirer; ces fleuves sus: eadus, 

En gros bouillons d écume à grand In ni t descendus, 

Tomber, s, prolonger dans des canaux superbes ; 

Là. s'épancher on nappes: ici mont- r en gerbes ; 

Et dans l'air l'enflammant aux feux d'un soleil pur 
P'euvoir en gouttes d'or, d'émeraude e! d azur î 
Si j'égare mes pas dans ces bocages sombres , 
Dei Faunes , des Sylvaius en ont peuplé le» ombres. 



Et Diane et Vénusenchantent ce beau lieu. 
Tout bosquet est un templ», et tout marbre est un dieu ; 
El Lnujs , rc-pirent du tracas des conquêtes , 
Semble avoir uni lé tout l'OKmpe à ses fêles. 

Tel était Marly, ce lieu créé , embelli 
par le plus grand ro! de France, et 
maintenant il n'offre plus que des rui- 
nes, que l'aspect d'un affreux désert. 
Li charrue se promène sur l'emplace- 
ment des douze palais de Louis XIV. 
L'humble plante consacrée à Cérès a 
succédé à ces arbses dont l'ombrage 
couvrait et ornait le palais du Dieu de 
la France. 

Départ de Saint-Germain., 

Nous sortons de Saint - Germain par 
la 

Grille de Poissy, qu'on vient de re- 
faire à neuf et nous entrons immédiate- 
ment après dans la 

F'orct de Suiiil — Germain , une des 
■plus belles de l'Europe. Celte forêt est 
percée de belles et vastes avenues et de 
routes de chasse toujours bien entrete- 
nues. Elle est peuplée d'une grande 
quantité de cerfs, de daims, de che- 
vreuils et de sangliers nourris avec soin 
pour les chasses royales. 

Vers le milieu de la forêt et à droite 
est la 

Itoute de la Croix de Mont- Che- 
vreuil, conduisant aux 

Loges, joli château célèbre par la 
foire du même non qui s'y tient sur la 
p'ace du pavillon, et par les établisse- 
mens auxquels il a servi. 

Ce château fut d'abord hab'té par des 
erm tes qui s'y établirent en 1624; plus 
tard, c'est-à-dire en 1683, Louis XIII 
le donna à des religieux Auguslins pour 
s'y établir et la reine sa femme y fit bâ- 
tir un monastère et des pavillons. Cette 
maison, vendue à la révolution, fut d'a- 
bord occupée par un instituteur, ra- 
chetée ensuite par Bonaparte, et fut 
consacrée par lui à un établissement 
d'une succursale de la maison impériale 
d'Ecouen , que Louis XVIII à son re- 
tour abolit. 

C'est dans celte maison que fut exilée 
madame Pubarry, pendant la dernière 
maladie de Louis XV. I a 

Foire des Loges, qui se lient le pre- 
mier dimanche qui suit immédiatement 
le 30 août , est , après celle de Saint- 
Cloud, la plus célèbre des environs do 



DU VOYAGEUB EH EUROPE. 



* 



Paris; mais elle est plus bruyante, plus 
tumultueuse et en général fréquentée 
par me société très mêlée. « De tous 
les villages environnans, et même de la 
capitale, on y ai'cmi t avec l'.mpressi:- 
ment que donne l'espoir du plaisir. 
Peux cents à deux ceiit cinquante 
fiacre?, cabriolets de p'ace . voitures et 
charrettes conduisent la petite propriété 
de Saint-Germain au lieu du rassem- 
blement, pendant que plus de trois 
cents voilures de maître, atlelées de 
coursiers fiingans, y i orient avec rapi- 
dité la classe distinguée. 

i Sur des lapis de mousse et de ga- 
zon , et sous des ormes et des chênes 
antiques, s'élèvent une multitude de 
lentes qui donnent à la fêle l'aspect 
d'un campement militaire. Devant des 
feux allumés sur la terre tourne le gigot, 
la pièce de bœuf ou de venu , que era 
bientôt disparaît e l'appétit des ama- 
teurs. De tous les côtés des tables 
dre sces en plein vent, appellent les 
buveurs; ils s'v placent en riant, et 
la 

f Cruche au large ventre est vide 
en un instant. 

k Leurs saillies, leurs prétendus bons 
mots, l'air d'hilarité répandu sur leur 
figure, et leur pose grotesque, amusent 
l'observateur qui vient tourner autour 
de leurs groupes et qui y trouve mille 
sujets de tableaux pour le pinceau d'un 
nouveau Téniers. D'un autre côlé , 
tous les saltimbanques et les farceurs des 
places de Paris s'y trouvent réunis oour 
lever un tribut sur la curiosité publique 
et la b dauderie. Ih offrent à l'admira- 
tion ''es amateurs et des connaisseurs 
des choses rares, curieuses et surpre- 
nantes ; et , par d 'S paroles bouffonnes 
et des annonces burlesques, cherchent 
à donner à leur aud toire un avant- 
goût des plaisirs qui l'attendent, et qu'il 
peut se procurer dans l'intérieur pour 
la modeste somme de dix centimes. 
_ « D'autres amusemens appellent la 
jeuness.': le violon adonné le signal 
de la 

Danse : 



Voyez ces beautés ravissantes 
Panseren rninl , leur* lol.e:; \ol!i;caiites 
O'ii sont à peine un voile à lèl rs attraits. 
Le doux li\ liireu se Jmu;im l après 
Laisse flotter Uurfl tresses onaoyaDtea : 
Sur l'herbe tendre elles forment leurs pal, 
Itasaut ta lerrc el ue la tournant poj» 



s Ici lesdilTérentcsclassesdela société 
se séparent; chacun prend son rang et 
cherche au milieu de ses égaux la li- 
berté qu'il ne trouverait point ailleurs, 
et sans laquelle il n'est i oint de plaisir. 
Sous une lente richement ornée, l'élé- 
gante cherche à répéter sur la pelouse 
les nas brillans qui la firent admirer 
l'hiver précédent dans les salons somp- 
tueux du quartier il' Anlin ; à côté d'elle, 
les filles d'un honnête marchand dan- 
sent avec réserve et modeslie sous les 
yeux de leur famille , et viennent , 
lorsque le chassé-huit a donné le Signal 
de la retraite, prendre à côlé de leur 
mère la place que celle-ci leur réserve. 
Plus loin, la jeune grisette, riche de sa 
fraîcheur , de son insouciance et de 
ses dix-huit ans , se livre tout entière 
aux plaisirs du jour, sans se souvenir 
îles peines de la veille ni prévoir celles 
du le'demain ; tandis qu'en plein air, 
et au bruit du tambourin . la fllle du 
village voisin, ronge et joufflue omine 
une pomme. s>ue lourdement hors de 
cadence, s'essouffle, rit et ne s'en amuse 
que mieux. 

«i Pendant les trois jours que dure 
l'assemblée, on se livre aux mêmes di- 
veilissemens ; on élève a quinze mille 
le nombre des personnes qui se réunis- 
sent aux Lot.es le premier jour seule- 
ment. Tant que la fête a lieu, ces grou- 
pes de mangeurs, ces cantiniers Iule- 
tans , empressés de répondre à vingt 
demandeurs à la r ois , c s bouteilles, 
ces verres éuars à côlé des buveurs , 
forment le spectacle le plus pittoresque 
et le plus curieux. i> 

Après avoir parcouru une légère 

Descente, nous entrons dans 

Poissy (Pisciacum'i, petite ville située 
dans un vallon , baignée par les eaux de 
la Seine, sur laquelle e=t un 

Pont remarquable par sa longueur et 
la belle vue dont on y jouit 

Cette ville est très ancienne , car 
Charles H, dit le Chauve, y Itat le par- 
lement en 8(>S. Les rois de France ont 
habité le château qui existait à Poi«sy, 
avant que celui de Saint-Germain fut 
construit. Ce château sert maintenant 
de 

Maison de force et de correction. 
Sainl Louis v naquit le 24 avril 1213. 
L' 

/église paroissiale de Poissy, qui est 
sous l'iuvocaion de la sainte Vierge , 



72 



GUIDE 



passe pour avoir été bâtie par le roi 
Kobert. Dans une chapelle de la nef , 
on conserve précieusement les fonts sur 
lesquels la traflilion assure que saint 
louis fut baptisé. Les 

Vitraux <1e cette chapelle représen- 
tentl'accimehemenlde la reine Blanche, 
au bas on lit cette inscription: 

Saint Louis fut enfant de Poissy, 
E' baptisé en la présente église ; 
Les fonts en sont gardes encore ici 
Et honorés comme relique exquise. 

A côté de cette chapelle , on lit sur 
une table de marbre cette épitaphe en 
sonnet: 

A la mémoire 

De noble demoiselle Marguerite Galloi* , 

Femme lie noble. François Pammeret , esrujer , 

Sieor de La Valade , et de noble denwisette 

Pammeret , leur fille. Ici leurs corps gistent , 

Passons , priez Bien pour eux. 

Tiècèdie le 39 novembre ,6 14 , âgée do 1 ans. 

Celle qu'avait hymen à mon coeur attachée , 
Et qui fut ici-bas ee que j'aimai le mieux, 
Ail; ntrhanger la Une en de plus dignes lieux , 
Au marbre que lu vois sa dépouille est cachée. 

Comme tombe une fleur que l'hiver a sécliée , 

Ainsi fut abattu ce chef d oeuvre des cieux, 

Et depuis le trépas qui lui ferma les jeux , 

L eau que versent les miens 11 est jamais élauchée. 

Ni prières , ni vœux , ne m'y purent servir ; 
La rigueur de la mort se voulut assouvir, 
Et mon affection n'eu put avoir dispense. 

Toi dont la piété vient sa tombe honorer. 
Pleure son infortune ; et , pour la récompense , 
jamais autre douleur ne te fasse pleurer. 

Il se tient à Poissy trois marchés par 
semaine : les mardi , jeudi el sumedi. 
Celui du jeudi est très considérable en 
bestiaux de tou'e espèce , qui servent 
principatement à rapprovïsiohiiement 
de la capitule. Ce marché est connu gé- 
néralement sous le nom de 

Marché de Poissy. Après avoir pasf é 
cette ville , nous remarquons 

Triel, village pittoresquement éche- 
lonné sur une hauieur parallèle au 
fleuve, et dont l'église , construite à mi- 
côte , est un véritable chef-d'œuvre 
d'architecture gothique. Ce village 
possède un 

Hospice, desservi par 1rs soeurs de la 
charité. Il s'y tient aussi un marché 
toutes les semaines, et deux feis par an 
une foire. 

Après Triel, vient 



Vaux, village fort agréable et assez 
bien bâti. Ici le chemin cesse d'être 
plat, et une montée assez rapide, bor- 
dée à droite et à gauche par des habi- 
tations élégantes , va nous éloigner du 
fleuve pour quelques inslans. Plus loin, 
nous trouvons 

Meulan, ville ancienne et assez mal 
bâtie, qui a eu dans le moyen-âge une 
importance à laquelle elle ne prétend 
plus aujourd'hui. 

Deux ponts , dont l'un assez remar- 
quable, traversent la Seine devant Meu- 
lan. A une faible distance sur la rive 
gauche, est le 

Château de Bécheville, résidence de 
M. le comte Daru.En quittant Meulan , 
nous continuons à suivre la rive droite 
de la Seine jusqu'à 

Limay , d'où nous entrons dans 

Mantes. Cette ville , qui est dans 
une position fort agréable, remonte aux 
premiers temps de la monarchie, aussi 
se raltache-t-elle essentiellement à l'his- 
toirejde notre pays, par le rôle important 
qu'elle a joué constamment durant nos 
guerres, tant politiques que civiles. 
Dès l'an 1087, Guilla mie-le-Conipié- 
rant, duc de Normandie et roi d'Angle- 
terre, faisant la guerre à Philippe I er , 
roi de France . avnnt de faire le siège 
de Paris , passa à Mantes, s'empara de 
la ville, la pilla d'abord, massacra tous 
les habita ns, sans épargner ni les fem- 
mes, ni les enfans . ni les vieillards , et 
la réduisit en cendre en'uile: enfin il 
tua , pilla et brûla tout ce qu'il ren- 
contra , jusqu'à ce qu'il fût arrivé à 
l'église No're-Pame de Paris , comme 
il l'avait juré. En général , Mantes fut 
toujours une des victimes, dans tous les 
siècles et à toute- les époques, des in- 
vasions et du joug auquel les nombreux 
ennemis de la France voulurent con- 
stamment la soumettre. 

C'est à Mantes que mourut Philippe- 
Auguste, en 12-23 ; c'est au c si dans celte 
ville que Henri IV vint tenir son pre- 
mier chapitre de l'ordre du Saint-E'prit, 
dans lequel il admit le maréchal de 
Biron et Benaud de Beaune , arche- 
vêque de Bourges. Quant aux 

Curiosités de Mantes , elles sont peu 
nombreuse». L' 

Eglise paroissiale , qui est d'un bon 
goût et d'un aspect imposant; la 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Tour de l'église Saint-Maclou , re- 
gardée comme un monument précieux 
à cause de ton antiquité; enfin 1' 

Hôtel-Dieu. Telles sont les curiosités 
que nous remarquons dans celte ville. 

Après avoir passé Mantes, nous re- 
marquons à droite et à l'écart de la 
roule 

Gassicourt, village qui n'offre rien 
de remarquable. Plus haut et du côté 
opposé est un 

Petit bois fort joli, non loin duquel 
est 

Rosny, village fort remarquable , si- 
tué en face deux îles, dans l'une des- 
quelles (la plus grande), est placé le 
joli 

Château rie Rosny, ancienne rési- 
dence du duc de Sully, ministre de 
Henri IV. Ce châleau, qui a élé la pro- 
1 riété du comle Edmond de Périgord, 
fut acquis en 1818, par la duchesse de 
Berri, qui se plut à l'embellir. Apres la 
catastrophe du 15 février 1820, cette 
princesse fonda, la même année, dans 
ce village, un 

Hospice, sous l'invocation de saint 
Charles Borromée. Ce monument de 
piété et de charité entièrement termi- 
né, la bénédiction de la chapelle et l'i- 
nauguration de la statue eurent lieu. Un 
mois après, c'est-à-dire en avril 1834, 
eut lieu le translation du cœur du duc 
de Bcrri. Ce cœur fut placé dans un céno- 
taphe de marbre blanc, el sur ce céno- 
taphe, dont la hauteur est de dix pieds, 
s'élève la statue de saint Charles Bor- 
romée, patron du prince. Son attitude 
est celle d'un minisire de Dieu donnant 
la bénédiction. Cette statue est due au 
ciseau de M. Ruthchiel, sculpteur. 

Sur le piédestal est gravée en carac- 
tères lapidaires, l'inscription suivante : 



Est déposé le coeur 

De 

C.-F. d*Jrteis , duc de Berry. 

Vigne fis de Saint foui'.. 

lit du grand Henri, 

Il eut la valeur elles vertus 

De son auguste race. 

Pète des pauvres , 

Appui des malheureux , 

lt péril avant l'âge 

Sous le poignard des factieux , 

Le l3 février i8ao. 

Sa mort fut hère ique. 

Au delà de Rosny s'élève en amphi 
théâtre, sur un coteau, le village de 



Rolboise, dont la vieille 

Tour de l'église est surtout remar- 
quable par son ancienneté. Après avoir 
traversé un coin de 

Forêt, nous retrouvons la Seine, dont 
la rive opposée est couverte d'une vé- 
gétation admirable. Bientôt nous arri- 
vons à 

Bonnièves , où s'embranchent les 
deux 

Routes de Caen el de Rouen. Plus 
loin est le village de 

Port-de-p 'illiez, bâti dans les flancs 
d'une montagne crayeuse, et en face 
duquel la 

Rivière d'Epié vient se décharger 
dans la Seine. Sur la rive droite, au 
delà du 

Ruisseau le Grand-Val, commence 
le 

Département de l'Eure, et finit celui 
de Seine-et-Oise. 

Vcrnon est la première ville qu'on 
rencontre quand on a passé cette li- 
mite. Un 

Beau pont, un 

ancien château, Y 

Eglise paroissiale et quelques restes 
du moyen âge recommandent Yernon à 
l'intérêt du voyageur. Au dessus de 
cette ville est le 

Château de la Marlelaine, maison de 
plaisance de M. Casimir Delaviyne. 
Bientôt nous arrivons à 

Gaillon, j etil bourg qui ti'a rien de 
remarquable qu'un 

Château , qui fut successivement la 
résidence de Louis XI et des archevê- 
ques de Rouen. Après avoir parcouru 
une 

Route montueuse et peu agréable, 
nous découvrons 

Lnufiers, sur la rive droite du bras 
le plus occidental de l'Eure ; l'église 
qu'elle renferme est fort élégante et 
d'un style sarrazin. Bientôt nous ar- 
rivons à 

Poitt-de-V Arche, gros bourg dont les 
rues sont étroites et mal bâties, et re- 
marquable par le 

Pont, qui n'a pas moins d'un tiers de 
lieue de longueur. Passé ce pont, nous 
entrons dans le 

Département de la Seine-Inférieure, 
et bientôt à 

Rouen , qui est le lieu de notre em- 






M 



GU1DB 



barquement pour Elbeaf , la Bouille 
et le Havre. 

Aperçu général de Rouen. — Cette 
ville e^t dans une situation très agréa- 
ble, sur la rive droite de la Seine, au 
bas d'une vallée dès ouverte, aulour de 
laquelle règne une chaîne de monta- 
gnes coupées par les vallées de De- 
ville et de Parnetal. Elle est en général 
très mal bâtie, la plupart des maisons 
sont construites en bois ; les rues sont 
étroites et mal pnvées; quelques quar- 
tiers ont des maisons construites avec 
élégance. Ses quais sont superbes et 
d'une belle étendue. 

Rouen possède un archevêché, une 
préfecture, une cour royale, un tribu- 
nal de première instance, une chambre 
de commerce, une direction de l'enre- 
gistrement, une belle bibliothèque, un 
riche musée, un jardin botanique, deux 
salles de spectacle, de superbes halles, 
plusieurs belles églises, enfin de ma- 
gnifiques promenades. 

Historique. — Rouen est une ville 
fort ancienne : elle était déjà considé- 
rable avant la conquête des Gaules, les 
Romains la connaissaient sous le nom 
de Rothomagus, nom qu'elle portait 
encore au dirièrae siècle, lors de la 
conquête des Normands, qui le changè- 
rent en celui de Rouen. Vers le fin du 
neu\ième siècle, Rollon, fameux chef 
de Normands, s'empara de cette ville, 
qu'il fortifia et en fit sa place d'armes. 
En 1204, Philippe-Auguste assiégea et 
prit Rouen, qu'il réunit à la couronne, 
ainsi que toute la province de Nor- 
mandie. Lors de la démence de Char- 
les VI, Henri V, roi d'Angleterre, mit 
le siège devant Rouen, et ne parvint à 
s'en emparer qu'après six mois de la 
plus vigoureuse défense , où la famine 
fit périr plus de trente mille habitans. 
Les Anglais conservèrent cette ville 
pendant trente années, et y commirent, 
le 20 mai 1431, un exécrable assassinat 
juridique sur la personne de Jeanne 
d'Arc. Rouen fut encoie assiégée par 
Charles IX et par Henri IV. 

Séjour et promenade. 

Prenons gîte à 1' 

Hôtel de France, rue des Carmes, 99, 
comme étant celui où on est le mieux. 
Cet hôtel , qui est tenu par madame 
V e Marc , est richement meublé ; il y a 
une excellente table d'hôte à 5 heu- 



res, et un restaurant à la carte. Se puis 
assurer que c'est un des meilleurs hô- 
tels que j'aie rencontré dans mes voya- 
ges. 

Promenade dans Rouen. 

Pour parcourir Rouen avec fruit, 
nous allons prendre notre 

Point de départ, au commencement 
del' 

nous suivrons les quais jusqu'au jardin 
des Plantes , ensuite nous pénétrerons 
dans l'intérieur de la ville. 

Départ. 

Après avoir passé le 

Quai au Cidre, et parcouru en par- 
tie celui du Havre, nous trouvons la 

Douane, bâtiment construit au com- 
mencement du dix-huitième siècle, et 
d'un assez beau style ; son fronton re- 
présente un Mercure et les attributs 
du commerce. 

Pans le moment où j'écris cet arti- 
cle, on construit à côté de ce monu- 
ment un nouveau local pour la douane, 
son peu d'avancement ne permet pas 
d'entrer dans aucun détail à son 
égard. 

Après la Douane vient la 

J uridiction consulaire , bâtiment fort 
élégant, ayant plusieurs destinations; 
La pièce du rez-de-chaussée de cet 
édifice sert aux réunions des commer- 
çans ; les trois pièces supérieures sont 
destinées aux audiences du tribunal de 
commercé, et l'autre pour les con- 
certs. 

Après la maison consulaire s'offre le 

Cours Boïeldiett, l'un des plus beaux 
et des plus fréquentés de Rouen. Vers 
le milieu de ce cours et au milieu de 
la rangée d'arbres dont il est ombragé, 
s'élève une jolie 

Fontaine de ■ Granit , surmontée 
d'une urne et d'une couronne décou- 
pée en coquillages. Au bout du cours 
et à gauche est le 

Théâtre des Arts , qui fait le coin de 
la rue Grand-Pont, et dont le péristyle, 
de forme circulaire, est composé de co- 
lonnes d'ordre ionique, supportant un 
entablement au milieu duquel on recon- 
naît le médaillon de Pierre Corneille , 
le père de la tragédie, né $t Rouen. 



1)V VOYAGEUR EN EUROPE. 



7S 



Cette salle, qui a été construite sur 
les dessins de Guérault architecte de 
Rouen , est très commode et bien dis- 
posée pour la vue de la scène et pour 
bien entendre les acteurs. Son plafond, 
qui a été peint par M. Lemoine, repré- 
sente l'apolliéose du grand Corneille 
couronné par la Tragédie accompagnée 
i!e divers personnages de ses princi- 
pales pièces. La Sculpture et la Peinture 
s'empressent de retracer les traits de ce 
poète célèbre, tandis que la Renommée 
va publier ses grands lalens ; Apollon 
paraît resplendissant de lumière dans 
le hautduUbleau. Vers le bas, le Temps 
frappe de sa faux vengeresse l'Envie et 
les autres passions destructives de la 
gloire de cet homme célèbre. 

Plus haut est le 

Quai de Paris en face lequel est le 

l ont suspendu, construit depuis peu. 
Non loin de ce pont en bois est le 

Pont de pierre ou Pont-Neuf, au 
centre duquel nous remarquons la 

Statue de Pierre Corneille , élevée 
par les Rouennais. Plus loin est le 

Jardin des Plantes, qui est un des 
plus curieux de France après celui du 
muséum d'histoire naturelle. Plus loin 
encore, et toujours du même côté, est 
le 

Champ-de-Mars et la belle 

Caserne lïlartainville; enfin en face 
de nous est 1' 

Ile de la Croix et le 

Grand Cours, où nous allons nous 
rendre en prenant le pont de pierre 
dont nous venons de parler. Ce cours, 
qui offre une des plus belles promena- 
des de la France, est très fréquenté les 
dimanches et les fêtes de 1 été. La plus 
brillante société s'y réunit en foule et y 
procure le plus admirable coup-d'œil 
parla variété des modes, eldes couleurs 
qui, vues sur la terrasse et la pelouse 
du cours , ressemblent à un parterre 
émaillé de fleurs. 

En quittant ce cours, nous trouvons à 
notre gauche le 

Théâtre du Pont-Neuf, et plus loin, 
dans la rue LafajcUe, le 

Cirque de Rouen, dirigé par M. La- 
lanne, écuyer distingué. Plus loin et en 
face est la 

Place Saint-Sever et la Caserne de 
ce nom. Sauf quelques étahlissemens 
industriels, c'est tout ce qu'il y a de 
curieux à voir de ce côté de la Seine ; 



gagnons maintenant l'autre rive et al- 
lons visiter 1' 

Intérieur de la fille et d'abord la 

Cathédrale, en suivant la rue Granrl- 

Pont. Apercevez-vous au bout de celte 

rue une petite place occupée par des 

marchands de fleurs? C'est la 

Place de la Cathédrale , qui lui fait, 
face. Arrêtons-nous ici afin de pouvoir 
étudier la 

I<\içadede la Cathédrale. Vous voyez 
cette église est de sUle gothique , son 
portail est orné de riches sculptures et 
présente trois portes d'enlrée, le* deux 
latérales seut de forme ogive, enfoncées 
et couvertes de sculptures. Au dessus 
de la porte principale s'élève un fron- 
ton de forme pyramidale tout àjour.au 
bas duquel est placé un vaste cadran ; 
quatre autres pyramides en forme de 
tourelles pointues comme les minarets 
d'orient s'élèvent à parlieségales sur le 
portail et remplissent l'espace que lais- 
sent entre elles les tours qui terminent 
les deux extrémités de la façade. 
. Les deux tours qui flanquent à droite 
et à gauche le portail, ont deux cent 
trente pieds. L'une de ces tours porte 
le nom de 

Tour de Saint-Romain , son fonda- 
teur, et l'autre de 

Tour de Beurre, bâtie par le cardi- 
nal d Amboise. C'était dans cette der- 
nière tour qu'était la fameuse cloche 
appelée George d'Amboise , du nom du 
cardinal qui l'avait donnée et qui n'a- 
vaient sa pareille qu'à Moscou. Au com- 
mencement de la première révolution , 
quand les canons furent devenus plus 
néces-aires que les cloches , on les fon- 
dit pour le service de l'artillerie. 

Dans la tour Saint-Romain se trou- 
vaient encore, en 1789, onze cloches, 
monnaie de Geori.e-d'Amboise et dont 
le carrillon cessa par suite de la desti- 
nation nouvelle qu'on donna à ces 
masses d'airain. 

Après cette inspection de l'extérieur 
passons à celui de 1' 

Intérieur, — Ainsi que vous le remar- 
quez, cette église ala forme d'une croix 
latine : sa longueur est de quatre cent 
huit pieds, et sa largeur de quatre-vingt- 
trois pieds, et celle descôlés de quarante 
deuv. Les ailes qui forment les portails 
latéraux, et qui, avec la ne, figurent la 
croix latine , occupent une largeur de 
cent soixante-quatre pieds, ou à peu 



70 



GUIDE 



près la moitié de plus que la largeur du 
vaisseau dans ses autres parties. Sur ce 
point l'élévation de la voûte est de 
cent cinquante-deux pieds. Quatre pi- 
liers, qui ont chacun trente pieds de 
diamètre, s'élèvent de* points d'inser- 
tion à la même auteur de cent cin- 
quante-deux pieds : c'est sur la lan- 
terne soutenue par ces quatre colonnes 
que montait extérieurement la fameuse 
flèche haute de trois cent quatre-vingts 
pieds , qui, consumée pour la seconde 
fois par la foudre en 182-2, s'abîma sur 
la voûte de l'église qu'elle écrasa de son 
poids. Des arceaux formés d'un assem- 
blage de colonnes étroites et longues 
soutiennent la voule de la nef, séparée 
du chœur par un élégant jubé de mar- 
bre. 

Dans la 

Chapelle de la Vierge est le 

Tombeau du Cardinal d'Amboise; 
ce monument, en marbreblanc, et du 
quinzième siècle, est digne de fixer votre 
attention par la perfection des sculptu- 
res et par le détail des arabesques. 

A gauche, de l'autre côté de la cha- 
pelle, est le 

Tombeau de Dreux de Brézé , séné- 
chal de Normandie , célèbre surtout 
pour avoir été l'époux de Diane de Poi- 
tiers, qui lui fit élever ce monument, dû 
au ciseau du célèbre Jean Cousin, pein- 
tre et sculpteur français. 

Voilà, cher compagnon de route , 
tout ce que cette grande église offre 
de remarquable. Certains curieux en 
admirent encore les roses en verre de 
couleur qui sont au dessus de chaque 
portail. 

Quittons maintenant cet asile de paix, 
continuons notre promenade, et diri- 
geons nos pas vers le 

Palais de Justice, en prenant la rue 
de la Groose-Horloge et celle du Bec 
qui lui fait face. Ce vaste bâtiment, d'un 
gothique extrêmement délicat et 1res 
hardi dans son exécution , a été bâti 
sous le ministère du cardinal d'Amboi?e, 
alors ministre de Louis XII, qui fixa la 
résidence de l'échiquier à Kouen. Fran- 
çois I er érigea celte cour en parlement. 
L'édifice fut achevé en 1499; mais le 
parlement ne commença à y siéger 
qu'en l'année 1306. Cette cour fut sup- 
primée, ainsi que les autres parlemens 
de France, dès les premières années de 
la révolution. 



Après ce léger aperçu de son histoire, 
gagnons 1' 

Intérieur qui est assez remarquable. 
La 

Première Salle par laquelle on y pé- 
nètre s'appelle la 

Suite des Procureurs ; on y arrive 
par un escalier ou perron très élevé, 
composé de plusieurs rangs de degrés. 
Cette salle qui n'offre rien ds curieux, 
a cent soixante-dix pieds de long sur 
cinquante de large, etsousson plancher 
sont placées les 

Prisons de la Conciergerie. A droite 
de cette salle est la 

Chambre de la cour d'Assises, dont 
le plafond est surtout admirable , et à 
côté la 

Chambre du Tribunal de première 
instance. 

L'édifice que vous voyez en face le 
palais et qui servait jadis au logement 
des présidens du parlement est la 

Cour Royale , qui est la dernière 
pièce à voir. 

Maintenant dirigeons nos pas vers une 
autre curiosité. Prenons les rues Saint- 
Lô, des Carmes , et Voltaire, de là nous 
allons découvrir 1' 

Abbaye S aint-Onen, qui mérite d'ê- 
tre visitée. Cette église, qui fut jadis une 
abbaye du même nom, est d'un joli go- 
thique, plus moderne que la cathédrale, 
mais dont le portail n'a jamais été ter- 
miné. 

La nef principale est accompagnée 
de deux parties latérales, ou bas-côtés, 
mais exhaussés : on fait le tour de ce 
monument par derrière le choeur, où se 
trouve une chapelle de forme circu- 
laire. 

Le bâtiment moderne des religieux 
sert aujourd'hui d' 

Hoiel.-de-ville; dans le bas sont quel- 
ques bureaux ; en face du principal 
escalier est une vaste salle destinée aux 
cérémonies publiques, de l'autre côté 
se trouve le 

Bureau des Passeports. On peut monter 
au premier par ce grand escalier à deux 
côtés, dont les voûtes aplaties ne lais- 
sent pas que d'avoir de la hardiesse et 
de l'éléganee. Le 

Premier étage est occupé par les 

Appartemens du Maire et par diffé- 
rens bureaux de cette administration. 
En suivant le corridor dans toute eon 



&*t± 



DU VOV'AGEUR EN EUROPE. 



77 



étendue, on arrive à un second esca- 
lier qui conduit au 

Deuxième étage. Là nous trouvons 
le 

Musée qui renferme plusieurs tableaux 
de nos plus grands maîlres. La 

Salle d'Assemblée de l'Académie, et 
enfin la 

Bibliothèque publique, qui est ou- 
verte tous les icurs depuis dix heures 
du matin jusqu'à deux, et qui renferme 
trente-deux mille volumes et des ma- 
nuscrits précieux. Le 

Catalogue de celte Bibliothèque est 
imprimé en format in-8°, et un assez. 
grand nombre d'exemplaires sont pla- 
cés sur les tables de lecture pour la 
commodité des lecteurs. C'est la seule 
bibliothèque, à ma connaissance, dont 
le catalogue soit rendu public. 

Après avoir visité le mu e ée et la bi- 
bliothèque, il nous reste à voirie 

Jardin de V Abbaye , qui est très joli 
et très fréquenté par les personnes du 
voisinage et particulièrement par les 
enfans. Ce jardin a trois entrées, la 
principale est par le vestibule du bâ- 
timent ; la seconde en face, par une 
grande grille qui donne entrée par la 
rue de l'Epée, et une troisième par le 
coin de la place à droite près l'église. 
Si de l'abbaye de Saint-Ouen nous des- 
cendons la rue Malpalu, nous trouvons 
1' 

Eglise de Sainl-Maclou, qui, à l'in- 
térieur, est un diminutif de la précé- 
dente ; c'est à peu près le même genre 
de construction ; le style pyramide s'y 
trouve partout. L'intérieur mérite toute 
l'attention des curieux; nous signalons 
particulièrement ici le charmant esca- 
lier , sculpté à jour, qui conduit à 
l'orgue. 

Il existe encore une foule d'autres 
églises que nous pourrions visiter, telles 
que St-Mcaise, St-Vivien , St-Eloi , St- 
Louis et Sle-Marie ; mais une pareille 
entreprise demanderait plus d'une jour- 
née de marche, et peu d'amateurs sont 
disposés à accorder une journée en- 
tière à visiter des églises: nous avons 
vu les plus remarquables, je pense que 
cela e>t suffisant. Gagnons maintenant 
la rue de la Grosse-Horloge, où nous 
allons voir la 

Tour de la Grosse— Horloge , qui est 
à côté de l'hôtel du Nord. Cette tour, qui 
fut élevée en 1389, est carrée et d'un 



gothique simple et fort remarquable. 
Elle est percée de grandes croisées en 
ogive, et s'é!ève majestueusement jus- 
qu'à la plate-forme, environnée d'une 
balustrade en fer. Dans son intérieur 
est placée l'horloge principale de la 
ville, ainsi que la cloche du beffroi. 

Non loin de la tour de la Grosse- 
Horloge et de Sainl-Eloi, est la 

Place de la Pucr/le. C'est ici , cher 
lecteur, sur cetle place même, que le 
jugement le plus inique fut exécuté sur 
la personne de la malheureuse Jeanne, 
Pucelle d'Orléans , condamnée comme 
sorcière , et brûlée en cet endroit , le 
30 mai 1431. Cetle 

Fontaine que vous voyez au milieu 
de la nlace , sur laquelle est sa slalue , 
rappelle encore !e souvenir du 30 mai 
1431. A l'ouest de cette place est 1' 

Ancien hôtel du Rourg-Theioulde , 
bâti à la fin du xv e siècle. Nous y 
voyons des bas-reliefs très curieux, re- 
présentant l'entrevue de Henri VIII et 
de François I er au champ du Drap- 
d'Or. 

Ici finit notre promenade intérieure, 
il ne nous reste plus maintenant qu'à 
parcourir les 

Environs de Rouen. 

Excursion au château de Canteleu. 

Distance à parcourir: I lieue. 

Itinéraire. 

Pour nous rendre au château de Can- 
teleu, nous devons suivre l'avenue du 
Mont-Riboudet jusqu'à l'octroi. Là 
nous prenons le dieinin à notre gau- 
che, et bientôt nous entrons dans le 
village de 

Bapaume , qui est célèbre par l'in- 
dustrie de ses habilans , par ses fabri- 
ques de teinture en rouge des Indes, et 
par ses manufactures d'impressions en 
indiennes. Après avoir traversé le vil- 
lage et gravi la côte, nous nous trouvons 
en face du village de 

Canteleu et de l'ancien château de ce 
nom, entouré par la forêt de Rotimare. 
Ce château , bâti sous Louis XIII , est 
d'une belle architecture. Les 

Jardins s'étendent sur une ferrasse 
très hardie, couverte en partie de 
lierre épais qui lui donne un air anti- 
que et pittoresque qui plaît à l'amateur 






78 



GUIDE 



de paysage. De celte terrasse, on jouit 
du plus 

Beau point de vue que l'on puisse 
vo r ; l'œil embrasse une étendue de 
plus de six lieues. A droite, nous «per- 
cevons la Bouil e, les deux Couronnes, 
le grand el le pelit Quevilly, le fau- 
bourg St-Sever el li route de Rouen 
à Paris, bordée de ses roches grises 
qui , sur une rive ou sur l'aulre , ac- 
compagnent et marquent pour ainsi 
dire le cours de la Seine. A gauclie, 
nous découvrons la côte de Bonsecours 
et les grandes roches qui terminent la 
barrière St-Paul , la montagne Ste- 
Calherine , la côte Beauvoisine , les 
hauteurs du Mont-aox-IHalades ; enfin 
plus près de nous , Rouen , avec ses 
nombreuses églises et leurs flèches d'ar- 
chitecture sarrasine, qui semblent à 
l'œil autant de minarets. 

Excursion au Monl-aux-RIalades. 
Distance à parcourir : demi-lieue. 
Itinéraire. 

Pour nous rendre au Mont-aux-Ma- 
lades, nous devons traverser le 

Faubourg Cauchoise. Après avoir 
passé la barrière, le chemin que nous 
suivons est très pittoresque , bordé de 
quelques maisons assez jolies. Lorsque 
nous sommes parvenus près du village, 
qui est l'endroit le plus élevé , nous 
jouissons du plus 

Beau point de vue que l'on puisse 
voir ; de là l'oeil plonge sur un immense 
bassin traversé par le cours de la Seine, 
bordé de prairies et d'une longue chaîne 
de montagnes, et terminé à l'horizon par 
des lointains qui se prolongent jusqu'à 
Eibeuiet la forêt de Pont-de-PAiche. 
Plus pris de nous, et en face, notre œil 
se promène avec plaisir sur Rouen et 
sur le cours de la Srine qui, de chaque 
coté de ses bords, offre une suite non 
interrompue de paysages enchanteurs. 
A droite , nous découvrons une partie 
de la va'lée de Deville , le hameau de 
Bspaume et les montagnes qui le do- 
minent, les plaines inimensrs des deux 
Quevilly, les côtes de Canteleu et de 
Dieppedale , qui se prolongent jusqu'à 
la Bouille. A gauche, nous apercevons 
les riches côleauv de la commune rie 
Boisguillaume , lue naturellement i ar 
des fonds cultivés à ceux du Mont-aiix- 
Halades, couverts d'une verdure magni- 



fique, sur laquelle dominent les ruines 
de l'ancien prieuré , ainsi que son 
église qui sert aujourd hui de parorse. 

Tel est le vaste et varié cou; -d'œil 
qu'offre le Monl-aux-Malartes, aus>i les 
maisons de plaisance y sont-elles nom- 
breuses et les promenades fort com- 
munes. 

Maintenant que nous avons vu tout 
ce que Rouen offre de curieux, ainsi 
que ses environs, il ne nous reste plus 
qu'à tracer la 

Biographie de Rouen. — Celle ville 
a donné naissance à 

Jienserade , poète du xtii' siècle ; à 

Berruyei-, jésuite, historien, auteur 
de l' Histoire du peuple de Dieu ; à 

Brunny, à qui l'on doit une traduc- 
tion du Théâtre des Grecs ; à 

_ Pierre Corneille , le père de la tra- 
gédie française ; à 

Thomas Corneille , poète tragique, 
frère du précédent; à 

Edouard Adam . célèbre chimiste , à 
qui l'on doit le perfectionnement de la 
distillation ; à 

Joui>en>t, peinîre célèbre du xvn' 
siècle; à 

Lucas, célèbre voyageur; enfin à 

Jlestoul, peintre distingué. 

Communications. 

A. De Rouen à Elbeuf par les bateaux 
à vapeur. 

Distance à parcourir : 6 lieues. 

i En montant 2 heures. 
Durée du trajet :< En descendant 1 heure 

' et demie. 

Bateaux affectes à ce service. 

Un seul bateau à vapeur (la T ille 
d'ElùeuJ) fuit le voyage journalier de 
Rouen à Elbeuf. Ce bateau, qui est 
situé à l'origine du grand Cours , près 
l'octroi , part d'Elbeuf tous les jours à 
six heures et demie du matin ; el de 
Rouen , tous les jours à cinq heures du 
soir. Le dimanche et seul ment pen- 
drai! l'été, il part deux fois de chaque 
ville , savoir : d'Elbeuf, à six heures et 
demie du matin et à deux heures du 
soir ; de Rouen , à neuf heures du 
matin et à cinq heures du soir. Le 

Prix des places e.-t fixé à un franc 
les premières, et à cinquante centimes 
les secondes. 



DU VOYAGEA» EN EUROPE. 



W 



Embarquement et départ. 

Quels tableaux riches et variés.'... cette 
iiappe azurée.'... ces lointains vaporeux!... 
les profils gracieux (les montagnes!... les 
accidens du rocher.'... Que de détails inté- 
ressaus!,.. Quel ensemble admirable! 

Déjà la cloche s'est fait entendre 
Srois fois, la corde qui retenait notre 
navire captif est larguée, la planche qui 
a servi à nous embarquer est h ssée à 
bord , et nous voilà gagnant le large 
en laissant Rouen derrière nous. Pla- 
çons-nous maintenant sur l'avant du 
navire, pour étudier à notre aise les di- 
vers objets qui vont s'offrir à notre vue. 
Jetons nos regards à gauche , là nous 

VOJOI1S P 

Ile de la Croix , et de là le 

Mont-Sainte— Catherine , dont les 
flancs déchirés nous laissent voir sa 
nature pierreuse. Ce mont, qui s'élève 
à environ trois cent quatre-vingts pieds, 
offre au naturaliste une grande quan- 
tité de coquillages fossiles de différent 
genres, et dont plusieurs espèces ne 9e 
trouvent plus que là. On y trouve aussi 
des vertèbres , des os , des dents de 
poisson, et surtout beaucoup de madré- 
pores , qui sont toujours convertis en 
silex imparfaits, comme la plupart des 
lits horizontaux qui traversent le corps 
de celte montagne. Non loin de sa base 
est 1' 

Eglise Saint-Paul , dont le clocher 
s'élève à peine à la hauteur des arbres 
qui l'en- irounent. Plus haut est 

Cauplet, village orné d'élégans pa- 
villons, dont quelques uns sont des 
châteaux en miniature. Le groupe de 
maisons que vous apercevez au dessus 
est 

Blossepille-Bon-Seeours , espèce de 
faubourg de Rouen , célèbre dans toute 
la Normandie par sa 

Chapelle- gothique, dédiée à la Vierge. 
Le portail de ce petit édifice est un 
ogive orné de ceps de vigne, de gaillar- 
des et d'ornemens à jour. L'intérieur 
est lapi-sé d'une multitude d'e.i voio, 
au nombre desquels on remarque un 
grand nombre de petits vaisseau?, dé- 
posés -ans doute par quelques matelots 
sauvés du naufrage. 

De cette petite chapelle on jouit 
d'une 

Vue admirable sur une partie de la 
ville de Kouen , sur ses maisons bizar- 



rement construites, dominées par les 
flèches élégantes des clochers de ses 
nombreuses églises. On y embrasse 
d'un coup d'oeil le port et ses innom- 
brables navires, le faubourg Saînt- 
Sever et les prairies qni l'avoisiucnt. 
Bientôt nous sommes au 

Bout du grand Cours, là notre vue 
s'étend sur d'i.nmen es nrairies qui 
au printemps charment l'œil par les 
diverses fleurs dont elles sont ornées. 
Apercevez-vous dans le fond de ces 
prairies un clocher ? C'est le clocher du 
village de 

iiotiei'ille-lès-Rouen , où nous re- 
marquons une superbe fabrique de sa- 
von à fouler les draps. Plus loin et du 
même côté est 

Saint— Etienne de lïouaray , village 
peuplé d'environ quinze cents habitans. 
Bientôt la scène change. aux prairies suc- 
cèdent de superbes champs couverts de 
céréales, dont quelques uns clos de haies 
vives fort belles. La côte du côté op- 
posé a aussi changé d'a'pect, elle est 
plus riante et moins élevée. 

Après avoir passé quelques îles fort 
jolies , nous apercevons à droite 

Oissel , village remarquable par son 
clocher svelte el effilé. Autrefois ce 
bourg était environné de vignes qui 
ont disparu, ainsi qu'une île, où les 
Normands se fortifièrent au ix° siècle. 

C'est dans ce village que le célèbre 
d'Ambourney s'est endormi du dernier 
sommeil. Après avoir longé une 

Petite Ile, nous nous trouvons en face 
le 

Château d' Oissel, qui est fort remar- 
quable , ainsi que la végétation qui l'en- 
toure. Mais bientôt tout change de face, 
la côte perd de sa beauté et ne présente 
plus qu'une suite de rochers qu'on dé- 
signe sous le nom de 

Rochers W'O/ïiW, dont les faces gri- 
sâtres et blafaidi.-s annoncent la tris- 
tesse. La plupart de ces rochers qui sont 
couverts d'arbres toujours verts dont 
plusieurs semblent sortir avec effort par 
leurs fentes , offrent plusieurs étages 
dans lesquels les hommes se sont creu- 
sé ou bâti des demeures. L'aulre rive 
nousdffre une suite d'îles couvertes d'ar- 
bres entrecoupés de chaumières remar- 
quables par leur couleur et leur cons- 
truciion. Après une courte navigation, 
nous arrivons à 



«0 



GUIDE 



Elheuf, qui est le terme de notre 
voyage 

aperçu général d'Elbruf. — Cette 
ville est agréablement située sur la rive 
gauche de la Seine , dans une belle val- 
lée, bordée au nord par cette rivière, 
et au midi par une chaîne de montagnes. 
Elle est en général fort mal bâtie, mal 
percée et encore plus mal pavée. El- 
beuf possède une jolie place publique, 
deux églises et uu très grand nombre de 
manufactures de draps fins d'excellente 
qualité, enfin d'immenses teintures. 

Débarquement et promenade. 

Quittons notre navire et allons visiter 
les 

Curiosités d'Elbeuf. Ces curiosités 
sont peu nombreuses, elles consistent 
en ses 

Deux Eglises. Commençons par vi- 
siier r 

Eglise Saint- Etienne qui est située 
sur une plate-forme exhaussée à côté 
d'Orival. Cette église se compose d'un 
chœur, d'une nef et de deux collatéraux. 
Les piliers de séparation sont de forme 
octogone et surmontés d'une couronne 
ducale. La voûte du chœur est ornée de 
culs-de-lampe. Dans la chapelle de la 
Vierge, située au fond du collatéral 
gauche et regardant le maître-autel, on 
a pratiqué un faux jour qui produit sur 
les ornemens dorés environnans uu ef- 
fet de lumière tout-à-fait majestueux. 
A l'extrémité inférieure de ce même 
collatéral est un Saint - Sépulcre. Pa- 
rallèlement à la chapelle de la Vierge , 
dans le collatéral , est unechapelle de la 
Vierge surmontée d'une immense cou- 
ronne. L' 

Eglise Saint-Jean , située dans la rue 
qui conduit au port, est plus vaste, 
mais moins ancienne que l'autre ; sa 
distribution est à peu près la même et les 
vitraux en sontaussi fort remarquables. 

B. De Rouen à La Bouille par le bateau 
à vapeur. 

Distance à parcourir : 4 lieues. 

( En montant 1 heure. 
Durée du trajet : v En descendant ô quarts 

l d'heure. 

Bateaux affectés à ce service. 

— Pour le moment il n'y a qu'un seul 
bateau à vapeur, 1' 



Emma, qui fait le trajet de Rouen à 
la Bouille , mais bientôt on va lui don- 
ner un compagnon de route, qui dit-on, 
sera d'une marche fort avantageuse. 
Cejbateau, qui stationne au quai du Ha- 
vre , fait ordinairement trois ou quatre 
voyages par jour à la Bouille et ne sé- 
journe dans cet endroit, de même qu'à 
Rouen , que le temps nécessaire pour 
prendre les voyageurs. Quant au 

prix des places, il est fixé, comme au 
bateau d'Elbeuf, à i franc les pre- 
mières et à 50 centimes les secondes. 

Observation. — Comme dans notre 
voyage au Havre, je dois décrire la 
route que parcourt ce bateau, j'y ren- 
voie le lecteur pour la connaître. 

C . De Rouen au Havre par les bateaux 
à vapeur. 

Dislance à parcourir: 22 lieues. 

iEn montant heures et 
demi. 
En descendant 7 heures. 

Bateaux affectés à ce service. 

— Trois bateaux à vapeur font jour- 
nellement le trajet de Rouen au Havre, 
savoir : le 

Louis-Philippe , qui est d'une force 
de quarante chevaux, le 

Gaulois, fort joli bateau, mais d'une 
marche peu avantageuse: enfin la 

Normandie , qui est d'une force de 
cent vingt chevaux et l'un des plus 
beaux bateaux qu'il existe sur la Seine, 
et faisant ordinairement six lieues à 
l'heure. Quant au 

Prix des places dans ces trois ba- 
teaux, il est à peu près le même, c'est- 
à-dire 8 francs les premières et 5 francs 
les secondes. 

Embarquement et départ. 

Gagnons le 

Quai du Havre, lieu de notre em- 
barquement, et plaçons-nous sur l'avant 
de notre navire, afin de pouvoir mieux 
jouir des sites variés que présente le 
cours de la Seine. 

Entendez-vous le son argenlin de la 
cloche ? c'est le signal du départ de no- 
tre bâtiment. Voyez-vous la fumée s'é- 
chapper de son tuyau en bouillonnant 
dans L'atmosphère? déjà la vapeur forte- 
ment comprimée dans la chaudière a 
frappé le piston qui met en jeu ses nom- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



81 



breuses roues, tout annonce son prompt 
départ. Bientôt une voix mâle fait en- 
tendre ces mots : 

Pousse au large! alors le bateau, par 
un mouvement unifornie.s'isole de lerre; 
les roues mises eu jeu par la force de la 
vapeur, commencent leur battementsuc- 
cessif, et le voilà fendant le fleuve avec 
une rapidité étonnante. Quais, navires, 
promeneurs, tout s'éloigne de nous, tout 
fuit ; nos regards jusque là ne savent à 
quoi s'arrêter, mais bientôt la 

Vallée de Bapaume , se présente à 
nous, couverte de nombreux bestiaux. 
Au pied du coteau de Canteleu nous 
remarquons le 

Croisset et 

Dieppediile , villages connus surtout 
par leurs caves creusées dans le roc , à 
une profondeur immense, et qui ser- 
vent d'entrepôt aux vins destinés pour 
la consommation de Rouen et des pays 
voisins. Plus bas , et du même côté, est 

W aldelnye , petit hameau fort joli , 
où sont plusieurs maisons de plaisance 
fort élégantes. A notre gauche, et un peu 
plus bas, se montre 

Couronne, village un peu à l'écart de 
la Seine, et bordé au midi par la 

Forêt de Rouvray , qui sans doute 
s'est élevée sur les débris de quelques 
établissemens romains , puisqu'on y a 
découvert, en 1760, des médailles en 
bi onze du haut empire, portant presque 
toutes l'effigie de Trajan, de Marc-Au- 
rèle, d'Antonin , d'Adrien , etc , et des 
ins'rumens aratoires. C'est dans cette 
forêt que les Druides célébraient les 
mystères de leur culte. Plus bas et 
dans la même direction est le 

Moulineaux , bourg bàli dans une 
belle situation près de la forêt de la 
Londe. Plus bas et du même côté est 
la 

Bouille, village bàli au pied d'un co- 
teau escarpé, dominé par les 

Ruines d'un ancien château , aux- 
quelles les chroniquesdutempss'accor- 
dent à donner pour fondateur Robert, fils 
d'un gouverneur de Neustrie, que ses 
déportemens firent appeler 

Rnbert-le- Diable ... Sa position élait 
forte, sos moyens de défense simpl s ; 
poin d'ouvra;es avancé-, mais de, fos- 
sés larges et pro r onds, des tours peu 
escarpées, des souterrains vastes, etc. 

Malgré sa défense présumée, ce châ- 
teau figure peu dans notre histoire du 

¥l\\HCK. 



moyen âge ; c'était Jean Sans-Terre qui 
le fit démolir, lorsque précipitant sa 
fuite , il allait cacher sa honte dans les 
murs de Londres, et abandonnait aux 
Français vainqueurs ses provinces d'où- 
Ire-mer. Cette place fut mise en état de 
défense durant les guerres civiles ou de 
religion, puisqu'on a retrouvédes boulets 
dans ses ruines. Le silence de l'histoire 
étend son voile obscur sur celui des 
siècles précédens, où le jour éclaira ses 
premiers débris , la pensée a beau ré- 
trograder vers le passé , elle n'y trouve 
rien qui la fi ie, et l'oeil ne s'y repose plu» 
que sur quelques pierres dont la mousse 
et le lierre se disputent la naissance. 

Excursion idéale aux ruines du château 
de Robert-le-Diable. 

Distance à parcourir: 1 quart de lieue. 

« Tout est dégradé! tout est rompu!.,. 
Où sont-ils les jours où ces lieux retentis- 
saient du bruit des armes , du hennissement 
des coursiers, du son des cors?... où la 
bannière des preux flottait sur ce donjon?.. 
Que de pompe et de magnificence alors !... 
Aujourd'hui , quel silence !... Oui ; mais que 
de poésie dans ces ruines!.,, comme l'es- 
prit et les yeux sont captivés par un vieux 
manoir qui s'écroule. » 

Topographie de la route. 

Pour nous rendre aux ruines de ce 
château, nous devons suivre le petit che- 
min qui est à côté de l'église île ce vil- 
lage et qui longe le bas de la côte. Après 
avoir passé le 

Cimetière de la Bouille , plusieurs 
fermes et deux moulins à eau, situés à 
notre gauche, nous montons une 

i etite côte , au bout de laquelle est 
le 

Chemin de Caen, et enfin les ruines 
du châleau qui sont masquées pir une 
ma-se de verdure. Montons la butte sur 
laquelle gissent ses ruines, lànous allons 
jouir du plus 

Beau point de vue que l'on puisse 
voir. A nos pieds circule la roule de 
Caen ; plus loin , quelques villages élé- 
gamment groupés enrichissent de leurs 
fabriques et de leurs vergers les deux 
rives de la Seine, qui se déroute avec 
majesté dans une plaine immense à tra- 
vers les paysages les plus gracieux. A 
gauche, le lit du fleuve, qui s'élargit de 
plus en plus en plus, annonce la proxi- 
mité de l'Océan. De l'autre côté, en 





82 






GUIDE 



suivant les îles de verdure qui se suc- 
cèdent, qui se confondent, el entre les- 
quelles la Seine se perd et se retrouve 
à chaque instant, les regards s'arrêtent 
sur les superbes tours de Rouen. 

Après avoir admiré le brillant tableau 
qui se déploie sous nos yeux et contem- 
plé le bout de mur qui semble prêt à 
tomber, descendons le 

Petit sentier tortueux et allons par- 
courir les 

Souterrains qui nous restent à voir. L' 

Ouverture principale des souterrains 
fait face à la roule de Caen : c'est une 
espèce de ve tibule , de forme assez irré- 
guiière, n'offrant rien d'intéressant que 
les divers noms que les visiteurs y ont 
tracés contre le mur. C'est dans ce vesti- 
bule que sont les ouverlures des trois 
souterrains existans. En face la porte du 
vestibule est l'entrée d'un souterrain qui 
était fort vasle , mais dont l'entrée est 
presque obstruée aujourd'hui par les 
éboulemcns. A droite en est un plus 
petil, débouchant dans les fossés, d'où 
il reçoit le jour par une pelite ouverture 
due à réboulement du mur dans cet eu- 
droit. A gauche est Je dernier souterrain 
qui est le mieux conservé; on peut y pé- 
nétrerfort avant, mais je crois qu'il se- 
rait imprudent de le parcourir dans toute 
son étendue, à cause des nombreuses 
cavités que présente le sol. A côté, et près 
de la porte, nous remarquons une vaste 
ouverture, due sans doute à la chute de 
sa voûte. 

Voilà le tableau que présentent ces rui- 
nes; maintenant je vais continuer à tra- 
cer notre route. 

Eu face la Bouille, et non loin du pas- 
sage , est le joli 

Château de Sahur , appartenant 
à M. de Trémoville ; après la Bouille 
nous découvrons les 

Carrières de Caumont, d'où l'on tire 
la meilleure pierre à bâtir, de tout le lit- 
toral de la Seine. Les amateurs dj géolo- 
gie doivent visiter dans ces carrières les 
Grottes de Caumont, célèbres par les 
stalactites qu'elles renferment. 



nps. 



Ci-8 et ot! es ont leur voûte en merveilles féconde , 

Où brillent suspendus les chefs-d'œuvre de l'onde, 

Areliit' cte , sculpteur et peintre en même lemp 

L'onde seule eml.ellit ces liunbris éclataus, 

Descend en girandole et se courbe en arcade, 

S arrondit en bassin , s élevé en colonnade , 

Se découpe en festons, se moule en chapiteaux, 

Se groupe quelquefois en brillans végétaux. 

A mil re tous ces jeux dans leur caprice extrême , 

L'ùuaginaliou se fatigue elle-même. 



Jouissant, admirant et créant à la fois 
L inconstante souvent les compose à son choix; 
Elle en fait des bouquets, des sortes de trophées. 
Ou dirait qu'en ces.lieux habitèrent les fées; 
On dirait que Cvbéle a dans ces antres frais 
(.Large le dieu des eaux de bâtir son palais ; 
Non , jamais dans ses traits , jetés à l'aventure , 
Le hasard ne sut mieux embellir la uature. 

Apercevez-vous sur la crête de ces 
rochers une belle maison? C'est le 

Cliâlcau de Bardouvûle , manoir 
dont le nom n'est pas étranger aux tra- 
ditions des vieux temps. Aptes un léger 
détour nous arrivons à 

Ducluir, qui n'a de remarquable que 
son quai. Les Normands détruisirent 
dans le bourg une abbaye d'hommes, 
qu'ils y trouvèrent dans leurs premiè- 
res invasions. 

Les alo-es et les éperlans pèches à 
Duclair jouissent d'une réputation im- 
mense , parce que le mérite de ces 
poissons croît à mesure qu'ils sc.t pris 
à une plus grande distance de l'embou- 
chure du fleuve. 

Sur la rive opposée, et non loin de 
Duclair, s'élève une pointe de rocher 
qu'on nomme 

Chaire de Gargantua. Cette émi- 
nence.en raison de son élévation, se- 
rait très propre à porter un fanal de 
navigation pour éclairer les bâtimens 
qui descendraient ou remonteraient la 
Seine. 

Peu de temps après avoir passé Du- 
clair, nous découvrons à droite et à l'é- 
cart du fleuve 1' 

abbaye de Jumièges, dont les tours 
s'élèvent au milieu d'une presqu'île 
formée par le contour de la Seine. 
Dans le premier temps de sa fondation, 
celle abbaye était fort vaste, car elle 
contenait neuf cents religieux et onze 
cents frères cornets. En K'67.Gui!Iaurae 
Longue-Epée, fils deRollon, la fit con- 
struire telle que nous la vo\ons aujour- 
d'hui. L'architecture est saxonne, les 
deux principales tours sont carrées jus- 
qu'aux trois quarts de leur hat'leur; la 
partie supérieure offre un polygone ir- 
régulier. 

C'est à Jumièges que Tassillon, duc 
de Bavière, vaincu par Charlemagne, 
contre lequel il s'était révolté, fut ."at- 
elier sa honte et ses revers; forcé de 
renoncer au monde, c'est là qu'il em- 
brassa la vie monastique avec son fils 
Thedon, après avoir eu la tête rasée en 
punition de sa félonie. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



85 



Charles VII aimait Jumièges, il s'y 
était fait bâtir une maison de plaisance 
où il resirla long-temps ; c'est là qu'il 
perdit la belle Agnès Sorel, cette maî- 
tresse d'un roi, qui fit servir à la gloire 
et à la liberté de son pays, la passion 
qn'elle avait inspirée à son souverain. 

Le monument qui contenait dans 
l'abbaye le cœur et les entrailles de l'a- 
mante royale, fut le premier que détrui- 
sit à Jumièges la fureur révolutionnaire: 
les débris en furent disperses, et le 
marbre qui les couvrait sert aujour- 
d'hui de nerron à un bàlimeutde la rue 
Saint-Maur, a Rouen. 

Dans le moment que je visitai les rui- 
nes de Jumièges (le 28 juillet 1835), je 
trouvai un jeune artiste de l'iris 
M. All?gré, occupé à les [dessiner; sur nia 
demande il voulut bien me monder les 
dessins qu'il en avait déjà faits. Je les 
trouvai parfaits, et je suis certain qu'a- 
près ceux de M. Langlois, sur ce sujet, 
ce sont ceux qui offrent le plus de vé- 
rité. C'est un hommage que je me plais 
à rendre à ce jeune artiste , qui donne 
les plus belles espérances. 

A gauche et en face Jumièges sont 
les 

Marais de la Harel, entourés d'ar- 
bres et d'une belle végétation. 

Ici le fleuve décrit une courbe très 
considérable, et coule entre deux fo- 
rêts qui bornent l'horizon. Bientôt nous 
commençons à apercevoir la 

Mailleraie, bourg où se trouvent les 
premiers chantiers de construction na- 
vale qu'on rencontre depuis Rouen. 

A l'eitrémité de ce bourg se trouve 
le 

Château de la Mailler me, dont les 
terrasses élevées et les constructions ir- 
régutières sont parallèles au cours de la 
Seine. Ce joli cas!el, qui appartient . 
aujourd'hui à madame la marquise 
douairière de Mortemart.aété habité par 
mademo s»lle de la Vallière, à cet âge 
heureux où, pour la première fois, fon 
cœur s'ouvrit à l'amour. Apercevez- 
vous au nord-ouest de celle vaste habi- 
tation une 

' o'onne iJemar'rc s'élever du milieu 
d'un parterre? C'est un monument éle- 
vé par l'ancienne et honorable proprié- 
taire (Madame la marquise de Nagu ), 
pour perpétuer 1 ■ souvenir d'une visite 
de madame la duchesse de Béni, en 
1824. 



En quittant le parc de la Mailleraie, 
nous découvrons en un instant le 

Clocher de Blicquetuit, et bientôt la 
rive gauche ne présente plus que des 
prairies sans fin, bornées à l'extrême 
horizon par les premiers plants de la 
forêt de Biotonne; à droite, la forêt 
du Trait s'est rapprochée du littoral. 

Après un léger détour nous décou- 
vrons 

Caudebec , placé entre deux coteaux 
élevés, au débouché d'une vallée très 
agréable qu'arrosent plusieurs gros 
ruisseaux. Dans son port on j eut dé- 
charger, de haute marée, des navires de 
150 tonneaux. Le célèbre Vernet. pein- 
tre maiitime et assez bon juge en celle 
partie, re ; ardail le point de vue pris 
du quai de Caudeb c , comme l'un 
des plus beaux qui existent en„France, 
par l'ellipse parallèle que décrit la 
Seine au dessus et au dessous de ce 
point. 

A quelque dislance de Caudebec, en 
suivant toujours les bords de la Seine, 
la vue s'arrèle fur un 

Vallon d'un aspect sauvage : c'est là 
que gisent les 

Jiuines du monastère de Fonlenelle. 
Cette abbaye, dans les temps les plus 
reculés, a compté jusqu'à trois cents 
religieux. C'est dans son enceinte que 
Théodore, fils de Childérie, dernier roi 
de France de la dj nastie mérovingienne, 
termina ses jours. Ecole de beaux arts 
et de science, tout cela se trouvait à 
Fonlenelle avant que le relâchement de 
la discipline monastique, l'oubli des 
mœurs, qui en fut la suite, la soir des 
honneurs, des titres et des privilèges 
eurent remplacé la ferveur exemplaire 
et la vie simple et laborieuse des reli- 
gieux des premiers temps. 

Du même côté ciue Caudebec, et un 
peu plus bas est 

Villequier, petit village où e?t la 
Première station Au pilotage de la 
Seine, entre ,'touen et le Havre. Les 
pilotes de Villequier sont au nombre de 
trente-neuf maures, avec ui e liste sup- 
plémentaire de pilotes apprentis; leur 
ministère se borne à conduire les bâii- 
mens autres que les pelits caboteurs 
de la rivière, depuis Villequier jusqu'à 
la Mai leraie. Au delà de ce point la na- 
vigation ne présente plus de danger. 

A l'ouest de Villequier s'élèvent des 
chantiers de construction pour les bâ- 



84 



GUIDE 



thnens d'un petit tonnage. Un peu au 
dessous de ce village, apercevez-vous 
une grosse roche dans le fleuve ? c'est 
la 

Pierre du poirier, où finit le minis- 
tère des pilotes de Villequier et com- 
mence celui des pilotes de Quilleboeuf. 

Du côté opposé à Villequier, et un 
peu plus bas, est le hameau de la 

Vaqueri-, placé dans une position 
fort agréable, et où se fabriquent des 
fromages carrés renommés dans le pays 
même, mais peu connus au delà d'un 
rayon d'une lieue. 

Après avoir parcouru un détour assez 
considérable, nous découvrons à droite 

Norville, village assez pittoresque et 
entouré de prairies. 

Plus bas s'élève le 

Ch tenu de Saint-Maurice-d'Eter- 
lan, et plus bas encore l'église du vil- 
lage du même nom ; enfin celle de 

Petite-Ville, 

jézier et le 

Vieux-Port sont situés à notre gau- 
che, le premier vis-à-vis 

Saint-Maurice , le second vis-à-vis 
Petite- Ville. C'est en face de ce dernier 
endroit que commencent les nombreux 

Bancs de sable, que nous remarquons 
lors de la basse mer, et qui s'étendent 
jusqu'à Honfleur. Ces bancs, qui font le 
désespoir des marins, sont distingués 
en 

Bancs ripuaires, ou qui tiennent an 
rivage, tels sont ceux de Fiquefleur, du 
Tôt, d'Azier, et en 

Bancs médiostaires, ou qui occupent 
différens points du milieu de la Seine, 
et qui ne tiennent pas à terre : tels sont 
ceux de R^tier, d'Honfleur, de Quille- 
boeuf, de Tancarville, etc. 

Les bancs de la première espèce doi- 
vent leur formation à un banc tourbeux 
qui retient le sable apporté par les cou- 
rans ; quant à ceux de la dernière es- 
pèce, ils sont formés par le caprice de 
l'eau. Les premiers , bien qu'ils of- 
frent une certaine résistance à la force 
des courans, sont souvent détruits en 
peu de jours, sans qu'il en reste le 
moindre vestige; les seconds étant tout- 
à-fait mobiles, changent de place et de 
forme d'une marée à l'autre, et ren- 
dent par ce moyen la navigation non- 
seulement dilficile, mais fort dange- 
reuse. 

Maintenant que nOus avons une idée 



de la formation des bancs de sable, re- 
prenons nos descriptions. Après Saint- 
Maurice nous apercevons à notre gau- 
che, sur un coteau boisé, 

Quilleboeuf, si connu et si redouté 
par les navigateurs. Cette petite ville 
n'a point de port , mais seulement un 
très beau quai contre lequel viennent se 
ranger les navires auxquels l'eau ou le 
vent manquent, soit pour descendre la 
Seine jusqu'au Havre ou jusqu'à la mer, 
soit pour la remonter jusqu'à Rouen. 

Quatre-vingt-dix-neuf pilotes sont 
attachés au port de Quilleboeuf et à 
toute la partie du fleuve qui s'étend de- 
puis la pierre du Poirier, jusqu'à son 
embouchure. L' 

Eglise de Quilleboeuf est située h 
l'angle formé par le quai et l'ouverture 
de la Lagune: c'est un bâtiment assez 
bien construit, mais qui n'est ni d'un 
style remarquable , ni d'une grande 
étendue. Quant aux 

Environs de Quillebœuf, dont je dois 
vous dire un mot, ils sont fort jolis ; de 
la 

Plaine de Saint-Aubin , la vue est 
magnifique. Au nord et au levant , on 
voit les côtes du pays de Caux qui 
tournent circulairement autour de la 
Seine, et lui offrent un bassin dont le 
moindre diamètre est d'une lieue. Au 
midi et un peu au couchant , d'autres 
coteaux plus élevés, en regard desquels 
la campagne de Saint-Aubin forme une 
vallée, prosentent une anse ren'ermant 
des marais et des terrains cultivés en 
jardirages, pour l'approvisionnement 
des villes de Pont-Audemer et de 
Quilleboeuf. Derrière ces coteaux, plu- 
sieurs autres s'avançant davantage vers 
la mer, forment une chaîne de coteaux. 
A l'extrémité des côtes du pays de 
Caux, où se trouve la ville du Havre, 
on voit la voûte azurée se confondre à 
l'horizon avec la nier. 

La nature, dans tous ces parages , est 
riante et animée, et tout y semble réuni 
pour fixer l'attention : mais rien n'est 
plus digne d'admiration que l'aspect 
imposant de la 

Barre, qui, s'avançant par un mur- 
mure dont elle est précédée de quatre 
à cinq lieues, et qui , parcourant avec 
rapidité des espaces considérables, 
brise et emporte tout ce qui gêne sa 
marche , engloutit les navires échoués 
qui n'ont pu trouver dans le portun re- 



DU VOYAGEUil EN EUROPE. 



8â 



fuge contre ses fureurs , déracine les 
arbres, détruit les digues, renverse les 
murs et vient frapper avec une vio- 
lence ef rayante les quais qui en sont 
souvent ébranlés. 5a niasse, quelque- 
fois de douze à quinze pieds d'élévation, 
roulant devant elle et le sable et diffé- 
rens débris des rivages du fleuve dont 
elle repousse les eauv, établit des cou- 
rans auxquels rien ne peut résister dans 
la première heure de la marée mon- 
tante ; et , à ce tumulte étonnant, suc- 
cède un calme qui s'étend jusqu'à 
l'àme. Plus de courant dans la rivière, 
plus de mugissement dansl'almosphère. 
Bientôt le nombre prodigieux de 
navires dont le fleuve est couvert, vient 
occuper l'attention et compléter cette 
scène variée, d'une manière plus ou 
moins intéressante. 

Du côté opposé à Quillebœut et en 
face , est 

Lillebonne, petite ville située au mi- 
lieu d'un vallon fort agréable, et ren- 
fermant une grande quantité de 

Ruines romaines, paifaitement con- 
servées. On ne saurait creuser la terre 
à Lillebonne sans trouver des fonda- 
tions, des médailles, des débris de toute 
espèce. En descendant la vallé ■ vers le 
Ménil, un vaste emplacement à droite 
et à gauche du chemin est tout rempli 
d'urnes, de vases, pour la plupart en 
verre , et de sculptures romaines. En 
remontant le vallon opposé, un 

Aqueduc, qui allait chercher l'eau à 
plus d'une denii-lieuede la ville, existe 
encore par portions aliénâmes au vil- 
lage; enfin se voient les importantes 

Huines d'un théâtre romain, dont la 
scène présente environ cent vingt-trois 
pieds d'ouverture. Ce théâtre est con- 
struit en tuf 1res léger. Ses pierres sont 
très petites el carrées par leur face 
extérieure; le parement du morier a 
été fait de manière à laisser une grande 
rainure entre elles, après un certain 
nombre d'assises de grandes briques 
assez dures. 

La scène et les décorations étaient 
probablement de bois , car on n'y dé- 
couvre aucun vestige même de fonda- 
tions; des deux côtés sont de grandes 
chambres ou coulisses : celle de l'est a 
trente-huit pieds de large dans œuvre , 
sur cinquante-sept de long; les murs 
ont environ quatre pieds d'épaisseur. 
Derrière cet appartement , après une 



muraille de six pieds d'épaisseur, on 
trouve un cabinet ou couloir de trente- 
huit pieds de large sur neuf de longueur, 
sans communication avec le premier. 
La distribution, et à peu de chose 
près les dimensions , sont les mêmes de 
l'autre côlé. 

De chaque côté, après 1rs apparte- 
nons dont je viens de parler, sont des 
espèces de vomitoires conduisant des 
galeries extérieures dans le rez-de- 
chaussée. Celui de l'ouest a environ 
trente-neuf pieds de large ; celui de 
l'est n'en a que dix-huit à vingt. Vient 
ensuite l'emplacement semi-circulaire 
des gradins dont les revêlemens n'exis- 
tent plus. 

A l'ouest, une galerie avec vomitoire, 
règne autour d s gradins et se prolon- 
geait infailliblement autrefois tout au- 
tour de cet édifice. Cette galerie a 
quinze pieds de longueur ; ses murs, 
dans lesquels on remarque des assises 
de briques , sont beaucoup plus rappro- 
chés, et soutenus de place en place par 
des arcs-boulans de trois pieds sur 
quatre, faisant saillie dans l'intérieur 
de la galerie. 

Telle est, en peu de mots, la compo- 
sition et la distribution de ce théâtre, 
que je conseille aux amateurs d'anti- 
quités de visiter, et surlout le vieux 

Ch iteau que vous apercevez à l'est , 
ancien manoir de Guillaumc-le-Con- 
quérant , qui l'appelait son palais ducal. 
Quant à la 

Population de Lillebonne , elle se 
compose de moins de mille habitans, 
répartis dans deux cents feux , et qui 
appartiennent presque sans exception 
à la classe industrielle ou ouvrière. 

Du même côlé de Lillebonne, et après 
un détour assez considérable, nous dé- 
couvrons 

Tancarville , vieux manoir en ruine, 
dont la masse grise se dessine sur le 
fond sombre d'une colline boisée. Tan- 
carville , aulrefois domaine seigneurial 
d'une des branches de la maison de 
Montmorency, appartient aujourd'hui 
à madame la maréchale Suchet. Les 
débris de ce vieux château datent en 
partie des temps féodaux , en partie 
du siècle dernier ; mai9 les monu- 
mens de son premier âge sont restés 
plus intacts que ceux de sa deuxième 
époque ; les constructions en pierre 
étant les seules que la deitruction n'ait 






% 



a« 



GUIDE 



point atteintes. C'est, dit-on, dans ce 
château que M. Lebrun a composé sa 
belle tragédie de Marie Sluart. 

Du côté opposé, s'avance dans la 
Seine le 

Cap de la Roque. Plus loin s'éten- 
dent les 

Prairies de Saint-Samson, traversées 
par la 

Mille, petite rivière qui vient se jeter 
dans la Seine en cet endroit , après un 
cours d'une trentaine de lieues qui 
n'est naugable aux caboteurs de la 
Se. ne que jusqu'au dessous de Pont- 
Audemer. 

A une faible distance de l'embou- 
chure de celte rivière, de l'autre côté 
des prairies de Saint-Samson , s'élève 

Bertille , d'un aspect moins sauvage 
que la pointe de la Roque. 

Ici le fleuve est très large; on ne dis- 
lingue que confusément les objets de la 
rive opposée, et c'est avec peine que 
nous apercevons le 

Chiteau d'Orcker, qui domine la 
dernière chaîne des falaises qui termi- 
nent vers la Seine le plateau entre 
Bolbec et Harfleur. 

Le coteau sur lequel est assis ce châ- 
teau, offre dans ses mousses incrustées 
un aliment à l'attention de l'observa- 
teur. Les eaux très sélénileuses qui 
s'échappent à travers la pierre calcaire, 
chargent de leurs dépôts et revêtent 
d'une croule assez solide les substances 
diverses sur lesquelles on les voit cou- 
ler : elles leur impriment des formes très 
variées par les incrustations qui se suc- 
cèdent chaque année. 

Du côté où notre navire s'avance , 
nous ne tarderons pas à longer Saint- 
Sauveur et 

Honjleur, d'où nous dirigeons le cap 
vers le 

Havre, qui est le terme de notre na- 
vigation. 

Le Havre , charmante ville! 

Elle fut mon berceau , n'ouï climat , sol fertile, 
D'aimables habitans; un si te J ah I quel tableaul 
Après Constantinbple , il n'est rien de plus beau, 
f Casimir Del*vio\b. ) 

Aperçu général du Havre. — Celle 
ville, qui est située au bord de l'Océan, 
sur la rive droite de la Seine, et à l'em- 
bouchure de ce fleuve , est assez bien 
bâtie. Ses rues sont droites et assez lar- 
ges; la plus belle est celle de Paris. 
Elle traverse la ville du nord au midi , 



et aboutit aux quais d'où l'on aperçoit 
au loin la mer. 

Le Havre possède vingt fontaines pu- 
bliques, neuf quais, trois superbes 
bassins séparés les uns des autres et 
de l'avant-port par quatre écluses , 
deu\ églises , une salle de spectacle, 
un établissement de bains, enfin une 
bourse lort mesquine. 

Historique. — La ville du Havre n'est 
pas ancienne ; elle était fort peu de 
chose vers le milieu du xv e siècle. Ses 
fortifications consistaient alors en deux 
tours, qui lurent emportées de vive orce 
par les Anglais, sous le règne de Char- 
les VII. En 1309, Louis XII les fil aug- 
menter ; mais c'est à François I er que 
celte ville est redevable des premiers 
dévelopi eniens de sa splendeur mari- 
lime. Sous Henri II , son enceinte fut 
agrandie ; ma s on ne comprit loute son 
importance qu'à l'époque où le prince 
de Comlé la livra à 1 Angleterre. En 
1553 , le Havre fut repris, et ses fortifi- 
cations furent augmentées. En 1694 , 
les Anglais bombardèrent celte ville 
sans y causer de grands dommages. 

Débarquement et séjour. 

Nous voilà dans le port , quittons 
notre navire et allons "prendre gîte à 
1' 

Hôtel de l'Europe, comme étant ce- 
lui où on est le mieux. 

Promenade dans le Havre. 

Maintenant que nous sommes pourvus 
d'un logement, laissons pour un instant 
l'enceinte de la ville ; allons jouir de 
la 

Vue de la mer à la 

Jetée du no;-rf.Un plus imposant spec- 
tacle ne pourrait être offert à nos re- 
gards; cet aspect inspire des pensées 
élevées , de nobles motifs de méditation. 
La surface de l'Océan, d'une extrême 
mobilité, offre des vues singulièrement 
variées : elles sont quelquefois belles et 
majestueuses , quelquefois aussi horri- 
bles et épouvantables. 

Pour nous rendre à la Jetée du nord, ■ 
nous allons prendre la 

Forte du Perré , située à côté de 1' 

Hotel-de-Ville, Après avoir franchi 
cette porte , nous trouvons à gauche 
le 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



87 



Goulet ou Passe du Port, qui se ter- 
mine à la 

Tour de François I", où il prend 
le nom d' 

rivant-Port. Cetle passs est formée , 
du côté où nous sommes placés, par la 
Jelée du nord , qui s'aia ice en mer à 
une distance décent toises de la tour 
de Fiancois 1 er , et à 1 opposite par la 
Jt. têe du sud-est. 

Plaçons-nous maintenant à l'extré- 
mité de la jetée, et examinons le spec- 
tacle que présente la 

Manche. Jetons nos regards sur 
cette masse de liquide : voyez, elle est 
couverte de bâlinicns ; en voilà qui cin- 
glent avec rapidité vers des contrées 
éloignées , et d'autres qui se dirigent 
vers le port. Apercevez-vous dans le 
lointain celte fumée s'élever clans l'at- 
mosphère ? C'est un bateau à vapeur 
qui vient d'Angleterre. Voyez- vous 
près du rivage des points grisâtres? Ce 
sont des 

Barques de pêcheurs, qui naviguent 
soit à la voile, soit à la rame. Examinez 
maintenant la mer avec beaucoup d'at- 
tention, mais surtout les bords; vous 
voyez , elle baisse et laisse à découvert 
une mullilude de pierres et de bancs 
de sable; c'est cet état qu'on désigne 
sous le nom de 

Basse-mer. Les bâtimens que vous 
avez vus se diriger vers le port, jettent 
l'ancre et se dispersent çà et là sur la 
rade, en attendant qu'ils puissent entrer 
au lieu de leur destination. 

Tel est le spectacle que présente la 
merpar un temps calme; mais lorsqu'elle 
devient furieuse, tout change de face ; 
le tableau le plus sinistre s'offre à nos 
yeux: c'est ce tableau qu ou appelle 
une 

Tempête , et dont je veux essayer 
l'esquisse. Jusqu'ici tout est calme , la 
mer est parfaitement unie ; mais bientôt 
les dois commencent à se soulever et à 
s'agiter, un bruit sourd et lointain se 
fait entendre. L'horizon disparaît pro- 
gressivement sous de gros nuages , le 
vint souille d'abord modérément, puis 
ensuite avec une extrême violence, Tout 
alors concourt à remplir d'épouvante; 
des nuages d'une couleur sinistre sont 
chassés avec impétuosité dans l'e-paee, 
les vagues blanchissent la mer d'écume ; 
elles se succèdent tantôt lentement, 
tantôt avec une extrême rapidité ; il 



s'en élève un bruissement d'une affreuse 
monotonie. L'horizon semble se con- 
fondre avec la mer, on y aperçoit des 
flots qui se soulèvent, puis ensuite ils 
sont engloutis et sans cesse remplacés 
par d'autres. 

Sous ce ciel rigoureux, sur cette mer 
furieuse, ces vagues écumantes, voyez- 
vous ces 

Oiseaux aquatiques qui , contre les 
efforts de la tempête, sllonnenl l'air 
comme par un beau jour, en taisant 
entendre des sons rauques , plaintifs, 
exprimant plutôt la souffrance que le 
bien-être ? Mais quel est ce 

Canon qui se fait entendre non loin 
des récifs do la Hève ? C'est un bâti- 
ment qui demande du secours. Voyez, 
on ne voit plus que l'extrémité de ses 
mâts , il lutte contre la fureur des va- 
gues ; à ce signal, tout le monde se porte 
en foule vers le lieu de détresse , n ais 
hélas ! tout a disparu !.. et les corps des 
malheureux nautonniers arrivent au ri- 
vage, mutilés et privés de vie ! 

A cetle scène d'épouvante et de dé- 
sastre, succède bientôt le 

Bi au temps , et la mer reprend son 
même calme. 

Si , faligué de ce spectacle, votre vue 
cherche des objets d'un aspect moiii9 
sévère, jetez vos regards au midi; là 
vous apercevez les 

Côtes de la Busse-Normandie , dont 
les bords agrestes forment un des 
côlés de l'embouchure de la Seine. Au 
nord, vous apercevez d'abord les 

Cabanes des bains de mer, et ensuite 
la 

Ilève , au-dessus de laquelle sont 
deux 

Phares; non loin de là le charmant 
village de 

Sainte- Adresse , situé dans un petit 
vallon; enfui la 

( 'nie d'Ingouville, couverte de belles 
habitations, et sur le prolongement de 
cetle même côte, la 

Vieille Abbaye de Grouille, jadis 
Occupée par des Génovéfains. 

A l'orient, la 

Tour de François I" et le 
Port du Havre, surmonté d'une forêt 
de mâts. 

Maintenant que votre première cu- 
riosité est satisfaite, nous allons visiter 
les 

Quais et les 



88 



GUIDE 



Bassins, car après la jetée du nord , 
c'est ce qu'il y a de plus intéressant à 
voir. Que de variétés d'objets s'offrent 
ici à notre vue ! Près de nous sont 
des navires de toute grandeur , dont la 
vue ne peut se rassasier ; à nos pieds 
sont des tentes renfermant de riches 
cargaisons; plus loin sont éparses çà et 
là des marchandises des régions éloi- 
gnées; à côté sont des machines d'une 
forme étrangère et d'un emploi in- 
connu. 

Voyez à bord de ce bâtiment quel 
mouvement parmi les hommes qui le 
montent; les uns hissent des mais , des 
voiles; les autres disposent les cordages: 
On 

appareille , et le départ est pro- 
chain. Si vous voulez jouir de ce specta- 
cle , il faut vous rendre à l'instant delà 
marée près du 

Bassin de la Barre, qui est l'endroit 
où sont ordinairement rangés les navi- 
res qui doivent partir. L'heure de par- 
tir étant enfin arrivée, on ouvre la porte 
qui sépare le bassin du port ; ses voi- 
les sont déjà tendues, il sort majestueu- 
sement et cingle vers le lieu de sa des- 
tination : alors le marin jetle un dernier 
regard sur le sol natal, en songeant aux 
êtres qu'il chérit, consolé par l'espoir 
d'y revenir. 

Ma'nlenant que nous avons vu la mer, 
visité les quais et les bassins, contem- 
plé l'arrivée et le départ des bâiiwens, 
nous allons parcourir 1' 

Intérieur de la Paille pour y exami- 
ner les divers monumens qu'elle ren- 
ferme. Commençons d'abord par la 

Douane qui est à côté de nous, la- 
quelle n'a de remarquable que son in- 
térieur. De là, nous gagnons la 

/lue de Paris, où, vers son milieu et 
à droite, nous trouvons 1' 

Eglise Notre-Dame, dont les fonda- 
lions ont été jetées en 1886. Cette 
église est bâtie en forme de croix, dans 
le style de l'architecture florentine ou 
de la renaissance . mélange bizarre de 
l'antique et du gothique. La longueur 
du vaisseau est de quatre-vingts mètres; 
sa voûte est soutenue par viniîl arcades 
en plein cintre , entre le développe- 
ment desquels pendaient autrefois des 
culs-de-lampe maintenant abattus. 

Le9 balustres culs-de-lampes des croi- 
sillons de son portail, comme ceux de la 
galerie extérieure qui ceint l'église de 



Caudebec, sont formés de lettre' décou- 
dées, dont l'assemblage donne les pre- 
miers mots du Pater et de X Ave. Ce 
portail offre un mélange d'ionique et 
de gothique. 

Attenant à l'église est le 

3/arché-uux-jleurs qui est fort mé- 
diocre. Plus loin et du même côté est 
le 

Marché, en tête duquel nous remar- 
quons le 

Prétoire, bâtiment d'un beau style, 
renfermant la 

Bibliothèque, riche d'environ 13,000 
volumes. Du côté opposé est le 

Bureau des Messageries Boyales , 
enfin vient après le 

Bassin d'Ingouviile, en face duquel 
est la 

Salle de Spectacle. Cette salle, qui a 
été commencée en 1817, n'a de remar- 
quable que sa belle position. Placé aux 
fenêtres du foyer, on aperçoit plusieurs 
bassins couverts de navires , la porte 
Royale et les coteaux, d'un aspect très 
pittoresque. 

Voilà, cher lecteur, à peu près tout ce 
que le Havie renferme de curieux eu 
fait de monumens et édifices; il ne me 
reste plus maintenant qu'à vous faire 
voir ses environs, puis ensuite Honfleur, 
car c'est une promenade que vous ne 
pouvez pas vous refuser. 

Promenade aux environs du Havre. 

Le parc aux huîtres , ln^ouville , les 
Phares de la Hèvc, Honfleur, tels sont 
les lieux que nous allons visiter dans 
celle promenade. Le 

Parc aux Huîtres est situé au pied 
des restes d'une citadelle que Louis XIV 
fit élever par le célèbre Vauban, et qui 
fut démolie sous Louis XV. A l'entrée 
du parc est un 

Superbe Instaurant, où les visiteurs 
ont l'habitude de manger les délicieux 
mollusques. Au milieu d'un agréable 
jardin , traversé par une foule d'allées 
plantées d'arbres et de fleurs , sont 
deux 

Bassins, dans lesquels sont disposés 
en confusion les coquillages A voir 
l'eau verdâlre de ces bassins, vous pour- 
riez croire qu'elle doit leur communi- 
quer une mauvaise qualité* pas du tout, 
elle leur donne au contraire une saveur 
plus agréable. Cette 

Colorisation de l'eau et de Vhuilre 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



89 



n'est pas due à sa stagnation comme 
vous pourriez le croire, mais bien à 
une grande quantité ô'animfllcules verts 
microscopiques du genre vibrion de 
Muler et navicules de 15 or y de Saint- 
Vincent. Ces animalcules , qui sont en 
très grand nombre dans ces bassins , 
forment au fond du parc et sur le co- 
quillage des huîtres des globules d'un 
vert émeraude foncé. L'eff. t colorant 
de cet animalcule a lieu parla nutrition; 
l'huître les absorbe avec l'eau qu'elle 
hume et dont elle se renaît. Outre la 
couleur, ces animalcules communiquent 
aux huîtres un goût styptique et piquant 
qui les lait rechercher par lesgaslro- 
nomes. Ces deux qualités s'augmentent 
d'au tant que le séjour des huîtres se pro- 
longe dans le parc en verdure fans re- 
nouvellement de l'eau qu'il renferme : 
lorsque le renouvellement a lieu fré- 
quemment, l'huître perd peu à peu 
celte intensité de nuance verte, et re- 
prend au bout d'un certain temps sa 
couleur naturelle. 

Du Parc aux huîtres , allons visiter 
maintenant 

lngouville\\\ petit bourg qui n'est 
séparé du Havre que par ses fortifica- 
tions et dont la population s'élève à en- 
viron cinq ou six mille habitans, parmi 
lesquels sont beaucoup d'Anglais. La 
pin sionomie de ce bourg est toute mo- 
derne et d'un aspect fort agréable. 

Si maintenant vous voulez jouir d'un 
beau spectacle, gravissez la 

Côte d'Iugouville\\\ qui nous fait 
face, là sont 

Des ombroge9 , des jardins rians, 

Il'éli'-fians pavillons, des bosquets verdnyans 
Oll'runt à L'oeil épris des beautés poétiques : 
Lariviinllies , berceaux , vergers, temples , portiques , 
ltoehers, où l'ooéan voit expirer ses flots , 
Feux Lrillansde La ilève , espoir des matelots. 

Du haut de cette côte vous apercevez 
successivement la mer, l'embouchure 
de la Seine , les rivages de la Basse- 
Normandie, les vallées de l'Eure et de 
Gi avilie , Ingouville et le Havre. Des 
plaines d'une immense étendue présen- 
tent les plus heureux travaux cham- 
pêtres. 

Tel? sont en peu de mots les divers 
tableaux qui s'offrent à voire vue du 
haut de la côte d'Ingouville. Gagnons 
maintenant les 

Phares de La li'we , en prenant le 
village de 



Sainte-Adresse. Là va s'en présenter 
d'autres à voire vue d'une nature toule 
différente et digne de fixer votre atten- 
tion. Après avoir descendu et gravi 
une 

Petite Cote , nous découvrons les 
Phares. 

Doux feux, qui protégez et Tliémis et la Seine , 
Sûrs et bi illans rivaux des deux frères d'Iièlètie ; 
Pliures , je vous salue; Assurez à jamais 
Le commerre opulent de 1 heureuse iVellstrie ; 

Fixez dans ma patrie 
L'aboudance , les ails, tous les fruits de la paix. 
(fllom.EXT, ) 

La construction de ces phares fut 
ordonnée par Louis XY, en 1773, pour 
guider les bâlimens vers le Havre, et 
les préserver des écueils du cap sur le- 
quel ils sont édifiés. La mer, \ue de 
l'extrémité de ce cap, paraît d'une im- 
mense étendue; elle offre quelque chose 
d'indéfinissable qui donne l'idée d'un 
être suprême. Là, tout est aperçu sous 
un aspect grand et majestueux. Du le- 
vant, les 3 eux distinguent une longue 
suile de montagnes bleuâtres , au pied 
desquelles la Seiue étend sou cours 
sinueux. 
En approchant du 

Bord de la Falaise, il est impossible 
de considérer sans émotion la pro'on- 
deur de l'abîme qui esl près du roc; et 
les énormes 

Rochers détachés du Cap, gisant çà 
et là sur le rivage. C'est parmi ces ro- 
ches nombreuses que les pêcheurs, à la 
ba'se mer, viennent à la recherche des 
étrilles , des crabes et de- crevettes. 

Quelquefois un ciel chargé de vapeurs 
fait apparaître ce qui environne , sous 
des formes indéterminées , comme ces 
objets fantastiques qu'on voit dans les 
songes. 

En ce lieu, la tempête semble exer- 
cer de plus grands ravages qu'ailleurs. 
Son bruit sinistre résonne dans le3 
rochers avec un fracas horrible. La 
grève est blanchie des vagues furieuses; 
parfois la sensibilité est vivement émue 
en apercevant, au milieu de cet épou- 
vantable désordre, des bâlimens voguant 
au gré de l'ouragan. 

La vue du cap de la Hève présage au 
nautonnier en butte à toule la violence 
des vents, lacessalion de ses souffrances; 
elle répand aussi la consolation dans 
l'âme du vieux matelot qui revient dans 
sa patrie après une longue absence. 
Après avoir joui du coup-d'œil que 



90 



GUIDE 






présente le cap de la Hève nous allons 
visiter 

Harjleur, petite ville fort heureuse- 
ment située sur les bords de la Stine, 
au milieu d'une agréable vallée , à l'em- 
bouchure de la Lézarde. 

Cette ville , qui n'offre à l'intérieur 
que des ruines, des fortifications con- 
sidérables et en dedans qu'un triste 
abandon, fut jadis forte, populeuse, 
commerçante; «on port reçut des flots 
de diverses nations de l'univers ; il est 
devenu une prairie dans laquelle les 
troupeaux paissent, et où chaque année 
se lient une foire ; singulière destinée 
des travaux des hommes. 

Après avoir visité l'intérieur de la 
ville et particulièrement l'église, dont 
le clocher offre de beaux détails d'ar- 
chitecture gothique , nous a'ions re- 
joindre Ia^Hève où nous alloi;s prendre 
le bateau à vapeur pour visiter 

Honfleur. 



Cité paisible, inconnue , ignorée , 

Que les beaux arts n'ont jamais illustrée. 

Voyage à Honfleur. 
Dislance à parcourir : 2 lieues. 
Durée de la traversée : demi-heure. 

Bateaux affectés à ce service. 

Trois bateaux à vapeur stationnant 
près la douane , font le trajet journalier 
du Havre à Honfleur savoir : le 

ftouennais , le 

Français , le 

Havrais, tous Irois d'une marche assez 
avantageuse. Le 

Prix des places à bord de chaque ba- 
teau est fixé à 50 cenlimes. 

Embarquement et départ. 

Déjà la cloche s'est fait entendre, les 
passagers arrivent en foule de tous les 
côlés, et bientôt nous allons quitter le 
port et gagner le large , en passant suc- 
cessivement devant la tour de François 
I", et la jetée du Sud-Est , au bout de 
laquelle nous commençons à diriger le 
cap vers Honfleur en laissant le Havre à 
notre gauche et derrière nous. Pendant 
que nous longeons les bords du fleuve , 
jetons un coup d'oeil sur celle ville 
dont l'aspect d'ici est des plus agréables. 
Flus loin noire vue s'arrête sur Har- 
fleur, dont le clocher s'élève majes- 
tueusement au - dessus de la vallée. En 
face sont les 

Terrasses de Gonfreviile d'Orcher% 



lieu de rendez-vous des Havrais pen- 
dant la belle saison. Par suite de notre 
navigation, tous les objets de ce côté du 
fleuve disparaissent en partie à notre 
vue et bientôt nous n'apercevons plus 
que les 

Bàtimens qui remontent ou descen- 
dent le cours de ta Seine. A mesure que 
nous approchons de la rive oppo-ée, 
l'œil est enchanté à l'aspect des coleaux 
agrestes et à celui plus intéressant des 
lieux couverts d'abondantes moissons. 

Honfleur, dont la vue nous était dé- 
robée par la montagne de Grâce, qui se 
découvre tout-à-coup, par la bizarrerie 
de quelques unes de ses constructions, 
reporte la pensée vers le te.ips de la' 
féodalité , où l'on songeait plutôt à se 
mettre a l'abri d'une attaque qu'à éta- 
ler l'eléganle décoration de l'architec- 
ture grecque. 

Débarquement et promenade. 
Nous voici enfin arrivés au terme de 
notre voyage ; quittons notre navire ; 
laissons de côté la ville d'Honfleur, qui 
n'offre rien de curieux, et allons parcou- 
rir ses environs qui sont fort jolis. 

Environs de Honfleur. 
Excursion à la côte de Grâce. 
Dislance à parcourir : un quart de lieue. 

« Le botaniste et le peintre trouvent éga- 
lement à s'y occuper agréablement. » 

Dans celte excursion, nous allons vi- 
siter successivement le Calvaire et la 
chapelle de Noire - Dame - de - Grâce. 
Départ. 

C'est au sommet de celte élévation et 
au milieu d'un bosquet d'arbres qui 
forment d'agréables avenues , qu'est le 

Calvaire. Un peu plus loin et dans 
le même ombrage est la 

Chapelle de Notre-Dame-de-Grâce , 
l'une des madones les plus vénérées dé 
tous les marins de la Manche, ainsi 
qu'en témoignent de nombreux tableaux 
et des offrandes de toute nalure 
suspendus dans le petit temple. A quel' 
que heure que nous visitions le sanc- 
tuaire de Notre - Dame - de - Grâce 
il est rare qu'on n'y trouve pas quelque' 
ieinme du peuple en piière. 

En sortant de ce lieu de recueillement 
nous allons nous rendre sur le penchant 
de la montagne du côté de la Seine, afin 
d'y jouir d'un 



fe»tà 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



91 



Beau point de vue — La côte d'Ingou- 
villenousa offert un magnifique point de 
vue ; celui que nous avons ici ne lui cède 
en rien. Pour mieux en jouir, pienons 
le point le plus élevé. Portons d'abord 
nos regards de l'autre côté du fleuve; 
en face de nous paraît le Havre et les 
nombreuses raâturi s des vaisseaux qui 
sont mouillés dans son port et ses bas- 
sins. L'œil , en suivant les bords de la 
la mer, du côté du nord, y découvre 
successiiement la jetée et dans le loin- 
tain les deux phares et le village de 
Sainte-Adresse. Plus près et au dessus 
du Havre se déploie le riche coteau d'In- 
gouville parsemé de charmantes habi- 
tations. Si nous abaissons notre vue , 
le fleuve vient à son tour nous présenter 
son tableau ; si c'est dans le moment de 
la marée , nous découvrons une foule 
de bâlimens qui le remontent ou le 
descendent, parés de toute leur voi- 
lure, fendant l'onde avec une rapidilé 
étonnante. La mer est-elle basse ou 
calme , tout chsnge de face} les nom- 
breux bàtimens qui naguère sillonnaient 
le fleuve avec tant de rapidilé, ont 
amené leurs voiles, et l'ancre les retient 
captifs jusqu'à la marée suivante , où 
le même tableau vient se renouveler. 

Retour à Honfleur et au navre. 

Maintenant que nous avons vu le Cal- 
vaire , la chapelle et la côte de Grâce , 
et oui du beau point de vue qu'elle 
nous offre , nous allons nous rendre sur 
le port et de là dans un café où nous 
attendrons l'heure du départ du bateau, 
qui est toujours fixé au retour de la 
marée. 

L'heure de la marée étant enfin arri- 
vée, il fautnous embarquer, et comme 
nous avons tout vu dans notre première 
traversée . nous allons desrendre dans 
la chambre et prêter l'oreille au chant 
des musiciens qui suivent le bateau dans 
ses divers voyages. 

De Paris au Havre. 

(Voyez de Paris à Rouen et de Rouen au 
Havre.) 

De Paris à Calais. 

Hôtels recommandés. — Chantilly. — 
Hôtel de Bourbon-Condè. Cet hôtel, 



qui est situé près la porte et les pro- 
menades, est un des meilleurs de la 
ville ; on y trouve des appartemens 
nombreux , bien meublés , et surtout 
une bonne cuisine. 

Boulogne. — Hôtel du Nord, tenu 
par M. Muhlberque. Cet hôtel, qui est 
le plus beau et le plus recommai dable 
de lïoulogne , est figuré dans l'Atlas , 
auquel nous renvoyons le lecleur. 

Calais. — Ordre de la souscj'iplion. — 
.11 mars. — Hôtel île l'Europe (ancien 
Grand-Cerf) , rue Royale et de Guise, 
tenu par M. Foube. 

Cet hôtel , qui vient de recevoir de 
grandes améliora! ions, continue d'èlre 
le rendez-vous général du commerce. 
Ses prix sont, comme par le passé, 
très modérés. 

115 Mars. — Hôtel Quillacq, tenu par 
M. Quillacq. 

De même que tous les autres hôtels 
de premier ordre, l'hôtel Quillacq offre 
de vastes et beaux appai temens riche- 
ment meublés , une excellente table 
d'hôte et une jolie salle de bains. Dans 
cet établissement on loue des voilures 
pour tous les pays étrangers. 

21 mats. — Hôtel Jiignolle, lenu par 
Rignolle frères. 

Ce joli hôtel, que nous ne saurions 
trop recommander à MM. les voyageurs, 
est représenté dans l'Atlas. 

23 mars. — Hôtel du Belvèder, tenu 
par M. P. Chapuis, rue de la Mer, 3j8. 
Si l'établissement de M. Chapuis n'a 
pas, à l'extérieur, celle belle appa- 
rence que nous remarquons dans quel- 
ques hôtels de Calais, il est, en re- 
vanche, fort joli intérieurement, et 
ne laisse rien à désirer, soit par sa 
distribution , soit par sa décoralion et 
son ameublement. Sa lable, sans èlre 
des plus splemlides, est néanmoins fort 
bonne, et mérite quelques éloges, et 
surtout les vins qu'on y sert. Du bel- 
véder de cette maison, on jouit d'un 
vaste panorama , sur la mer et sur une 
partie des environs de Calais. 

2 avril.— - Hôtel Meitrice, tenu par 
madame Dunker, rue de Guise. 

Cet hôtel , le plus ancien et pendant 
long -temps le plus considérable des 
hôtels de Calais, vient d'être remis en- 
tièrement à neuf ; son propriétaire met 
tous ses soins à conserver sa nom- 
breuse et honorable clientelle. 

Bains de mer.— A l'exemple de Bon- 



3»:>V 



92 



GUIDE 



logne, Dieppe et le Havre, Calais vient 
de former un joli établissement de bains 
de mer qui , dit-on , ne laisse rien à dé- 
sirer sous aucun rapport. Dans la pro- 
chaine édition du Guide , nous nous 
proposons d'entrer dans quelques dé- 
tails à son égard; pour cette fois, nous 
nous contenterons de le citer. 

Roules. 

Nous pouvons nous rendre à Calais 
par deux roules différentes , savoir : 
par Amiens, Hesdin et Saint-Omer; 
enfin par Beauvais, Abbeville et Bou- 
logne. 

Première route. 

Roule par Amiens, Hesdin et St. -Orner. 

Dislance à parcourir : 73 lieues. 
Durée du trajet : 20 heures. 

Itinéraire et topographie de la route. 

Départ. 

Nous sortons de Paris par la 

Porte Saint-Denis , et le premier 
village que nous rencontrons est 

La Chapelle Saint-Denis , dont les 
premières maisons font , pour ainsi 
dire , par leur rapprochement des 
barrières de la capitale , la continua- 
tion du faubourg Saint-Denis. 

L'origine de ce village est due à une 
chapelle élevée en ce lieu, en l'hon- 
neur de sainte Geneviève , patronne 
de Paris , et son surnom à son voisi- 
nage de Saint-Denis. Ce village est 
remarquable en 

Evénement militaires. En 135S, 
Charles-le-Mauvais, aidé des Anglais, 
brûla l'église et le village de la Cha- 
pelle. Il fut encore incendié , le 8 
juillet 1418, par la faction des Arma- 
gnacs. En mars 1S1Ï, la Chapelle fut 
le dernier village de France emporté 
de vive force par le général prussien 
KJeist , également aidé des Anglais. 

Le 3 mai 1814, Louis XVIII partit 
à midi de la Chapelle , pour faire son 
entrée solennelle dans la capitale. 

Après avoir traversé le village de la 
Chapelle, nous remarquons, à gauche, 
les 

Buttes Montmartre , sur lesquelles 
s'eleve un 

Télégraphe , machine fort ingénieuse , 
et dont un poète a décrit élégamment 
l'utilité quand il a dit : 



Par la main du mystère , arlislement tracée , 
La parole se peint sur le rideau des airs , 
Et l'homme, au même instanl , (ait voler sa pensée 
Au bout de l'univers. 

Après avoir parcouru la belle 
Avenue et traversé le 
Canal, nous entrons dans 
Saint-Denis , ville située dans une 
vaste plaine et sur la 

Rivi'ei-e du Croutt. Saint-Denis était 
autrefois une ville fortifiée , et soutint 
plusieurs sièges remarquables. On voit 
encore quelques restes de murailles, 
et des débris d'une grosse tour, qui 
semble , par sa position , avoir servi à 
sa défense. 

En l'an -240, Saint-Denis n'était qu'un 
lieu sur lequel était une chaumière,; il 
s'appelait alors Ovie de Cantulle. Saint 
Denis y avait été inhumé avec saint 
Rustique et saint Eleulhère , ses com- 
pagnons martyrisés comme lui , par lès 
soins d'une dame pieuse nommée Can- 
tulle , à qui sans doute appartenait la 
masure dont nous venons de parler. On 
leur éleva plus tard un tombeau. Dago- 
bert y fit bâtir une église ; ensuite et 
peu après , ce village s'agrandit. Ce 
ne fut guère qu'à l'époque du ministère 
de l'abbé de Suger , que Saint-Denis fut 
considéré comme ville. 

iprès avoir été plusieurs fois démolie 
et rebàlie, l'église de Saint-Denis fut 
achevée en 1201 , sous le règne de Phi- 
lippr-Ie-Bel. En 1793) elle fut menacée 
d'être entièrement détruite par le van- 
dal's ce révolutionnaire ; mais on se 
contenta seulement d'enlever les vi- 
traux et la toiture en plomb, et de la 
laisser ainsi exposée à l'intempérie des 
saisons. Napoléon , qui la deslinait à 
devenir la sépulture des empereurs et 
de leur famille, la fit rebâtir dans tout 
son éclat. Dans le-i bâlimens claustraux, 
il forma une maison d'éducation gratuite 
pour les demoiselles pauvres des cheva- 
liers de la Légion-d'Honneur, et des au- 
tres ordres royaux. 

Maintenant que nousconnaissonsThJs- 
torique de Saint-Denis et de son antique 
abbaye, nous allons nous transporter 
idéalement dans son enceinte, pour y 
jouir du magnifique coup d'oeil qu'elle 
offre. 

Station idéale dans l'abbaye de Saint- 
Denis. 

L'intérieur de celte église est noble 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



93 



et imposant , et bien digne d'être la 
dernière riemeuredenosrois. De chaque 
côté , s'élèvent avec orgueil leurs anti- 
ques tombeaux , que l'œil ne peut se 
rassasier de contempler. Nous regret- 
tons de ne pouvoir en donner ici la 
description ; de pareils détails nous 
coniluiraient trop loin : nous nous con- 
tenterons seulement de parler de la 
violation des caveaux, ce sujet offre trop 
d'intérêt pour le passer sous silence. 

Violation des caveaux de Suint-Denis. 



n Ah J laissez relégués dans leurs caveaux pompeux , 
Sous le marbre imposteur qui flatte encore leurs ombres, 
Tous ces rois fainéans , qui bous ces voûtes sombres 
Ont changé de sommeil, et qu'a jetés le sort 
Du néant de la lie au néant de la mort, m 

C'est le 12 octobre 1792 que celte 
violation eut lieu. Les ractieux qui gou- 
vernaient alors la France, non contens 
d'avoir fait périr sur l'écltafaud le der- 
nier de nos rois , décidèrent que les 
lieux destinés à leur sépulture seraient 
dépouillés, non seulement des divers 
tombeaux élevés en leur mémoire, mais 
encore que leur corps seraient enfouis 
dans une fosse. La plupart des tom- 
beaux furent donc transportés à Paris, 
au musée des monumens français , et 
les corps de tant de rois, de princes, 
de princesses et d'hommes célèbres 
furent enfouis, rien ne fut épargné. 

Gloire, talent, Tertus , rien n'arrêta leur râpe. 
( Legotjvê. j 

Le jour prescrit pour l'exhumation 
étant arrivé, le peuple accourulen foule 
de toutes parts pour être témoin de 
cette barbarie. Le tombeau de Turenne 
fut celui qui fut ouvert le premier. Ce 
grand capitaine fut trouvé dans un état 
de conservation tel qu'il n'était \t s dé- 
formé et que les traits de son visage 
n'étaient point allérés. Le corps de 
Turenne , après être resté près de 
huit mois exposé aux regards ries cu- 
rieux dans la petite sacristie de l'église, 
fut transporté en grande pompe dans 
l'église ries Invalides , qu'on nommait 
alors le Temple de iïfars, où il fut placé 
dans l'intérieur du monument qui lui 
avait été érigé à Saint-Denis. 

Turenne. Duauesclin , vos ombres désolées 
Désertent en pleurant ces pompeux mausolées; 
Et vos rois, exhumés par les niants des bourreaux , 
Sont descendus deux fois dans la nuit des tombeaux. 

(Micuacd, Pi'lnlempM d'un Prosrrit , ell.ll. ) 

Après le tombeau de Turenne , le 



caveau des Bourbons fut ouvert; le cer- 
cueil de Henri IV fut celui qu'on ou- 
vrit le premier. 

O prodige ! la mort laisse à son front livide 
L'empreinte de la gloire et de la majesté. 
Pour épargner ses [rails, le temps s'est arrêté ; 
11 osa le frapper, mais non pas le détruire,.. 

J'ai vu les scélérats , tremblant à son aspect ; 
liais bientôt rappelant leur audace première , 
Par l'outrage et 1 insulte aggravant leur fureur. 
Ses osseoiens traînés , souilles par la poussière... 
O des trônes mortels , maître et dispensateur, 
Des m on arques parfaits , si la main est avare , 
Si les jours fortunés que leur régne produit, 
Semblent de courts éclairs dans la profonde nuit ; 
Deva s-lu de tels rois à ce peuple barbare? 
C'est doue là ce Henri , laineux par sa bonté , 
Qui nourrit de sa main son peuple révolté, 
El qui , forcé de vaincre , en pleurant sa victoire , 
Sut, par tant de 1 i en fuis , expier tant de gloire ? 
C'est lui : deux fuis puni par un règne si beau , 
Vivant, ou l'assassine, on l'outrage au tombeau. 
(Madame de Van.vox.) 

Après le cercueil de Henri IV, ceux 
des autres Bourbons furent ouverts; 
ce fut d'abord celui de Louis Mil, 
mort en 1043, puis ensuite celui de 
Louis XIV, mort en 1715. 

Ce monarque si fier, si grand par ses conquêtes, 
Qui fut de cet empire et l'orgueil et l'appui , 
Qui força l'univers àlrembler devantlui, 
Dont la \ oix appela tous les arts à ses (Vies 
Louis, le grand Louis, frappe par des brigands , 
Tombe enfin sous le seuil de ces funestes voûlcs : 
Du haut de ces degrés ses mânes triompbans , 
Des antres de ia moi t semblaient garder les toutes. 
C'est là qu'il fut trappe : là , qu'un peuple insolent 
Déchira ses lauriers sur sou lionl éclatant: 
Le s ce | lie avec effort qui II a sa main livide. 
31 ai s que peut eonlic lui ce peuple régicide ? 
Tout brillant de clarté , son lègue glorieux 
Jette encore son éclat sur notre âge envieux : 
A son eei eue il détruit ses monumens survivent , 
Et montrent sa grandeur aux siècles qui le suivent. 
(Madame os Vannox.) 

En vain le grand Louis, paré par la victoire , 
Repose environné des rayons de sa gloire; 
Le hasard . le premier le présente à leurs coups. 
Barbares , contre lui que peut votre courroux ? 
L'orgueil de vos cités , ses sièges , ses batailles , 
Les palmes de Ilenain . les lauriers de Navaillcs; 
Les arts , d'un doux loisir nobles anvusemens I 
El conlie tous ces rois que votre est oir dévore , 
De son débris royal vous vous armez encore. 

( DtLiLt.F , Imagination , ch, VIL ) 

Les cercuei's de Médicis ; d'Anne 
d'Autriche; de Marie de Savoie, femme 
du duc de Bourgogne ; de Xavier de 
France; du duc d'Aquitaine, fils de 
Louis dauphin ; tels sont les cercueils 
des divers personnages qui fure I sor- 
tis après celui rie Louis XIV. Vinrent 
après, ceux de Louise-ÏHarie de France, 
fille de Louis XV ; de Louise-Elisabeth 
de France , fille de Louis XV; et de 
Gustave-Jean-Bapliste, duc d'Orléans» 



94 



GUIDE 



fils de Henri IV; de Marguerite de Lor- 
raine, seconde femme de Gustave. Plus 
tard on enleva ceux de Henriette-Marie 
de France, fille de Henri IV, femme de 
Charles I" roi d'Angleterre , morte en 
1669, âgée de soixante ans. 

Et toi , toi de Stuart épouse infortunée, 
Par de si grands revers en ces lieux ramenée , 
Ton ombre , à Saint-Denis , crut retrouver la pais. 
Malheureuse Henriette! Ali ! les mêmes forfaits 
Du irône et du lombeau tour à tour t'ont bannie 
Tu reconnais ton sort , tu revois tes bourreaux 
El deux peuples souillés par des crimes égaux. 
Ont profané ta cendre, ont tourmenté ta vie. 
( Madame DE Vaùkoz. ) 

De Henriette Sluart, fille de Char- 
les I" roi d'Angleterre, première lemme 
de Monsieur, trerede Louis XIV, morte 
en lf>70, âgée de vingt ans; de Châties 
de France, d c de Boni, petit-fils de 
Louis XIV. mort en 171 i, âgé de vingt- 
huit ans ; de Philippe d'Orléans , petit- 
fils de France, régent tlu royaume sous 
la minorité de Louis XV, mort le 2 dé- 
cembre 1723, âgéde quarante-neuf ans; 
de Louis XV; de Chanes VII , mort en 
1461, âgé de cinquante-neuf ans; de 
celui d'Anjou, sa femme, morteen 1398; 
de sa fille, F.lam he de INavarre, seconde 
femme de Philippe de Valois, morte en 
139S;de Jeanne, si fille; de Marguerite 
de France, fille de Henri II, première 
femme de Henri IV, morte le 27 mai 
Kilo, âgée de 62 ans; de François duc 
d'Alençon, quatrième fils de Henri II, 
qui a régné un an et demi, mort le 
S décembre 1360, âgé de dix-sept ans; 
de Marie-Elisabeth de France , fille de 
Charles IX, morte le 2 avril 1378, âgée 
de six ans; de Charles VIII, mort en 
14S9, âgéde 70 ans; de Henri III, mort 
le 2 août 1389, âgé de trente-huit ans; 
de Louis d'Orléans , second fils de 
Henri II, mort au berceau; de Char- 
les IX; de Louis XII, mort en 1313, âgé 
de cinqii'nle-lrois ansjd'Annede Bre- 
tagne . son épouse et veuve de Char- 
les VIII, morte en 1344, âgée de 37 ans; 
de Jeanne de France, reine de Navarre, 
fil'e de Louis X, dit le Hutin, morte on 
1349, âe;ée de trente-huit ans : de 
Louis X . mor! en 1310 , âgé de près de 
\\\ gl-sept ans; du pe:it roi Jean son 
fils posthume qui n'a vécu que huit 
jours. 

Mais rien ne les (faillit: digne oufa de courroux, 
La tombe d un enfant attire aussi leurs coups I 
Monaïque d un instant belasl sa sépulture 
£». tout ce qu'il obtint de sa fraudeur future ; 



Enfant, il échangea , saûS connaître son sort , 

Les langes du berceau contre ceux de la mort. 

(Madame de Vaxnoz } 

De Hugues, dit le Grand , comte de 
Paris , mort en 936 , père de Hugues 
Capet, chef de la race Capétienne ; de 
Charles le Chauve, mort en 877, âgé de 
cinquante-quatre ans; de Louis-Phi- 
lippe - Auguste , mort en 1223 ; de 
Louis VIII, père de saint Louis , mort 
le 8 novembre 1226 , âgé de quarante 
ans ; de saint Louis , mort en 1220 
( Ses os en furent retirés lors de la ca- 
nonisation qui eut lieu en 1297). 

Mail déjà des bourreaux le liras lassé de crimes 

Semblait chercher en vain d tutres grandes viclimei. 

L'impiété leur olfi e un triomphe nouveau; 

On court , on va briser te ceuolaphe auguste , 

Tlu vertueux Louis du roi pieux ei juste 

Que l'univers entier proclamait à la fnis 

Saint pai mi les mortels et grand parmi les rois. 

De Philippe-le-Bel, âgé de quarante- 
six ans; du roi Dagobert , mort en 638; 
deBertrand-Duguesclin, mort en 1380. 

Auprès de lui (Charles V) repose un défenseur des lys . 
lluguesclin , dont le nom seul gagnait des batailles," 
Dont le cercueil vainqueur s'est ouvert des murailles. 
( Madame iie Variiez.) 

De François I er , mort en 1347, âgé 
de cinquante-deux ans. 

Arraché du cercueil par le peuple en fureur, 
Je reconnais ce roi , noble amant de la gloire, 

Oui tous te poids des l'ers conserva son grand cœur; 

Ce roi qui dans un jour perdit tout , fins l'honneur. 
( Madame de Va.vsoz.) 

De Louise de Savoie, sa mère, morte 
en 1331; de Claude de France, sa remine, 
morleen 1324, âgée de vingt-cinq ans; 
de Franc, lis dauphin , mort en 1336 , 
âgé de dix-neuf ans; de Charles son 
frère , duc d'Orléans , mort en 13 i3, 
âgé de vingt-trois ans; de Charlotte sa 
sœur, morte en 132!, âgée de huit aos; 
enfin de Philip- e-le-Grand , mort en 
1322. 

tel est l'ordre dans lequel ces divers 
personnages firent evhumcs ; il nous 
resterait, pour complet -r cet article, à 
indiquer ce que l'ouverture de ces cer- 
cueils a offert de remarquable, mais ces 
détails, quoique fort curieux, nous con- 
duiraient trop loin.il est lempj que 
nous reprenions notre route. 

Départ de Saint-Denis. 

« I.'œil ne découvre ici que des champs, 
que (les plaines sans bornes ; aucun arbre 
no repose la vue; la cognée dévastatrice 
les a tous fait tomber. » 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



»3 



Nous sommes hors de la Tille ; rien 
ici ne captive notre attention. Après 
avoir parcouru un pays plat, sans im- 
portance, nous découvrons à droite, et 
un peu à l'écart de la route, 

Ècouen (Seine-et-Oise), gros bourg 
situé sur le penchant d'une colline cou- 
verte de bois à l'occident. Le 

Ch teau que vous apercevez fut bâti 
d'après les de.'sins de l'architecte Bu- 
lan, par Anne de Montmorency, grand 
connétable sous François l<*. L'aspect 
de ce château est plus imposant qu'il 
n'est romantique , nous n'y voyons 
point de ces tours couvertes de lierre, 
de ces créneaux délabrés, de ers (lèches 
aiguës qui terminent les toits de nos 
anciens châteaux : mais notre œil se 
repose avec plaisir sur un ensemble 
noble et majestueux, sur des formes 
pures et régulières, sur desdétai's pleins 
de goût et de délicatesse qui rappellent 
si bien eelte architecture dont Yilruve 
nous a transmis les règles et dont les 
beaux modèles se retrouvaient dans les 
ruines des beaux monumens de la Grèce 
et de Rome. 

Ce château, de forme carrée, est com- 
posé de quatre corps de bâtimens aux 
angles desquels sont autant de pavil- 
lons plus élevés et plus avancés que le 
reste de l'édifice. Dans les angles ren- 
trons des pavillons, de hautes et étroites 
tourelles qui se terminent en cône , 
semblent n'avoir été placées là que pour 
indiquer l'époque de la construction, 
époque où les réminiscences gothiques 
se mêlaient encore à la pureté du style 
que les grands maîtres avaient récem- 
ment introduite en France. L'ensemble 
du château rappelé d'une manière frap- 
pante un des plus célèbres palais, le 
Luxembourg , auquel en effet elle a 
servi de modèle. 

On entre au château par un pont 
construit au dessus d'un fossé large et 
proCoad. La principale partie a été en 
dlfférens temps cruel'ement dégradée, 
mais on y remarque encore evec inté- 
rêt des détails d'un goût fini et d' lirai : 
c'était au dessus de cette porte que l'on 
voyait au'refoi* la statue équestre du 
brave connét ble de Montmorency ; 
elle a été détruite ainsi qu'une riche 
galerie soutenue nar des colonnes qui, 
du côté de la principale entrée, for- 
maient un superbe portique. 

La cour est pavée de marbre de dif- 



férentes couleurs, nous y admirons, 
en entrant, les avant-corps qui servent 
de milieu aux grandes façades de la 
cour. L'une est formée de deux ordres, 
le dorique et le corinthien; l'autre plus 
grande et plus majestueuse, d'un ordre 
de colonnes corinthiennes dont la hau- 
teur est égale à celle de tous les bâti- 
mens. Celle-ci forme un beau péristyle 
de quatre colonnes. 

L'entrc-colonncment du milieu, beau- 
coup plus large que les deux autres, 
s'ouvre pour indiquer l'entréequi abou- 
tit à cet endroit. Le milieu est percé 
de deux arcades et de deux cro s ; es. 
Les deux espaces de deux enlre-colon- 
nemens sont remplis dans le haut de 
tables ou cadres profilés qui portent des 
armoiries ; dans le bas, par des niches 
où l'on vojait autrefois des statues pré- 
cieuses. 

Quant à l'intérieur du château, il est 
fort beau, parfaitement distribué. 

En tSOS, Bonaparte avait fondé dans 
ce château , sous la direclion de feu 
madame Campan , une maison pour 
l'éducation de trois cents demoiselles. 
En 1814, il fut restitué au prince de 
Condé, auquel il apparlenait. et après 
sa mort, il fat acquis par madame du 
Cayla. 

Après avoir traversé un pays frais et 
ombragé, nous entrons daus 

Luzarches, petite ville située agréa- 
blement sur la pente d'une colline , et 
offrant à la curiosité des amis des arts 
deux 

Châteaux , l'un sur la droite de la 
roule, et l'autre sur la gauche. Nous 
entrons ensuite dans le 

Bois de Royaumont , où à gauche 
est une 

Balle ruine gothique; nous traver- 
sons après la 

Rivière de Th'evc , nous gravissons 
ensuite la 

Montagne de la Morlaie et nous en- 
trons dans 

Chantilly , bourg remarquable par 
son étendue , sa position romantique, 
son commerce, son industrie et sut tout 
son 

Ch 'teau , que nous allons parcourir 
idéalement. 

Station idéale. 

a Qui n'a entendu parler du magni- 
fique séjour de Chantilly ? Quel est le 






I 



96 



GUIDE 



Parisien assez peu oisif, ou l'étranger 
assez indifférent pour ne pas le con- 
naître? ji 

Chantilly n'est plus ce qu'il était au- 
trefois, la révolution qui a marqué par- 
tout son passage, n'a point épargné ces 
lieux. Les marbres ont été brisés, les 
jardins détruits ; les édifices dévastés 
sont devenus une prison et une caserne, 
et les chevaux ont pâturé dans ses par- 
terres abandonnés ; mais du sein de 
cette affreuse dégradation , sous des 
formes pour ainsi dire nouvelles, est 
sorti un autre Chanlilly digne de son 
ancienne splendeur. Un prince, héritier 
du nom de Condé, s'est montré jaloux 
de rendre à ce domaine la gloire que 
ce grand nom même y avait attachée. 
Les appartemens ont été restaurés ; les 
jardins reconstruits sur de nouveaux 
plans ont recouvré leur magnificence; et 
grâce aux travaux continuels qui l'em- 
bellissent chaque jour , Chanlilly est 
encore digne de la curiosité des étran- 
gers, et de la vénération que comman- 
dent pour nous de grands souvenirs. 

On arrive à l'entrée principale du 
châleau par une belle route qu'on dé- 
signe sous les nom de 

Route du Connétable. — Cette route 
qui a environ six toises de large a une 
lieue de longueur. A gauche est le 

Château proprement dit. C'était le 
bâtiment de la capitainerie du temps 
que Chantilly appartenait à la maison 
de Montmorency. Les appartemens par- 
ticuliers du prince sont au rez-de- 
chanssée, et il n'est point permis de les 
visiter. Les premières pièces dans les- 
quelles on est introduit sont situées 
sous les voûtes même de l'ancien châ- 
teau : eles sont au nombre de trois, 
dont une est la salle de spectacle , les 
autres sont des cuisines immenses. On 
monte de là par un large escalier, dans 
une nouvelle construction élevée sur 
la partie que le prince a fait alonger. 
La première pièce est une chapelle ri- 
chement décorée ; la seconde est une 
salle à manger fort élégante; la troi- 
sième une jolie bibliothèque contenant 
une quantité considérable d'éditions 
nouvelles reliées avec luxe ; la qua- 
trième une fort belle salle debillard; la 
cinquième un salon ; la sixième un ca- 
binet chinois, peint par Yateau, d'où 
l'on communique à la chambre du grand 
Condé et à la 



Galerie des Batailles. Cette longue 
galerie est particulièrement intéres- 
sante par les tableaux qu'elle contient. 
Dans les grandes réunions, elle sert de 
salle à manger. 

Le premier tableau de cette galerie 
représente a bataille de Rocroy, donnée 
en 1G4 î. Le second, les combats donnés 
devant Fribourg en 1644. Le troisième, 
la conquête de Courtray, en 1646, celles 
de Duukerque et Fumes. Le quatrième, 
la bataille de Nordlingue, en 1645. Le 
cinquième , les conquêtes d'Alger, en 
1()47. Le sixième , la bataille de Lens, 
en 1648. Le septième, le blocus de Paris. 
Le huitième tableau est connu sous le 
nom de repentir du grand Condé , etc. 

La dernière pièce située à l'extrémité 
de la galerie. est un cabinet de musique. 
A droite, c'est-à-dire en face, est le 

B itimentd'Enghien; il fut construit 
dans l'espace de quatre mois, sur les 
dessins de M. Roy, architecte du prince 
Condé. C'est un château très vaste, 
d'un architecture simple, composé d'un 
rez-de-chaussée et d'un étage couronné 
d'une corniche et d'une balustrade ; il 
présente trente-six croisées de front sur 
chaque côté; on y monte par quatre 
grands escaliers ptarésàégale distance. 
II n'est que d'un intérêt secondaire d'en 
visiter les appartemens. 

Maintenant que nous connaissons le 
châleau, parcourons-en les dépendances. 

Dépendances du château. 

« Quels sublimes aspects, quels tableaux 
romantiques ! ;j 

Les 

Dépendances du Château sont im- 
menses; elles sont divisées en deux 
parties, savoir : le parc, la partie fran- 
çaise et le parterre anglais. Le 

Parc, est fort vaste; sur la lisière du 
bois, nous remarquons d'abord le 
Canal des Druides, et ensuite le 
Canal des Morfondus, sur lequel est 
jeté un joli 

Pont qui communique au 
Hameau. Ce lieu est un des plus 
agréable-; ; une rivière anglaise pro- 
mène, entre deux rives couvertes d'un 
vert gazon, ses limpides eaux; et deux 
petits ruisseaux qui serpentenlentre les 
arbres forment des chutes de loin en 
loin, et font entendre leur doux mur- 
mure sous ses feuillages épais. Des allées 
tortueuses et toujours ombragées, des 



s»i^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



9Ï 



ponts de différentes formes que l'on 
traverse successivement, des points de 
vue qui varient sans cesse , la large 
cascade du grand canal, blanchie parles 
bouillons de ses chutes, dont la perspec- 
tive lointaine, à travers les bois, frappe 
plusieurs fois nos regards, tout cou tribue 
à donner à ce séjour un charme inex- 
primable. 

Mnis ce qui mérite à ce lieu le litre 
de hameau, c'est I-i réunion de plusieurs 
bàlimens déiachés les uns des autres , 
disposés sans ordre et couverts de 
chaume, offrant le tableau de tout ce 
que les habitations des humbles villa- 
geois ont de plus champêtre, déplus 
riant et de plus simple. Au milieu est 
une vaste place irrégulière , couverte 
d'un vert gazon coupé par des sentiers 
qui conduisent à chacune de ces rusti- 
ques demeures. Celle que l'on remarque 
d'abord est le 

Moulin , dont une chute d'eau fait 
mouvoir le mécanisme. Elle réunit tout 
ce qui caractérise une construction 
agreste, et contribue particulièrement 
à animer ce joli paysage. Tout près de 
là une 

Chaumière dont l'extérieur modeste 
n'annonce que l'asile de la pauvreté , 
présente à l'intérieur un contraste avec 
l'opulence qui semble en avoir fait son 
séjour. Elle contient un riche salon, 
avec un ameublement couleur chamois , 
et un boudoir cramoisi des plus élé- 
gans. Une 

Seconde Chaumière renferme une 
vaste salle à manger que sa décoration 
rend extrêmement curieuse. Des arbres 
entrelacés semblent noi's entourer de 
leur épais feuillage , et forment sur 
notre tête un dôme de verdure. 

Après avoir visité tout le hameau, 
nous repassons le canal des Morfondus, 
et remontant son cours le long de la 
lisière des bois, nous arrivons en peu 
d'instans à la 

Tête du Canal. Ici se présente une 
belle 

Chute d'eau circulaire de dix-huit 
pieds de hauteur : elle tombe en cinq 
ca'cades, dont la p'us haute forme une 
napne de quinze pieds de larg ■, et la 
plus basse , une nappe de trente-six 
pieds. L'eau se répand dans un vaste 
bassin à pans bordés d'arbre-; , et pré- 
sente, par ses différentes révolutions, 

ÏRAKCK. 



un spectacle aussi animé que magni- 
fique. 

Au dessus de la cascade est un vaste 
bassin circulaire, où vient se jeller la 
rivière de la Konette, qui alimente le 
canal. Près de là s'élève la 

Statue colossale de M Tierce, de la- 
quelle l'œil embrasse une grande partie 
du canal , qui a tro s quarts de lieue 
de longueur, sur environ quarante-trois 
pieds de largeur. 

De la tête du canal, nous revenons 
sur nos pas , et nous entrons ensuite 
dans le 

Parc de Silvie, dans lequel nous re- 
marquons un joli 

Pavillon, précédé d'un joli parterre 
de (leurs, au milieu duquel nous voyous 
une statue. 

Ici se termine notre promenade dans 
le parc ; gagnons maintena it le 

Parterre fiançais. Ce parterre est 
magnifique ; il est coupé en partie par 
le canal en face duquel s'élève au milieu 
d'une pelouse circulaire la 

Statue du grand Coudé. Après avoir 
parcouru le parterre français, nous en- 
tions dans la 

Partie anglaise. Ici la multiplicité des 
allées qui se rencontrent et se croisent, 
et le peu d'importance qu'il y a à sui- 
vre tel sentier plutôt que tel autre, 
nous dispensentdu soin d'en déterminer 
aucune. 

Les objets les plus curieux que nous 
rencontrons dans cette promenade sont 
à gauche un 

Vaste souterrain voûté , par lequel 
nous pouvons arriver au 

Jeu de paume. Un 

Ermitage en bois brut avec, des tables 
et des fontaines rustiques,- plusieurs 

Statues dispersées dansle jardin ; une 

Chapelle gothique , un 

Kiosque , élevé sur un rocher formant 
plusieurs arches et suspendu sur les 
ea ;, x; 1' 

Ile d'Amour , grande et belle galerie 
en treillage , construite au milieu des 
eaux et environnée de rosiers ; enfin le 

Temple d'Amour , qui e t composé de 
huit colonnes et élevé sur des rochers 
couverts de mousse, du sein desquels 
s'échappe une source qui murmure. 

Tels ?ont les ohj.-ts qui ornent cette 
partie angl ise , à laquelle s i borne i otre 
promenade idéale. Mah tenant il ne nous 
reste donc qu'à rappeler 1rs souvenirs 

7 









£2V 



»8 



GUIDE 






historiques qui se rattachent à Chantilly. 
Souvenirs historiques. — Ce château a 
élé habité successivement ]>ar Henri de 
Montmorency , ninrt à Toulouse le 30 
octobre if>;!2 , martyr de lu liberté , vic- 
time de Richelieu qui fut l'ennemi des 
grands , sans être l'ami du peuple; par 
Louis XIII , par la princesse de Coudé, 
sœur de Montmorency: par Louis XIV , 
et enfin par le grand Condé. Lou ; s XIV, 
qui affectionnait beaucoup ce lieu et 
le grand Condé , s'y rendait assez sou- 
vent ; un jour que ce monarque s'y était 
transporté avec une partie de sa cour , 
il y fut témoin du suicide de Vatel , hé- 
ros culinaire qui ne put survivre à la 
honte de voir la marée manquera la 
table du roi. Berchoux, dans son poème 
de la Gastronomie, a consacré les vers 
suivans à la mémoire de ce tragique 
événement : 

Condé , le priiul fondé que la France révère , 

Recevait de son roi ta visite bien clii'ire 

Dans ce li-m fortuné . ce brillant Chantilly, 

Long temps de race en race à grands fr;ùs embelli. 

Jamais plus de plaisirs et de magnificence 

N'av ient d'un souverain signalé la présence. 

Tout le soin (les fesl-ns lut remis à Vatel , ( 

Du vainqueur de Rocroy fameux maître d'hôtel. 

Il mit à ses travaux une ardeur infinie: 

Mais, avec ses tab-ns . il manqua de génie. 

Accablé d'embarras , Vatel est averti 

Que deux ub^seti vain téclamcnt leur rôti. 

11 prend pour en trouver une peine inutile. 

— Ah I dit il , s'adressant à son ami Gnurville , 
De larmes , de sanglots , de douleur suffoqué , 
Je suis pet du d'honneur, deux lûtis ont mantille : 
Un seul Jour détruira toute ma renommée. 

Mes lauriers sont flétris et la cour alarmée 
Ne peut plus désormais se reposer sur moi : 
J'ai trahi mon devoir, avili mou emploi. .. 
Le prince, prévenu de sa douleur extrême. 
Courut le consoler, le rassurer lui-même. 

— Je suis content , Vatel; mon ami, calme-toi; 
Rien n'était plus brillant que le souper du roi : 
Va, tu n'as pas perdu ta gloire et mon estime; 
Deux rôtis oubliés ne seront pas un crime. 

— Pi ince . voire bonté me touche et me confond ; 
Puisse mon repentir ellacer mon allYout. 

Mais un autre chagrin l'accable et le dévore: 

Le matin, à midi, point de marée encore. 

Ses nombreux pourvoyans. dans leur marche entravés, 

A l'heure du dîner n'étaient poinl arrivés. 

Sa force l'abandonne et son esprit s'effraie 

D'un festin sans turbot , sans barbue et sans raie. 

Il atteud , s'inquiète, et. maudissant son sort. 

Appelle en l'urieux la marée ou la mort. 

La mort seule répond : l'infortuné s'y livre, 

Déjà , percé trois fois . il a cessé de vivre. 

Ses jours étaient sauvés . ô refrets! ô douleur ! 

S'il eût pu suppoiter un inslat t son malheur. 

A peine est il parti pour l'infernale rive, 

Qu'on sait de toute part que la matée arrive; 

On le nomme . mile cherche , on le trouve , grand Dieu! 

La parque pour toujours avait fermé ses yeux. 

Ainsi finit valcl . vielime déplorable, 

Dont parleront long temps les fastes de la table. 

Départ de Chantilly. 
Pendant que nous avons parcouru 



idéalement Chantilly , notre voiture a 
fait du chemin , nous voici déjà à 

Cn:il, jadjs ville de quelque impor- 
tance, et où nO'is voyons les 

Restes du chiteau qui renferma Char- 
les VI , mais qui n'a plus que quinze à 
seize cents habitar.s. Bientôt après nous 
traversons 

Liancnurt , village dont les enviions 
ressemb'ent à un jardin. 

CUrmontjiei tensuitejeette ville, qui 
est fort jolie , est surtout remarquable 
par sou 

Château delà terrasse duquel on jouit 
d'une vue admirable. Après avoir tra- 
versé les villages de 

Saint- Just , 

If' at'ig/ties, 

Breteuil, 

Fiers , et 

Hébecourt . nous entrons dans 

Amiens, où nous allons faire une 
Station idéale. 

Aperçu général. d'Amiens. — Cette 
ville est située sur la Somme, qui en tra- 
verse certains quartiers ; elle ?e divise 
en haute et basse ville ; la hante ville se 
compose des rues comprises dans l'é- 
tendue des anciennes paroisse s de Saint- 
Firmin - la - Pierre, Saint - Jacques , 
Saint - Firmin - en - Ctiâlillon , Sainte 
Martin - au -Bonn,' et Saint -Kemi. La 
basse ville commence à la porte Noyau, 
en tirant vers la Barette , le pont Du- 
cange et celui de Baraban , au delà elle 
prolonge par le Mancreux , le Jardin 
des Plantes et l'Ile Saint-Germain , puis 
reprenant au bout du pont, elle conti- 
nue depuis le Vidame, l'église Saint- 
Germain , une ) artie du Marché aui 
herbes, de la rue Saint-Firmin-le-Con- 
fesscur, jusqu'aux Augustius. 

Les rues d'Amiens sont en général 
larges et droites. Ses places sont spa- 
cieuses, particulièrement celle du Mar- 
ché aux herbes qui a quatre cent deux 
pieds de long, sur cent trente-deuv de 
large. Les maisons sont construites sur 
une ligne droite et un pan presque uni- 
forme : leur hauteur moyenne est de 
deux étages. La ville est ceinte par de 
superbes boulevard qui ont près de 
cinq mille mètres d'étendue. 

Amiens possède plu ieurs églises, une 
citadelle, un jard n botanique, une 
halle au blé, une caserne de cavalerie, 
un musée, une bibliothèque publique, 
enfin une salle de spectacle. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



9» 



Historique. L'origine d'Amiens se 
perd dans les ténèbres de l'antiquité. 
Cette ville existait sous le nom de Sa- 
marobriva du temps de Jules-César qui 
y tint l'assemblée des grands et y plaça 
ensuite trois légions. Anlonin et Marc- 
Aurèlc l'embellirent, et dès lors elle fut 
considérée comme une des cités les plus 
opulentes de la seconde Belgique. Ya- 
lentinien y fit reconnaître son fils Gra- 
(ien , en 367. Les Gépides, les Alains , 
les Vandales et les Francs s'en empa- 
rèrent successivement. Wérovée y fut 
proclamé roi et porté à son trône sur 
un pivois ou bouclier. Pendant le règne 
de ce monaque , le féroce Attila porta 
la dévaslalion dans Amiens. Les INor- 
mands la brûlèrent (rois fois. 

Sous François I er et Henri II , les 
impériaux cherchèrent, mais en vain , à 
s'en rendre maîtres. Seshabiians, en- 
traînés par l'exemple des vallées voisi- 
nes, embrassèrent avec chaleur la Ligue, 
ou Sainte-Union, et ne tardèrent pas à 
sesoumet'reà Henri IV. Quelque temps 
après , ce monarque ayant déclaré la 
guerre à Philippe II, roi d'Espagne, 
Amiens tomba au pouvoir des Espagnols 
par un stratagème assez singulier, à 
l'aide d'un sac de noix répandues sous 
la porte de la ville , et que lti garde s'a- 
musa à ramasser. Henri IV ne recouvra 
Amiens qu'après un siège où il se cou- 
vrit de gloire , mais qui fut long et 
coûteux. 

Les beaux esprits de ce temps firent 
plusieurs pièces de vers sur la reprise 
d'Amiens ; ceux qui suivent furent trou- 
vés, suivant Cayet, d'une belle inven- 
tion : 

I. 

Je ne sais crui des deux est le plus désirable. 
D'avoir pris ou replis un Amiens si Tort; 
Mais je Bail qui des drus est le plus honorable 
De l'avoir pris par fraude ou repris par effort. 
II. 

On chaule en mille façons 

Une si belle entreprise ; 

Mais de toutes les chansons, 

Le bon en est la reprise. 
III. 
Hemandez fut heureux de si belle entreprise , 
De surprendre Amiens sans force eu un instant \ 
Plus heureux d être mort avant d'être reprise , 
Pour ne mourir après , de houle en la quillanl. 

( Dgsbvui. , HUtulte de ta ville d'Amiens.) 

Promenade et séjour. 

Prenons noire logement à l' 

Hôtel de France, ruo Royale, qui est 



un des meilleurs d'Amiens; et parcou- 
rons ensuite la ville pour examiner les 
diverses 

Curiosités. Commençonsparvisiter la 
Cathédrale, qui est le plus beau mo- 
nument religieux que possède laFrance. 
Ses fondations furent jetées en 1220, et 
68 ai:s après elle fut terminée. Sa lon- 
gueur, dans œuvre, est de quatre cent 
quinze pieds de largeur sur cent trente- 
trois d'élévation. Sa 

Façade présente une masse légère, 
flanquée de deux tours quadrangiilaires 
décorées, ainsi que les trois porches qui 
en divisent le bas, des ornemens les 
plus riches et les plus variés du style 
gothique. Parmi les nombreux 

Bas-reliefs dont les porches sont or- 
nés, nous distinguons le Jugement 
dernier; les Vertus et les Vices mis en 
opposition ; les quatre Saisons et les 
douze Mois de l'année; les Mages con- 
duits par l'étoile et voyageant en ba- 
teau ; le Massacre des innocens ; la Fuite 
en Egypte, etc. Quant à la 

Flèche dont elle estsurmontée, elleest 
octogone et s'élève à deux cents pieds 
de haut. Passons maintenant à 1' 

Intérieur de l'Eglise. Ici tout semble 
concourir à charmer la vue. Sa vaste 
étendue, la délicatesse de ses piliers, la 
hardiesse des retombées des voûtes, sa 
galerie circulaire et ses superbes vi- 
traux offrent un aspect grandiose qui 
tient du prodige. 

L'autel de cette basilique, construit à 
la romaine, est magnifique; derrière 
est une Gloire d'une grande richesse. 
Les stalles du choeur sont de véritables 
ehes-d'œuvre de menuiserie. La chaire 
à prêcher, qui est d'un beau travail, 
supporte les Vertus théologales; enfin la 
boiserie du jeu d'orgues est d'une exé- 
cution parfa te. 

De la cathédrale nous allons visiter 1' 
Hùiel-de-Ville, dont la construction 
remonte à l'année 1600. La façade en 
est simple et de bon goût; elle porte 
soixante-huit mètres de longueur. Le 
soubass mentes! décoré d'arcades pein- 
tes qui produisent un coup d'œil fort 
agréable. La grande *alle du conseil 
renferme de beaux tableaux dus à nos 
meilleurs maîtres. La 

Salle de spectacle mérite d'être vue; 
sa façade est fort belle ; nous y remar- 
quons deux groupes de grandeur natu- 
relle, dont l'un représente la Danse et 




tjO 



GUIDE 



la Musique, et l'autre la Tragédie et la 
Comédie. La coupe intérieure de la 
salle est ovale ; elle contient dans sa 
hauteur trois rangs de loges qui, n'é- 
tant séparés par aucun pilier , n'of- 
frent point d'obslacle au développe- 
ment de la voix des auteurs, ce qui la 
rend aussi favorable au chant qu'à la 
déclamation. Le célèbre acteur Larive 
la regardait comme la plus sonore qu'il 
connut en Fiance. Quant à la 

Bibliothèque communale , qui nous 
reste à voir, elle fut construite en 1823 
sur l'empl cernent du couvent de Wau- 
roneourt. La façade au levant, du côté 
de la rue Royale, présente, entre deux 
pavillons en saillie, un péristyle compo- 
sé de dix colonnes d'ordre dorique, et 
décoré dans le fond de niches destinées 
à recevoir un jour les bustes des hom- 
mes cilèbres dans les sciences et les 
lettres, qui ont pitw naissance à Amiens, 
et de ceux auxquels elle aura, parla 
suite, l'honneur de donner le jour. 

Le péristyle servant d'entrée à la bi- 
bliothèque, établit en même temps la 
communication entre les deux pavil- 
lons. Celui à droite contient une salle 
de lecture pour l'hiver, et une colec- 
tion d'instrumens de physique, dont 
M. Lapostalle a fait présent à la ville. Le 
pavillon de gauche sert de logement au 
bibliothécaire. 

La bibliothèque ne forme à l'intérieur 
qu'une seule pièce ayant à peu près 
cent quarante pieds de longueur sur 
vingt pieds de large. Elle est divisée en 
trois piirlies par des arcades portées 
sur des colonnes d'ordre ionique. La 
travée du milieu est carrée, et les deux 
autres ont chacune soixante pieds de 
longueur sur vingt de largeur; leur 
pou; tour est décoré de pilastres égale- 
ment d'ordre ionique, enlre lesquels sont 
posés des rayons ;>our les livres. 

En face de l'entrée se trouve un en- 
foncement en liémicycle. formé pour 
donner plus de grandeur à l'édifice, et 
y placer les escaliers au pourtour des- 
quels on a aussi posé des rayons pour 
les livres, portant sur la corniche qui 
décore la parlie basse. 

La bibliothèque rrcoit le jour du 
haut par des caisons' percés dans le 
plafond, disposition au moven de la- 
quelle les per-onnes studieuses qui la 
fréquentent jouissent de la clarté et du 
calme si nécessaires pour la lecture. 



Les boiseries, les colonnes et les pi- 
lastres sont peints en marbre jaune de 
Sienne, vert antique et blanc. 

Dans la niche de l'enfoncement dont 
nous avons déjà parlé, nous remar- 
quons le buste en marbre blanc de 
Gresset , sculpté par Barner , et dont 
la vue et la solitude qui règne dans 
celte salle, nous rappellent les beaux 
vers de cet auteur. 



Lorsqu 



Est-on seul, après loot, 
!que touché de plaisirs sapas. 
Ou s'entretient dans les ouvrages 
Des dieu, de la lyre et du goût? 
Par une illusion charmante 
Que produil la verve brillante 
De ces chanlres ingénieux, 
Eux-mêmes s'offrent à nos yeux , 
Non sous de:, vêleniens funèbres' 
Non sous res dehors odieux 
Qu'apportent du sein des ténèbres 
Les fantômes des malheureux. 
Quand . vendeurs des erinies célestes 
Ils montent aux terrestres lieux; 
Mais sous cetle parure aisée, 
Sous les lauriers vainqueurs du sort, 
Que les citoyens d'Elysée 
Sauvent du souille de la mort. 

A l'extrémité de là salle, du côté du 
nord, nous voyons une collection d'an- 
tiques recueillie par les soins de M 
Delahaye. 

Les livres imprimes sont au nombre 
de quarante mille, parmi lesquels se 
trouvent des ouvrages rares et d'un 
grand prix. Les manuscrits se compo- 
sent d'au moins quatre cent cinquante 
volumes. Ils sont presque fous des ix, 
x, xi et xu« siècles, et la plupart trai- 
tent de la jurisprudence , de la théolo- 
gie et de l'histoire. 

Environs d'Amiens. 

Le cimetière de la Madeleine et l'an- 
tique château d'OEilly, sont les deux 
seuls endroits des environs d'Amiens 
que nous allons visiter. 

Excursion au cimetière de la Made- 
leine. 

Situation : à l'extrémité du faubourg Saint- 
Maurice. 

' j ', , ', j i ■ ; Th "'' "'"""»• i" "" m , 

And haldhigh catictrie nilti th, mighty dead. 

3c veux ici me recueillir et lier entrelien 
aiec les illustres morts. 
(Tuouson, Poimi deiSaiton,, p. 43, et43 s .i 

Les hommes sont ici tous heureux, 

Tci jamais de tristesse; 
Ll paix rcfjtie toujours entre eux ; 

t'oint de rang , de riche we : 



OU VOYAGEUl EN EL'ROF 



JOI 



Ictl'ou n'admire pasunsol, 
On fnt , un petit-maître , 
Enlin , les hommes, en un mol. 
Soûl ici ce qu'ils devraient être i 

■ • • Ahl que Je lis et la rose 

Pleuvent sur le cercueil où leur cendre repose , 
El que ces don. trop vains, arrosés de mes pleurs , 
Leurprésentenl du moins mon Iribul de douleurs. 
(Imitation de Vibcile, Enèid* , VI, 6S4 et suiv.) 

Ce vaste dépôt où près d'une généra- 
tion s'est déjà engloutie, est fort vaste. 
Son entrée est loin de faire pressentir 
sa lug.itire destination. Au premier as- 
pect, on sj croirait au miiieu d'une 
riante promenade, d'un jardin déli- 
cieux. L'œil y contemple avec plaisir 
des ma si s d'arbustes, de rosiers et 
de fleurs qui embaument l'air des par- 
fums les plus agréables. Un sentier 
conduit à la demeure du prêtre chargé 
d'inhumer les morts. De là on gagne 
le 

Champ des Tombeaux. La scène 
change alors subitement ; nous ne 
voyons pius qu'une terre aride et mon- 
tucuse, dont les inégalités annoncent 
que la cendre des morts y repose. A côté 
des lombfs préparées s'offrent des ter- 
res environnées de morceaux de craie 
d'une blancheur éblouissante. Les uns 
sont surmontés d'une simple croix, et 
les autres sont de pompeux mausolées 
que la piété filiale, la tendresse ou la 
reconnaissance ont ornés d'inscriptions 
touchantes. 

Les symboles les plus fréquemment 
employés dans ces monumens sont le 
hibou, le sablier, la torche ardente ren- 
versée et les vases cinéraires. 

Quittons maintenant ce lieu de deuil 
et de douleur, et allons faire notre 

Excursion au château d'OEilly. 

Distance à parcourir : S lieues. 

Mais comment peindre tout ce qui s'offre 
à moi? Mes sens suffisent à peine pour tout 
voir: les souvenirs se pressent en foule; jo 
m'égare avec délices. 

(Arsène Tihébaut-de-ISernaud.) 

Franchissons l'enceinte de la ville et 
dirigeons nos pas vers le joli village 
d'OEilly, dans lequel est placé le châ- 
teau qui fait l'objet de notre excursion. 
Ce château, quoique fort ancien, n'a 
point l'aspect des autres Châteaux féo- 
daux. 

Nous ne Tojons ici ni glacis , ni créneaux , 

Ni de ces noirs donjons sortant du sein des eaux , 



Ni de ces murs épais ollV .tut partout lenipreinit 
De la puissance , ou plutôt de la eraiute. 

Ce château, qui est entouré de jar- 
dins magnifiques, se compose de plu- 
sieurs corps de bâtimens et de deux 
tours sur l'une desquelles nous remar- 
quons une fente. Cette fente, suivant la 
tradition populaire, se fit le jour même 
où un des seigneurs de ce lieu jura 
devant Charles VII que s'il ne disait 
vrai, la tour de son chàleau pouvait se 
fendre. 

Après avoir visité les dépendances du 
chàleau et joui du beau point de vue 
que ses terra-ses nous offrent, asseyons- 
nous sous ses ormes antiques, et écou- 
lons en silence le chant mélodieux de 
ce rossignol. 

Poursuis, chantre gracieux, ta romance plaint! re , 
C'est pour loi seul que nous sommes sous cesornieaux , 
Prêtant aux sons de ta voix une oreille attentive , 
El partageons tes maux. 

Avant de quitter le village d'OEilly, nous 
devons aller voir son église, qui est fort 
jolie, et surloutson cimetière, dans le- 
quel nous remarquons parmi quelques 
ifs et cyprès, la tombé modeste d'un des 
fi ! s de M. le comte de Choiseul— (Souf- 
fler, ancien ambassadeur de France à 
Con-liuilinople, et dont le voyage en 
Grèce a fourni au poêle Delille le sujet 
de ce charmant épisode : 

Parmi 1rs voyageurs {fui , de ce beau rivage. 

Emportent . en passant , une stérile image , 

Le génie oplnré de ces fameux remparls , 

Distingue dans la foule un jeune amant des arts 

Qui. pour ces murs sacrés , rempli d idolâtrie. 

Triste , semblait pleurer sur sa propre pairie; 

Pour voir de ces beaux lieux l'augusle anliquilé , 

Paris , amis pareils , il avait tout quitté: 

s Tu vois, lui dit le Pieu , ces merveilles divines; 

» Le temps va dévorer jusques à leurs ruines ; 

» Bientôt Pisil afflige ne reconnaîtra plus 

» L'asile des beaux-ails et celui des vertus. 

" Bâte-toi , rends la vie à leur gloire éclipsée ; 

" Pour prix de tes travaux , dans un nouveau lycée 

a Un jour je le promets la couronne des aits. n 

Il dit, et dans le fond de leurs tombeaux épars 

Des Platon , des Polon' les ombres l'entendirent; 

Du jeune voyageur tous les sens tressaillirent. 

Aussitôt, dans ces Jeux , berceau des arts naissans 

Accourent à sa voix les avis reeonuaissatii. 

Le Dessin . le premier , prend son crayon lidéle , 

El Ici quui leudre lils , lorsque la mol t cruelle . 

D'une mei i adorée a terminé le sort , 

A ses re« tes sacr s s'attache avec transport; 

Demande à 1 air eu temps . d'épargner sa poussière , 

Et se plail à tracer une image si chère; 

Ainsi par l'amour même, instruildaiis ces beaux lieux 

Le Dessin, de la Grèce enfant ingénieux , 

Va cliereher, va saisir, va tracer son image ; 

Et , belb; encor , malgré les injures de l'âge , 

Avec ses monumens . ses héros et ses dieux , 

La Grèce reparait tout entière à nos jeux. 

BiDLtOGRAPHIKD'AMiErVS.— Histoire 



GUIDE 






de la ville d'Amiens, par M. Duvesel, 
2 vol. in-8°, avec 12 gravures . . 12 fr. 

La flore du Département de la Somme 

et des environs de Paris, par M. Ch. 
Pauquy, médecin à Amiens, un gros 
volume in-8° 9 fr. 

Description historique de l'Eglise ca- 
thédrale d' simiens , par M. Gilbert, 
un gros vol. in-8°. avec 4 superbes 
gravures en taille-douce . . . . C fr. 

Notice sur le même monument, par 
M. H. Dusevel 2 fr. 80 c. 

Description d s églises de St.-Riquier 
et de St.-Vuljian d'Abbeville, par 
M. Gilbert, 1 vol. in-8 ., aussi avec 
belles gravures 5 fr. 

Le Guide de l'Etranger dans Amiens , 
contenant la liste des fonctionnaires 
publics, celle de tous les commer- 
çans, et la description des Monu- 
mens, etc.; par G.Caron, un vol.in-18. 
1 fr. 60 c. 

( Imprimerie et librairie de Caron- 
Vilet). 

Communication 

D'Amiens à Abbevitle par te bateau à 
vapeur. 

Distance à parcourir : 15 lieues. 

( En descendant 6 h. 
Durée du trajet : ; 

) En montant i b. 

Bateau affecté à ce service. 

Le 

Grand -Sire, tel est le nom du 
bateau à vapeur sur lequel nous allons 
naviguer. Ce bateau, dont la construc- 
tion est due à M. Sabey, n'a point cette 
forme gracieuse que nous admirons 
dans les autres : il est extrêmement pe- 
tit et a quelque ressemblance avec les 
bains Vigier , établis sur la Seine. 

Sur un petit pont de quelques pieds 
de hauteur, sont élevées deux chambres 
destinées aux passagers, séparées par 
une troisième où est tout le mécanisme 
du bateau. Àuiour de ces trois pièces 
règne une jol e galerie garnie de bancs 
fixes pour la commodité des voyageurs. 

Telle est en peu de mots la forme et 
la distribution de ce baleau à vapeur, 
qui a été déterminée par la disposition 
de la rivière qu'il parcourt laquelle offre 
peu d'eau et de nombreuses écluses. 

Embarquement et départ. 
y Partons, la cloche sonae pour la der 



nière fois et nous avertit que notre petit 
navire va quitter Amiens et sillonner le 
cours paisible de la Somme jusqu'à Ab- 
beville. Partons, et pour jouir de la vue 
que nous présente cette rivière , pla- 
çons-nous sur l'avant du bateau ; là 
nous pouvons tout découvrir. ÎSous ga- 
gnons la large et nous fuyons avec la 
rapidité de l'éclair ; déjà Amiens ne 
nous présente plus qu'une masse de 
maisons sombres et son beffroi qui do- 
mine la campagne voisine. 

Jusqu'ici rien de remarquable ne 
s'est offert à nous, mais bientôt nous 
découvrons à gauche, 

Piquigny, sa belle 

Ecluse et son 

Antique Château , qui existait avant 
le YII« siècle. Il fut ruiné en 14"?fl, par 
le duc de Bourgogne, qui força la gar- 
nison de sortir en pourpoint, et re- 
construit depuis. Plusieurs auteurs ont 
célébré, dans leurs ouvrages, ce vieux 
fort, 

. . . . Qui du haut des collines, 
Tyran de la contrée, efl'roi de ses vassaux , 
Portait jusque* au ciel l'orgueil de ses créneaux. 

Les terrasses de ce château présentent 
un point de vue magnifique. Au dessus 
de la porte d'entrée nous lisons, sur une 
table de marbre noir, celte inscription 
fameuse, en caractères hébreux, grecs 
et latins : 

Hê Deut et tirtus summlgeuuêre pariniti ; 
Qui caret hit et mt , nobitilate caret. 

Ce qui veut dire en français : 

Dieu et la valeur, parens illustres , ine donnèrent 
l'origine; sans eul et sanl moi il n'est point de no- 
blesse. 

Piquigny, autrefois baronnie, est de- 
venu célèbre par l'assassinat commis, 
eu 942, sur la personne de Longue- 
Epée , duc de Normandie, qui y fut tué 
à l'issue d'une conférence qu'il y avait 
eue avec Arnoult , comte de Flandre. 

Louis XI et Edouard, roi d'Angle- 
terre, s'y abouchèrent le 29 août 147S. 
Une mutuelle défiance présida à cette 
entrevue : les deux monarques se par- 
lèrent â travers un gros treillis de bois, 
dont les ouvertures ne permettaient que 
le passage des bras comme aux cages 
de lion, dit naïvement Commines. 

Apercevez-vous, plus loin, un bâti- 
ment qui offre l'aspect d'uu palais ma- 
gnifique, ayant de superbes jardins qui 
s'étendent jusqu'à la rivière ? c'est 1" 



2%f^ 



DU VOYAGEUR El» EUROPE. 



10» 



Abbaye du Gard, silencieuse retraite 
de quelques trappistes. Bientôt après, 
nous découvrons 1' 

Etoile, joli village dans lequel les 
Romains avaient conslruit une forte- 
resse pour protéger le commerce ma- 
ritime qui se fai-ait de leur temps sur 
la Somme, et pour percevoir de* droits 
sur les marchandises qui remontaient 
cette riiière. 

Aux enviions de ce bourg, nous re- 
marquons un superbe 

Camp romain, dont les fossés et les 
retranchemens sont parfaitement con- 
servés. Ce canp forme, comme le dit 
Rivoire , un triangle appuyé sur une 
prairie qui s'étend le long de la Somme , 
dont il n'est éloigné que de deux cents 
toises. De ce côlé, il n'est guère acces- 
sible, parce qu'il se trouve couvert de 
monticules hauts d'environ cinquante à 
soiiaole pieds. Le côté qui regarde le 
couchant est encore plus raide, et hors 
de toute attaque. A l'égard du côté op- 
posé , il est couvert d'un boulevard de 
sept à huit pieds de hauteur , et de fossés 
larges et profonds qui ne laissent qu'une 
seule ouverture , telle qu'il la fallait 
pour le passage des troupes. 

Quoiq ;e ce camp porte le nom de 
César, nous ne pensons point qu'il ait 
été élevé sous Jules-César j nous croj ons 
plutôt, malgré l'autorité du Y. Daire, 
(Histoire d'Amiens, 1. 1"), qui y place 
l'une des trois légions laissées par ce 
conquérant en quartier d'hiver dans le 
Jielgium, qu'il ne fut élevé que sou» 
Auguste, lorsqu'Agrippa fi! travailler à 
la voie romaine qui conduisait d'Amiens 
à Boulogne. 

Après une courte navigation, nous 
commençons à apercevoir 

Abbeviile , qui est le terme de notre 
navigation. 

Aperçu général d' Abbeviile. Celte 
ville est assez grande et assez bien bâtie ; 
ses rues sont en général étroites et mal 
pavées. Nous y remarquons beaucoup de 
vieilles maisons en bois qui fixent l'at- 
tention des antiquaires. 

Abbeviile possède plusieurs églises , 
une caserne, un hospice pour les en- 
fans trouvés , une bibliothèque riche 
de quinze mille volumes, une salle de 
spectacle ; une manufacture , établie 
par Colbert, où l'on fabrique des draps 
fins , un champ de foire , de belles pro- 
menades ; enfin , un superbe rempart. 



Historique. — L'origine d'Abbeville 
n'est pas fort ancienne. En 992 , Hu- 
gues Capel fit fortifier cette ville, crai- 
gnant de nouvelles incursions des Danois 
et des Normands , par l'embouchure de 
la Somme. Sa devise est Fidelis. Elle 
lui fut accordée comme un témoignage 
honorable de «on attachement à la cause 
de nos rois , et de la répugnance qu'elle 
a toujours montrée à supporter la domi- 
mination des princes anglais, devenus 
comtes de Ponthieu. Il paraît même 
que l'un de ses habitons, nommé Rin- 
gois , aima mieux être précipité du 
château de Douvres dans la mer, que 
de prêter serment de fidélité à Edouard , 
roi d'Angleterre. 

Ce fut à Abbeviile qu'en 14 '»3 Louis XI 
compta au duc do Bourgogne quatre 
cent mille écus qu'il s'était obligé de 
lui payer pour le rachat des villes en- 
gagées par le traité d'Arras. C'est aussi 
dans celte ville que Louis XII épousa, 
le 9 octobre loti, avec une pompe vrai- 
ment rojale, la soeur d'Henri VIII, roi 
d'Angleterre. C'est également à Abbe- 
viile que Louis XIII , pendant le siège 
d'Hesdin , en lfi:î7 , voua son royaume 
à la Vierge eu présence du cardinal de 
Richelieu. C'est enfin dans cette cité 
que . le 1 er juillet 17G6, le jeune che- 
valier de Labarre, accusé de quelques 
actes irréligieux, termina sa vie sur 
l'échafaud. 

Débarquement , séjour et promenade. 

Nous voilà rendus à notre desti- 
nation ; débarquons, et allons loger 
à 1* 

H' tel de l'Europe, qui est le plus 
beau d'Abbeville et le pluseslimé. Cette 
ville est peu riche en 

Curiosités. La 

Cathédrale , qui est dédiée à saint 
Vulfran , est la seule qu'elle possède. 
Son 

Portail , qui est la partie la plus 
remarquable de ce monument , fut 
conslruit sous le règne de Louis XII, 
et par les soins du cardinal d'Amboise. 
Ce portail pré ente une ordonnance 
régulière et élégante. Les statues des 
saints qui le décorent sont remarqua- 
bles par la singularité de leurs costu- 
mes et les divers ornemens dont ils 
sont chargés. Les tours qui surmon- 
tent l'église sont d'un assez bon style 






101 



GUIPE 



gothique ; elles s'élèvent à emiren 
Irenie toises de hauteur. La 

l'nrie en bois du grand portail est 
curieuse à cause de ses sculptures; 
elle représente les douze apôtres et 
les mystères de la Vierge. Sur la face 
intérieure de cette porte, nous lisons: 

Vierge aulx humai a, la porle d'aniour. 

E,te, 
In tirtutc labur l55o. 

Passons maintenant à la 

Biographie d' Abbevilie. Cette ville a 
donné nuissance au cardinal Aiegrain, 
patriarche de Constanrinopie sous Gré- 
goire IX, au célèbre géographe San- 
son, au graveur Mellan, à Pongerville, 
traducteur élégant de Lucrèce, au sa- 
vant médecin Hoequct , et enfin au 
poète M llevoye, dont les muses pleure- 
ront lon^'-temps la perte. On distingue 
parmi ses meilleurs pièces X'Episode de 
Bertlie la filanilière, qu'on trouve dans 
son poème de Gharlemagne. Mais ses 
vers les plus louchans sont ceux dans 
lesquels, comms le cygne, près de pé- 
rir, il peint cette langueur mortelle qui 
l'enleva trop tôt aux lettres et à la so- 
ciété. 

Bois que j'aime J adieu.... je surcomlie, 

Votre deuil me prédit mon sort ; 

Et dans chaque feuille <|ui lomlie 

Je vois un présape de mort. 

Fatal oracle d Epidaure , 

Tu m'as dit: « Les feuilles des bois 

a A tel yeux jauniront encore , 

« Mais c'est pour la dernière fois ; 

11 (l'éternel cyprès t'environne , 

* Plus pâle que la pale automne, 

'< Tu t'inclines vers le tombeau: 

« Ta jeunesse sera tlêtrie 

n Avaut l'herbe de la prairie , 

a Avant les pampres du coteau. » 

Environs d' Abbevilie, 

De tous les lieux qui environnent Ab- 
bevilie, deux seuls méritent d'être vus, 
savoir : le champ de bataille de Crécy 
et le château de Hambures. 



taille de Crécy, nous devons prendre la 
route qui conduit à Calais par Hesdin 
et Sainl-Omer. Arrivés au village de 
Fontaine, nous prenons la gauche et 
nous nous trouvons bientôt en face du 
c!iams> de bataille, que nous recon- 
naissons à la croix qu'on y a élevée, et 
à un moulin à vent dans lequel on as- 
sure qu'Edouard se tenait pendant le 
combat. 

Quoique plusieurs siècles se soient 
écoulés depuis celte sanglante bataille 
qui y fut livrée, on n'en éprouve pas 
moins de peine à y contempler ce théâ- 
tre de guerre, où trente mille Français 
perdirent la vie, par la faute du duc 
d'Aleuçtin. 

Cinq rois se trouvèrent à ce funeste 
combat, savoir : Philippe de Valois, roi 
de France, Jean de Luxembourg, roi 
de Bohême, Charles, son fils, roi des 
Romains, le roi des îles Baléares, et 
Edouard, roi d'Angleterre. Le roi de 
Bohême étant aveugle fit attacher son 
cheval à ceut de quatre cavaliers, 
puis, chargé d'une masse d'armes, s'é- 
lança au milieu de la mêlée où 

En un clin d'an! il abattait 

Porte .guidons . soldats, trompette, 

Tiien ébaubis de leur défaite. 
De droit , de gauche , il Tons les dépêchait ; 
C'était miracle. A l'un , le nez il écrasait , 

lie l'autre , il perçait les prunelles; 
Cassait jambes et bras , vous ouvrait les eerrelles : 

Fendait des reins, brisait des dents: 

Tel Jupiter foudroya les Titans. 

Mais à la fin il tomba sous les coups 
d'un baron anglais. Edouard fit remet- 
tre son corps au roi îles Romains, et on 
le déposa rendant quelque temps dans 
l'église de Valoires, où l'on grava ces 
quatre vers. 

L'an mil quarante-six trois cens, 
Comme la chronique témoigne , 
Fut apporté , puis mis céans 
Jean de Luxembourg , roi de Bohême. 



Excursion au champ de bataille de Crécy. Environs du château de Rambures. 
Distance à parcourir : i lieues. Distance à parcourir: 4 lieues. 



Infortunés mortels! quelle est donc votre 
furie , de rompre le fil d'une existence déjà 
si précaire? La brièveté de son cours ne 
vous indique-t-elle pas assez que vous de- 
vriez travailler de concert pour embellir 
le plus possible son passage rapide? 

Pour nous rendre au champ de ba- 



« Allons au milieu des décombres cher- 
cher sous ses débris poudreux quelques 
souvenirs des siècles passés !..» 

Ce château, dont la construction 
date du quatorzième siècle, se compose 
de quatre tours et d'un donjon dont les 
toits se terminent en pointe. Il est con- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



10» 



strnit en briques à l'exception de la 
galerie qui règne tout autour, qui est 
en pierres. Il reçoit le jour par de pe- 
tites croisées ce qui donne aux diver- 
ses pièces un air de tristesse et de mé- 
lancolie. 

Un effroi vague, une secrète peur, 
Saisil l'âme au sein de ces vastes salles . 
Soint ces arceaux donl la froide épaisseur, 
H'un j'ourdouleui brille par intervalles. 

Ce château est environné de murail- 
les prodigieusement hautes et d'un a - 
peci fort triste. Les sires de Rambures 
figurent avec honneur dans l'histoire 
des grands officiers de la couronne. 

Départ d'Abbeville. 

Au sortir d'Abbeville nous gravissons 
un 

Petit coteau au haut duquel nous 
trouvons à gauche la deuxième route 
de Calais; nous parcourons ensuite une 

Plaine crayeuse jusqu'à 

Canchy, village composé de chau- 
mières et entouré d'arbres , comme 
presque tous ceux de la Picardie. Après 
Canchy, le pays devient montteux; 
nous longeons à gauche la 

Foret de Crécy, et bientôt nous ar- 
rivons au village de 

Fontaine, non loin duquel est le 

Champ 4e bataille de Crécy, dont 
nousavoi s déjà parlé. 

Après le village de Fontaine, nous 
traversons la 

Rivière d'Authie, et nous entrons en- 
suite dans le 

Département du Pas-de-Calais , et 
bientôt après dans 

Htsdin, jolie petite ville située dans 
une vallée délicieuse, où se réunissent 
la Ternoise et la Candie, dont les eaux 
traversent la prairie Du côté du Nord 
Hesdin est couvert par la foret et par 
la montagne sur le penchant de laquelle 
se trouve l'église rie Saint-Leu ; au pied 
de cette montagne est le faubourg du 
même nom, qui ne communique à la 
ville que par une digue étroite; tout le 
reste est inondé, et présente l'aspect 
d'un vaste ba-sin entouré d'écluses. Du 
côté du midi, le terrain est aussi élevé 
que la montagne opposée : il offre un 
fronton inégal entrecoupé de ravins et 
de vallons. Vers l'orient, à la dislance 
de mille pas, est l'extrémité de la col- 



line dont la croupe sépare les deux ri- 
vières. A l'occident la vallée s'étend 
le long de la Ternoi-e et de la Canche 
réunies, et forme une vaste plaire entou- 
rée de ruisseaux d'eau vive et couverte 
d'avenues d'ormes et rie tilleuls, qui 
contribuent à rendre le pajs pitto- 
resque. 

Après les forlificalions d'Hesdin, la 
seule curiosité à voir est la 

Cathédrale, qui est un joli édifice 
élevé en lbtio. Cette église , après 
avoir beaucoup souffert ] endant la ré- 
volution, a été restaurée en 1811 et 
1812. et rendue au culte en 1823. 

En sortant d'Hesdin nous passons sur 
la Ternoise, nous gravissons la 

Cote, et nous entrons ensuite dans la 

F'orél d'Hesdin, dont la longueur a 
près d'une lieue. Au sorlir de la forêt 
une 

Descente rapide nous conduit à 

Fniges , petite ville bâtie au pied 
d'une côte extrêmement rapide et très 
pittoresque. Bientôt nous arrivons à 

Fauquemberg, grand village qui n'of- 
fre rien de remarquable. Après avoir 
pa'sé le village rie 

Saint-Avoult, le pays devient plus 
plat et continue d'être ainsi jusqu'à 

Sainl-Omer , jolie et forte ville située 
dans une contrée marécageuse , sur l'Aa 
qui est navigable , à l'embouchure du 
canal Neuf-Fossés et à la jonction de six 
routes. 

La ville de Saint-Omer est peu riche 
en 

Curiosités ; nous ne remarquons que 
sa 

Cathédrale qui est digne de fixer notre 
attention. Cette église qui est située sur 
le haut et au sud-ouest de la ville , fut 
originairement bâtie par saint Orner , et 
n'était point parachevée vers le milieu 
du XV e siècle. Sa longueur est de trois 
cent cinquante pieds ; elle forme une 
croix latine avec bas - côtés entourés 
d'une ceinture de chapelles, dont lesar- 
cadessont fermées par de» balustrades en 
marbre. Des pil iers d'une forme gothique 
soutiennent les voûtes de la nef princi- 
pale et des bas-côtés , au dessus des- 
quels règne un rang de galeries. La har- 
dies c e des voûtes élevées à soixante-huit 
pied s au dessus du pavé, dont les nervures 
sont croisées avec art , la boiserie du 
choeur, la chaire à prêcher, suspen- 
due entre deux piliers , le buffet d'or- 



106 



GUIDE 



gués , placé au dessus de l'entrée prin- 
cipale, et l'horloge qui se trouve à l'ex- 
trême gauche de la croisée , dont le 
cadran indique les heures, les mois, 
les signes du Zodiaque et les phases de 
la lune sont autant d'objets dignes de 
fixer l'attention des connaisseurs. Son 
frontispice consiste en une tour car- 
rée, de cent cinquante -un pieds trois 
pouces d'élévation, dans laquelle se trou- 
ve encore la cloche nommée la Julien- 
ne, du poids de seize à dix-huit mille 
livres.fondue en 1474; de sorte que, con- 
sidérée dans son ensemble, quoique d'un 
style grave , c'est aujourd'hui , après 
Saint-Vaast d'Arras, le plus bel édiiiee 
qui existe dans le département. Quant 
aux 

Environs de Saint - Orner, ils sont 
fort jolis, mais c'est surtout ces 

lies flottâmes qui doivent fixer ici 
notre attention. C'est entre les fau- 
bourgs de Haupont.del/rzel et de Clair- 
marais qu'elles se trouvent. Ces îles, 
citées par tant d'auteurs , et visitées 
par tant de voyageurs, sont regardées 
comme un jeu bizarre de la nature. Leur 
forme et leur étendue varie A l'infini , 
elles sont formées par une masse de terre 
liée par des racines nombreuses d'her- 
bes, par des roseaux et des arbustes, ce 
qui leur permet de se soutenir ainsi sur la 
surface de l'eau et de pouvoir, par con- 
séquent , se transporter d'un lieu à un 
autre. Eu 1781 , à l'occasion de la nais- 
sance du Dauphin, les Hauponnais pré- 
parèrent un feu de joie sur une de ces 
îles , réduite à quarante-quatre pieds de 
longueur sur douze de largeur, qu'ils pro- 
menèrent ensuite sur la rivière de l'Aa 
jusque sous les murs de la vilie , au 
grand étonnement des spectateurs. Nous 
sortons de Saint-Omer par la 

Porte de Calais; là nous traversons 
un bras de l'Aa et bientôt le village de 

La Recousse qui n'offre rien de re- 
marquable. Vient ensuite 

Arrhes, petite ville et place de guerre, 
située sur le canal de son nom, entre 
une plaine fertile et un marais tour- 
beux. Nous continuons à cheminer sur 
une route plaie et droite , bordée de 
champs, de prairies et de marais, qui 
aboutit , à une lieue d'Ardres.à un pont 
remarquable, dit le Pont-à-quatre-Bran- 
ches, où les deux canaux de Saint- 
Omer à Calais et d'Ardres à Gravelines se 



croisent à angle droit. Après ce pont , 
une route directe nous conduit à 

Calais , où nous arrivons en traver- 
sant dans sa longueur le faubourg de la 
ville basse. 

Deuxième roule. 

Route par Beauvais , Abbeville et Bou- 
logne. 

Dislance à parcourir : Gi lieues et demie. 

Topographie de ta route. 

Départ. 

C'est non loin de Pierrefitte, et dans 
l'endroit appelé le Barrage , que les 
deux routes de Paris à Calais se sépa- 
rent; ce n'est donc que depuis cet en- 
droit que. nous devons commencer notre 
description. 

Barrage, Passé le Barrage, nous en- 
trons dans le 

Département de Seine -et- Oise , et 
bientôt après dans 

Saint-Brice , village presque entière- 
ment composé de maisons de plaisance. 
Après avoir parcouru un pays assez va- 
rié , nous arrivons à 

Mouettes, village sans importance. De 
Moi^elles nous allons ensuite à 

Beau)?iont(Ohe), petite ville située sur 
une des côtes qui bordent la riche val- 
lée de l'Oise. Après avoir franchi le joli 

Pont de l'Oise , et parcouru un es- 
pace peu considérable , nous arrivons à 

Chambly , joli bourg orné d'une 

Place magnifique et d'une 

Promenade très pittoresque. 

Puiseux vient ensuite , village situé 
dans un pays frais et gracieux, et re- 
marquable par sa 

Fabrique d'éventails. Après viennent 
les vidages de 

More d'Orv Hier, 

Sainte-Geneviève , 

IV ou illes et 

Varlui, qui n'offrent rien de remar- 
quable. Après ce dernier village , nous 
avons une 

Cote à descendre et nous entrons en- 
suite dans 

Beauvais, ville fort ancienne, située 
dans un riche vallon entouré de colline» 
boisées, au confluent de l'Avelon et du 
Therain qui baigne une partiede son en- 
ceinte, circule dans son intérieur, et se 
divise en plusieurs branches et canaux 
très favorables à l'exploitation des di- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



iOT 



verses manufactures. Parmi les nom- 
breuses 

Curiosités que renferme Beauvais , 
nous remarquons : la 

Cathédrale, qui n'est pas encore 
finie ; il n'en existe que le chœur et la 
nef transversale, destinée à former avec 
la grande nef, qui manque, la croil 
latine. Dans I' 

Intérieur nous voyons le 
Tombeau en marbre blanc, du cardi- 
nal de Forbin-.lansou, évêque de Beau- 
vais, mort à Paris le 24 mars 1713, à l'âge 
de 83 ans. Près de ce tombeau un petit 
Cabinet d'horloge de stj le arabesque, 
dont le mécanisme fait mouvoir un ca- 
ri Ion. Ce cabinet est surmonté d'un 
dais de style gothique d'une forme élé- 
gante. 

Au dessus des grilles du chœur sont 
tendues huit belles 

Tapisseries de la manufacture de 
Beauvais , représentant plusieurs sujets 
de l'ancien et du nouveau Testament et 
les actes des apôtres d'après les cartons 
de Raphaël. L' 

Eglise Saint-Etienne, seconde pa- 
roisse de la ville de Beauvais, est beau- 
coup moins vaite et moins élevée que !a 
précédente. Les premières fondations 
en furent jetées par saint Firmin , vers 
l'an 220. et fut réédiflée en 997. Ses vi- 
traux sont d'une admirable beauté. Le 
Pa/a!s J E>iseo / >a2 dont la construction 
remonte vers le XV' siècle, ressemble 
beaucoup à une petite forteresse , par 
les tours dont il est flanqué et par ses 
hautes murailles en pierres. L' 

Hôtel-de-VMe, qui est situé sur la 
place, est le plus bel édifice de Beau- 
vais; nous y remarquons une très belle 
horloge à équations , composée par le 
céltbie Lepaute et placée le 15 sep- 
tembre 1810. Quant à la 

Manufacture Royale de tapisseries , 
elle mérite d'être v e. 

Telles sont les diverses curiosités que 
renferme Beauvais et que nous avons 
signalées, maintenant reprenons notre 
route. 

Départ de Beauvais. 

Au sortir de Beauvais nous remar- 
quons à droi'e la 

Route de Brmeuil, là nous commen- 
çons à gravir une 

Cote de peu d'étendue, au bout de 
laquelle est le village de 



Toissereux, qui est sans importance 
et où nous voyons les 

Roules de Dieppe et de Saint— Oiner. 
Après avoir parcouru une faible dis- 
tance , nous tra\ersons 

Clermont, village qui n'offre rien de 
remarquable que son 

Eglise paroissiale et son 
Ancien château stigneurial. Vient eu- 
suite 

Marseilles, petit village situé au mi- 
lieu d'un joli terrain, ombragé d'arbres 
et arro«é par la 

BUnère d'Herbouval, laquelle nous 
passons sur un pont de peu d'impor- 
tance. Bientôt nous arrivons à 

Ùranàvillîers, joli bourg, peuplé d'en- 
viron trois mille liabilans, et renommé 
par ses fabriques de serges et de bonne- 
terie de laine. Après avoir passé la 
petite 

Rivière de Tonac et parcouru un 
beau vallon , nous entrons dans le 

Département de la Somme, où nous 
avons à gravir une 

Montagne assez forte, au bout de la- 
quelle est 

Poix, village bien situé dans un fond 
assez pittoresque. Après avoir traversé 
la 

Route de Rouen à Amiens, et par- 
couru une 

Plaine assez étendue, nous traver- 
son le 

Camp-Lamienois, hameau sans inté- 
rêt et bientôt après 

J lii , ai.ie,boiiiga*sezbien bâti etagréa- 
blement situé sur trois petites rivières, 
dont deux prenne leur source à une 
lieue de dislance environ. Après avoir 
parcouru une certaine dislance et cô- 
toyé la Somme, noua arrivons à 

"Abbeville , ville dont il a été question 
dans notre première roule à laquelle 
nous renvoyons le lecteur. 

Au sortir d'Abbeville nous remar- 
quons à droite la 

Route de Saint-Omer. Après avoir 
franchi une 

Cote aviez forte nous entrons dans 
Non vion, village peu considérable, 
au bout duquel nous longeons à gau- 
che lé 

Parc du château de Cl rmont-Ton- 
nerre, et à droite la 

Forêt de Crécipion, OÙ est situé 
Forét-:houtier, hameau qui n'offre 
rien de remarquable. Plus loin est 






103 



GUIDE 



B-rnay, village assez bien silué et 
possédant une excellente auberge. Après 
avoir parcouru une faible distance, nous 
remarquons à gauche une 

Avenue très pittoresque conduisant 
au 

Château d'Arry, que nous voyons à 

peine à cause des arbre dont il est 

entouré. Plus loin et du même côté est 

Rue, petite ville sans importance, et 

plus loin encore 

Nampont, village aussi sans impor- 
tance et divisé en deux parties, par la 

Rivière A' Authie que nous traver- 
sons. Ici commence le 

Département du Pas-de-Calais, dont 
le sol est tout pareil à celui que nous 
venons de parcourir. Après avoir par- 
couru une certaine distance, nous tra- 
versons 

WùiUy, village long et agreste et 
remarquable par son 

Château situé à notre droile. Vient 
ensuite 

<>Joiitreuil-sur-mer,\\\leagrê'Ablement 
située sur une colline, près de la rive 
droite de la Ganche. Elle est bien bâtie 
en briques, astez bien percée, défen- 
due par une citadelle et ceinte de rem- 
parts d'où l'on jouit d'une vue déli- 
cieuse sur Ja verdoyante vallée de la 
Ganche, sur les dunes et sur les côtes de 
la mer, qui en esta plus de trois lieues. 
Après que nous sommes sortis des 
fortifications, nous passons sur un 

Pont de pierre , situé sur la Candie 
et nous franchissons ensuite le 

Faubourg de Laneuville , où bientôt 
après nous traversons à gauche un 

Chemin d'embranchement condui- 
sant à Etaples. Vient ensuite la 
Forêt de Longviliiers et 
Cormant, ferme isolée qui réunit à 
une auberge propre un relai des mieux 
montes de Fiance. Bientôt après nous 
arrivons à 

Sanur, joli bourg , silué sur une pe- 
tite élévation, au milieu de grandes 
prairies. Nous y remarquons les restes 
de la plus célèbre abbaye du Boulon- 
nais, fondée vers le milieu duVII° siècle. 
Ici le pays devient plus montagneux, 
et a la suite va succéder bientôt le grès 
qui nous indique l'a] proche de 

['oulognc qui est l'un des ports de 
mer de la Manche où l'on s'embarque 
pour 1 Angleterre, et d'où nous par- 



tirons pour nous rendre à Londres lors 
de notre voyage dans ce rojaume. 

_ Aperçu général de lioulogne. — Cette 
ville qui est située à l'embouchure de la 
Lia:sne,au pied et sur le sommet du 
Mont-Lambert, s:; divise en haute et 
basse ville. La première est bien per- 
cée et as?ez bien bâtie en pierre bien 
taillées, mais équarries et placées par 
assises égales à la manière des anciens; 
la seconde n'est pas aussi bien percée, 
ni aussi .'olidemenl bâtie, cependant 
elle o fre un coup d'oeil assez agréable. 
Cette dernière renferme toute l'activité 
du commerce et plus des trois quarts 
de la population ; l'autre est presque 
entièrement peuplée de rentiers, de no- 
bles et d'Anglais. Elle est ornée de deux 
places publiques décorées de plusieurs 
belles foniaines et entourée d'un rem- 
part planté de beaux arbres , qui offre 
du côté de l'ouest une belle perspec- 
tive maritime, d'où l'on découvre par- 
faitement les côtes d'Anglelerre. 

Boulogne possède une bibliothèque 
publique, riche d'environ 21,000 volu- 
mes, un musée d'histoire naturelle et 
d'antiquités, un hôpital général, une 
belle caserne , enfin une salle d'hydro- 
graphie. 

Historique. — Cette ville était connue 
des anciens sous le nom de Gesoriacum; 
n'était alors qu'une bourgade située 
dans une île comprise dans le pays des 
Morins, l'un des peuples les plus puis- 
sans des Gaules. L'an 50 avant l'ère 
chrétienne, Pédius, parent de Jules- 
César, fit construire sur une colline , 
vis-à-vis de Gesoriacum, une ville à 
laquelle il donna le nom de lionia. Ce 
fut dans son port que Jules-César pré- 
para la première expédition contre 
l'Angleterre , l'an 38 avant notre ère. 
Peu à peu le nom de Gesoriacum dis- 
parut et l'on ne se servit plus que de 
celui de Bonia, dont plus tard ou a fait 
Boulogne. 

« En 882, la ville de Boulogne fut 
assiégée par les Normands , et quoique 
vaillamment défendue par ses habitons, 
elle fut prise d'assaut, et tous seshabi- 
tans passés au fil de l'épée sansdis;in;> 
tion d'âge ni de sexe ; les édifices fu- 
rent brûlés, les murailles renversées, 
et la ville presque entièrement détruite; 
ce ne fut qu'après le départ des Nor- 
mands, en 012, qu'elle fut reconstruite 
et que ses fortifications furent rétablies. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



109 



Edouard III , roi d'Angleterre, (enta 
«ans succès de s'emparer de Boulogne 
en 1347. Sous le règne de François I er , 
Henri VIII , roi d'Angleterre, s'empara 
de cette ville après six semaines de 
tranchée ouverte. Après avoir soutenu 
huit assauts et plusieurs attaques suc- 
cessives, les habilans se rendirent, par 
capitulation, le 13 septembre 1544. 
Les Anglais restèrent maîtres de 
Boulogne jusqu'en lobO, époque où 
Edouard VI rendit celle ville à la 
France , moyennant 400 mille écus. 
Charles- Quint la détruisit de fond en 
comble, en looo , après un siège de six 
semaines. » 

En 1804, Napoléon fit de Boulogne 
son quartier général et le point de sta- 
tion de l'armée destinée contre l'Angle- 
terre. Un camp immense fut établi à 
droite et à gauche du port de Boulogne, 
depuis la tour d'Ordre jusqu'à Witnille, 
et depuis le sommet de la montagne 
d'Outreau jusqu'au Porte] . Huit demi- 
brigades d'infanterie de ligne, deux 
d'infanterie légère, et vingt compagnies 
de canonniers formèrent le noyau de 
l'armée qui allait se rassembler. 

Séjour et promenade. 

C'est dans la 

Bue de l'Ecu et à Y 

Hôtel du Nord que nous allons des- 
cendre, nous ne pourrions mieux trou- 
ver. Le port, les bains et le camp sont 
tout ce que Boulogne possède de re- 
marquable. Commençons par visiter 
le 

Port. La rue de l'Ecu nous y con- 
duit tout droit. Ce port est formé de 
deux longs bassins joints ensemble par 
un joli quai. A gauche est la 

Lionne, rivière dont le fond vaseux 
n'est sillonné que par un filet d'eau 
quind la marée l'abandonne; à droite 
sont les 

Bains de mer. Ce superbe édifice, au 
pied du uel la mer vient rouler ses 
flots , est d'ordre ionique romain d'une 
belle proportion. Il est divisé en deux 
parties; une est consacrée aux dîmes 
et l'antre aux hommes. La première 
comprend un grand salon particulier , 
une chambre de repos, une salle de 
rafraîchissement et un salon de musi- 
que, avec des dégagemens convenables; 
l'autre partie est composée d'une belle 



salle de billard, d'un logement parti- 
culier et d'autres pièces. Ces deux 
çorpg-de-logis sjniélriquement dispo- 
sés , et n'en formant qu'un seul à l'ex- 
térieur, communiquent, par des salons, 
à une très grande salle d'assemblée et 
de bal, décorée de colonnes et de pi- 
lastres ioniques. Cette salle est précé- 
dée d'un porche du côté de la ville, et 
d'un péristyle du côté de la mer. Un 
escalier, ménagé dans l'ii teneur du 
porche, conduit à une belle plaie-forme 
qui recouvre tout le bâtiment, et de 
laquelle la vue est aussi riche que va- 
riée. 

Telle est la distribution des appar- 
tenons consacrés aux baigneurs; exa- 
minons maintenant ceux des bains. Sur 
la façade qui domine le port , s'élèvent 
deux pavillons, l'un sert d'entrée aux 
hommes, et l'autre aux dames. Au bout 
de la grille est une terrasse entourée 
d'apparlemens pour les baigneurs. Les 
bains sonl sous terre, mais parfaite- 
ment éclairés, et comme ils sont com- 
posés de deux étages, le Jour y tombe 
d'à-plomb par deux ouvertures circu- 
laires de neuf à dix pieds de diamètre. 
L'étage inférieur contient seiz.e robi- 
net», huit pour le côté des hommes et 
huit pour celui des femmes. L'étage au 
dessus contient vingt autres robinets , 
dix pour chaque côté. Sous les bâti— 
mens sont placés des réservoirs pour 
l'eau. 

En face le bâtiment des bains , aper- 
cevez-vous sur la plage de petiles voi- 
tures ? ce sont les 

Bains à la Lame. Approchons pour 
en faire l'examen; ces bains se compo- 
sent d'une douzaine de. voitures élé- 
gantes et commodes , formant autant 
de cabinets de toilette assez grands pour 
contenir à l'aise plusieurs personnes. 
Ces voilures qui sont attelées chacune 
d'un cheval , prennent les baigneurs 
au bord de la plage cl les conduisent 
au lieu destiné à cet effet. Des bains , 
nous pourrons nous rendre au 

Camp en suivant le bord de la mer. 
En parcourant ce camp , nous voyons 
encore l'emplacement qu'occupaient les 
baraques construites par l'armée, a ; nsi 
que les petits j îrdins dont elles étaient 
décorées. C'est en cet endroit que fu- 
rent distribuées , le i'ô août 1804, les 
premières décorations de la lég'on 
d'honneur. L'année, pour retracer à la 



m 



GUIDE 



■: , 




postérité l'époque de la création de cet 
ordre célèbre , résolut d'ériger à ses 
frais une 

Colonne Monumentale , capable de 
résister aux siècles, et le 9 novembre , 
le maréchal Sowlt en posa la première 
pierre sur laquelle on grava cette ins- 
cription : 

Première pierre 

Du monument décerné 

Par l'armée expéditionnaire de Boulogne 

Et la lloltille 

A l'empereur Napoléon, 

Posée par le maréchal Soult, commandant en cher, 

18 brumaire an XIII (o novembre 1804). 

A la rentrée des Bourbons en France, 
cette colonne n'étant pas achevée , ils 
la destinèrent à rappeler leur retour et 
la concession delà Charte, et en 1821 
elle reçut cette destination. 

Avant de quitter ce lieu auquel se 
rattachent tant de souvenirs, jouissons 
un instant du 

Seau point de vue qu'il nous offre. 
A gauche nous découvrons Boulogne 
dans toute son étendue; à droite nous 
apercevons une multitude de villes et 
de villages; en face de nous s'offre d'a- 
bord l'Océan , puis ensuite les côtes 
d'Angleterre sous la forme d'une longue 
bordure bîeuâire qui tranche également 
avec l'azur de l'Océan et celui du ciel. 

Départ de Boulogne. 

Nous sortons de Boulogne par la 

Porte de Calais; à droite nous re- 
marquons la 

Roule de Saint-Omer, nous longeons 
Wicard , nous traversons ensuite la 

Rivière de ttfimereux et nous entrons 
dans 

Wimille, village situé au fond d'un 
étroit vallon, entre deux côtes rapides 
dont il faut descendre, l'une en arrivant, 
et l'autre en parlant. C'est clans le 

Cimetière de ce village que furent en- 
terrés , en 1786, Maire du Rosier et 
Romain , qui périrent d.ins cet endroit 
par suite de l'incendie de leur ballon, 
qui leur avait servi a traverser la Man- 
che. Sur la route sont trois pierres por- 
tant chacune une inscription ; shr la 
première on lit le malheureux événe- 
ment, sur celle de gauche l'inscription 
suivante : 

Ces deux mortels , des airs franchissant la banièro , 
Et planant sur le monde abaissé devant eux , 

Du trûne le plus glorieux 

Retombant dans la poussière , 



Montrent de l'homme , au même instant, 

Et la grandeur et le néant. 
Ar'îent ami des arts et de la vérité 
Au printemps de ses jouis , par un noble courage , 
Le premier dans les airs il s'ouvrit un passage , 
Et périt au chemin de l'immortalité! 

Enfin , au milieu , sous la grande 
inscription : 

L'estime , la douleur et l'amitié leur ont élevé ce 
monument , en l'année 178O. 

Après Wimille vient 

Marquise, joli bourg situé sur la petite 

Hiyière de Maek qui se jette dans 
l'Océan, à Ambleteuse. En face l'église 
de ce village, nous remarquons un til- 
leul qui pusse à juste titre pour un des 
plus beaux arbres de la contrée : son 
tronc après de cinq pieds de diamètre, 
et son feuillage couvre un carré de plus 
de cinquante pieds. Après avoir passé le 

Relui du Haut-liuisson, nous descen- 
dons jusqu'au 

Fort Nieulai, qui est situé à notre 
gauche et à l'embouchure de la 

Rivière de Hàmes. Cette forteresse, 
qu'on présume être une de celles ori- 
ginairement bâties par Charlemagne 
en 810 pour empêcher l'accès aux peu- 
ples du nord, présente un carré long 
de cent toises de l'est à l'ouest , et de 
quatre-vingts de largeur; elle est défen- 
due par quatre bastions et deux demi- 
lunes qui en couvrent les deux ports. 

Peu de temps après avoir passé le 
fort Nieulai, nous entrons dans 

Saint- Pierre , faubourg de Calais, 
placé sur un banc de galefs , vers le 
milieu de cette zone appelée les 

Pierrettes. En 1632, suivant la tra- 
dition, lecardinal Armand de Richelieu, 
principal ministre de Louis XIII, mani- 
festa le désir de convertir ce latibotirg 
en ville, dont les rues furent seulement 
alignée* comme on le remarque encore 
aujourd'hui. Plus tard, e'es!-à-d ira en 
16o9, on construisit dans la grande rue, 
et près le pont de pierre, une tourelle 
assez élevée dans laquelle on plaça une 
horloge qui fut renversée par l'oiiragan 
survenu dans la nuit du 31 décembre 
au premier janvier 177(1. Après avoir 
franchi Saint-Pierre, nous entrons dan» 

Calais, qui est le terme de notre 
voyage. 

Aperçu général de Calais.— Celle 
ville est située sur le détroit de la Man- 
che et sur un terrain plat et sec, dont 
le fond est de sable , On n'y pénètre, ainsi 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



111 



que nous l'avons vu , qu'après avoir 
franchi quatre ou cinq portes ; son en- 
ceinte est pclite, mais l'aspect de l'inté- 
rieur esl fort agréable. Sei rues sont lar- 
ges, bien pavées, et pour la plupart 
bordées de trottoirs. Sa place d'Armes, 
qui est situéepresqu'au centre de la ville, 
est vaste et ornée de belles maisons et 
de l"Hôtel-de-Ville. Son port, défendu 
par plusieurs forts , est formé par un 
grand quai que terminent deux môles 
eu pierre. 

Calais possède de belles promenades, 
une école de dessin fondée en 17.S7, 
une école d'enseignement muluel, une 
chambre de commerce, un tribunal, 
une justice de paix, un conseil de 
prud'hommes, une société d'agricul- 
ture, une bibliothèque publique, une 
salle de spectacle, une société philhar- 
monique, enfin un cercle littéraire. 

Historique. — Les premiers titres où 
il est fait mention de Calais ne remontent 
guère qu'au neuvième siècle. Dans l'o- 
rigine , ce n'était guère qu'une espèce 
de village formé de cabanes construi- 
tes le long de ce qui forme aujourd'hui 
les quais, et habitées par des marins qui 
fréquentaient son port, formé par la 
nature, creusé et amélioré en 9D7 par 
ordre de Baudouin IV, comte de Flan- 
dre. Toute sa défense ne consistait 
alors qu'en deux grosses tours , dont 
une, attribuée à l'empereur Caligula, 
était située sur les sables au nord de la 
ville, entre la mer et le port actuel, et 
l'autre placée à gauche de l'embouchure 
de la rivière de Guines à la mer et à 
l'angle nord-ouest de l'enceinte ac- 
tuelle de la ville. La première de ces 
tours a donné naissance au Risbouc, et 
la seconde au château. 

En 12-24, Philippe de France, comte 
de Bourgogne, fit entourer Calais d'un 
mur flanqué de petites tours de distan- 
ce en distance, avec des fossés exté- 
rieurs : ce premier mur d'enceinle fut 
construit avec une telle solidité, que six 
cents ans de vétusté n'ont encore pu 
le détruire. Trois ans après, c'est-a- 
ûire en 12-27, ce nièmePhilipi e fit con- 
struire un vaste donjon que dès lors on 
nomma le château, qui fut démoli en 
laUO, et remplacé | ar la citadelle. 

En 1G46, Edouard, roi d'Angleterre, 
ayant gagné sur Philippe de Valois la 
sanglante bataille de Crécy, voulut 
mettre cette victoire à profit, en es- 



sayant d'enlever à la France la ville de 
Calais, commandée par Jean devienne. 
S'étant emparé de Wissai t, il vint in- 
vestir Calais le 1 er août 1346. Le siège 
durait déjà depuis plus de onze mois, 
lorsque Philippe rassembla une armée 
de soixante mille hommes, et se présenta 
pour secourir les assiégés; mais ayant 
jugé la position des Anglais inattaqua- 
ble, il se retira avec son armée, et les 
habitans de Calais, en proie à la plus 
horrible famine , furent forcés de se 
rendre après avoir soutenu plus d'un 
an le siège. 

Edouard, irrité de la longue résis- 
tance des CahvNiens, ne voulut pas les 
recevoir à composition, à moins qu'on 
ne lui livrât à d scrélion les hommes 
les plus notables. Eustache de Saint- 
Pierre, Jean d'Aire, Jacques et Pierre 
Wissant et deux autres citoyens dont 
l'histoire n'a pas conservé le nom, se 
dévouèrent pour le salut commun : 
conduits, la corde au cou, devant le 
monarque anglais, qui n'aiait l'as rougi 
d'imposer celte humiliante condition, 
ils lui présentèrent les dés de la ville. 
Edouard, les regardant d'un air sévère, 
commanda qu'on les conduisît au sup- 
plice, quand sa femme . qui était en- 
ceinte, obtint à force d'instances qu'il 
ne souillât pas sa gloire par la mort 
de ces infortunés. Celle reine généreuse 
les emmena aussitôt dans son apparte- 
ment, les fit habiller et les renvoya, 
après avoir fait donner à chacun d'eux 
une somme d'argent. 

Le roi et la reine d'Angleterre firent 
leur entrée dans Calais le 29 août, et 
allèrent descendre au château, où l'on 
avait convenablement disposé des ap- 
partenions pour les recevoir. Mais le 
ressentiment d'Edouard contra les mal- 
heureux, habitans était loin d'être apai- 
sé ; il les chassa tous de la ville , qu'il 
repeupla d'Anglais, désarma la garni- 
son, et l'envoya prisonnière en Angle- 
terre. 

Devenus maîtres de Calais et de son 
(enitciie, les Anglais embellirent cette 
ville, augmentèrent ses r orUuealions et 
y établirent un entrepôt de toutes les 
ma, chandWet anglaises. Pour en facili- 
ter l'arrivée à l'entrepôt, on démolit le 
bassin nommé le petit Paradis, et l'on 
construisit desjetées qui s'étendaient au 
nord-ouest , et que l'on prolongea en- 
suite, en 1700 et 1822, jusqu'à une Ion- 



112 



GUIDE 



gueur de cinq cent cinquante toises, à 
l'effet de couper un banc de sable qui 
se formait à l'embouchure du canal. 

Les Anglais, après avoir été maîtres 
de Calais pendant deu<c cent dix ans, en 
furent cha?sés par le duc de Guise, le 
7 janvier 1538, après un siège de sept 
jours. Après la reprise de Calais par 
une juste représaille , les habitans et 
propriétaires anglais furent expulsés et 
exproprié* ; les simples soldat* obtin- 
rent la liberté de se retirer dans les 
Pays-Bas, sans armes, sans argent, avec 
le seul habit qu'ils portaient sur eux ; 
le gouverneur ( milord Wentworlh ) et 
les officiers, restèrent prisonniers de 
guerre. L'artillerie, les munitions, les 
meubles, les laines, les éto'fes précieu- 
ses et toutes les richesses de cette ville 
opulente demeurèrent à la disposition 
du duc de Guise. 

En 15'Jo, les ligueurs s'emparèrent de 
Calais, prirent d'assaut la citadelle, et 
en passèrent la garnison au fil de râ- 
pée. En 159S, cette ville resta sous la 
domination du roi, en vertu du traité 
de Vervins ; les Espagnols tentèrent, 
sans succès, de la reprendre en 1637. 
Le 26 septembre 180Ï, les Anglais vou- 
lurent brûler une flottille venue de Dun- 
kerque et relâchée dans le port de Ca- 
lais , jetèrent un grand nombre de 
bombes jusque dans la ville, et endom- 
magèrent plusieurs maisons. 

Séjour et promenade. 

Etes-vous riche"? voulez-vous être 
traité en homme qui jouit d'une brillan- 
te fortune? descendez aux hôtels Bour- 
bon, de l'Europe, Meuriee et Quillacq; là 
vous serez traUé avec somptuosité. Re- 
doutez-vous la dépense ? ètes-vous dé- 
sireux de mille attentions, d'une bonne 
cuisine bourgeeise, et surtout d'excel- 
lent vin ? descendez 

Au Belvcder (the Belvédère) , chez 
M. Chapuis, rue de la Mer, n. :!5S; c'est 
là que vous trouverez cet ensemble de 
choses qu'on rencontre fi raremen dans 
les voyages, aussi lesvovageurs affluent- 
ils continuellement chez lui, et cette 
préférence marquée, il la mérite sur tous 
ses confrères. 
« 

Promenade intérieure. 

L'Hôtel-de- Ville, la bibliothèque pu- 
blique et la cathédrale, telles sont les 



curiosités que nous avons à voir dans 
Calais. L' 

Hôtel-de-fille est situé sur la place 
d'Armes. Cet édifice, dont la construc- 
tion remonte à l'année 1740, a sa façade 
décorée avec magnificence. A son ex- 
trémité orientale s'élève une flèche à 
jour, en charpente couverte de plomb, 
et terminée par une couronne royale, 
d'où sort une petite verge surmontée 
d'une girouette. Cette flèche, remar- 
quable par sa délicatesse et si légèreté, 
renferme deux cloches, dont l'une sert 
pour l'horloge, et l'autre pour indiquer 
l'ouverture ou la fermeture des ports. 

Dans l'une des salles de l'Hôtel-de- 
Ville on conserve le 

Ballon sur lequel lanchard passa 
de Douvres à Calais. Au dessus de la 
salle du Conseil, qui est d'une beauté 
remarquable, est la 

Bibliothèque publique, qui est peu 
riche en bons ouvrages, et surtout fort 
mal lenue; peut-être devons-nous attri- 
buer cela aux réparations qu'on y faisait 
quand nous l'avons visitée (le 13 janvier 
1836). Enfin la 

Cathédrale, qui nous reste avoir, est 
un bel édifice gothique en forme de 
croix latine, décorée de onze chapelles, 
dont quatre dans les croisées et sept au- 
tres dans le pourtour du chœur. Le re- 
table du maître-autel, de cinquante-six 
pieds de haut sur trente-un de large, 
est entièrement en marbre de GeDes. 
Au dessus de l'autel e=t un magnifique 
tableau représentant l'Assomption de la 
Vierge, du au pinceau du célèbre Van- 
dyek. La tour qui sert de clocher a été 
bâtie par les Ang'ais. 

Maintenant que nous connaissons les 
curiosiiés de Calais, allons parcourir 
ses environs. 

Environs de Calais. 

Lieux champêtres ! aujourd'hui si tran- 
quilles, peignez-nous les scènes sanglante! 
dont vous avez été témoins ; e toi , terrible 
Océan , objet de notre admiration , montre- 
nous tes nombreuses victimes gisantes sur 
tes plages?... 

Promenade sur le port. 

« Ce port est favorable anx arméniens en 
course pendant la guerre et très intéressant 
comme port d'échouage. » 

Nous ne pouvons voir le port qu'a- 
près avoir franchi les murs lugubres de 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



IIS 



la ville, alors notre œil le découvre dans 
toule son étendue. A droite nous re- 
marquons deux bassins dans lesquels 
sont mouillés quelques petits navires et 
les barques des pêcheurs de Calais. A 
côté des bassins est le port, bordé d'un 
superbe quai contre lequel sont amar- 
rés les bateaux à vapeur qui font le tra- 
jet, soitde Douvres, soit de Londres. A 
l'issue des bassins nous remarquons une 
superbe 

Colonne en marbre blanc, élevée en 
1814, en mémoire du débarquement de 
Louis XVIII. Pion loin de celte colonne 
commence une magnifique 

Jetée en bois , qui se prolonge fort 
avant en mer, et de laquelle on jouit 
d'un magnifique eoup-d'œil. Lors de la 
marée montante ou descendante, seuls 
momens où les batimens puissent en- 
trer ou sortir du port de Calais, cette 
jetée est occupée p;ir une foule de cu- 
rieux qui jouissent du plaisir de voir 
sortir ou entrer les bâliinens du port, 
et ce plaisir se renouvelle à chaque 



loger, à peine a-t-il fait connaître son 
choix, que le garçon de cet hôtel vient 
vous enlever en triomphe, en fendant 
la foule avec une rapidité étonnante, 
et criant à tue-tète : Monsieur a fait 
son choix ! 

Tel est le tableau que présente un 
débarquement, il est digne d'être peint. 
La foule s'est lout-à-fait dissipée, le 
port est calme, la tempête des gar- 
çons d'hôtels s'est apaisée , il n'y a 
plus de danger à se promener, ache- 
vons donc d'inspecter le port. Lu 
côté opposé à la jetée, c'est-à-dire à 
notre gauche, ce côté du port n'offre 
rien de remarquable. Vers le milieu de 
son étendue, nous trouvons un 

Pont ta bois servant à communiquer 
avec celte portion de sable qui sépare 
la mer du port. Dans cette partie de 
terrain nous remarquons les 

Ruines d'un vieux fort, servant jadis 
à protéger la rade. Dans les pièces ha- 
bitables de celte ruine existe une au- 
berge qui esl très fréquentée le ditnan- 



maree. Lorsque la mer n'est pas trop che, par les matelots et les soldais de la 

garnison. Sesenvirons offrent une foule 
de petites cavités qui servent de re- 
traite aux amoureux. 

Les inégalités de ce terrain et les 
nombreuses ronces dont il e^t couvert, 
sont aulant de causes qui doivent nous 
dispenser de le parcourir, du reste, il 
n'offre rien de remarquable. Portons 
donc nos pas d'un autre côté. 



mauvaise et que l'on peut se promener 
à sou aise sur la jetée , le tableau que 
présente la mer est vraiment cuiieux; 
nous voyons devant nous les bâlimens 
sillonner l'onde amère en s'élevant et 
«'abaissant successivement sur les la- 
mes mobiles. Du milieu de cette ma*se 
liquide, apercevez- vous sur divers 
points des colonnes de fumée qui sem- 
blent sortir de son sein, et fuir ensuite 
avec une rapidité étonnante dans l'at- 
mosphère? Ce sont des bateaux à va- 
peur. Bientôt ces bateaux paraissent 
dans leur entier; ils se dirigent avec ra- 
pidité dans le port : alors la foule quitte 
spontanément la jetée, et vient assister 
au débarquement des voyageurs. Alors 
un tumul'e se fait entendre : on se 
pousse, on crie, on se bouscule, ce sont 
les garçons d'hôtels qui se disputent 
les voyageurs; heureux, mille fois heu- 
reux celui qui dans ce moment en est 
quitte pour la perte d'une partie de ses 
vêtemens. Mai« loutn'est pasencore fini; 
quoique le débarquement soit opéré , le 
tumulte va toujours son train; les pas- 
sagers sont obligés d'aller au poste de 
la douane pour se taire inspecter et po- 
ser leurs passeports ; les garçons d'hô- 
tels deviennent plus importuns. Au 
poste de la douane, chaque voyageur 
étant obligé d'indiquer le lieu où il va 
France. 



Excursion au village de Pilien et à la 
maison Beuuretjard. 

Distance à parcourir: 2 lieues et demie. 
Direction : au Sud-Sud Ouesl île Calais. 

Levillage de Pilien est le seul endroit 
remarquable des environs de Calais; il 
est situé dans une vallée étroite et sè< he, 
entre des coteaux peu élevés, disposés 
en amphithéâtre. Quelques bouquets 
d'arbres épars cà et là , jetés sur un 
sol inégal, la tei'nle dorée des moissons 
qui mûrissent à côté, rendent l'aspect 
de ce village assez vivant, et surtout 
très pitioresque. Parmi les nombreuses 

l\. faisons de plaisance dont il i si orné 
nous remarquons celle désignée sous 
le nom de 

Beauvcgard , qui est un séjour en- 
chanteur. Celle maison e»l située à trois 
cents toises environ . ouest-nord-ouest 
de Piùen, sur un coteau d'où l'on dé- 
8 



214 



GUIDE 



couvre la mer et une assez grande éten- 
due de pays. La haute futaie qui lui sert 
d'abri, et notamment la belle avenue 
d'ormes qui indiquent l'entrée de ce 
riantséjour, attestent d'autant plus l'an- 
tique existence de cette habitation, que 
dans cette contrée, si sujette auï varia- 
tions atmosphériques, il est rare de 
voir une végétation nourrie et active : 
la hauteur et la grosseur des arbres, 
dans cet endroit, sont autant de témoins 
muets en faveur de cette assertion. 

Il 

De Paris à Dieppe. 

u Le voyage de Dieppe est pour le 
bourgeois aisé un devoir presque aussi 
rigoureux que le pèlerinage de la Mec- 
que aux yeux de tout bon musulman. 
11 faut voir la nier avant de mourir : 
c'est un but vers lequel tendent bien 
des projets et bien des économies. On 
l'atteint quelquefois : le voyage accompli 
devient, au retour, le texte d'une con- 
versation nourrie de descriptions et 
d'anecdotes , et les amis du narrateur 
envient la bonne fortune qui lui donne 
le droit de porter la parole et de capti- 
ver l'attention, s 

Hôtelrecommandé. — Hôlel de l'Eu- 
rope, tenu par M. Gossel, quai d'Hen- 
ri IV, n° 71. 

Cet hôtel, outre sa bonne tenue et 
une excellente table, offre encore le pré- 
cieux avantage de se trouver à l'arrivée 
du paquebot anglais qui fait la traversée 
de Dieppe à Brighton, des diligences de 
Paris, Rouen et le Havre, et enfin d'of- 
frir un vaste coup-d'œil sur le port et 
la campagne qui' domine la ville. 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Dieppe 
par deux routes différentes, savoir: 
par Rouen et pur Gisors. 

Première route. 

Route par Rouen (route d' en-bas). 

Distance à parcourir: 45 lieues. 
Durée du trajet : 13 heures. 

Observation. — Cette route se trou- 
vant décrite jusqu'à Rouen, c'est donc 
de cette ville que doit commencer notre 
itinéraire. 

Itinéraire de Rouen à Dieppe. 

Distance à parcourir ; 17 lieues. 



Topographie de la route. 
Départ. 

Nous sortons de Rouen par la 

Porte du Havre; nous gravissons le 

I\Iont-Riboudet, et bientôt nous som- 
mes dans 

Dévîlie-lés-Rouen .beau village situé 
dans une riche vallée arrosée par les 
eaux de la 

Rivivre de Cailly. 

Maromme vient ensuite, beau village 
rempli d'établissemens industriels. A 
l'extrémité de ce village est une place 
circulaire, de laquelle part, à gauche, la 

Route du Havre; à droite et plus 
haut est celle qui conduit au 

M onl-aux- Malades, village fort joli, 
bâti sur le sommet de la montagne. 
Après avoir descendu une petite côte, 
nous arrivons à 

Notre-Dame-de-Bondeville , village 
très pittoresque et dans lequel nous 
remarquons les ruines d'un monastère 
dont la fondation remonte au delà du 
XII e siècle. Après Notrc-L>ame-de- 
Bondeville, nous entrons dans 

Cambres, bourg qui est à la moitié du 
chemin de Rouen à Dieppe, et où nous 
relayons pour la deuxième fois. Nous 
voici à 

liiville-la-fiarignarde , dont nous 
longeons la jolie place plantée d'arbres. 
Bientôt nous sommes à 

Qjnonvïlle , où nous relayons; à 
droite, et à l'écart de la route, nous re- 
marquons 

Longueville , village autrefois siège 
d'un duché dont le premier titulaire fut 
Dunois , le fameux bâtard d'Orléans. 
Aprèsavoirmontéet descendu plusieurs 
côtes, nous entrons dans 

Suint-Aubin , village situé sur un co- 
teau , et d'où arrivent à Dieppe, par des 
canaux souterrains creusés dans toute 
l'épaisseur de la montagne, les eaux qui 
alimentent les nombreuses fontaines 
publiques et particulières de cette ville, 
et qu'on n'eût pu demander à aucune 
des rivières de la vallée d'Arqués, pla- 
cées sur un niveau trop bas pour at- 
teindre cette destination. Cet aqueduc, 
dont la construction dura vingt-cinq 
ans, fut commencé en 1533. 

Dans les flancs du coteau au pied du- 
quel Saint-Aubin est assi9, se trouvent 
des 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Carrières de carbonate calcaire (craie), 
dont l'exploitation e«t la seule industrie 
de cette commune. Enfin nous entrons 
dans 

Dieppe , qui est l'un des quatre ports 
de mer de la Manche où l'on s'embarque 
pour l'Angleterre. 

Deuxième roule. 
Route par Gisors. 
Distance à parcourir : 46 lieues. 

Topographie de la route. 
Départ. 

Nous sortons de Paris par le 

Faubourg Saint-Denis , nous traver- 
sons le bourg de 

La Chapelle; un peu plus loin, sur 
la gauche, s'élève la 

Butte-Montmartre, la principale hau- 
teur qui domine Paris. La route, large, 
droite et bordée d'une double allée 
d'arbres, traverse une plaine vaste et 
fertile, à l'extrémité de laquelle appa- 
raît la ville de 

Saint-Denis , dont nous avons déjà 
parlé. En sortant de Saint-Denis, nous 
laissons à droite la route de Gonesse , 
et en face celle d'Amiens, pour prendre 
à gauche celle de Dieppe. Nous lon- 
geons, à gauche, les bords de la Seine, 
et à droite, la riante vallée de Mont- 
morency, danslaquelle nous allons faire 
une station idéale afin d'y visiter les ha- 
bitations de J.-J. Rousseau. 

Excursion idéale à l'Ermitage et au 
Pelit-Mont-Louis. 

Sento l'aura mla anlira 

E î éulri colli veggio apparir. 

(Petiiaca.) 
Je sens renaître nies beaux Jours ; 
Déjà je revois la Tallée chérie. 

(Soniï. cclxxix. ) 

L'Ermitage fut bâti par madame 
d'Epinay pour Jean-Jacques. Celte re- 
traite délicieuse est isolée de toute ha- 
bitation; placée à mi-côle, elle semble 
se perdre dans le massif de verdure qui 
la sépare du Chalet de la Nouvelle Hé- 
loise et du village de Groslay. La mai- 
son est petite et simpU- ; un jardin, garni 
d'arbres qui portent des fruits excel- 
lons* une jolie source , dont les eaux 
limpides rajeunissant sans cesse les 
plantes qu'elles arrosent, une terrasse 
ombragée par de beaux tilleuls et des 



us 

touffes de lilas de Perse, en font la ri- 
chesse et l'ornement. Rousseau vint 
l'habiter le 9 avril 1736. Fixé par les 
attraits de ce lieu, plutôt solitaire que 
sauvage, il y passa des jours heureux ■ 
ce fut là qu'il conçut le plan de l'Emile; 
il y composa aussi ce livre admirable où 
il nous peint Julie d'Elange un mo- 
ment égarée, se relevant bientôt après 
pour offrir à ?on sexe le modèle des plus 
brillantes vertus. 

Pourquoi faut-il qu'à ces souvenirs 
il s'en mêle un qui déshonore madame 
d'Epinay? A peine avait-elle dit à Rous- 
seau : « Mon ours, voilà votre asile; 
c'est vous qui l'avez choisi , c'est l'ami- 
tié qui vous l'offre , » que déjà elle lui 
ordonne de sortir de l'Ermitage , et cela 
pendant les plus froides journées d'un 
très rude hiver. Il était souffrant; cette 
injustice vint encore augmenter son 
mal. S armant aussitôt de courage, il se 
relira à Montmorency. Ce qui l'accabla, 
c'est le malheur de s'être trompé dans 
le choix de ses amis, c'est le malheur 
non moins pénible de voir se dissiper 
une erreur qui lui était chère. 

Nous voici dans les appartemens de 
J.-J. ; ils ont encore la même distribu- 
tion que de son temps. Nous y voyons 
encore plusieurs meubles qui ont servi 
au philosophe. Descendons maintenant 
dans le 

Jardin ; au bas de la terrasse , nous 
remarquon s le buste de Roussea u , placé 
sur un autel, dans une cavité du mur. 
C'est un hommage rendu à sa mémoire 
par madame d'Epinay. Elle a écrit, au 
dessous du buste, ces vers: 

O toi dont les brillans écrits 
Furent créés dans cet IjumLle ermitage, 

Rousseau . plus cloquent que sage, 

Ponrquoi quittas-tu mon pays ? 
Toi-même avais choisi ma retraite paisible ; 
Je t'olt'i is le bonheur et tu l'as dédaigné ; 
Tu lus ingrat, mon cœur en a saigné: 
Mais qu'ai je à retracer à mon âme sensible 1 
Je te vois , je le lis , et tout est pardonné. 

Sous un massif d'acacias, et auprès 
du petit bassin qu'alimente l'eau de la 
fontaine , est un cippe en marbre 
blanc, surmonté du buste de Grétry 
qui fit l'acquisition de l'Ermitage après 
la mort de Rousseau. Nous y lisons celte 
inscription : 

GRÉTRY. 
Ton génie est partout, mais ton cœur n'est qu'ici. 

C'est au dessus de la vallée qu'est 



I 



116 



6UIDE 



située la deuxième habitation de J.-J., 
ou le 

Petit-Moni-Louis. Cette maison cé- 
lèbre, qui a beaucoup souffert de la 
main profane du propriétaire actuel, 
est placée dans une situation piquante. 
Le jardin est fort régulier , mais la plu- 
part des arbres plantés par Rousseau 
ont disparu. Sur la terrasse, qu'il ap- 
pelait sa salle de compagnie , on a gravé, 
sur la table de pierre où il avait l'habi- 
tude d'écrire, ces vers : 

C'est ici qu'un grand homme n passé ses teaux jours : 
Vingt chefs d'œuvrcs en ont marqué le cours. 
C'est ici que sont nés et Salnl-Preux et Julie ; 
Et celte simple pierre Tut l'autel du génie. 

Le vieux donjon qui se trouve à l'ex- 
trémité du jardin , a vu créer la Lettre 
à à'Alembert , sur les spectacles : il 
l'écrivit dans ce lieu , exposé à tous les 
vents et à la neige, sans autre feu que 
celui de son cœur. 

En face de la porte d'entrée de la 
maison , est gravée , sur une pierre , 
l'inscription suivante : 

Celle maison, appelée ci-devant le Pe.lit- 
M ont-Louis, a été]habiléepar J.-J. Rousseau, 
à sa sortie de l' Ermitage , depuis le 13 dé- 
cembre 1737, jusqu'au 9 juin 1762; i7 
en fut arraché d deux heures après minuit , 
par ses amis le maréchal de Luxembourg , 
propriétaire du château de Montmorency , 
et par le prince de Conti, qui voulurent le 
soustraire au décret de prise de corps lancé 
contre lui , le 8 du, même mois , par le par- 
lement de Paris , après la publication de 
l'Emile. 

Il écrivit ,le1 ,à l'un de ses amis , en ces 
termes : (t J'ai parlé pour le bien des hommes. 
Pour une si grande cause, je ne refuserai 
jamais de souffrir. C'est aujourd'hui que 
te parlement rentre ; j'attends en paix ce 
qui lui plaira d'ordonner. » 

Rousseau regardait comme sa maison 
de campagne un édifice isolé dit le 

Petit château , situé dans le parc de 
Montmorency, et appartenant au ma- 
réchal de Luxembourg. Il allait, de 
temps en temps , y passer quelques 
journées : ce lieu délicieux était pour 
lui le paradis terrestre. Il en a donné 
la description dans ses mémoires. 

Telles font les deux habitations 
qu'occupa J.-J. à Montmorency; main- 
tenant , nous allons continuer notre 
route, que nous n'interromprons plus. 



Départ de la vallée de Montmorency. 

Nous voici à 

Epinay , petit village dont on fait 
remonter la fondation au YII C siècle, 
et dans lequel sont plusieurs maisons 
de plaisance fort remarquables, parmi 
lesquelles nous devons citer celle de 
feu M. Lacépède , et celle de madame 
de Montmorency - Luxembourg. Plus 
loin est 

Franconville , joli village situé au 
bas d'une colline, et dans lequel Tressan 
chanta les preux chevaliers et leurs 
galantes aventures, et où Cassini, les 
yeux attachés à la voûte céleste, médita 
sur le sjslème du monde. 

Après Epinay, nous suivons une 

Route très monotone qui nous conduit 
jusqu'à 

J'ontoise, où nous arrivons par le 

Faubourg de l'Aumône. Pontoise est 
une ville fort ancienne , située sur la 
rive droite de l'Oise , et sur la cime et 
le penchant du coteau qui domine la 
rivière. L' 

Eglise Saint -Maclou est la seule 
curiosité que renferme celte ville. Nous 
y admirons une belle descente de croix 
dans la chapelle de la Passion. Après 
Pontoise, vient 

Chars , petit bourg sur la 

Ilùnère de Viorne, et remarquable 
par son église gothique. Après Chars 
nous entrons dans le 

Département de l'Eure, et bientôt 
après, dans 

Gisors, petite ville située sur la 

Rivière de l'Eptc , et dans laquelle 
nous remarquons les ruines de son an- 
cien château-fort, dont l'enceinte sert 
aujourd'hui de halle, et les restes d'une 
vaste enceinte de fortifications qui en- 
toure la ville du côté du nord, depuis 
ce château jusqu'à la rivière d'Epte; 
de dislance en distance sont des tours 
presque démolies; l'une d'elles se fait 
remarquer par sa hauteur, qu'on peut 
évaluer à quatre-vingts ou cent pieds; 
son diamètre est d'environ trente pieds. 
L' 

Eglise de Gisors est fort belle ; elle 
forme une croix latine. Le dehors est 
orné d'une belle architecture moderne, 
des temps du renouvellement des arts. 
L'ordre du bas est dorique , et celui du 
haut ionique. Le portail du milieu est 
du XVI e siècle : il est très riche et très 



»**8fc_ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



117 



orné de sculptures; sa forme a quelque 
chose de particulier en ce qu'elle a trois 
portes séparées par deux piliers, d'un 
travail remarquable. La lotir e^ d'une 
forme extraordinaire ; elle commence 
par un carré, et 9'élève ainsi jusqu'au 
tiers de sa hauteur, où se trouve une 
galerie. Du centre de cette galerie , part 
un octogone qui forme un second élage ; 
enfin le troisième est aussi octogone , 
mais d'une dimension moins forle que 
le second. Le portail du côté du nord 
est ancien ; ses sculptures, très nom- 
breuses, sont surtout dans le goût mo- 
resque et découpées comme de la den- 
telle. Dans l'intérieur de l'église, nous 
remarquons plusieurs beaux morceaux 
de sculpture attribués au fameux Jean 
Goujon , un des restaurateurs des beaux- 
arts en Fiance, au commencement du 
XVI e siècle. Dans une chapelle se voit 
une superbe figure en pierre, d'environ 
cinq pieds de long sur deux de large, 
couchée sur un tombeau; au dessous, 
nous lisons ces deux vers latins , re- 
marquables par une pensée profonde, 
cnergiquement exprimée : 

QuUnuit ades , 1u miTlo caries , sta , rcsjnee , plora i 
Sum quod élis , mudlctun cinerit ; jjro nie , precor, ara. 

Qui que lu sois, la moit te renrersera: arrête, re- 
garde , pleure. Je suis ee que tu seras , un peu de cen- 
dre. Trie Dieu pour moi. 

Les vitraux de la chapelle de la crèche 
sont admirables; les dessins semblent 
être de Raphaël : ils représentent dif- 
férera Irai ts de la vie de la Sainle-Vierge. 
Après avoir quille Gisors, et parcouru 
environ six lieues sur une route assez 
agréable, nous entrons dans le 

Département de la Seine-Inférieure , 
et bientôt après dans 

Goumay , pelite ville très agréable- 
ment située sur les rives gracieuses de 
l'Epie , et dans les environs de laquelle 
sont plusieurs 

Sources d'eau minérale , dont la 
plus renommée est celle dile de la Jou- 
vence. De Gournay, nous allons à 

Forge-les-Euux , pelit bourg bâti sur 
une montagne qui domine un vallon 
agréable près de la forêt de Bray, et 
dans lequel sont plusieurs sources d' 

Eaux minérales ferrugineuses qui 
jouissent, depuis long-temps, d'une 
grande réputation , notamment depuis 
le séjour qu'y fit Louis XIII avec la 
reine Anne d'Autriche et le cardinal de 



Richelieu, en 1632. Après avoir par- 
couru un espace de six lieues , nous 
trouvons la 

Haute qui, de Rouen, va à Neuf- 
chatel; bientôt après, nous arrivons 
à 

Pommerval , petit bourg sans im- 
portance ; de là , nous entrons dans 
le 

Grand -Torey , après avoir traversé 
la 

Rivière d' Arques, 

Bois-Roberl vient ensuite , autre pelit 
bourg sans importance, et duquel nous 
sommes conduits à 

Arques, bourg dont nous parlerons 
lors de nos excursions aux environs de 
Dieppe ; enfin , bientôt nous entrons 
dans 

Lieppe , ville dont nous allons nous 
occuper maintenant. 

Aperçu général de Dieppe. — Celle 
ville est assise à l'ouverture de la vallée 
d'Arqués. 

A travers deux rochers , où la mer mugissante 
Vicnlbriser en courroux son onde blanchissante. 

Ses rues sont larges et bien percées ; 
ses maisons, qui ne sont pas très hautes, 
sont, pour la plupart, conslruitesen bri- 
ques, couvertes en tuiles et ornées de 
balcons où l'on cultive des fleurs. 

Dieppe a deux faubourgs : l'un, silué 
à l'ouest de la ville, porte le nom de 
faubourg de La Barre, et l'autre, du 
côté du bassin, celui de Pollet. Ses 
quais, qui sont fort beaux, bordés de 
belles maisons , présentent un coup- 
d'oeil agréab'e et plein de mouvement. 
Son port, formé par deux belles je- 
tées , défendu par un château - fort 
et par une bonne citadelle , est ex- 
cellent. 

Dieppe possède deux église» , un 
établissement de bains de mer, une 
salle de spectacle, une bibliothèque 
publique riche de trois mille volumes, 
une belle place, dite Place-Koyale , 
qui olfre deux rangs de belles mai- 
sons très élevées; enfin, soixante-huit 
fontaines publiques et deux cent seize 
particulières. 

Historique. — Dieppe n'est pas une 
ville fort ancienne ; ce n'est guère 
qu'en 1 193 qu'elle commence à figurer 
dans l'histoire. Philippe-Auguste, dans 
ses querelles avec Richard Cœur-de- 
Lion , la détruisit de fond eu comble. 



118 



6UIDB 



Sous Charles VII , cette ville était au 
pouvoir des Anglais; mais, en 1433, 
elle fut prise par une nuit sombre , et 
retomba au pouvoir des Français. Le 17 
juillet 1694, les Anglais bombardèrent 
cette ville et la réduisirent en cendres: 
rues, maisons, édifices publics et re- 
ligieux, tout fut en grande partie ruiné 
et brûlé. Trois monumens échappèrent 
seuls au bombardement : le château, 
l'église Saint-Jacques et celle de Saint- 
Remi. 

Séjour et promenade. 

Descendons à 1' 

Hôtel de V Europe; là, nous serons 
parfaitement bien sous tous les rapports. 
Ici , de même que dans toutes les au- 
tres villes maritimes que nous avons 
déjà visitées , c'est par la 

Vue du port que nous devons com- 
mencer notre promenade. Pour nous 
y rendre , nous allons suivre la 

Grand' Rue , de l'extrémité de la- 
quelle nous apercevons son bassin , de 
forme irrégulière , l'ouverture de sa 
passe , qui se prolonge , à gauche , 
au delà du Pollet, où l'on arrive par 
un pont, et, à droite, l'arrière-port 
et la retenue. 

Sur la jetée de l'est, apercevez-vous 
une vieille tour? c'est ce qu'on appelle 
la 

Tour des Crabes, bâtie sur l'empla- 
cement qu'occupait , au XVI* siècle , 
le palais du marchand Ango. Entre 
l'extrémité de la jetée de l'ouest , et la 
falaise où le château de Dieppe est as- 
sis , s'étend la 

Grève, qui défend la ville des assauts 
des vagues. Des fortifications en gazon, 
aujourd'hui mal entretenues : des ca- 
nons gisant à lerre sans affûts, quel- 
ques barques tirées sur le galet, tel 
est le spectacle que nous offre cette 
esplanade dans les trois quarts de sa 
longueur ; mais , si nous approchons 
du château , elle nous offre un aspect 
moins sauvage : outre un concours 
nombreux de promeneurs , notre œil 
plane sur les jolis 

Bains de mer, dont la légère construc- 
tion contraste d'une manière gracieuse 
avec les lourdes murailles et les tourel- 
les pointues du vieux château qui les 
dominent. Laissons ce vieux fort de côté, 
occupons-nous d'abord des bains. Cet 



établissement, qui a été formé en 1822, 
se divise en deux parties distinctes; la 
première, qui occupe les constructions 
sur la plage, est destinée à recevoir les 
baigneurs qui s'exposent à la lame ; la 
seconde consiste en un grand hôtel con- 
tenant les bains d'eau chaude. 

Bains à la lame. Ces bains s'élèvent à 
l'extrémité du rivage : le jardin qui les 
entoure est contigu à une longue lisière 
de rochers que la mer abandonne dans 
son reflux ; sur l'âpre surface de ces ro- 
chers anfractueux s'attachent des pro- 
ductions maritimes, des deux règnes, qui 
nuancent toute cette plage de vert , de 
brun et de noir. En face de deux pavil- 
lons de l'ordre ionique, sont deux pon- 
tons en forme d'escalier qui conduisent 
aux lames. La rive gauche appartient 
aux femmes, la droite aux hommes; au 
centre est un espace assez considérable 
pour qu'on ne puisse pas se reconnaître 
d'un côté à l'autre. Au pied de ces pon- 
tons sont des tentes de toile blanche en 
coutil dans lesquelles on laisse et on re- 
prend ses vêtemens. Les hommes y trou- 
vent des caleçons, et les femmes d'am- 
ples robes de laine brune. On est con- 
duit par des baigneurs jurés qu'on re- 
connaît à leur plaque, à leur chapeau 
sur lequel est une inscription , à leur 
costume qui annonce des hommes tou- 
jours prêts à se jeter à la nage. Passons 
maintenant aux 

Bains d'eau chaude. Ces bains sont 
comme un grand hôtel où l'on trouve à 
la fois les avantages du bain et un genre 
de vie fort agréable. Les cabinets pour 
les bains et les douches sont éclairés par 
une douce lumière. Une table de toi- 
lette, quelques chaises, une glace, voilà 
tout l'ameublement qui, dans sa simpli- 
cité, est d'un bon goût ; une grande 
propreté le rend surtout agréable. Les 
baignoires jout placées au niveau du 
parquet, et on y descend au moyen de 
quelques marches : ces baignoires rap- 
pellent toul-à-fait celles des anciens, 
qui , faisant du bain un usage essentiel, 
avaient adopté cette manière comme la 
plus commode. 

Maintenant, que nous connaissons les 
bains, disons nn mot du 

Château de Dieppe. Ce château, ainsi 
que vous le voyez, est avantageusement 
assis; il est muni de hautes murailles, 
flanqué de tours et de bastions, et do- 
mine tout à la fois la vallée, la ville et la 



'^•tk. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



119 



mer. C'est un monument d'un plan or- 
gueilleux, d'un style bizarre, qui offre 
dans l'élévation de tes tours, dans le 
profil de ses murailles , dans l'austérité 
imposante de son entrée, dans sa vue 
étendue sur la mer, une variété singu- 
lière de scènes sévères qui rappellent 
tout à la fois des souvenirs d'esclavage 
et de gloire. 

Puisque nous ne tommes pas bien 
éloignés du 

Théâtre, nous devons aller le visiter. 
Sa façade principale offre un grand dé- 
veloppement: elle a plus de S!) pieds. 
Le soubassemen , en lierres de taille, 
couronné par une corniche, est d'ordre 
toscan. Son intérieur est fort joli; il 
pré>ente deux rangs de loges: les pre- 
mières sont divisées seulement à hau- 
teur d'appui, ce qui rend le coup-d'œil 
plus brillant lorsque la salle est bien 
garnie; les deuxièmes loges forment 
une galerie de trois banquettes en am- 
phithéâtre. 

Pour compléter notre promenade in- 
térieure , il ne nous reste plus mainte- 
nant qu'à visiter les 

Eglises. Commençons par 1' 

Eglise Saint-Rimi , qui date du 
commencement du XVI e siècle, Cette 
église offre un bizarre mélange de l'ar- 
chitecture sarrasine, alors d chue, et. du 
goût antique qui ne refleurissait [-as en- 
core. L' 

Eglise Saint-Jacques est plus belle 
que la précédente. Sa 

Tour, qui a une resfemblance frap- 
pante avec celle de Sainf-Jacques-h}- 
Boucherie à Paris, a une forme toute 
particulière. De sa plate forme, nous 
jouissons d'un des plus beaux spectacles 
que puissent of rir, réunies dans un seul 
point de vue, une vaste mer, avec la 
mobilité des scènes que présente une 
ville animée de toute l'activité du com- 
merce maritime, et une vallée riante et 
populeuse, bordée à l'horizon par des 
ruines qui datent de presque tous les 
âges. 

Ici se borne notre promenade inté- 
rieure ; il no nous reste plus maintenant 
qu'à parcourir les 

Environs de Dieppe. 

« Beaux paysages, belles ruines, nom- 
breux points de vue; tout cela se trouve 
réuni aux environs de Dieppe, x 



La cité de Limes, les ruines du châ- 
teau d'Arqués, et le village de Varange- 
ville-sur-Mer, tels sont les lieux que 
nous allons visiter successivement. 

Excursion à la cité de Limes. 

Distance i parcourir: demi-lieue. 

■c Mais, comment peindre tout ce qui 
s'offre à moi ? Mes sens suffisent à peine 
pour tout voir; les souvenirs se pressent en 
foule ; je m'égare avec délices ! » 

Départ. 

Quittons Dieppe et gagnons les 

Quais de Poliei, et de là gravissons 
cette falaise qui nous fait face, sur cette 
hauteur dont la vue est superbe, nous 
remarquons quelques 

Ruines d'une ancienne forteresse. 
D'ici , nous suivons l'ancien chemin de 
Dieppe à Eu; là, nous prenons le sen- 
tier à gauche qui se dirige v rs le bord 
de la côte, et d'où nous apercevons à 
droite les hauts remparts de la cité de 
Limes. iV'ous gagnons ensuite en des- 
cendant un 

Corps— de— Garde occupé par les 
douaniers , puis après avoîf franchi un 
ravin , nous gravissons la côle sur la- 
quelle est la 

Cité de Limes. Pénétrons dans cette 
antique forteresse par l'entrée qui nous 
fait face, là va s'offrir à nos yeux toute 
son enceinte qui est d'une vaste éten- 
dre. Mais avant de parcourir ce lieu, 
et d'examiner ce qu'il renferme, il est 
neces-aire que je vous donne quelques 
détails sur sa destination. 

Ce vaste emplacement qu'on appelle, 
ordinairement le Camp-de-César , est 
un 

Oppidum , ou lieu de refuge pourles 
Belges de cette côle , lorsqu'ils étaient 
obligésd'abandonner.avec leurs femmes 
et leurs enfans , leur foyer domesti- 
que devant un ennemi venant de l'in- 
térieur. Vous savez que les peuplades - 
de la Gaule se faisa ent entre elles des 
guerres cruelle?; vous n'ignore:', pas que 
les Belges étaient dans un état conti- 
nuel d'hostilité avec les Germains , et 
que des bords du Khin pour arriver au 
lieu où nous sommes , on compte peu 
de journées de marche. Cette gorge 
que vous voyez renfermée dans l'en- 
ceinte , descendait alors jusque sur le 
rivage; elle pouvait mettre à l'abri un 



120 



GTJIDE 



grand nombre de barques aussi légères 
et au=si portatives que relaient celles 
des Belges. Celle position avait donc 
cet avantage, que si la peuplade, à qui 
cet oppidum appartenait , était forcée 
dans cf lieu de refuge, il lui était facile 
de s'embarquer sur ces cahots, et de 
gagner la large côte où elle savait 
de\oir être accueillie. Rien ne s'oppose 
à croire qu'elle pouvait passer en An- 
gleterre, dont le rivage était peuplé de 
Belges qui s'y étaient établis, et qui 
conservaient des liaisons intimes avec 
ceux de la Gaule. 

Il ferait difficile de dire si, outre la 
population qui était pressée dans celle 
enceinte par la guérie, la cité de Limes 
avait des liabitans sédentaires : les de- 
meures ordinaires des Belges, ainsi que 
cel!< s de beaucoup de Gaulois, n'étaient 
construites que de matériaux peu pro- 
pres à résister aux efforls du temps; 
il est donc probable qu'on chercherait 
en vain à reconnaître des vestiges de 
semblables habitations , qui d'ailleurs 
pouvaient être dans la partie de la gorge 
que la mer a détruite. Mais on retrouve 
les traces des habitations temporaires 
où se logeait la population venue du 
dehors. 

En suivant le pied du rempart, nous 
en voyons beaucoup; ce sont des fosses 
coniques, tajiissées de gazon, et dans 
lesquelles nous voyons encore une 
grande quantité d'os de porc, de che- 
vreuil, de cerf, des coquilles de moules 
et de nombreux fragmens de vases que 
l'on reconnaît pour être de fabrique 
gauloise. Ces sortes de demeures de- 
vaient cependant être commodes pour 
des babitans peu délicats; c'étaient des 
caves fraîches en été, c'étaient de chau- 
des retraites en hiver. 

Après avoir examiné ces habitations, 
examinons les 

Remparts de la cité rie Limes. Ces 
remparts paraissent, au premier coup- 
d'oeil, formés de terre; cependant on 
soupçonne qu'il y est entré des blocs do 
craie : on est du moins porté à le croire 
en examinant les ébouleuiciis qui ont 
eu lieu çà et là. La craie est la seule 
matière qui, dans ce pays, puisse rem- 
placer la pierre qui s'y trouve rarement 
sous un volume un peu considérable. 
Mais cetle substance calcaire est bien 
susceptible de s'altérer sous les injures 
de l'air, ces blocs, employés dans la 






construction du rempart, se seront ex- 
foliés d'un autre côté; comme il devait 
se trouver entre les assises de craie des 
couches de terre, et peut-être aussi 'iue 
dans d'autres constructions gauloises, 
des madriers seront tombés en dé- 
composition , la terre végétale se sera 
formée, des graminées se seront emparé 
de ces murs affaissés en talus et 
auront caché les ruines sous un ver- 
doyant tapis. 

Quant à l'enceinte de l'oppidum, 
elle n'a aucune forme précise. 

Je ne vous donnerai point une no- 
menclature de tous les objels trouvés 
ici; il me suffira de vous dire que les 
différentes fouilles pratiquées dans la 
cité de Limes, ont offert des haches 
de pierre , dont la matière est le ùlex 
de nos côtes; un grand nombre de frag- 
mens de poterie gauloise, une collec- 
tion de médailles celtiques, d'autres du 
Haut et du Bas-Empire : ces dernières 
arrivent jusqu'à Valenlin. 

Maintenant que nous connaissons la 
cité de Limes, nous allons diriger nos 
pas vers Arques. 

Excursionauxminesduchâtecmd 'Arques. 

Distance à parcourir : 1 lieue et demie. 

« Si , comme Ovide , on pouvait faire 
parler les pierres , combien de secrets im- 
portais ce lieu auraii à révéler ! » 

Départ. 

Pour nous rendre à Arques, nous 
devons gagner le sommet de Saint- 
Pierre-l'Epinay; la rouie de ce côté est 
magnifique , émaillée de nombreuses 
fleurs, dont la diversité charme l'oeil. 
Parlons; bientôt nous laissons derrière 
nous 

Boutillyet Machonville, petits bourgs 
san3 importance, à la suite desquels est 

Arques, bourg très ancien, situé dans 
une vallée sur la rivièred'Arques, près 
du confluent de l'Eaulne et de la Bé- 
thune, et dans lequel nous allons.faire 
une 

Station, afin d'examiner son 

Eglise, monument de plusieurs âges, 
commencé au XI e siècle, lorsque floris- 
sait le style sarrasin importé en France 
au retour des Croisades. A l'entrée du 
chœur est un jubé d'une élégance re- 
marquable et d'une grande légèreté; il 
est entièrement de style grec. Les 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



121 



fenêtres du chœur et des chapelles la- 
térales présentent encore une assez belle 
suite de vitraux peints; les chapelles 
sont décorées de lambris, où se trouvent 
des ornemens et des inscriptions en dé- 
coupures. Dans celle qui est à la droite 
du choeur , était autrefois un buste de 
Heti i IV, qui, à ce qu'on rapporte , y 
avait été posé après la bataille. 

Nous remarquons dans le chœur, au 
pied de l'autel , une pierre qui repré- 
sente en son costume un ancien 
Morte - Paie , et un autel qui appar- 
tient à la sépulture de l'architecte de 
l'église, Nicolas Bedou. 

L'intérieur de l'édifice , du côté du 
sud, estgarni de nombreuses gargouil- 
les ; ui e d'elles porte un collier de l'or- 
dre de Saint-Michel. 

De l'église , nous allons visiter les 

Ruines du château d'Arqués. Le pre- 
mier objet qui frappe notre vue.au dessus 
de la croupe du coteau, est le couronne- 
ment découpé de deux tours élevées de 
chaque côlé de la porte du nord. Une 
fois que nous avons gravi la crête du 
fossé, nous vojons tout le château qui 
se prolonge du nord au sud; les mu- 
railles sont flanquées de nombreuses 
tours; un large fossé, qui ressemble à 
un précipice , l'environne de toutes 
parts. 

Après avoir traversé une première 
cour , nous passons sous une porle à 
plusieurs cintres , et nous nous trou- 
vons dans une enceinte, vers l'extrémité 
de laquelle s'élève un vieux donjon. Ce 
donjon était revêtu autrefois de pierres 
carrées; on en Toit encore dans de cer- 
taines parties ; ces pierres font un 
calcaire d'eau douce dans lequel on 
trouve des incrustations de roseau et de 
feuilles. La porle à pleiu-cinlre, fous 
laquelle nous venons de passer, est 
formée de ces mêmes pierres. 

L'intérieur ne présente plus ni bâti- 
ment ni arcades ; rien ne subsiste de la 
chapelle qui était dans le donjon; on ne 
peut plus sans danger pénétrer dans 
les nombreux souterrains; on a de la 
peine à retrouver l'entrée de celui qui, 
partant du donjon, descendait jusqu'à 
la rivière. Le pied ne rencontre dans la 
première cour qu'un sol plein d'inéga- 
lités , à cause des monceaux de décom- 
bres qui y sont accumulés, La feule 
enceinte a été transformée en jardin. 
Revenons sur nos pas , et avant de 



sortir, entrons dans les deux tours qui 
flanquent la porte septentrionale. Là 
nous voyons les re-tes de belles voûtes, 
et sur les murailles, une nombreuse 
liste de noms des visiteurs. Il paraît 
qu'au commencement du XVIII' siècle, 
ces tours étaient encore assez bien con- 
servées : chacune d'elles avait un maga- 
sin sous terre et un vaste corps-de- 
garde. 

Il ne nous reste plus maintenant 
qu'à examiner V 

Extérieur du Château. Pour faire cet 
examen, nous allons en faire le tour 
en suivant la côte du fossé. Voici la 
porte du si'd qui est dai:s un état de dé- 
labrement complet. Les hautes pièces 
du pont se sont rompues et olfrent un 
effet de ruines des plus frappans; toufe 
la partie des piles est tombée sans se 
démolir, et reste appu>ée contre son 
ancienne base. Celle porle s'appelait la 
porte de Lôrigueville , parce qu'elle 
était tournée vers ce bourg qui est à 
deux lieues d'Arqués, dans une vallée 
voisine. 

Maintenant que nous connaissons le 
château d'Arqués , nous allons en tra- 
cer 1' 

Historique. Ce château fut bâti vers 
le XI e siècle par le comte Guillaume , 
oncle de Guillaume- le -(Conquérant. 
De longues querelles survenues entre 
eux firent pisser successivement ce 
château des mains de l'un dans celles 
de l'autre. Dans les guerres de Richard 
Cœur-de-Lion et du roi Jean avec 
Philippe-Auguste , il fut encore une 
des places les plus disputées de la Nor- 
mandie. En 1-202 , Philippe-Auguste 
tenta sans succès de s'en emparer. En 
1350, il fut livré aux Anglais en vertu 
du traité de Breligny. En 1419, il fut 
repris p.-.r Talbot et Warwick. etrendu 
à Charles VII, par un des articles de la 
capitulation de Rouen. La victoire de 
Henri IV est la dernière balaille dont 
de château fut témoin, et à laquelle 
Crillon ne fut point ! 

Retour à Dieppe. 

Quittons maintenant ces ruines et 
regagnons Dieppe, non pas en suivant 
la vallée, quoique se soit la ligne la 
plus directe, mais en prenant le village 
de 

Gruehet, la plaine et la route de Pa- 



■m 



• 



ISS 



CUIDI 



ris. C'est ici, dans cette plaine, que le sources, dont quelques unes sopt miné- 
duc de Mayence vint se poster après la 
bataille. Il établit une batterie au dessus 
du village de Saint Pierre d'Epinay, 
mais les forls de la ville et la citadelle 
qui existait alors derrière le château, 
l'obligèrent à s'éloigner. Il yeut en outre 
quelques petits combats dans lesquels 
les troupes royales eurent le dessus. Le 
duc sachant que quatre mille Anglais 



raies et des points de vue varies qn'il 
offre, soit du côté des plaines, soit du 
coté de la mer. Outre la 

Source d'eau minérale de Varange- 
ville, ce village offre de plus à notre 
curiosité le 

Manoir d'Ango. Pendant que nous al- 
lons gagner cette belle maison de plaisan- 
ce , il n'est peut-être pas inutile de vous 



venaient de débarquer à Dieppe pour dire un mot de son ancien possesseur 
renforcer l'armée royale , que déplus Histoire d'Ango.— Ango était uu mar- 
ie comte de Soissons, le duc de Longue- chand de Dieppe , qui vivait sous Frau- 
ville et le maréchal d'Aumont appro- cois I". Ango avait des vaisseaux aulant 
chaient avec leurs troupes, jugea à qu'un prince. Un des équipages fut mal- 
propos de décamper, et c'est ce qu'il fit traité par les navires du roi de Portu- 
lans faire sonner bien haut les fifres et gai. Ango s'en alla bloquer Lisbonne , 



les trompettes. 

Excursion à Varangeville-sur-Mer. 

Dislance à parcourir : 2 lieues. 

Observation. 

Pour nous rendre à Varangeville , 
ncus allons passer dans le hameau de 
Pourville , où nous avons quelques an- 
tiquités à voir. 

Départ. 

Nous sortons de Dieppe par le 

Faubourg de la Barre; nous suivons 
ensuife une rue couverte de grands 
arbres qui nous conduit à 

Caudecote, et bientôt après nous 
arrivons à 

Pourville. Ce village , qui est dans 

la plus belle posilion,olIre à notre curio- 
sité les 

Ruines (rime église qui ont été sou- 
vent dessinée?. 

Avant d'entrer dans lacavée qui con- 
duit sur la côte de l'ouest, nous vovons 
a gauche une 

Petùe Masure, où l'on découvrit, il 
y a quelques années, un tombeau en 
gypse. Parvenus dans la plaine, nous 
apercevons à notre gauche , au milieu 
du bois de Hanlôt, quelques pans de 
vieilles murailles : ce sont les 

Hestes de l'Ancien Manoir des Sei- 
gneurs Uantôts ; après avoir traversé 
cette plaine et franchi une 
Penu côte, nous arrivons à 

V arang wl lle-sur-Mer. Ce village 
est un des plus beaux de la France, à 
cause de son étendue, de ses magnifi- 
ques plantations, de ses bruyères, de ses 



avec une flotte à ses ordres ; il obtint du 
trône portugais la réparation de l'injure 
qui lui avait été faite ; et cet homme du 
peuple vit à ses pieds les ambassadeurs, 
les drapeaux et les présensdu roi. Ango 
était une image magnifique des luîtes de 
la forlune des peuples ; Ango était la 
démocratie elle-même consacrée à la 
puissance et à la flagellation des monar- 
chies. Peu de temps après, il perdit ses 
richesses, et passa tristement ses jours; 
il se retira dans la maison de Tarange- 
ville, mais il voulut qu'après sa mort , 
on le portât à Dieppe et qu'on l'inhumât 
dans la chapelle de Saint-Jacques qu'il 
avait ornée peu de temps avant sa mort. 
Maintenant que nous connaissons l'his- 
toire d'Ango , examinons sa maison de 
plaisance. 

Description. — Ce manoir qui est au- 
jourd'hui transformé en ferme , malgré 
les nombreuses altérations produites par 
le temps , est une salle où l'on peut étu- 
dier les leçons des meilleurs archilectes 
du XVI e siècle. Le goût des artistes ita- 
liens se fait sentir de tous les côtés. 
Au dessus d'une des grandes portes , 
sont placés deux médaillons ieprésen- 
tant François I er et Diane de Poiliers. 

Intérieur. — Pénétrons dans l'inté- 
rieur de la grande salle qui est exposée 
au nord ; là nous remarquons contre les 
parois des murs Ips restes d'une fres- 
que dont on pourrait peut-être retrouver 
les dessins à l'aide des lignes qui sont 
restées tracées sur l'enduit du mur. Plu- 
sieurs portes , plusieurs fenêtres sont 
accompagnées de divers petits sujets 
de fantaisie, sculptés avec la plus grande 
habileté. 
Extérieur. — Cour. — Dans la cour, 



tt»tt 



J>B VOYAGEUR EN ECROPB. 



12» 



nous remarquons çà et là des corniche», 
des tronçons et des pierres sculptées. 
Dans un de ses angles s'élève une tou- 
relle dont l'intérieur est d'une grande 
élégance; son intérieur nous présente 
un escalier habilement conduit. Si nous 
montons à l'extrémité de celle tour, 
nous y jouissons d'une vue des plus éten- 
dues ; nous apercevons un grand nom- 
bre de villages , des plaines cultivées , 
des eoteaui boisés, etc. 

De Paris à Abbeville. 

Distance à parcourir : 87 lieues et demie , 
18 postes trois quarts. 

( Voyez la route de Paris d Calais.) 

De Paris à Amiens. 

Distance à parcourir : 51 lieues, li» postes 
et demie. 

( Voyez la route de Paris d Calais.) 

De Paris à Boulogne-sur-Mer. 

Dislance à parcourir : 61 lieues, 50 postes 
trois quarts. 

( Voyez la 2' route de Paris à Calais.) 
De Paris à Dunkerque. 

Routes. 
Nous pouvons nous rendre à Dunker- 
que par deux routes différentes savoir : 
par Amiens et par Sainl-Pol. 

Première route. 

Route par Amiens. 

Distance à parcourir :C8 lieues, 54 postes. 
Durée du trajet : 25 heures. 

Observation. 

De Paris à Amiens, la route nous 
étant connue, ce n'est donc que depuis 
cette ville que notre itinéraire doit com- 
mencer. 

Itinéraire d'Amiens à DunJcerque. 

Topographie de la route. 

Départ. 
Nous sortons d'Amiens par la 
Porte d'Arras ; bientôt après nous 

gravissons une 

Montagne , au haut de laquelle nous 

remarquons à gauche le» 



Restes de la chaussée dite de Brune- 
haut. Non loin de là, nous trouvons le 
village de 

V Mers-Bocage, qui est presque en- 
touré d'arbres , et aux environs duquel 
nous remarquons le beau 

Château de madame de Bretangles , 
auquel on arrive par une belle avenue. 

Taimas qui vient après est un village 
sans importance. 

DouUens, que nous ne tardons pas à 
traverser ensuite , est une ville d'un as- 
pect assez agréable , bâtie au fond d'une 
vallée qu'arrosent les rivières d'Anthie 
et de Giouche. Varmi les 

Curiosités de DouUens dignes d'être 
citées, nous remarquons : 1' 

Eglise Saint-Martm, dont les piliers 
sont d'une grande légèreté, et la 

Citadelle qui passe avec raison pour 
une des plus belles de France. Après 
avoir dépassé DouUens, nous trouvons 
les hauteurs de 

jjouquemaison, où commence le 

Département du Pas-de-Calais. Bien- 
tôt nous arrivons à 

Frèvent, joli bourg, dont la pro- 
preté rappelle quelques villages de la 
Suisse ; la route, bordée d'arbres, s'em- 
bellit à mesure que nous approchons de 

Saint-Pol, petite ville agréablement 
située , dans un fond a^sez pittoresque 
sur la Temoise et renommée par ses 
eaux minérales, ses huiles, ses nankins, 
et ses plants de tabac. 

Pernes, où nous allons relayer, est 
une petite ville sans importance, peu- 
plée d'environ mille habitans. Dans un 
site heureux, au milieu d'une belle 
plaine , est 

Li/lers. ville jadis fortifiée, et ne pos- 
sédant aucune curiosité digne d'être 
citée. Bientôt aiirès, nous entrons dans 

Aire, jolie ville, bâtie dais une situa- 
tion Rgréable , au confluent de la Lys 
et de la Laquetle , à la jonction des ca- 
naux de Saint-Omer et de la P.afsçe , 
avec lesquels elle communique d'un 
côté avec l'Aa et de l'autre avec la 
Deule. Au nombre des 

Curiosités d' Ab e nous, remarquons 1' 

Eglise Saint-Paul , construite au 
XVII l" siècle, les 

Casernes, qui peuvent contenir 0000 
hommes, enfin le 

Bâtiment qui est sur une place puhli- 
qae , qui est surmonté d'un beffroi , 
élevé vers le milieu du XVIII e siècle. 



12i 



GUIDE 



Peu de temps après avoir passé Aire, 
nous entions dans le 

Département du Nord. 

Hazebrouck est la première ville que 
nous rencontrons; cette ville est située 
dans un territoire extrêmement fertile , 
sur le ruisseau de la Bourre, qui com- 
munique à la Lys; elle est assez bien 
bâtie et offre pour toute 

Curiosité V 

Eglise paroissiale, qui est vaste, bien 
ornée et surmontée d'une flèche à jour 
construite de 1490 à 1320. L' 

Hôtet-de-V Me , construit de 1897 à 
1820, et dont la façade offre douze co- 
lonnes de 24 pieds de hauteur, surmon- 
tées d'un entablement et d'un attique , 
ayant pour soubassement un portique 
de onze ouvertures. Enfin 1' 

Jlôtel de la sous-préfecture qui est un 
bâtiment moderne de fort bon goût. Au 
sortir d'Hazebrouck, la route continue 
de se montrer agréable et variée.Bientôt 
nous apercevons, au sommet d'une mon- 
tagne conique , 

Cassel, ville fort ancienne et dont les 
rues sont peu nombreuses, propres, assez 
bien entretenues , et pourvues chacune 
d'une fontaine abondante. Parmi les 

Edifices publics de Cassel, nous re- 
marquons : r 

Eglise paroisialc, bâtie en 1290 et 
dont le maître-autel est en marbre et 
décoré d'une statue de la Vierge qui 
est réputée miraculeuse dans tout le 
pays. Enfin la 

^ Mairie, bâtiment spacieux dans lequel 
s'assemblaient jadis les administrateurs 
de la Flandre maritime. 

Après Cassel vient 

Vormhoudt,\v,Xi bourg, situé sur l'Y- 
ser et dont les maisons sont bien bâties, 
et tenues avec une propreté remarqua- 
ble. De Vormhoudt, nous allons à 

Bergues, jolie et forte ville, située 
dans une contrée marécageuse, au pied 
d'une montagne , à la jonction des ca- 
naux de Dunkerque et de la haute et 
basse Colme qui en font le centre d'un 
commerce très étendu. Elle est. en 
général, bien bâtie en briques, et pos- 
sède un port commode sur le canal de 
ce nom, qui conduit directement à la 
mer et peut recevoir des navires char- 
ges de 300 tonneaux , au moyen d'une 
grande écluse placée à l'embouchure 
du port de Dunkerque. Les 



Curiosités les plus remarquables de 
Bergues sont : 1' 

H àicl-de-V Me , dont la construction 
date de 1604; son architecture est extrê- 
mement gracieuse, et ion ne trouverait 
peut-être pas dans le département de 
salon plus vaste et plus majestueux que 
celui réservé aux séances du conseil 
d'administration; le 

Beffroi, qui est sans contredit l'é- 
difice le plus curieux de Bergues. Sa 
construction est extrêmement hardie, et 
ta forme d'une élégance recherchée; 
son origine est espagnole, mais la date 
de sa construction est restée inconnue; 
sa hauteur estdelbO pieds. Enfin les deux 
Tours de l'abbaye de Saint-JFinoc, 
qui ont été conservées pour servir de 
point de vue aux navigateurs et facili- 
ter l'entrée du port de Dunkerque. De 
Bergues nous allons à 

Dunkerque qui est le terme de notre 
voyage. 

aperçu général de Dunkerque. — 
Celte ville, qui est située sur les bords 
de la mer, à la jonction des canaux de 
Bergues, de Bombourg et de Furnes, 
est en général bien bâtie et assez bien 
percée. Sou port est grand, commode, 
très fréquenté ; il est précédé d'une 
rade très sûre regardée comme une des 
plus belles de l'Europe. 

Dunkerque possède plusieurs belles 
places publiques, un tribunal de pre- 
mière instance, deux justices de paix 
et un tribunal de commerce, un hôpi- 
tal militaire, deux églises, un collège 
communal, une école d'hydrographie 
de troisième classe , une bibliothèque 
publique riche de près de 51,000 volu- 
mes, un hospice jouissant d'un revenu 
de 75,000 francs , et dans lequel sont 
entretenus environ 330 malades, vieil- 
lards et orphelins , une société d'agri- 
culture et une caisse d'épargne. 

Historique. — L'origine de Dunker- 
que n'est pas ancienne; ce n'était au 
VI e siècle qu'un hameau, auquel une 
chapelle, qu'y fit bâtir saint Eloi, donna 
le nom de Dunkerque , qui , dans l'i- 
diome flamand , signifie église des du- 
nes. Un havre naturel y attirait des pé- 
cheurs , et ce lieu devint bientôt assez 
important pour être entouré d'une mu- 
raille, en 964,-par Baudouin III. En 1291), 
Philippe-le-Bel s'empara de Dunker- 
que ; mais quatre ans après, les habitans 
secouèrent le joug des Français, qui 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



l<dii 



l'assiégèrent sans succès une seconde 
fois en 1448. Le maréchal de Termes se 
rendit maîlre de cette place en 11588, 
et ses soldais s'y livrèrent au pillage et 
aux cruautés les plus révoltantes. Les 
Flamands s'emparèrent à leur tour de 
cette place, et exercèrent sur les assié- 
gés de terribles représailles. En 1383, les 
Français s'emparèrent encore de Dun- 
kerque, qui fut repris la même année 
par les Espagnols, lesquels agrandirent 
la ville en 1640. Le prince de Condé la 
reprit en 1046, et Ijs Fiançais durent 
l'abandonner eu 1632.Tuienne la reprit 
en 1658, et la remit immédiatement 
aux Anglais, qui la fortifièrent et y 
construisirent une citadelle. Ceux-ci la 
rendirent pour la somme de cinq mil- 
lions, à Louis XIV, qui y entra eu 1062, 
lit creuser le port, les écluses et aug- 
menter les fortifications par le maréchal 
de Yauban. Les Anglais en furent re- 
mis en possession par la paix d'Dlrecht, 
détruisirent le port, fes écluses, les rem- 
parts, les forts, et fermèrent le chenal 
par un bàlardeau de sable. Le port et les 
fortifications furent restaurés en 1740; 
mais les traité « de paix d'Aix-la-Cha- 
pelle et de Paris de J748 et de 1703 
stipulèrent la destruction d'un port 
dont l'Angleterre redoutait le voisi- 
nage. Les succès des armes île la France 
pendant les guerres d'Amérique sau- 
vèrent Dunkerque d'une nouvelle des- 
truction, et fon | ort prit une importance 
commerciale progressive jusqu'à l'épo- 
que de la révolution. 

Curiosités. — La ville de Dunkerque 
est peu riche en curiosités ; les plus re- 
marquables sont : 1' 

Eglise Saini-Eloi , qui fut bâtie en 
1440 et dont la façade est composée de 
dix belles colonnes d'ordre corinthien, 
surmontées d'un fronton grec, d'après 
les plans du célèbre architecte Louis', 
àl'imiialion du Panthéon de Home. La 

Place Jeun— "art , qui est plantée 
d'arbres et décorée du buste de ce hé- 
ros , inauguré en 18t!0. Le 

Collège , élevé en ISuG sur I'emplare- 
ro"nl de l'antique église des jésuites. La 

Tour rlu Port, sur laquelle est cons- 
truit un phare qui sert de guide aux 
vai -seaux. Les 

Bassins de lu Marine restaurés en 
1794. où le gouvernement fit construire 
des frégates jusqu'en 1818. Enfin le 

Bassin et l'écluse de chasse achevés 



en 1826 à l'ouest du port et au moyeu 
de laquelle on espérait enlever le banc 
qui ferme l'entrée du chenal, mais qui 
n'a pas réalisé les espérances qu'on avait 
conçues. 

Deuxième route. 

Route par Saint-Vol. 
Dislance à parcourir : 71 lieues et demie , 
53 postes trois quarts. 

Observation. 

Celte route est la même que les pré- 
cédentes jusqu'à Aire; c'est donc depuis 
cette ville que noire itinéraire doit 
commencer. 

Itinéraire d'Aire à Dunkerque. 
Topographie de la route. 

Départ. 

Au sortir d'Aire, nous laissons à notre 
droite le canal, et après avoir parcouru 
environ quatre lieues, nous arrivons à 

Saim-Omer, ville dont il a été ques- 
tion dans la deuxième route de Paris à 
Calais. Bientôt après, nous arrivons à 

Gravelines , petite ville située dans 
une contrée marécageuse, à l'embou- 
chure de l'Aa, qui y forme un port 
commode et très fréquenté , qui offre 
un asile assuré aux navires battus 
par la tempête. Elle est généralement 
bien bâtie; les rues sont belles et bien 
percées ; les places publiques fort agréa- 
bles. On n'y remarque d'autre monu- 
ment que le 

Mausolée rie M.. D. Metz, ouvrage du 
célèbre Girardon , placé il y a quelques 
années dans l'église paroissiale. De Gra- 
velines nous allons en ligne droite à 

Dunkerque, où se borne notre itiné- 
raire. 

De Paris à Lille. 

Hôtels recommandés. — Douai: Hô- 
tel rie l'Europe et ries Quatre— fils- iy 
mon, rue Saint-Jacques. 

Cet hôtel , meublé très proprement , 
est au centre de la ville, près du Collège 
royal, du Musée, de l'Arsenal, de la 
Préfecture, des églises et promenades. 
Il y a table d'hôte, restaurant, remises, 
écuries et i-ulla de bains. 

Compûgne. — Hôtel de la Cloche et 
de la Houteille.tenn par Hutiaot, place 
de l'Hôtel-de-Ville. 



126 



«UIDE 



La position de cet hôtel , comme son 
importance, l'ont rendu le premier de 
ce genre dans Compiègne. Le nombre 
des appartemens et des salons permet à 
son propriétaire de recevoir tous les 
voyageurs en poste ; la plus grande par- 
lie de MM les voyageurs du commerce 
y descendent, attendu que le bureau 
des Messageries royales est dans l'hô- 
tel , et celui des Messageries Laffitte et 
Gaillard en face. 

Noyon. — Hôtel du Chevalet, tenu par 
M. Begnéry, place au Blé. Cet hôtel est 
fort vaste et poss'de de très beaux ap- 
partemens frais et bien meublés, ainsi 
que de vaste» écuries et remises. 11 y a 
table d'hôte deux fois par jour. 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Lille par 
quatre routes différentes, savoir: par 
Amiens, par Péronne et Cambrai, par 
Péronne et Arras , enfin par Saint- 
Quentin. 

Première route. 

Route par Amiens. 

Distance à parcourir: 38 lieues, 29 postes 

un quart. 
Durée du trajet: 18 heures. 

Observation. 

Cette route se trouvant décrite jus- 
qu'à Doullens par la précédente, c'est 
donc de cette dernière ville que notre 
itinéraire doit commencer. 

Itinéraire de Doullens à Lille. 

Topographie de la route. 

Départ. 

Peu de temps après avoir quitté 
Doullens, nous entrons dans le 

Département du Pas-de-Calais. 

Albret est le premier village que 
nous rencontrons; bientôt après vient 

Baumetz, autre petit village sans 
importance, après lequel nous entrons 
dans 

Arras, grande et très forte ville, chef- 
lieu du département, située au milieu 
d'une plaine fertile, sur la Scarpe, qui 
y reçoit le Crinchon. Elle est bâtie à 
mi-côte et partie dans un terrain plat, 
elle se compose de quatre parties qui 
sont la cité, la ville-haute, la basse- 



ville et la citadelle; plusieurs faubourgs 
ajoutent à sa grandeur. La cité, qui oc- 
cupe le terrain le plus élevé, est à peu 
près sur le même emplacement qu'oc- 
cupait celle qui reçut César; la nou- 
velle ville eut pour noyau un petit ora- 
toire élevé par saint Wa?t, au sixième 
siècle, sur le bord du Crinchon, ora- 
toire qui devint, sous un des fils de Clo- 
vis, une abbaye bâtie sur un plan ma- 
gnifique. La ville-basse est moderne, 
régulièrement bâtie ; elle touche aux 
glacis de la citadelle , élevée sous 
Louis XIV, par le maréchal Vauban. 
Cette partie d'Arras est fort belle, et 
formée de maisons en pierres de taille, 
plusieurs étages. 

Curiosités. — La ville d'Arras est 
peu riche en curiosités; les plus re- 
marquables sont : la 

Cathédrale, qui est dédiée à Notre- 
Dame, et dont la construction est go- 
thique. Le choeur et la croisée de cette 
église, soulenus par des colonnes très 
minces, offrent une construction d'une 
grande hardiesse, mais le reste du vais- 
së tu n'a pas, à beaucoup près, la même 
élégance. L' 

Hotel-de-Ville, qui est une des plus 
belles productions du genre gothique. 
La 

Bibliothèque , formée des restes de 
celle de Saint-Wast. L' 
Arsenal, enfin la 
Tour du bejfroi. 

Départ d'Arras. 

Peu de temps après avoir quitté Ar- 
ras, nous traversons le village de 

Vimy, qui n'offre riGn de remar- 
quable. 

Lens vient ensuite , petit hameau 
après lequel nous traversons le 

Canal; là nous trouvons 

Catvin, autre petit hameau où com- 
mence le 

Département du Nord, et duquel 
nous allons direclemeut à 

Lille, qui est le terme de notre 
voyage. 

Aperçu général de Lille. — Cette 
ville, qui est située dans une contrée 
extrêmement fertile, sur le canal qui 
communique de la Sensée à la mer, et 
sur la moyenne Deùle qui la traver-e 
et y est navigable, est entourée de forti- 
fications immenses et défendue par une 
bonne citadelle. Ses rues sont en gêné- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE . 



127 



rai larges, propres et bien percées. Ses lient encore actuellement les canaux de 



maisons, solidement bâties, presque 
toutes d'un goût moderne, ont, pour la 
plupart, des caves dans lesquelles loge 
Ja plus grande partie de la classe ou- 
vrière et indigente, ce qui altère sa 
santé et enfante une foule de maladies 
chroniques. 

Lille possède 27 places ou marchés, 
près de -200 rues et un grand nombre 
de ruelles et de cours ou impasses, 
plusieurs églises, un tribunal de pre- 
mière instance et de commerce, une 
académie ro\ aie de musique, un collège 
communal, une académie de dessin pla- 
stique, un hôtel de monnaie (lettre W), 
un hôpital général, un mont-de-piété, 
une salle de spectacle, euiiu un su- 
perbe musée. 

Historique. — La ville de Lille a pris 
son nom d'un village entouré d'eau, 
qui devait lui-même son origine à un 
château bâti dans les derniers siècles 
de l'empire des Romains dans la Utl— 
gique, et autour duquel quelques habi- 
bilans, attirés par la sûreté qu'il pro- 
curait, vinrent s'établir. Les chroniques 
du temps ne font plus mention de Lille 
jusqu'à Baudouin I er , dit Bras-de-Fer, 
qui, en 803, fit pendre plusieurs de ses 
ennemis aux murailles du château de 
Lille. Les courses des Normands pen- 
dant le neuvième siècle et pendant une 
partie du dixième, durent nécessaire- 
ment nuire aux progrès de Lille, et il 
faut arriver à Uaudouin IV, qui fit bâtir 
en 1007 un grand nombre de maisons, 
et donna une forme positive à la ville. 
Baudouin IV l'entoura de murs et de 
fossés en 1030, et sa population s'ac- 
crut si promptement, que Baudouin V 
se vit obligé de l'agrandir. Ses fortifi- 
cations, nouvellement construites, ne 
l'empêchèrent pas de tomber en 1304 
au pouvoir de l'empereur Henri III, 
qui venait de ravager la Flandre; mais 
elle fut bientôt reprise et réparée par 
les bienfaits de Baudouin, qui la réta- 
blit et releva ses murs abattus; l'année 
suivante, ce prince érigea l'église col- 
légiale de Saint-Pierre, qu'il dota ri- 
chement en 1006. A celte époque Lille 
était divisée en deux parties : la plus 
ancienne comprenait l'église Saint- 
Etienne, la seconde, qui seule était en- 
tourée de murailles, ne comprenait que 
la paroisse Saint-Pierre. En 1147, la 
Tille avait une enceinte que détermi- 



Poissonneaux, desPontsdes Comineset 
des Sœurs-Noires. 

La ville fut prise trois fois en 1213; 
d'abord par Philippe-Auguste, après un 
siège de trois jo ,: r% puis par le comte de 
Flandre Ferrand, en faveur duquel il 
se révolta , et ensuite par le même Phi- 
lippe qui, irrité de sa rébellion, la ré- 
duisit totalement en cendres. Lorsqu'à- 
près ce désastre on la reconstruisit, elle 
fut augmentée presque du double de sa 
grandeur, et l'on y entrait par six por- 
tes. Philippe-le-Bel l'attaqua et la prit 
par capitulation après onze semaines 
de siège, au commencement de septem- 
bre 1297 ; mais les habitans ouvrirent 
leurs portes en 1302 à Jean de Namur, 
comte de Flandre, qui venait de gagner 
sur les Fiançais la bataille de Courlrai. 
En 1303, après la bataille de Mons-eu- 
Puelle , Philippe-le-Bel attaqua Lille, 
qu'un traité de paiv lui abandonna, 
ainsi que Douai et Orchies. En 140S,fa 
ville fut entourée de murailles et de fos- 
sés par le comte de Guy. Robert de 
Béthune, comte de Flandre, tenta sans 
succès de s'en rendre maître en 1314. 
Un incendie l'a consumée presque en- 
tièrement en 1382. 

La ville de Lille fut rendue à la Flan- 
dre parPhilippe-Ie-ÏIardi ; en 1476 elle 
passa à la maison d'Autriche. Vingt ans 
après, les Pays-Bas ayant été réunis à 
la couronne d'Espagne, Lille fut sou- 
mise à la domination de cette puissan- 
ce, qui la conserva en son pouvoir pen- 
dant deux siècles. En 16(57, Louis XIV 
l'assiégea à la tête d'une puissante ar- 
mée, et la prit le 27 août, après neuf 
jours de tranchée ouverte. Ce monarque 
agrandit son enceinte, et y fit construire 
par Vauban de nouvelles fortifications 
et une citadelle qui passe pour une des 
plus belles de l'Europe. Lors de, la guerre 
de la succession d'Espagne, la ville fut 
reprise par les alliés, le 23 octobre 
1708, après un siège de quatre mois. 
Elle fut cependant cédée à la France 
par le traité d'Ulrecht, en 1783. Lille 
s'est agrandie en 17S6 de tout le beau 
quartier qui s'étend depuis la porte de 
la Barre jusqu'à celle de la Madeleine. 

Séjour et promenade. 

Départ. 

Quittons le centre de la ville, ga-< 
gnons la 



128 



GUIDE 



Porte de Paris, là va être notre point 
de départ. L'architecture de cette porte 
présente un aspect très imposant : elle 
est d'ordre dorique et surmontée de 
plusieurs trophées sur lesquels est a«sise 
la Victoire, qui couronne un buste de 
Louis XIV. Aux deux côtés, entre les 
colonnes , sont deux belles statues co- 
lossales représentant Minerve et Her- 
cule. Non loin de cette porte et dans 
la rue de Paris, nous remarquons à 
gauche la 

flJaison de Santé pour les filles publi- 
ques, et plus loin V 

Hr'pital Gantois, ou des vieilles fem- 
mes. Presque en face est la 

Rue des Etatiques , que nous allons 
suivre; là nous trouvons, en face, le 

Fort Saint-Sauveur, qui a emprunté 
son nom du quartier où il est situé. A 
quelques pas de là est 1' 

Hôpital Saint- Sauveur , qui est 
d'une architecture simple et peu appa- 
rente. Tout proche c^t édifice nous re- 
marquons 1' 

Eglise Saint-Sauveur, dont l'inté- 
rieur est assez vaste , mais manquant 
d'élévation. Eu suivant la 

Bue Saint-Sauveur, nous sommes 
conduits devant 1' 

Eglise Saint- Uaurice, dont la cons- 
truction remonle à 1022. Elle est en- 
core assez belle. malgré la démolition 
de sa tour, et est ornée de statues de, 
saint Pierre et de saint Paul, sculptées 
par Bra. En sortant de Saint-Maurice, 
nous passons sur le 

Marché au Fil de lin, qui n'est qu'une 
rue établie en partie sur un pont auquel 
on a donné le nom de 

Pont de Phin. D'ici nous n'avons que 
quelques pas à faire pour nous rendre 
au 

Marché aux Poissons. Deux pompes 
en forme de fontaines accompagnent cet 
édifice, et servent à diminuer l'iHsalu- 
brité qui résultait auparavant de la 
quantité d'immondices amassées dans 
cet endroit. Du Marché aux Poissons 
nous allons visiter les 

Halles dans lesquelles se vendent de- 
puis un temps immémorial quantité de 
petits articles de mercerie et de linge- 
rie. Non loin de là est la 

Salle de spectacle, bel édifice, offrant 
la figure d'un parallélogramme régu- 
lier. On y pénètre par un beau péri- 
style élevé de sept marches,dont l'enta- 



blement et le balcon sont soutenus par 
dix colonnes d'ordre dorique, ordre qui 
règne sur les quatre faces de l'édifice. 
L' 

Intérieur était autrefois parfaitement 
distribué ; mais l'administration muni- 
cipale, en voulant le réparer, a gâté une 
des plus belles salles de spectacle de 
France, en employant des architectes 
totalement étrangers aux principes de 
l'acoustique et de la perspective. Quit- 
tons maintenant la salle de spec'acle, 
reprenons notre tournée vers l'est. 
Tout près des 

Ponts des Comines , construits sur 
une branche de la Deùle, nous trou- 
vons la 

Place des Comines, après laquelle 
nous entrons dans la 

Hue de Tournai, à l'origine de la- 
quelle nous remarquons le 

Temple des chrétiens réformés. Plus 
l«in nous trouvons l'ancien 

Hôtel du Gouvernement, transforivé 
aujourd'hui en une belle filature de co- 
ton. Non loin de là se trouve la 

Porte de Tournai, qui est la plus mal 
située de toute la ville, par rapport aux 
rues qui y ont accès. En traversant 
la petite esplanade qui nous fait face, 
nous nous trouvons en face la 

Caserne des Finisses, qui n'offre rien 
de remarquable. Si nous suivons la rue 
des Buisses, nous arrivons aux 

Archives du département. Non loin 
de là est le 

Marché au Beurre et le 
Musée, qui est établi dans l'ancien 
couvent des Récollets. La façade de cet 
édifice est digne d'attention : au pre- 
mier est la 

Bibliothèque de la ville, riche d'en- 
viron 21,000 volumes, parmi lesquels 
on trouve des ouvrages précieux et 
quelques éditions du quinzième siècle. 
L'étage au dessus offre nue belle 

Galerie de peinture où l'on voit des ta- 
bleaux des plus grands maîtres. Dans un- 
local attenant aux deux établis»emens 
que nous venons de visiter se trouve le 
Collège communal , où les jeunes 
gens reçoivent une bonne instruction 
dans les diverses classes jusqu'à la phi- 
losophie inclusivement. Près de là est 
un autre établissement d'une grande 
utilité pour l'instruction publique : 
c'est le 
Jardin botanique, où se trouvent réu- 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



129 



nies tontes les plantes exotiques dont 
la cullure e c t introduite dai s le dépar- 
tement du Nord. A coté de ce jardin est 
le 

Pont Suint-Jacques, qui lire fa dé- 
nomination d'un ancien hôpital fondé 
en 1223, par Royer, châtelain de Lille, 
pour y loger des pèlerins. Près de ce 
pont rst 1' 

Hôt l Havelin. Non loin de là est 1* 

Hôtel des Canonniers sédentaires. Si 

de cet endroit nous remontons vers la 

Place aux Bleuets, nous trouvons le 

Magasin des hôpitaux militaires, qui 

n'offre rien de remarquable. Près de là 

est la 

Bue de Berri, dans laquelle nous re- 
marquons la 

Caserne de la Gendarmerie, L' 
Eglise de la Madeleine, près de la- 
quelle nous nous trouvons, est surmon- 
tée d'une coupole élégante qui la dis- 
tingue eitre lous les édifices religieux. 
Dans la même rue nous trouvons la 

Caserne, dite de la Madeleine, occu- 
pée par de l'infanterie, el la 

Manufacture royale de Tabacs, con- 
struis sur l'emplacement appartenant 
autrefois aux soeurs du Saint-Es; rit. 
Revenons maintenant sur nos pas, et 
descendons les marches du 

]-' ont- Neuf, que, malgré son nom, 
on ne ferait pas mal de réparer. Là se 
déploie devant nous le b^au 

Bassin de la Bas^e-Jhû/e, bordé de 
magnifiques quais, dont l'un c*l en par- 
lie planté de marronniers et de platanes. 
En suivant le quai du Canal, nous pas- 
sons devant la 

Place du Château , en face de la- 
quelle nous remarquons le 

Moulin du Château. Après avoir 
passé derrière ce moulin, nous allons 
suivre la 

Rue de la Monnaie ; là nous trouvons 
à gauche un étroit passage qui conduit 

àl* 

Hôtel delà Mairie. La disposition de 
cet hôtel est un carré par ait, au centre 
duquel se trouve une belle cour ornée 
d'arbres et <le fleurs. Presque en face 
de cet hôtel, nous remarquons une en- 
trée peu apparente , surmontée d'une 
tomelie terminée à flèche ; c'est la pi rie 
prinrip île de 1' 

H'/'ital Comtesse, à qui ce nom fut 
donné en mémoire de son illustre fon- 
datrice. Pans uue petite rue voisine de 
Francs* 



cet hôpital, et qui porte le même nom , 
se trouvent les 

l'.coles académiques. L'entrée de 
l'édifice est simple et d'assez bon goût. 
Derrière ce local se trouve la 

Prison, dite Raspule , destinée à la 
détention des femmes. Non loin de ce 
lieu est la 

Place Concert, à l'entrée de laquelle 
nous remarquons la 

Salle de concert , qui passe pour l'une 
des plus belles qu'il y ait en France. 
Cette salle est de forme ronde, garnie 
de gradins disposés en amphithéâtre. Sa 
décoration est à la fois ri' he el élé- 
gante. Si d'ici nous dirigeons nos pas 
vers le Pont-Neuf, nous arrivons au 
beau 

Bassin que forme la Deù'e , et dans 
lequel se pressent une foule de bateaux. 
D'ici nous découvrons à droite 1' 

Hôpital- Général, édifice d'une ar- 
chitecture noble . fondé en 1731) pour 
y recevoir des vieillards et des en.'ans 
des deux sexes. Près delà nous remar- 
quons la 

Porte des Eaux, au dehors de la- 
quelle se tiouvenl les écluses et le ca- 
nal d'embranchement qui joint la haute 
et la basse Deùle. Sur l'autre rive du 
canal, nous voyons un bâtiment assez 
vaste, mal entretenu; c'esl le 

Magasin aux Fourrages. Après avoir 
examiné le bassin de la Peule et les di- 
vers édifices qui l'avoisinent, allons 
joindre la 

Rue Saint-André , à l'origine de la- 
quelle nous trouvons la 

Caserne Saint-André , et à sa termi- 
naison la prison militaire appelée com- 
munément 

Tour Saint-Pieire. En suivant la 
Rue Française qui lui fait face, nous 
trouvons 1' 

Hôtel du général de la 16" division 
militaire. Suivons maintenant la 

Uue des Marais , et de là allons join- 
dre le 

Pont de Boubaix , ainsi nommé à 
cause d'un hôtel voisin avec lequel il 
communiquait, el qui avait été donné 
P'r la ville , en 1422, à Jean, seigneur 
de Roubaix, moyennant 8 sols 6 deniers 
d'arrentement .pour raison deséminens 
services rendus par l 'dit seigneur. Au 
débouché de ce pont , nous en trouvons 
un autre qui conduit à la 



I3iO 



GUIDE 



Cour Clisson. Dans un des coins de 
cette cour est l'entrée des 

Bains du Cirque, qui ont retenu le 
nom du cirque dont ils ont fait partie 
peiidantqueiques années. Là nous trou- 
vons encore la 

Douane royale. En continuant noire 
route dans la direction que nous avons 
prise, nous arrivons à un passage appelé 
Débris Saint-Etienne , parce qu'en 
effet il se trouve sur le lieu occupé au- 
trefois par l'église paroissiale de ce 
nom. Enfin nous arrivons sur la 

Grande-Place , qui forme un carré 
long de 420 pieds sur -200 de largeur. 
Sur celte place nous remarquons les 
édifices suivans : la 

Bourse, la salle de spectacle dont 
nous avons déjà parlé, enfin le Corps- 
de-Garde qui est un édifice fort cu- 
rieux. En | assint devant le Corps-de- 
Garde , nous arrivo 1s à la 

Mairie , dont la façade offre un bel 
a'pett. En revenant sur la place nous 
allons joindre la 

Rue Esquermoise, qui est aujourd'hui 
la pi 's fréquentée de la ville. A son ex- 
trémité est le 

Pont-M^eppes , qui n'esta découvert 
que d'un côté. Près de ce pont nous 
remarquons deux 

H tels d'une belle structure. Pour- 
suivant notre route, le premier édifice 
que nous rencontrons est 1' 

Eglise paroissiale de S ainle - C athe- 
rine, qui n'est pas sans quelque intérêt. 
La tour de cet édifice porle à son som- 
met un télégraphe établi en 1793. A 
deux pas de cette église, se trouve l'ori- 
gine de la 

Rue Royale , qui est la plus belle de 
cette ville. En continuant d'avancer 
dans cette rue. nous trouvons d'abord 1' 
Hôtel de la Préfecture et ensuite la 
Posle-aux-Letlres qui lui fait face. Bien- 
tôt après nous arrivons à F 

Eglise Saint- André , qui est une des 
plus belles de la ville. Un peu plus loin, 
et toujours dans la rue Royale , nous 
trouvons le 

Magasin au Blé , vaste bâtiment qui 
n'a de remarquable que son élévation 
et sou é endue ; enfin à l'extrémité de 
la rue nous trouvons ia 

Porte .Saint- André , qui est sans in- 
térêt. De celle porte nous allons nous 
rendre à 1' 
Esplanade, magnifique promenade 



qui borde le canal. A son centre nous 
remarquons un 

Bassin circulaire dans lequel sont 
des cygne». En face est le 

Pont-Royal, qui sert de communi- 
cation d'une rive à l'autre. A l'extrémité 
de l'Esplanade, nous trouvons le 

Manège, non loin duquel est l'em- 
placement où viennent s'exercer les 
amateurs du jeu de paume A côté du 
Manège est la 

Porle d'eau , d'où l'on jouit d'une 
vue magnifique. Si de ce joint nous 
gagnons la rive orposée, nous voyous à 
l'écart du can I le 

Magasin a Poudre , gardé par une 
sentinelle armée d'in e pique. En con- 
tinuant de suivre la promenade, nous 
passnn« devant 

Ma Campagne , joli cale ainsi nom- 
mé , tenu par le sieur Delbarre, auquel 
l'administration a confié le dépôt des 
objets propres à secourirles noyés. Après 
ce café nous trouvons le 

Pont Ramponeau , en face lequel est 
un aulre c?,fé portant ce nom et très 
fréquenté dans la belle saison. Au bout 
de la promenade est la 

Porte de la Barre. C'est là que com- 
mence le 

Bassin de la Haute-Deûle , qui pré- 
sente une nappe d'eau la plus large de 
la ville. C'est ici l'entrée du canal de 
navigation. Dans un angle du quai qui 
entoure ce bassin , nous apercevons une 
porte ornée de trophées d'armes; c'est 
le 

Magasin des effets militaires , qui oc- 
cupe Vancien couvent des Bénédictins. 
Bientôt se présente à nous le 

Pont d'Acre, construit sur une des 
branches primitives de la Deùleet à son 
entrée dans la ville. Celte rivière baigne 
un peu plus loin les murs de 1' 

Arsenal , édifice construit en 1733, sur 
l'emplacement du temple luthérien que 
les Hollandais avai nt obligé le magis- 
trat de faire bâlir pour leur usage, en 
1712. En suivant la 

Rue de V Hôpital militaire, nous 
trouvons I' 

Eglise .' ' aint-Elienne , qui est assez 
belle , mais pas assez pournousarrêter 
et y (aire une station. A côté de celle 
église est 1' 

Hôpital militaire, qui occupe le col- 
lège des Jésuites. 
Ici finit noire promenade dans la ville' 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



151 



de Lille ; maintenant nous allons tracer 
l'itinéraire des autres routes qui y con- 
duisent. 

Deuxième roule. 

Route par Pérome et Cambrai. 

Distance à parcourir : 38 lieues , 29 postes. 
Durée du trajet : 19 heures et demie. 

Topographie de la route. 

Nous fortons de Paris par la 

Parle Saint— Martin; après avoir 
franchi la barrière de ce nom, nous 
traversons le village de la 

VMetle, qui est sans importance. Après 
avoir parcouru un pays sans intérêt , 
nous arrivons au 

Bourget, petit hameau consistant en 
une seule rue et dans lequel Bona- 
parte, en 1815, s'arrêta pendant deux 
heures pour ne pas rentrer de nuit à 
Paris, et diminuer autant que pos'ihle 
l'effet fâcheux que devait produire son 
retour dans la capitale. Après avoir par- 
couru environ une lieue, nous trouvons 
à droite la 

Haute qui conduit à Mortefontaine et 
et à Ermenonville, où nous allons faire 
une excursion idéale. 

Excursion idéale à Mortefontaine et à 
Ermenonville. 

{à Mortefontaine , S 
lieues, 
à Ermenonville, SI. 

Mortefontaine. 

« Parmi les jardins pittoresques les plus 
Tantes en France, et même en Europe , en 
est- il qui égalent Mortefontaine et Ermenon- 
ville ? Voisins et rivaux, également riches en 
beautés de tout genre, également ennoblis 
par de grands souvenirs; ces deux domai- 
nes , quoique un peu déchus de la splendeur 
qui fit leur renommée , se recommandent 
suffisamment encore à notre curiosité. 

Départ. 

Après avoir quitté notre route, nous 
gravissons les 

Hauteurs de Monlmclian , d'où l'œil 
embrasse utMaste horizon. D'un côté, 
nous apercevons Paris; de l'autre nous 
découvrons Senlis, ses tours et son clo- 
cher célèbre , les restes du château de 
Montepilloy, la forêt de Villers-Cotte- 



rets, les bois de Chantilly, de Morte- 
fontaine et d'Ermenonville ; près de nous 
la ferme Kerlrand-F( s s e, la plus c >n- 
sidérablede tout le canton, et la vallée 
des tombeaux, que bornent lesBultesMa- 
het , toutes couvertes de gable fin et de 
coquillages fossiles. Après avoir descen- 
du cette colline, nous traversons le vil- 
lage de 

Pluilly, dans lequel était autrefois 
une manufacture de vases de forme 
étrusque, ornés de figures et de fleurs 
de l'orme antique. Passé ce village, nou3 
ne tardons pas à arriver à 

Mortefontaine, petit village fort joli, 
à l'entrée duquel nous remarquons une 

Fontaine élevée par les soins de Jo- 
seph Bonaparte, et qui porte l'inscrip- 
tion suivante : 

Des bords fleuris où J'aimais à répandre 
Le plus pur cristal de mes eaux , 
Passant , je viens ici nie rend.e 
Au désir, au besoin de l'homme el dis troupeaui. 
En puisant les trésors de mou urne féconde 
Son^e (|ue tu les dois à des soins bienfaisant ■ 
Puisse je n abreuver du tribut de mon onde 
Que des mortels paisibles el contens I 

A l'extrémité de ce bourg e«t le 

Château de Mortefontaine, qu'an once 
une allée de grands arbres. Ce château, 
qui a apiiarleuu à Joseph Bonaparte, et 
qui était pour lui, comme pour toute sa 
famille . un séjour de prédilection , est 
séparé du grand parc par une pelouse 
demi-circulaire, el son jardin de luxe 
appuyé sur ses derrières, fait face au 
midi. 

Parcourons d'abord le 

Petit parc. En y entrant nous re- 
marquons 1' 

Orangerie , et ensuite le 

Théâtre , dont la salle est fort jolie. A 
peu de dislance nous vojons une 

Molière de forme demi-c rculaire. En 
face des fenêtres du château au dessous 
des arbres quilecouvrentde leur ombra- 
ge, serpente.du levant au couchaant, une 
belle 

liivicre artificielle. Eu remontant son 
cours , nous arrivons à une 

Petite montagne factice, du sommet 
de laquelle les eaux , amenées de fort 
loin dans des canaux couverts , font 
source et cataracte. Sur le plateau de ce 
rocher est un petit 

Salon de verdure. En continuant no- 
tre marche , nous arrivons à la 

Vallèe-dei-Tombeaux .ainsi nommée 
à cause de plusieurs monumens chargés 



m 



*S» 



GUIDE 



des attributs de ia mort et dont ]e plus Vers l'extrémité delà Vallée-des-Toni- 
remarquable est un beaux , est la 

Tombeau dans le genre égyptien, que Grotte des Naïades, au sud de la- 
surmonte une pyramide à demi ruinée, quelle s'élève la tour qu'on nomme la 
gur laquelle on assure que Deiille a écrit Glacière , et de laquelle on est con- 
duit , par un souterrain à deux issues , à 
un 

Temple d'ordre toscan et à 1' 
Autel consacré aux divinités cham- 
pêtres. 

Cet autel est élevé dans un espace 
circulaire , au milieu d'une plantation 
de chênes qui le couvrent de leur vaste 
ombrage. Sur l'astragale nou9 lisons 
l'inscription suivante : 



au dessous de l'inscription : 

Tempitt eàax Ttrtim , 

les vers suivans : 

Des antiques bumains, ambitieux ouvrage, 
Du temps qui dct. uit tout l'atteste le ravage : 
Jeunes beautés, chefs-d'œuvre de l'amour 
En voyant mes débris , songez à faire usage 
Du rapide moment qui s'enfuit sans retour. 
Des siècles furent mon partage , 
Le vôtre à peine est un beau jour. 

Que de réflexions viennent occuper 
l'âme à ces mots : Le temps dévore tout ! 
comme ils montrent le néant de l'homme 
et de toutes les créatures de son génie ! 
comme ils désenchantent la gloire, l'i- 
magination et lui s doux prestiges 'Abî- 
més sous le poids de nos chimères , nous 
ne voyons pas la lourde pierre du lom- 
beau qui va peser sur nous; nous ne 
voyons pas la longue nuit qui va nous en- 
velopper pour jamais ; nous élevons des 
édifices pompeux , nous surchargeons la 
terre du poids de nos arcs de triomphe, 
de nos gigantesques pyramides ; et nous 
ne voyons pas le temps e jouer de nous, 
de nos vains et fâcheux projets. Il dé- 
truit tout, il use les chagrins de l'ab- 
sence , cens plus déchirans d'une sépa- 
tion éternelle ,et, chose extraordinaire, 
c'est par la destruction qu il conserve 
l'harmonie des mondes, la jeunesse lou- 
jours brillante de la nature. Tout est 
soumis à cette loi ; elle règne en des- 
pote dans l'univers. Nous ne devons pas 
être humiliés ; mais supérieurs à celte 
cruelle destinée. consacrant à la vertu et 
à la patrie les tristes jours que nous 
gommes appelés à remplir. Celui-là 
seul est véritablement homme , qui est 
grand par le cœur, riche par la bien- 
faisance; seul, il a rempli sa carrière 
dignement; pour lui, la nécessité de 
mourir est la moindre de ses afflictions ; 
enveloppé de l'innocence de sa vie, il 
en voit approcher le terme sans effroi. 

Au bout de celle superbe encei te, 
nous remarq ons un sarcophage sur le- 
quel sont les vers suivans : 

Être sensible et m dlieorrux, 
Si dans les souvenir' profonds et douloureux 
l.a snlitudfe eneorp ut l'offrir quelques eliarmel, 
Revois ici l'on, et qui fut elier à Ion rceur; 
Cède au plaisir de répandre des larmes. 

Et nourris-loi de ta douleur. 



Ces lieux offrent pour temple un dôme de verdure. 

Qui que tu sois, habitant des cites, 
Si tu cherches de l'ait le faste el l'îmi osture, 
Fuis ces ga/.ons , ces bois , que l'art n'a point gâtés , 
On n'y trouve que les beautés 
Delà bonne et simije nature. 

Ici se borne notre promenade dans le 
petit parc , parcourons maintenant le 

Grand parc. C'e*t par la pelouse se- 
mi-circulaire que nous pénétrons dans 
le grand parc; là et à gauche nous re- 
marquons r 

H' tel ri' Ormesson , et du côté opposé 
la 

Butte des Gendarmes. En continuant 
noire rouie , nous trouvons le 

Pont de Colbert, qui est ombragé de 
saules pleureurs; à droite et à gauche de 
ce pont sont deiix sentiers qui cen lui- 
sent au pavilion de Vallière ; suivons 
celui de droite, après atoir gravi une 
colline , nous trouvons un rocher sur 
lequel est gravé ce vers de Deiille : 

Sa masse indestructible a fatigué le temps. 

Rentrés dans le senlier que nous 
avions quitté, nous trouvons la 

Baraque du Pêcheur, dans laquelle 
on renferme lC3 divers ustensiles de 
pêche. Près d'elle et au milieu d'un 
groupe de peupliers , est la 

Fontaine de Claudine , qui se trouve 
en face 1' 

Ile de Vallière. A l'écart de notre 
senlier est la 

Tour Dubosq , et dans la même di- 
rection , et un peu à l'écart , le 

/ ont Sec . pelil pont de boisjelé sur 
un ravin. En continuant notre prome- 
nade autour de l'île, nous arrivons bien- 
lô au 

Put i/lon de Vallière qui sert de ren- 
dez-vous de eh. sse et de pêche. Après 
avoir franchi un 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



155 



Pont de Bois , nous arrivons bientôt 

Maison du garde des eaux , de la- 
quelle nous gagnons le 

Pottt de pierre jeté sur le canal de 1' 

Ile de Lagrange, que nous laissons à 
notre droite", ainsi qu'un corps-de-logis 
qu'on nomme 

Lagrange , et le 

Belveder. En continuant notre pro- 
menade , nous ne tardons pas à arriver 

ai' 

Ile Colbert , et au point de notre dé- 
part où se termine notre promenade. 

Ermenonville 

■ De l'Elysée , où loul est volupté , 
3e regardais le favorable asile 
Comme un beau rêve à plaisir inventé ; 
Mais je 1 ai vu ce séjour enchanté , 
Oui , je l'ai vu , je viens d'Eimeuouvijle. » 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Erme- 
nonville par deux routes différentes , 
savoir : par Saint-Sulpiee qui est la 
plus courte, et par le pont de La Ramée 
qui est situé en face la rue l'Epine et 
duquel nous arrivons, par une jolie roule 
petcée dans la forêt, au 

Château <S Ermenonville, lieu de no- 
ire dernière excursion. Ce château, qui 
est bâti sur les ruines de l'ancien ma- 
noir des seigneurs d'Ermenonville et 
dans le lieu ie plus étroit de la vailée, 
la coupe en deux parties ; au sud est le 
grand parc, au nord le petit. Les con- 
structions de ce chà eau consistent en 
un Curps-de-logis flanqué de trois tours; 
la quatrième ayant été renversée, l'au- 
torité , dans les temps de troubh de la 
révolution , ne voulut point permettre 
de la réédifier. 11 est entouré de larges 
fos-és pleins d'eau. 

L'on entre dans l'enceinte du château 
par une barrière qui tient à un de pa- 
villons d'entrée; c'est celui qu'habitait 
Kou-scau. Il mourut dans la chambre 
située au dessus du logement du con- 
cierge ; et l'on sait qu'avant de mourir 
il fit ouvrir une fenêtre pour voir en- 
core une fois ce beau soleil! 

Nous commençons noire promenade 
par le 

Petit parc, qui est situé à la droite 
du château. Après a\oir traversé plu- 
sieur» pouls en bois, nous entrons daus',1' 

lie Galrielle , au milieu de laquelle 
s'élève une tour gothique en ruine, ap- 
pelée la 



Tour de Gabrielle. Derrière ce don- 
jon, nous trouvons le 

Bac, qui sert à traverser la rivière. 
Là, après avoir suivi un sentier étroit, 
nous arrivons au 

Bocage, lieu charmant dans lequel 
nous traversons un 

Petit monument anlique, sur lequel 
nous lisons cette inscription : 

Qui régna amore. 
Ici règne l'amour. 

Et p'us bas ces deux vers empruntés 
au chantre de Vaucluse. 

L'acque parlan d'amore , e l'aura , i: i l'ami, 
fi £li augeletti, e i peml , et ï fieri , t L'trba. 

u L'onde parle d'amour, ainsi que le Képhir, et le 
feuillage, et les petits oiseaux, et les poissons , et les 

(leurs, et le gazon, n 

Derrière ce monument e»t un 
Grand bassin, de forme circulaire, 
alimenté par plusieurs sources, et du- 
qu I l'eau s'échappe pour former un 
limpide ruisseau qui va se perdre dans 
la grande rivière. Si nous suivons ce 
ruisseau dans ses nombreux détours, 
nous trouvons cette inscription : 

Coule , gentil ruisseau , sous cet épais feuillage : 
Ton bruit cl, arme les sens , il ittendril le cœur. 
Coule, gentil ruisseau: car ton cours esl l'image 
De celui d'un beau jour passé daui le bonheur. 

En continuant notre promenade, nous 
arrivons bientôt à une 

Grotte formée par les branches sou- 
ples de plusieurs aunes; un banc de 
mousse règne tout autour et permet de 
contempler à son aise une jolie 

Fontaine qui est en face, et dont les 
eaux limpides et froides vont s'unir au 
cristal du ruisseau. Dans le fond de 
cette grotte, nous lisons sur une pierre 
ces vers : 

O limpide fontaine I û fontaine cher ie ! 

Puisse la sotie vanité 
Ne jamais piotaner ta rive humble et fleurie! 
QUe ton simple sentier ne soit point fréquenté 

Par l'ambition et l'envie ! 
Un bocage s, Irais, un séjour si tranquille, 
Aux. tendres sentimeus doit seul servir d'asile. 
Ces rameaux amoureux entrelacés expiés 
Au; 

A notre oui ne veut retléehir 
Que les grâces de la nature 
Et les images du plaisir. 

Avant de sortir du bocage nous re- 
marquons un 

Bâtiment de forme ronde, orné de 
colonnes, et qui est dédié aux loisirs 



aux amours offrent leur voile épais ; 
El le cristal de 1 onde pure 






134 



GUIDE 



et aux muses. Après avoir franchi le 
ruisseau , nous trouvons en face le 

Peuplier planté par René de Uirar- 
din , le jour de sa prise de possession 
d'Ermenonville. Du s, in même de ses 
nombreuses ruines surgit une source. 
De cet endroit, si nous jetons les yeux 
vers le sud, nous découvrons les 

Ruines du hameau. Du vieux peuplier 
nous allons joindre vers le nord le 
regard dit le 

Tombeau de Laure , et sur lequel on 
a gravé les vers suivans. 

Cbiare , fresche , e dolei acque , 

Ove le belle membra 
Pose coici cbe sola a me [jnr donna. 
Se lameular augelli ; o verdi fronde 
Mover soav émeute air aura esliva , 
O roco moimorar di lucid' onde 
S' ode d' una liorila, e fresoa riva ; 
La v 10 seggia d' amor pensoso, e scriva , 
Lei eue l rie mostrù, terra n'ascotide. 

Traduction de Voltaire. 

Claire fontaine , onde aimable, onde pure, 
Où la beauté q ; i consume mon cœur, 
Seule beauté qui soit dans la nature , 
Des feux du jour évitait la rbaleur: 

Arbres heureux, dont le feuillage , 
Agité par les zépbirs, 
La couvrit de son ombrage. 
Qui rappelle mes souvenirs 
En rappelant son image : 
OiTtemens de ces bords , 6 tilles du matin , 
Vous dont je suis jaloux , vous moins brillantes qu'elle , 
Fleurs qu'elle embellissait quand vous tuucliiezson sein ; 
Bossignols dont la voix e-t moins douce et moins belle; 
Air devenu plus pur , adorable séjour, 
Immortalsé par ses charmes : 
Lieux dangereux et cbei s , où de ses tendres armes 
L'Amour a blessé tous nies sens , 
Ecoulez mes derniers accens , 
Recevez mes dernières larmes. 

Non loin du tombeau de Laure nous 
trouvons le 

Moulin , dont la construction est 
d'un bon style et dans le genre des 
fabriques italiennes. En nous dirigeant 
à l'est, nous découvrons sur une émi- 
nence , et au milieu d'un petit bois , la 

Maiso'h du Vigneron, dont la jolie 
forme est empruntée au temple de l'an- 
cienne capitale du monde. Plus loin est 
située la 

Maisonnette que M. Girirdin fit con- 
struire pour servir de demeure habi- 
tuelle à Rousseau. Elle ne fut achevée 
que deux mois après sa mort, et fut 
occupée par sa veuve, qui y demeura 
plus d'un un, au bout duquel temps elle 
se retira au Plessis-Belleville, où elle 
mourut au moi-t de mars 1806. 

A peu de dislance de là est le 

Wtfmnt goihique qu, servait au» 



trefois de logement au garde des jar- 
dins. En continuant notre promenade , 
nous arrivons bientôt à la 

Cascade des Jossés , où se termine 
notre promenade dans le petit parc. 
Passons maintenant dans le 

Grand parc. Ici, après avoir franchi 
le chemin de Pletsis-Belleville, nous 
découvrons une 

Fontaine de forme antique, dont le 
bassin semi-circulaire s'emplit d'eau 
très belle. A côté est un 

Piédestal portant celte inscription : 

Ici commence la carrière 
D'un doux et champêtre loisir, 
Chacun . au gré de son plaisir. 
A ebaque borne milliaire , 
Pourra poursuivre ou s'arrêter. 
Dans la carrière de la vie , 
Par le sort ou la fantaisie. 
Chacun se sent preri, iler; 
Riais pour ne jamais culbuter 
Dans l'abî ne de la misère, 
Le seul moyen, c est de bien faire, 
Ou bien de savoir s'arrêter. 

Au revers, et dans l'intérieur, nous 
lisons cette autre inscription : 

Le jardin , le bon ton . l'usage , 
Peut être anglais, français, chinois; 
Mais les eaux . les prés et les bois, 
La nature cl le paysage , 
Sont de tout temps , de tout pays: 
C'est pourquoi, dans re lieu sauvage . 
Tous les boulines set uni amis 
Et tous les langages admis. 

En suivant le sentier ombragé qui 
suit le cours de la rivière, nous arri- 
vons bientôt à une 

Grotte, sur le roc de laquelle sont 
gravés les vers suivans : 

Nous , fées et gentilles naïades. 
Etablissons ici notre séjour; 
Nous nous plaisons au bruit de ces cascades, 
Mais nul moitelne nous vil en plein jour ; 
C'est seulement lorsque Diane amoureuse 
Vint se mirer au cristal de ses eaux , 
Qu'un tendre poète a cru , dans une verve heureuse , 
Entrevoir nos attraits à travers les roseaux. 
O vous . qui visitez ces champêtres prairies. 
Voulez vous jouir du destin le | lus doux? 
N'ayez jamais que douces fantaisies , 
Et que vos errurs soient simples comme nous. 
Lors . bien venus dans nos riants bocages , 
Puisse l'amour vous combler de faveurs! 
Mais inau'iits soiei.t les insensibles cœurs 
De ceux qui briseraient .dans leurs humeurs sauvages , 
i\os tendres arbrisseaux et nos gentilles Heurs. 

Un escalier pratiqué entre les voûtes 
et les roseaux, nous conduit au sommet 
de la grotte où nous lisons ce vers de 
Virgile. 

Spelmicœ, vivitjuc lacus , liic frigide Tompt. 

« Des grotte» , des lacs d'une «ou virent |> fraîcheur 
de I» vidlce do TernpiS, , 



œae± 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



13» 



Au sortir de la grotte, nous nous 
(rouions sur les bords du lac, au milieu 
duquel nous découvrons l'île des Peu- 
pliers et la lombe de Jean-Jacques 
Rousseau. 

Après avoir traversé le lac, nous 
non* trouvons en face la 

Brasserie, qui est un bâtiment con- 
struit dans le genre des fabriques ita- 
liennes. En continuant de suivre le 
sentier qui côtoie ce lac, nous arrivons 
bientôt à un saule auquel est amarré 
le 

Bateau qui va nous servir pour aller 
joindre 1' 

Ile des Peupliers, dans laquelle est 
la 

Tombe de J.-J- Rousseau, Celle 
tombe, sanctifiée par l'héroïsme de l'a- 
mitié, est veuve depuis long-temps ; 
l'homme de la nature a élé arraché, au 
tertre sacré qu'il avait choisi lui-même 
pour «a dernière demeure. 

Le tombeau est dans le shle anti- 
que ; les dessins en sont dus à P. Ro- 
bert, et les sculpuires à J.-P. Lesueur. 
Sur la lace qui regarde le midi, e bas- 
relief représente une femme assise au 
pied d'un palmier, symbole de la fé- 
condité, soutenant d'une main son (ils 
qu'elle allaile, et de l'autre elle tient 
le livre d'Emile ouvert à l'endroit où 
liousseau , s'adressanl aux épouses , les 
exhorte si éloquemment a compléter 
l'œuvre de la maternité. Derrière est 
un groupe de femmes qui déposent des 
fleurs et des fr iis sur l'autel de la Na- 
lure. Dans un coin nous remarquons 
un enfant qui jette dans le feu des mail- 
lots, des corps de baleine, barbare in- 
vention des temps de l'ignorance; tan- 
dis que d'autres élèvent au bout d'une 
pique un bonnet, image de la liberté. 
Les deux pilastres qui sont à côté du 
bas-relief sont décorés de deux ligu- 
res : l'une représente l'Amour, l'autre 
l'Eloquence. Dans une petite couronne 
civique, qui e«t placée sur le fronton, 
no is lisons la devise que Rousseau s'é- 
tait choisie : 

Vitani impenrttr e erru. 
* Dévouer sa vie à ta vrillé. ■ 

Sur l'autre face nous lisons : 

« Ici reposa 
L'homme de la nature , j de la vérité. » 

Sur les deux pilastres sont, d'un côté, 
la Nature, et de l'autre, la Vérité, Sur 



le fronfon. deux colombes expirent sous 
deux torches fumantes et renversées. 
Sur les deux faces sont sculptés des va- 
ses lacrymaloin s. 

Apercevez-ious, à l'extrémité d'une 
pointe de lerre qui s'avame à l'ouest 
dans le lac, un vieux saule? C'est le 

Saule de la Romance. C'est sur son 
écorce que Rousseau grava les plaintes 
amoureuses de la tendre lsaurc, bal- 
lade qu'use jeune mauresse , devenue 
Jolie d'amour, avait apprise à De*de- 
mona, personnage de l'OlhelIo de Sha- 
kspeare. 

La musique de celle romance fut la 
dernière que composa l'auteur du De- 
vin du village. 

Au pied d'un saule assise tous les jour», 
Main sur son ccur que navrait sa blessuie. 
Télé liaissée . en dolente noslure , 
On l'entendait qui pleurait sel amours. 

Chutes le saute et sa douce vciduic. 

Et cependant les limpides rui.-seaui 
A sis sanglot* mêlaient leur doux murmure ; 
Pli nrs de ICI M o\ - • ' li.ippairul sans mesu i e . 
Qui , les rochers affligeaient sur ses maux. 
Cliatilez le saule et sa douce verdure. 

O saule TCit, saule que je cliéns , 
Saule damour, lu si tas ou parure. 
Ne l'ai cusez îles ennuis que j'endure , 
Je lui pardonne. Iielus! lins ses mépri<. 
Chante» le saule et sa d ucc verdure, 

A cet ingrat , qui trahit ses sernicns. 
Je reprochais Icudrcment son injure. 

Imite moi , répondit le parjure . 
Ouvre tes bras à de nouveau enianl. 
Chaulez le saule et sa douce verdure. 

En quittant l'île des Veupliers et 
continuant notre promenade autour de 
l'île, nous arrivons bientôt au 

Banc des Mères , sur le dossier du- 
quel nous lisons ces vers en l'honneur 
de Rousseau : 

De la mire à l'enfant i] rendit les tendresses: 
De l'enfant a la mère il rend. t les caresses: 
De lhnmiiic ù sa naissance il inl le lin nt'iileui-. 
Il le rendit plus libre, alln qu'il fOl meilleur. 

Sur une pierre touchée au pied d'un 
saule voisin, nous lisons cette inscrip- 
tion : 

Là , sous ces peupliers, dans re simple tombeau 

Qu'ento nient ces ondes paisibles. 
Sont les restes mortels de Jean-Jacques Rousseau. 

Mais «'est dans tous tes rieurs sensibles 
Que cet homme de bien, qui fut tout sentiment , 
De son âme a fondé l'éternel niouumeut. 

De cet endroit, en suivant le petit 
senlier qui est à notre droite, nous ar- 
rivons à une 

/ etite porte de bois de laquelle nous 
traversons la 



i 






136 



GUIDE 



Nonette, non loin des bords de la- 
quelle est Y 

Ermitage, espèce de petite cabane à 
moitié ruinée, sur la porte de laquelle 
Rousseau avait écrit : 

Au créait- ur j'é'éve mon dommage , 
En t admirant dans Bon pins bel ouvrage. 

En continuant de suivre le même 
sentier, nous arrivons au 

Tombeau de PInconnu, sur lequel 
une main compatissante a gravé ces 
quatre vers effacés par le temps : 

Hélas J pauire Inconnu , si tu tins de l'amour. 
Avec de longs malheurs , une naissance obscure , 
Devais lu dansées lieux outrager la nature , 
Comme un autre Werther, en t'j privant du jour ? 

Derrière ce tombeau, à dix pas en- 
viron de distance, nous tiouvonsla 

Gruile dis Ossemens, sur laquelle 
nous lisons cette inscription latine : 

Hic faerunl inventa pturima o„a 

Oeciioram , 

Qutrndi fratre, fralres , cive, -Ave, 

Tructdabunt. 

Tatttùm religia poluit madère malarum! 

ii Ici Turent trouvés les ossemensd'un grand nombre 
de victimes , quan d les frères et les citoyens s'égorgèrent 
eutie eus, tant le fanatisme peut conseiller de crimes! i 

En revenant sur nos pas et en pre- 
nant le petit sentier à gauche, qui lou- 
che la rivière, nous arrivons au 

Temple de la Philosophie, qui est 
bâti sur un plateau délicieux, d'où l'on 
domine tout le pajs d'Ei'menonviile, le 
lac et ses îles. Sa forme est circulaire 
et dans le style simple, élégant des tem- 
ples de Vesta et de la sib\lle Albunée, 
situés sur les bords du Tibre et du 
grondant Anio. Au dessus de la porte 
d'en'rée sont écrits ces mois empruntés 
à Virgi'e: 

Ri'rum cognoscere causas. 
h Connaître le principe des choses, u 

Chacune des colonnes, d'ordre tos- 
can, porte le nom d'un homme célè- 
bre, avec un mot qui caractérise le 
genre de service qu'il a rendu à la 
philosophie moderne. 

Newton. Lucem. La lumière. 

Descartes. Nil in rébus inane. Nul 
vide dans la nature. 

foliaire. Hidiculum. La raillerie. 

W. Penn. Humaniiatem. L'huma- 
nité. 

Montesquieu. Justitiam. La justice. 
7.- /. liousseau. Naluram. La nature. 



Ce temple est resté imparfait; une 
autre colonne , dont le travail n'est pas 
achevé, est au pied de ce temple. Sur 
son chapiteau est gravé : 

Oui» lu.c perfuiei ? 
n Qui l'achèvera? m 

L'inscription suivante que nous li- 
sons dans l'intérieur, fait connaître que 
c'est une allégorie ; 

Hoc lempltim inrhoatum 

Philosophie, nondàm /jcrfcclœ , 

Mieliaeli Monlaîgue 

Qui ijiiuùa dixit 

Sarrum eilo. 

« Ce temple Imparfait de la philosophie , qui n'est 
pas encore arrivée a son plus haut degré , est consacré à 
Michel Montaigne , qui a tout dit. » 

Derrière l'île des Peupliers sont les 
îles Coursai, des, dans lune desquelles 
existe une pierre sépulcrale portant 
cette inscription allemande : 



Hier liegt 

George Friederirh Meycr , 

Jus Stratburg gelnirlig , 

Piedlirlier niann 

JJnd gesehickter mater. 

. Ici repose Georges-Frédéric Mever, natif de Stras- 
bourg; il vécut eu honnête homme et fut un peintre 

Me> er mourut à Ermenonville au mois 
d'août 1779, âgé de chiqua nie trois ans. 

En continuant notre promenade au- 
tour de l'île des Peupliers et des Bour- 
sandes nous arrivons bientôt au 

Banc de la ; eine, ainsi nommé, parce 
que Marie-Antoinette étant venue visi- 
ter Ermenonville, se reposa sous ses 
arbres épais. 

C'est en cet endroit que finit notre 
promenade dans ce grand parc; il ne 
nous reste plus maintenant qu'à par- 
courir le 

Désert, dont l'entrée est par le 

Chemin île Sentis. Cette entrée con- 
siste en une barraque sur la porte de 
laquelle nous lisons celte phrase si cé- 
lèbre qui força le descendant du grand 
Condé à respecter la propriété de son 
voisin, qu'il voulait envahir. 

Chai bounier est maître chez lui. 

Non loin de l'entrée du Dé»ert, nous 
remarquons à droile et sur une hauteur 
la 

Hoche Joseph, petite grolte cinlrée 
soutenue par un pilier, et sur laquelle 
nous lisons ces quatre vers ; 



vem 



**** 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



137 



Vois-tu, passant, celte roche creusée? 

Elle mérite ton respect ; 
Elle a servi , tonte bruit! qu'elle est, 
Pour abriter la vertu couronnée* 

L'empereur Joseph II étant venu 
visiter Ermenonville , fut surpris par 
un violent orage, et contraint de se 
mettre à couvert sous cette grotte. 

Si . de la grotte de Joseph , nous 
suivons une ligne à peu près droite, 
nous arrivons à une chaumière la liée 
dans une masse de grès ; c'est la 

Cabane de l.—J. Housseau. C'est là 
que le philosophe venait se reposer , 
après avoir herborisé toute la matinée. 
Dans l'intérieur, nous lisons plusieurs 
pensées empruntées à ses ouvrages. 

Au pied des rochers qui soutiennent 
celte chaumière - et au bord de l'étang , 
est ie monument des anciennes amours , 
ou les 

Rochers de Julie. C'est un amas de 
rochers en grès qui rappelle la siiualion 
rie DTeilleraie , et le souvenir de Saint- 
Preux écrivant à Julie, appuyé sur une 
pierre. 

La roche est escarpée, l'eau est profonde, 

et je suis au désespoir. » 

Sur une roche arrondie , nous dé- 
couvrons avec beaucoup de peine . un 
chi fie, et, non loin, ces vers de Pé- 
trarque : 

ôi pentter in peiisier, dl moule lu monte 
Hi guida amur , e jiur net primo sasso 
Drsegno {on le mente il suo segno. 

if De pensers eu pensers , de montagnes en monta- 
gnes , l'amour me {.'uide : c'est lui tjui traça sur le rue 
son cbill'rc bien aime, n 

Ici finit notre promenade , par con- 
séquent notre excursion ; reprenons 
maintenant l'itinéraire de notre route. 

Départ d'Ermenonville. 

Peu de temps après avoir passé la 
route qui conduit à Moi tefontaine et à 
Ermenonville nous arrivons à la 

Chapelle— en — Serval , bourg sans 
importance et auquel commence le 

Département de l'Oise. Non loin de là 
est 

rontaniiè , bourg sans intérêt et 
au bout duquel nous entrons dans 
une 

Forêt, à l'issue de laquelle est 

Seulis, petite ville assez jolie, «ituée 
sur la Nonelte . et dont l'origine re- 
monte au temps de César. El'e est 



entourée de murailles et de boule- 
vards; ses remparts sont assez élevés 
en cerla ns endroits et présentent à 
l'œil des points de vue très agréables. 
Parmi les 

Curiosités de Senlis , nous remar- 
quons la 

Cathédrale , dont la flèche élégante 
s'élève , à une des extrémités du por- 
tail , jusqu'à la hauteur de deux cents 
pieds. "\ ne de loin , cette flèche paraît 
néanmoins ] eu élevée , relativement à 
la tour qui lui sert de base, parce que 
les quatie angles de celle tour sont 
surmontés de quatre pyramides qui 
empêchent de distinguer la na'nsauce 
de la flèche, rie soi te que celle-ci ne 
paraît commencer qu'à l'endroit où 
finissent ces pyramides , bien qu'en 
effet elle commente trente ou qua- 
rante pieds plus bas. Pu reste, la tour 
est fort étroite , et laisse peu d'espace 
aux cloches que le zèle des habilans 
pour leur harmonie y a fait récem- 
ment placer. 

Le principal portail rie la cathédrale 
de Senlis est à plein-cintre, mais louid 
de style. Quant aui portails latéraux, 
ils sont beaucoup plus riches , et i a- 
raissent dater du temps île François l" , 
car la Salnntade s'y fait remarquer. Ces 
deux portails sont très curieux par la 
variété et l'élégance des frises, des 
ogives et des pyramides. Quant à 1' 

Intérieur de l'église , il est peu rc- 
marqu ble ; nous y remarquons cepen- 
dant île chnrmans détails de sculpture 
au dessus des croisées et aux clefs pen- 
dantes de plusieurs chapelles. 

Environs de Senlis. 

Excursion idéale aux mines du château 
de Montepilloij. 

Dislance à parcourir : 2 lieues. 
Direction : à l'Est de Senlis. 

a Combien de souvenirs ici sont retracés ! 
j'aime à voir ces glacis , ces anales , ces lossés , 
lies V sti^cs épars des siéaes , des batailles , 
Ces boulets qu'arrêta l'épaisseur des mm ailles. 

C'est sur une hauteur assez agréable 
que sont situées les ruines du châ- 
teau de Wontepilloy. Ces ruines con- 
sistent en une vaste tour qui servait de 
donjon au château , et en quelques 
portions de murailles d'une épaiseur 
et d'une hauteur remarquables. Les 



M. 



ISS 



GUIDE 



deux tiers de la circonférence de ce 
donjon , depuis sa cime jusqu'à sa 
ba e, sont écroules, et ce qui reste 
semble menacer les speciateuis de sa 
chute. Sa hauteur esi d'environ cent 
pieds; son diamètre et de cinquante- 
deux pieds hors-d'œuvre ; l'épaisseur 
du mur est de treize pieds; l'escalier 
est pratiqué dans ce:te épai.-seur, il est 
interrompu à la moitié de sa hauteur; 
le re^te est tombé. 

Audessus de la porte basse et étroite, 
bien qu'e le fut à pout-levis, est une 
petite chambre voûtée de quatre pieds 
de large , sii pieds de long et huit de 
hauteur. Deux ouvertures, pratiquées 
dans cette chambre , serva eut à lakser 
tomber sa herse et l'assommoir, en cas 
de rupture des chaînes du pont-levis. 
Cette petite chambre, ou guérite, est 
éclairée par une meurtrière , et l'on y 
descend du grand escalier par un 
autre bien plus étroit , ce qui forme en 
cet endroit trois murs dans l'épaisseur 
du mur principal. 

Dans l'intérieur de cette tour nous 
remarquons des débris indiquant un 
rez- de -rehaussée, une grande salle 
voûtée à arêtes. Trois étHges étaient 
au dessus ; et au dissous était un 
souterrain dont nous voyons encore les 
soupiraux. 

Les parties qui se sont détachées de 
cette tour ont comblé le fossé. 

Départ de Senlis. 

Au sortir de Senlis, et après avoir 
franchi la 

Rivière Nonette , nous arrivons à 

é» aint- Chaînant , petit village cher 
aux naturalistes et aux géologues, à 
cau-e des coquilles fossiles qu'on y ren- 
contre. Près de là est la 

Forêt de Hulatle , dont nous traver- 
sons un bout. A quelque distance de là 
est 

Villeneuve-Verherie, petit bourg dans 
lequel existe une fo.taine d'eau mine- 
ra e. Après avoir parcouru une petite 
distancé, nous arrivons à 

Pont- aint-Maxence , petite ville 
située sur l'Oise, à l'exliémUé d'une 
plaire et au pied d'une montagne Le 

Pont que nous traversons est la seule 
curiosité que renferme cette ville. De 
Pûiit-SaiQt-Maxencenousallonsrqla'.er 
h 



Bois-de-Lihus, petit hameau 9ans im- 
portance, et duquel partent les 

Routes de Compiègne elde Clermonl. 
A «leux heures et demie de Bois-de- 
Lihus est 

Gournay-sur-Aronde , petit bourg 
dans lequel est née la fille adoptive de 
Montaigne. Après avoir parcouru r.n es- 
pace d'environ deux lieues, nous arri- 
vons à 

Cuvilly, autre bourg sans impor- 
tance, et après lequel nous entrons dans 
le 

Département de la Somme. 

Roye, qui vientensuile, est unepet'te 
ville , jadis forte, située sur le ruisseau 
d'Avre , et dans laquelle on fabrique 
beaucoup de bas. Parmi les 

Curiosités de Roye, nous distinguons 
une 

Ancienne Maison en bois dans la- 
quelle mourut, en \ 3â9, Jeanne de Bour- 
gogne , veuve de Philippc-le-Long, roi 
de France. L' 

Eglise Saint-Pierre, dont les vitraux 
coloriés représentent, entre autres su- 
jets, le sacre de Clovis, de Charlemagne 
et de saint Louis. Enfin le 

Jeu de Paume du rempart des Reli- 
gieuses, qui est magnifique et le plus 
vaste de tous ceux du département. 

Peu de temps après avoir franchi 
Roye nous traversons 

Fonches , petit bourg sans impor- 
tance, etaprès lequel nousgravissons une 

Gorge étroite. Après avoir laissé à 
notre gauche la 

Route qui conduit à simiens, nous 
arrivons à 

Péronne , petite ville assez, jolie dans 
laquelle ont résidé les premiers rois 
mérovingiens. Elle est divisée en deux 
parties , la ville haute et la ville basse. 
Les 

Curiosités de Péronne sont 1' 

J'iglise r aini-Farcy. monument go- 
thique d'un beau style, et dont les 
basses nefs sont d'une grande éléva- 
tion. Le 

Château , qui passe pour avoir été 
construit sous le règne de Henri VI ; 
nous y remarquons une ancienne tour 
ap: eléc vu gairemeut Tour Herbert, 
et dans laquelle on suppose que l'in- 
fortuné Charles IV perdit la vie ; on 
croit aussi que c'est dans la même tour 
que Philippe-Auguste fit enfermer le 
corni? d« ËQuiogoe , «près la bataille 



BU VOYAGEUR EN EUROPE. 



13» 



de Bouvines, et que Louis XI fut dé- 
tenu par le duc de Bourgogne à la nou- 
velle de la révolte des Liégeois. Enfin le 

Mécanisme du moulin à blé , placé 
à l'entrée de la tille , qui est fort in- 
génieux. 

Api es avoir parcouru environ quatre 
lieues , nous arrivons à 

Fin, petit bourg de peu d'intérêt, et 
après lequel commence le 

Département du Nord. 

Bonnavy , que nous ne tardons pas 
à joindre ensuite , est un bourg qui 
n'offre aucun intérêt , et non loin du- 
quel nous trouvons d'abord le 

Canal de Saint-Quentin , puis en- 
suite r 

Escaut, d'où nous entrons dans 

Masnièves, petit bourg dans lequel 
nous trouvons une verrerie à vitres et 
une autre à bouteilles. Après avoir par- 
couru environ une lieue et demie, nous 
arrivons à 

Cambrai, petite ville, située dans une 
contrée fertile en lia et abondante en 
pâturages, près la source et sur la rive 
droite de l'Escaut, dont une des bran- 
ches traverse la ville. Elle es! générale- 
ment bien bâde, as-ez bien percée, en- 
tourée de fortifications considérables, 
flanquée de tours rondes antiques , et 
défendue par une bonne citadelle. 

Curiosités. — Les curiosités que Cam- 
brai renferme font : la 

Place d'Arme>, qui est remarquable 
par son étendue : tou e la garnison peut 
s'y ranger en bataille. L' 

Esplanade, qui est une des [dus belles 
et des plus vastes de la ci-devant pro- 
vince de Flandre. L' 

H ,tel-de- Fille, dont l'architecture 
est moitié grecque et moitié gothique. 
L' 

Horloge , dont la construction e.-t 
attribuée à un berger. La 

Cathédrale, dai s laquelle est le mo- 
nument élevé à la mémoire de Eénelon. 
Enfin, la 

Bibliothèque publique, qui renferme 
environ 30,000 volumi s imprimés, et de 
précieux manuscrits. De Cambrai, nous 
allons à 

Douai, jolie ville, située sur la Scarpe, 
qui communique à l'Escaut parla Sen- 
sée, avec Valenciennes , Tournai, toute 
la Belgique et la Hollande; et par divers 
canaiu avec Cambrai, Lille, Sa'unVOmer, 
Punkerque et la um ou Nord,, (Jette 



ville est entourée de murailles irrégu- 
lières , flanquées de tours rondes , et 
généralement bien bâtie; ses rues sont 
bien peicées ; sa place est vaste et très 
baie. 

Curiosités. — Les curiosités que ren- 
ferme Douai sont peu nombieuses; les 
plus remarquables sont! 1' 

Botel-de-y ille qui est fort joli; la 

Biblioth 't/ue publique, riche d'envi- 
ron 3(1,00 i volumes. Enfin les 

( abinets de physique et d'histoire 
naturelle. De Douai , i ous allons à 

Lille , où finit notre deuxième itiné- 
raire. 

Troisième route. 

Route de Paris à Lille par Péronne et 
A rrus. 

Distance à parcourir : ">6 lieues , 28 postes. 

Observation. 

Celle roule se trouvant décrite par 
la précédente jusqu'à Péronne , c'est 
donc depuis celte dernière fille que 
notre itinéraire doit commencer. 

Itinéraire de Péronne à Lille. 

Topographie de la route. 

Départ. 

Au sortir de Péronne, nOus traversons 

Baucourt , v liage sans importance, 
après lequel nous entrons dans le 

Drparltm, lit du Pas-de-Calais, Bien- 
tôt après nous arrivons à 

B a paume , petite ville régulièrement 
bâtie, formée de rues b.lles cl bien 
percées ; ses fortifications ont été con- 
struites d'après les plans et sous la di- 
rection du maréchal de Vauban. Aous 
y remarquons une Portante très abon- 
da t' , qui fournil l'eau pour tous les 
besoins des habitans. De Bapaunie nous 
allons à 

Amis, d'où la route nous est con- 
nue jusqu'à 

Lille ( voyez la première route ). 

Quatrième route. 

Route de Paris à Lille par St.-Quentin 

(Malle), 

Distance, à parcourir : (iO lieues , 50 postes. 

Observation, 
De Paris a lille, par Péronne et.Ciam-i 



140 



GUIDE 



brai , cette route se trouvant décrite 
jusqu'à Courteuil, c'est donc de celle 
dernière ville que notre itinéraire doit 
commencer. 

Itinéraire de Courteuil à Lille. 

Topographie de la route. 

Départ. 

Au sortir de Courteuil, nous laissons à 
gauche la route de Paris à Lille par Pé- 
ronne et Cambrai , bientôt nous arri- 
vons à 

Villeneuve ( Oise ) , petit bourg sans 
importance; plus loin nous trouvons 

Cioix-Samt-Omcr, autre bourg sans 
intérêt, après lequel nous entrons dans 

Cumpiègne où nous allons faire une 

Station idéale. 

Compiègne est une ville fort jolie , 
situés dans une position agréable, au 
dessous du confluent des deuï rives 
d'Oise et d'Aisne. Au nombre des curio- 
sités qu'elle ren erme, nous remarquons 
le Château-Royal que nous allons par- 
courir dans son entier. 

Château-Royal. — Avant de décrire 
ce magnifique édifice, disons un mot 
de son 

Historique. — Le château de Com- 
piègne fut construit en lioO par saint 
Louis, sur les ruines d'un manoir fondé 
l'ar Charles-le-Chauve. Charles VI, 
l^ouis XI, François l", Louis XIII et 
Louis XIV l'agrandirent successivement. 
Fn J733, Louis XV chargea Gabriel d'en 
dresser un nouveau plan, d'après lequel 
sa forme actuelle fut arrêtée; mas la plus 
grande partie des travaux ne fut exécu- 
tée que sous le règne de Louis XVI. 
Après cet aperçu historique du château, 
faisons-en maintenant la 

Description. — Extérieur du Châ- 
teau. — Façade principale. — La fa- 
çade du château donnant sur la place 
d'Armes, forme l'entrée principale. Elle 
est composée de deux pavillons accom- 
pagnés chacun d'une aile de bâtiment 
en manière d'avant-corps, et liés en- 
semble par une colonnade dorique de 
BO mètres, qui porte une grande galerie 
a l'italienne formant balcon. Celte co- 
lonnade, au milieu de laquelle est une 
belle grille , surmontée d'un fronton 
aux armes de France, ferme la 

Cour-d' Honneur. La 



Façade du coté du jardin est au'si 
très belle et se compose d'un avant- 
corps décoré de quatre colonnes ioni- 
ques, supportant un fronton, et de deux 
parties de bâ'iment en arrière-corps. 
Après cet examen de l'extérieur pas- 
sons à celui de 1' 

Intérieur. — L'intérieur est magni- 
fique, nous y arrivons par le corridor 
de derrière, situé au rez-de-chaussée. 
Ce corridor nous conduit au 

Grand vestibule appelé galerie des 
colonnes, à cause des quatre rangs de 
colonnes d'ordre toscan qui en soutien- 
nent la voùle.Du vestibule, nous mon- 
tons ensuite le 

Grand escalier du roi, duquel nous 
arrivons à la 

Satie des Gardes. — Ce! te salle , qui 
est une des plus belles du château, 
est formée par des pi astres doriques, 
dont Us cannelures sont formées par 
des lames. Entre chaque pilastre sont 
des bas-reliefs représentant des triom- 
phes d'Alexandre et divers combats, La 
voûte est ornée de caissons et de divers 
attributs de guerre en grisaille. De 
cette salle nous passons au 

Salon des huissiers, qui est orné de 
plusieurs tableaux de mérite. De cette 
pièce, en suivant le corridor, nous arri- 
vons à V 

Escalier des princes, sur le palier du- 
quel est l'entrée du deuxième appar- 
tement du prince , qui se compose de 
huit pièces. 

i°* appartement du prince. — Pe- 
tite chambre à coucher. — Cette cham- 
bre est élégamment meublée et ornée de 
magnifique gravures. 

Satie des bains. — La baignoire est 
entourée par quatre colonnes en stuc , 
d'un ordre compo é et de trois grandes 
glaces placées enlre des pilastres de 
même ordre que les colonnes. La 

Chambre à coucher dans laquelle 
nous passons est richement décorée et 
meublée. De là nous arrivons au 

Salon de réception, qui est l'un des 
plus grands et des plus beaux du châ- 
teau. Ce salon est orné de quatre des- 
sus de porte formant panneaux sur 
lesquels sont figurés, la Force, la Vic- 
toire, la Paix et le Commerce. A la suite 
du salon de réception , Ment le 

1 er .\aton , dans lequel sont six des- 
sus de porte peints par Sauvage. De 
celte pièce nous entrons dans les 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



141 



yfppartemens du roi. — La 
Satie à manger, dans laquelle nous 
entrons d'abord , est composée de pi- 
lastres d'ordre ionique qui en caracté- 
risent l'architecture. Les dessus des 
portes sont revêtus de peintures en 
grisaille représentant des pièces de gi- 
bier, des poissons, des fleurs et des 
fruits, par Sauvage. Au dessus de la 
cheminée, sont Bacclms et Ariane, ta- 
bleau du même artiste, imitant par- 
faitement le relief. Le 

1 er Salon, dans lequel nous passons 
ensuite, est décoré des portraits deSully, 
de Richelieu, de Colbert et de Fleui y , 
placés au dessus des portes. Immédia- 
tement après cet'e pièce vient la 

Salle du Trou: qui forme le milieu de 
la façale du jardin. Les pilastres qui 
entourent cette pièce offrent toute l'élé- 
gance et toute la grâce de l'ordie co- 
rinthien. Le plafond, qui est voùié , est 
orné dans son centre d'une grande ro- 
sace et de plusieurs trophées. Les des- 
sus des portes sont enrichis de quatre 
tableaux représentant les Saisons. La 

Salle du Conseil a ses deux portes 
on ées dis lorliails de Henii IV, de 
Louis XIII, de Louis XIV et de 
Louis XV. Sa tenture se compose de 
trois morceaux de lapis des tjobelins. 
Voici la 

Chambre à coucher, qui est surtout 
remarquable par la beauté de son pla- 
fond ; lescomparlimens, rehaussés d'or, 
représentent la Force , la Justice , les 
Arts et le Commerce. L'ameublement 
de cette cha nbre est d'une grande ri- 
chesse. A l'issue de cette pièce est le 

Cabinet du roi, qui est orné d'un 
corps de bibliothèque en acajou massif 
avec de riches orneinens dores. Les li- 
vres qui la composent se font remar- 
quer par leur nombre et la beauté de 
leur reliure. Après les apparlemei:s du 
roi, viennent les 

Appartement de la reine. Le 
Salon de musique est la première 
pièce que nous visitons. Ce salon est 
décoré de plusieurs groupes d'enfaus, 
en grisaille, placés au dessus des poi tes. 
Vient ensuite : a 

( hamb'K ii coucher, qui est magnifi- 
que et ornée de quelque* beau» table ux. 
Les dessus d ■« porii s sont revê us de gé- 
nies peints par Dubois- Le pourtour est 
orné de deux glaces, peintures et do- 
rures. L'ameublement est en harmonie 



avec la richesse de celte chambre; le 
lit est d'une beauté remarquable, la 
tenture est en satin cramoisi , broché 
en or. Le 

Boudoir qui fait suite à cette pièce, 
reçoit le jour par une lanterne ouverte 
dans le donne, et est parfaitement dé- 
coré. Du boudoir nous passons au 

Salon de réception , qui est orné de 
pilastres d'un ordre composé et tous 
les chapiteaux sont dorés. Le plafond est 
décoré d'une belle rosace environnée 
de génies portant des fleurs de lis. 
Le 

1 er Salon dans lequel nous passons 
ensuite est décoré de huit tableaux for- 
mant panneaux. Les armes de France, 
portées par des génies, forment l'orne- 
ment des dessus des portes. A la suite 
de ce salon est le 

Salon bleu , dont le plafond est en- 
richi de dorures, au milieu desquelles 
sont quatre tableaux allégoriques de 
Giro^et , représentant le Départ du 
guerrier, le Combat , la Victoire et le 
Re'our. L'ameublement de cette pièce 
est fort riche. Du salon bleu nous pas- 
sons au 

Troisième appartement du prince, à 
la suite duquel se trouve le 
Jt u d'' paume et les 
Appartement de la reine. La 
Salle à manger est la première pièce 
qui s'offre à nous; elle est tout en stuc 
veiné. Vient ensuite la 

Gal-rie des tableaux , dans laquelle 
nous remarquons cinq tables en stuc, 
représentant le pire de Ver'aille- , les 
forêts de Compiègne , Fontainebleau , 
Saint-Germain et Maiiy. La 

Salle de billard , qui vient immédia- 
tement aprè*, est ornée de plusieurs 
tableaux, dus aux meilleurs maîtres. 
Après cette pièce, nous passons dans la 
Galerie de bal, qui e«t la plus riche 
en ce genre ; elle est éclairé ■ par vingt- 
deux fenêtres et ornée de vingt colon- 
nes corinthiennes en stuc et d'un grand 
nombre de tableaux. 
La 

Chapelle, qui est la dernière pièce 
que nous avo s à voir, est superbe; sa 
voûte, distribuée eu caissons, est ornée 
de rosaces sculptées. Le ma'tre-airel 
et le tabernacle sont en n arbre banc, 
a\ec des orneuiens en bronze doré. 
Maintenant que nous avons parcouru 




142 



GUIDE 






les divers appartemens du château, il 
ne nous reste plus qu'à visifer le 

Jardin. — Ce jardin, nui est d'une 
étenOue immense, a sa partie supérieure 
disposée en terrasse, sur laquelle est 
élevée la façade princi| aie du château ; 
elle est ornée d'une grande quantité 
d'orangers et d'arbustes. L'extrémité 
septentrionale oTfre un 1res beau point 
de vue. La montagne de Gannelon, cé- 
lèbre par un camp que César y avait 
établi, s'offre à nos yeux. Vers le milieu 
de su hauteur se déploie le joli village 
de Clairvoiv, et à sa base coulent pai- 
siblement l'Aisne et l'Oise. La 

Forêt de Compiègnc , dont il nous 
reste à dire un mot, est une des plus 
belles du royaume ; elle a 29,' 00 arpens 
d'élendue, et renferme plusieurs villa- 
ges et beaucoup d'babilatioi s i.olées 
servant de logement aux gardes; les 
routes qui la traversent aboutissent tou- 
tes à des carrefours où l'on a placé des 
poteaux oui Facilitent la promenade par 
leuis indications. Si nous dirkeons nos 
pas vers l'extrémité de la forêt, nous 
arrivons aux 

tiuinei de l'ancien château de Picr- 
refnnd, qui forment un des inonumens 
le>. plus curieux des environs de Paris. 
Elles conservent un aspect imposant et 
majestueux., Ce château, célèbre par la 
pui«'ance de ses seigneurs, a soutenu 
plusieurs sièges mémorables. II fut 
construit par Louis de France, duc 
d'Orléans, vers la fin du quatorzième 
siècle, et démantelé par Louis XIII en 
1617. 

Maintenant que nous n'avons plus 
rien de curieux à voir dans Compiègnc, 
reprenons l'itinéraire de notre route. 

Départ de Compiègnc. 

Au sortir de Compiègne nous lon- 
geons l'Oise jusqu'à 

Iiebecourl pelit village sans impor- 
tance, duquel nous allons eu ligne 
droite à 

Nnjon, petite ville fort a"cienne, 
située sur la Vorse, près de l'Oise, et 
»'ir le penchant d'une colline. De 
Noyon nous allons à 

Guissard, fort village dans lequel se 
tient un marché considérable de grains. 
Peu de temps après avoir passé cet en- 
droit, nous entrons dans le 



. Département de la Somme, et bien- 
tôt après dans 

Ham, petite ville remarquable par 
son 

Château fort dans Lquel sont en- 
fermés les ex-ministres. Ce château fut 
bâti vers l"an 1470, par Louis de 
Luxembourg, comte de Saint-Pol, que 
Louis XI fit décapiter plus lard. Au 
dessus de la porte d'entrée nous lisons 
cette inscription en caractères gothi- 
ques : 

MON MIEUX. 

Nous ne décrirons point ici 

• ■ ■ . . Sestours antiques , surannées, 

Dont le sommet audacieux 
N'a point encoi- fl' <lji sous le poids des années , 

Et qui semblait braver les cieux. 

Nous ne décrirons pas non plus 

. . . . Ses fossés , redoutables abîmes , 
Où croît un sinistre gazon , 
Interprète menteur de l'aimable saison , 
Oui n'a jamais fleuri pour les pâles victimes 
Qu'enfermait autiefnisla royale prison. 

Passé Ham, nous entrons dans le 
Département de Vsiiine, et bientôt 
après dans 
. 'Saint Quentin, ville ancienne et cé- 
lèbre, située sur la Somme, et. qui n'a 
d'autres curiosités que son onalet son 
église paroissia'e. De Saint-Quentin 
nous allons joi :dre à Cambrai la 
deuxième route de Paris à Lille, par 
Peronne et Cambrai ; c'e't à celte der- 
nière ville que doit finir notre itiné- 
raire, attendu que de là à Lille le reste 
de la route nous est déjà connu. 

Communications. 
De Lille nous pouvons nous rendre à 
trois villes différentes, savoir : à Bé- 
thune,à Calais, enfin à Valenciennes. 

A. De Lille à Bé thune. 

Distance à parcourir : 7 lieues , 3 postes et 
demie. 

De Lille à Eéthune nous n'avons rien 
à dire, vu que la route ne nous offre 
rien de remarqu; ble, et que Béthune 
nous est déjà connu. 

B. De Lille à Calais. 
Routes. 
De Lille nous pouvons nous rendre à 
Calais par deux routes di férentes, sa- 
voir : par Saiut-Omer et enfin par Bé- 
thune. 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



!«. 



Première route. 

A. Route par Suint-Orner. 

Dislance à parcourir: 27 lieues, 13 postes 
et demie. 

De Lille nous allons joindre les vil- 
lages de 

Badleul et dssel, et de là Saint- 
Omer. d'où la route nous est connue 
jusqu'à Calais. (Voyez de Paris à Calais 
I>ar Saint-Omer.) 

B. Roule par Délimite. 

Dislance à parcourir : 29 lieues , M postes 
et demie. 

De Lille nous allons joindre Béthune, 
et de là Sâiiit-Omèr et Calais. 

C. Route de Lille à Valencieunes. 

Dislance à parcourir : 13 lieues , 6 postes 
et demie. 

De Lille nous allons joindre 

Vont-à-Marcq , village sans impor- 
tance. A trois lieues de là est 

Orchies , autre village sans intérêt, 
après lequel nous entrons dans 

Saint- .mand-les-Euux , petite ville 
fort ancienne, située dans une riclie et 
fertile plaine, sur la rive gauche de la 
Scarpe. Au nombre de» 

Curios les de Saint- Amand , nous 
remarquons le 

Clocher gothique de l'ancienne ab- 
baye de cette ville, bàli de 1633 à 1036, 
el dont 'a hauteur est de trois cents 
pieds. On arrive à son sommet par un 
escalier composé de 450 marches. Cette 
tour, qui est un monument fort sim- 
ple , sert aujourd'hui d'horloge pu- 
blique et de beffroi. A une lieue en- 
viron de Saint-Amand , nous trouvons 
le superbe 

Etablissement d'eaux minérales qui 
jouissent d'une grande réputation. Le 
bâtiment des bains offre la figure d'un 
parallélogramme d'une longueur de 
80 toises, avant à l'ouest la façade 
de l'établissement des boues , et au 
midi le bâtiment qui les fixe. Les 
chambres des baigneur» sont au nom- 
bre de J4 ; le nombre des douches est 
de six. L'établissement de S int-Ainand 
o fre de belles promenades boisées, et 
toutes les ressources nécessaires à la 
vie. La proximité de Saint- Amand et 
de Coudé, le voisinage de l'Ermitage 



de Bon-Secours, où affluent, dans la 
belle saison, une multitude d'habitans 
aisés d.'S contrées environnantes . en 
rendent le séjour très agréable. On y 
ltou\e, en outre, un salon de danse 
el des salles de jeu. La 

Saison des eaux commence du 10 au 
13 juin , selon la chaleur de l'époque, 
et se prolonge jusqu'à la fin d'août. 

Propriétés nti dicales. — Ces eaux sont 
bonnes pour les rhumatismes, les af- 
fections nerveuses et cutanées. 

A/ode d'administration, — Les eaux 
de Saint-Amand se donnent en bois- 
sons, bains et douches ascendantes, 
descenrianles et latérales. En boisson, 
on en use , le matin , depuis la do e de 
trois ou quatre verres jusqu'à douze. 
Les bains de boue se prennent dans 
des loges ou cases séparées, désignées 
par un numéro : chaque baigneur a la 
possession de sa loge pour une ou deux 
saisons. 

De Saint-Amand , nous allons direc- 
teme t à 

Vuh nciennes , ville dont il sera 
question plus tard. 

De Paris à Arras et Amiens. 

Distance à parcourir : 17 lieues, 23 postes 
et demie. 

[Voyez route deParis à Lille par Amiens.) 

Communication. 

D'Arras à Lille. 

D ; slance a parcourir : 11 lieues , S postes 
el demie. 

( Voyez la troisième roule de Paris à Lille.) 

De Paris à Valencieunes. 

Routes. 

JN'ous pouvons nous rendre à Valen- 
cieunes par deuv roules diferentes , 
savoir : par Seidis et Péronne , et , 
enfin, par Saint-Quentin. 

Première route. 

Route par Sentis et Péronne. 

Distance à parcourir : 82 lieues , 2C postes. 

Dans la deuxième route de Paris à 
Lille par Cambrai et Péro'ne, cette 
route se trouvant décrite jusqu'à Cam- 
brai , c'est donc de cette ville que notre 
itinéraire doit commencer. 



■•:. 



144 GUIDE 



Itinéraire de Cambrai à Valenciennes. 



Distance à parcourir: 



De Paris a Cambrai, 

43 I. et demie. 
De Cambrai à Lille, 
8 lieues et demie. 



Dépari de Cambrai. 

Au sortir de Cambrai , nous longeons 
à gauche l'Escaut jusqu'à 

Bouchaia , petite ville forte située sur 
l'E-caut, et dans laquelle nous remar- 
quons la 

Tour cVOstrevent, resle de l'ancien 
château servant aujourd'hui de bâti- 
ment militaire à l'artillerie et au génie. 
Après avoir quitté Bouchain et parcouru 
une as-ez gra de distance , nous traver- 
sons l'Escaut, et bientôt nous entrons 
dans 

Valenciennes , qui est le ternie de 
notre roule. 

jtperçu général de Valenciennes. — 
Cette ville , qui est situ e su confluent 
de l'Escaut et de la Rhonelle, est a'sez 
bien bâlie , mais généralement mal 
percée ; ses rues sont tortueuses , et 
plusieurs n'ont pas une longueur suf- 
fisante. 

Valenciennes possède une jolie salle 
de spectacle, un hôpital général , plu- 
sieurs églises , une bibliothèque publi- 
que , riche d'environ dit-huit mille 
volumes , un niusJe de tab'eaux , une 
salle d'antiquités et une académie de 
peinture , d'où sont sortis Milliomme 
et Abel de Pujol, un Mont-de-PL'té, un 
vaste arsenal ; enfin , un magasin des 
vivras. 

Historique. — Cette ville fut fondée 
par les Trévériens et les Herviens, et. 
comme presque toutes les villes de 
Flandre , elle ne fut d'abord qu'un 
simple hameau , protégé ensuite par 
un château dont les Francs, sous la 
conduite de Clodion, s'emparèrent vers 
l'an 44j. Clovis III occupait son châ- 
teau, où il tint plaid général en 693. 
Charlem «gne y tint aussi une assemblée 
en 771. L'empereur Lolhaire et Charles- 
le-Chfiuve y firent des capitulâtes. Les 
Normands a siégèrent celte >il^ sans 
succès . en 881 Bau 'ouin-à-la-Halle- 
b-irde, comte de Flandre, s'en empara 
en 1 0:;, mais l'empereur Henri V li 
reprit en 1007. Les Espagnols l'assié- 
gèrent vers la fin de l'année 1560; les 



dant plus de qualre mois avec un grand 
courage, furent obligés de se rendre, 
sans condition, le 23 mars 1367. Louis 
XIV en fit le siège en personne, et la 
prit, le 1 er mars 1697, après dix jours 
de tranchée ouverte. Le traité de Ni- 
mègue en assura la possession à la 
France, dont cette ville est aujour- 
d'hui un des boulevards les plus iuipor- 
lans. Les 

Curiosités de Valenciennes ne sont 
pas nombreuses. Les plus remarquables 
sont : 1' 

Holel-de-Ville , bâti en 1612, et dont 
la façade est surmontée d'un altique 
orné de cariatides , parmi lesquelles 
nous remarquons les qualre Saisons. L' 
Intérieur de l'édifice est bien distri- 
bué, et offre de vastes salles, de beaux 
salions, de nombreux bureaux: le se- 
cond élage est occupé par la galerie de 
peinture, où nous remarquons trois ta- 
bleaux de Rubens , p ovenant de l'an- 
cienne abbaye de Saint-Arnaud. Le 

S .ffroi, bâti en 237 , dont la hauteur 
est de 170 pieds. Li 

Salle de spectacle , qui a été exécutée 
sur les dessins de Pujol , et dont la 
forme est semi-elliplique , et garnie de 
trois rangs de loges. Le re'.-de-chaussée 
de cet édifice sert de halle au blé. L' 

Hôpital général , Tonde en i'31 , et 
dont la chapelle est di ne d'attention 
pour la construction et la coupe des pier- 
res de ses arcades. L' 

Eglise de Saint-Géry,dont\» première 
pierre 'ut posée en 122o, par la comtesse 
Jeanne, fille de Baudouin , empereur 
de Constaniinople , et dans laquelle nous 
remarquons sur le maître-autel un très 
beau Christ en bronze. Enfin la 

Place d'./rmes qui est décorée de 
belles maisons élevées sur un plan 
uniforme, et ayant piesjue toutes des 
balcons. 

Deuxième route. 

Route par Saint-Quentin. 

Distance à parcourir : Si lieues, 27 postes. 

Voyez de Paris à Lille . par Péronne 
et Camb'ai , el la première route de Va- 
lenciennes par Senlis et Péroune. 

Communication. 

De Valenciennes à Maubeuge. 



bourgeois, après s'être défendus pen- Distance à parcourir ; 8 lieues, 4 postes. 



«►2*^ 



DU VOYAGECR EN EUROPE. 



14» 



Itinéraire. 

Topographie de la route. 

Départ. 

Au sortir de Valenciennes , nous trou- 
vons 

Jalains , petit village sans impor- 
tance , après lequel vient 

Baw.y, petite ville agréablement si- 
tuée et bâtie sur l'emplacement de l'an- 
tique t'agacum, ville capitale de la 
province sous le gouvernement des Ro- 
mains. iNous y remarquons sept chaus- 
sées ti es anciennes, appelées Chaussées- 
Brunehaut, qui aboutissent à la place 
deUavay ,au milieu do laquelle se trou- 
ve une colonne milliaire heptagone, dont 
chaque face correspond à une roule. La 
colonie actuelle est moderne, et rem- 
place Tant que qui s'y trouvait jadis. 
Outre les Chaussées romaines, nous 
voyons encore à Bavay , les ruines d'un 
cirque , les débris d'un arc de triomphe 
et d'un aqueduc. De Bavay nous allons 
à 

Maubeuge , ville forte située sur la 
Sauibre, qui y est navigable ; fameuse 
par ses manufactures d'armes et ses fa- 
briques de clous et de fer fondu et for- 
gé. 

De Paris à Laan. 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Laon par 
deux roules diffférentes, savoir : par 
Soissons et par Noyon. 

Première route. 

Route par Soissons. 

Diltance à parcourir : 3-4 lieues, 17 postes. 

Itinéraire. 

Topographie de la route. 

Départ. 

Nous sortons de Paris par la 

Barrière de la Villelte ; bientôt après 
nous arrivons au 

Boùrget, village dont nous avons déjà 
parlé , et non loin duquel nous quittons 
la route de Lill?, par Péronne et Cam- 
brai, pour p endre la 

/toute de .Soissons. Là, nous trouvons 
d'abord 

Le Menil-Amelot ( Seine-et-Oise) , 

FlU.NCE. 



pelit village sf»ns importance et ensuite 

Villeneuve , autre bourg sans intérêt, 
après lequel nous entrons dans 

Dammarlin , petite vile située sur 
une colline et qui n'a de remarquable 
que son 

Eglise paroissiale. Passé Dammarlin, 
nous entrons dans le 

Département de l'Oise, et bientôt 
après dans 

H anleuil-P Baudoin , petite villa 
dont le parc est décoré de fonlaines et 
de canaux. ÎS'ous y remarquons les rui- 
nes d'un château qui date du temps de 
François 1". Api es Nanteuil vient 

Ltvigne , village san« intérêt, après 
lequel nous e Irons dans le 

Déparlement de l'Aisne , et bientôt 
après dans 

J'illcrs-Coterets , petit village situé 
au milieu de la forêt de Hetiet dans le- 
quel nous remarquons un 

Ancien château construit sous le 
règne de François I er , et où est établi 
le dépôt de mendicité du département de 
la Seine. Ce thàieau, entouré d'un parc 
fermé de murs, fait partie des domaines 
de monseigneur le duc d'Orléans. Au 
sortir de Villers-Colerets, nous côtoyons 
la forêt qui offre de beaux sites et se 
termine , d'un côté , par une demi-lune, 
du côté du relais de 

Vertefeuille. Après ce relais, une 
descente presque continuelle nous con- 
duit dans la vallée de 

Soissons , ville assez jolie , située sur 
la rive gauche de l'Aisne, et dont l'ori- 
gine remonte à une haute antiquité. 
Parmi les 

Curiosités de Soissotis , nous remar- 
quons r 

Ancien château , bâti à la place de 
celui où les rois de la première race fai- 
saient leur résidence ; il est flanqué de 
grosses tours rondes et massives. L' 

Eglise cathédrale , magnifique go- 
thique dont les fondemens furent je- 
tés au XII e siècle, sur l'emplacement 
d'une ancienne église où se rassem- 
blaient les premiers chrétiens. On tra- 
vailla au portail et à la tour dans le XII» 
siècle et environ vers l'an 1212, on put 
célébrer l'office dans le chœur. Dnns 
l'intérieur de l'église nous remarquons 
des statues en marbre blanc représen- 
tant L'Annonciation e qui servent d'ac- 
compagnement au maître-autel. Les 

Rumt s de l'abbaye deSaint-Mèdard, 
10 






- fi. 








116 



GUIDE 






situées près de la rire droite de l'Aisne 
et dans lesquelles nous voyons encore 
le 

Cachot dans lequel Louis-Ie-Débon- 
naire fut renfermé par les enfans de son 
premier mariage. Les 

Deux tours de l'ancienne abbaye 
Saint-Jean-des-Vignes , fondée vers le 
milieu du XI e siècle. L' 

Hôtel - Dieu qui offre un asile à 80 
vieillards indigens , et à autant d'enfans 
des deux sexes, indépendamment des 
enfans trouvés. Enfin la 

Maison de correction , dans laquelle 
sont les condamnés qui doivent y subir 
leur peine et cens qui attendent leur 
translation à la maison centrale de dé- 
tention. Nous sortons de Soissons par le 

Faubourg Saint-Vaast, en traver- 
sant l'Aisne sur un pont de pierre. La 
route que nous parcourons est assez 
bel'e et bientôt nous arrivons à 

taurins, petit village où nous re- 
layons , et de là nous allons à 

Laon, qui est le terme de noire route. 

s/perçu généralde Laon — Oetleville, 
qui est située sur le sommet d'une mon- 
tagne isolée, au milieu d'une plaine vaste 
et fertile, est mal bâtie et assez mal per- 
cée. 

Laon possède plusieurs églises, un 
hôtel - dieu, un hôpital général, une 
bibliothèque publique, un dépôt de 
mendicité, plusieurs restes d'antiquités, 
une salle de spectacle et un collège 
communal. 

Historique. — L'origine de Laon re- 
monte à une époque très reculée; dans 
le principe, ce n'était qu'un chà'eau-fort 
qui reçut des Gaulois le nom de Laudu- 
num. Yers l'an '«07, une troupe de bar- 
bares qui avaient brûlé Saint- Quentin 
tentèrent s >ns succès de s'en emparer. 
En 742 Pépin et Garloman s'en empa- 
rent. Plus tard , c'est-à-dire en 882, I s 
Normands l'assiègent sans succès. Après 
la déposition du lâche Charles-'e-Gros, 
Eudes , comte de Paris , mit le sfége de- 
vant Laon el s'en empara sans coup fé- 
rir, en 892, mais Charies-le-Simple la 
reprit vers 89'i En !)'i0 , le comte de 
Yermandois assiégea inutilement cette 
place, qui fut cédée à Hugues, dur de 
France, pour la rançon de Louis d'Ou- 
tremer , fait prisonnier par les Nor- 
mands , en 941. A la mort de Louis V , 
Charles ._ duc de Lorraine , s'empara de 
laon , où il fut assiégé par Hugues Ca- 



pet, qui entra nuitamment dans cette 
ville, et le fit prisonnier. En 1411, le 
duc de Bourgogne se rendit maître de 
Laon , après quelques jours de siège. 
Trois ans après les troupes royales re- 
prirent cette ville , dont les habitans 
chassèrent la garnison bourguignonne. 
En 1418, elle tomba au pouvoir du duc 
de Bourgogne , et l'année suivante, 
Philippe - le - Bon, fils de Jean sans 
peur , la livraaux Anglais , qui en furent 
chassés par les habitans en 1429. En I Iib7, 
les calvinistes tentèrent inutilement de 
s'emparer de cette ville , et 27 ans plus 
tard Henri IV en entreprit le siège et s'en 
empara après quelques jours de siège. 
Les 9 et 10 mars 181 i, Napoléon livra , 
sous les murs de cette ville un combat 
mémorable à la suite duquel Laon fut 
occupé par les ennemis. 

Après cet aperçu rapide de l'histoire 
de Laon , passons à l'examen de ses 
curiosités. 

Curiosités de r.aon. — Quoique Laon 
soit une ville fort ancienne, elle est peu 
riche en curiosités ; les plus remarqua- 
bles sont : la 

Cathédrale dont on ignore l'époque 
précise de la fondation , et qui est un 
édifice fort remarquable par ce mélange 
de hardiesse et d'élégance , de grandeur 
et de délicatesse , qui forme le carac- 
tère dislinctifde la grande architecture 
gothique. 

Description. — Celte église a 320 
pieds de long, 78 de large , 179 de hau- 
teur. Son portail, qui est construit en 
avant-corps, est magnifique, ainsi que 
la sculpture des portes. L' 

Intérieur est admirable, particuliè- 
rement les piliers qui soutiennent la 
porte de l'édifice , dont les bases et les 
chapiteaux sont couverts de sculptures 
et d'ornemens diflerens. Le dôme ou 
lanterne est d'une hardiesse remarqua- 
ble et le buffet d'orgue est d'une belle 
exécution. L' 

Eglise Saint-Martin , qui a été éle- 
vée in 1124 sur l'emplacement d'une 
petite église fort ancienne , et dont l'ar- 
chitecture est grande et imposante, 
quoique un peu lourde. L' 

Hôtel-Dieu , qu'on a établi dans les 
superbes bàtim ns de l'abbaye Saint- 
Martin. La 

Bibliothèque publique, qui occupe 
une partie des bâtimens de l'ancienne 



DO TOYAGEUR |R ICHOPE. 



«7 



abbaye Saint-Jean , où est aujourd'hui 
élablie la préfecture. La 

Salle de spectacle , qui est d'un fort 
bon goût. La 

Tour de Louis d'Outremer , qui a 
été bâtie par le prince dont elle porte 
le nom , pour la défense de la ville. En 
1794, on entreprit de la détruire, et 
déjà le couronnement était démoli, 
lorsque les fonds Tinrent à manquer 
pour continuer l'ouvrage; ainsi, c'est 
à ce manque d'argent que nous som- 
mes redevables de sa conservation. La 

Tour penchée , dont il nous reste à 
parler, est un monument fort curieux. 
Cette tour , qui s'élève sur l'empla- 
cement occupé autrefois par l'ancienne 
citadelle, est penchée d'un côlé , et 
son inclinaison est d'environ dix degrés 
à partir de la verticale : elle est ter- 
rassée dans toute sa hauteur. 

Ici finissent les divers délails sur 
Laon ; il ne nous res'e plus uainte- 
nant qu'à faire connaître la deuxième 
roule qui conduit à cette ville. 

Deuxième roule. 

Route par Noyon. 

Distance à parcourir : 37 lieues et demie , 
18 postes trois quarts. 

Observation. — De Paris à Noyon, 
la roule nous étant connue par celle 
de Paris à Valenciennes , par Saintr 
Quentin , c'est donc de Noyon que notre 
itinéraire doit commencer. 

Itinéraire de Noyon à Laon. 

Distance ( De Parisà Noyon , 2j lieues, 
"oyon à I.aoa , 12 lieues 
demie. 



assez long -temps le canal, que nous 
traversons , nous arrivons à 

La Fère , petite ville agréablement 
située dans un vallon entouré de co- 
teaux boisés sur l'Oise , un peu au- 
dessous du confluent de la Serre , et 
dans laquelle est une 

Ecole d'artillerie , élablie en 1719. 
De la Fère , nous allons à 

Laon , où finissent les délails de la 
deuxième roule. 

De Paris à Givet. 

Routes. 

Deux roules conduisent à Givet : 
celle par Laon et celle par Mézières. 

Première route. 

Route par Laon. 

Dislance à parcourir : G8 lieues , 84 postes. 

Observation. — Puisque la route de 
Paris à Laon nous est connue , c'est donc 
depuis celle ville que notre itinéraire 
doit commencer. 

Itinéraire de 



parcoun 



b (De Pi 
< De N 
r: [ et 



Topographie de la route. 
Départ. 

Au sortir de Noyon , et après avoir 
parcouru une route assez agréable , 
nous arrivons à 

Ckauny, ville ancienne que l'on croit 
être le Contragium de l'itinéraire d'An- 
tonio . bâtie dans une belle plaine, à 
l'embranchement du canal de Saint- 
Quentin, sur la rive droite de l'Oise, qui 
y est navigable , et qui forme , en cet en- 
droit, une île dans laquelle se trouve 
comprise la moitié de la ville. De 
Chauny, et après avoir longé pendant 



Dislance 

à 
parcourir : 



Laon à Givet. 

Laon , 34 et 37 



De Paris à 

lieues. 
De Laon à Givet, 33 lieue» 



Topographie de la route. 
Départ. 

Au sortir de Laon , et après avoir par- 
couru un espare de cinq lieues et demie, 
nous arrivons à 

Marie, bourg sans importance, après 
lequel nous entrons dans 

Vervint , petite ville, siluée sur la 
petite rivière de Vilpion , connue par 
le traité de paix de 1598 , entre Henri IV 
et Philippe II, roi d'Espagne. Nous y 
remarquons un 

Hospice, fondé en 1870, près du- 
quel est une chapelle qui renferme de 
beaux tableaux originaux de Jouvenct. 
De Venins . nous allons relayer à 

Ija Capelle, petite ville autrefois for- 
tifiée, prise parTurenne, en 1(135, sur 
les Espagnols , et dans laquelle il se 
fabrique une quantité prodigieuse de 
café -chicorée. Peu de temps pprès 
avoir passé celle ville , nous entrons 
dans le 

Département du Nord, et bientôt 
après dans 




148 



GUIDE 



\) 






Avesne, petife ville forte, située 
dans une contrée fertile , sur l'Helpe 
majeure , à trois lieues de son em- 
bouchure dans la Sambre. Au nombre 
des 

Curiosités d'Avesne , nous remar- 
quons r 

HàtcUde-Ville, dont l'escalier à deux 
rampes est d'une fort belle exécution. 
la 

Tour de l'église , qui s'élève à trois 
cents pieds de haut, et dont la con- 
struction repose sur quatre piliers seu- 
lement ; la 

Salle de spectacle, qui est distribuée 
avec beaucoup de goût ; en fl n _ ] es 

Bâtimens militaires. D'Avesne, nous 
allons à 

Solre-lc-Château , petit bourg sans 
importance, d'où nous gagnons 

Barbaneau (po»le étrangère); de là 

Philippeville ( idem) ; et enfin 

Civet, où finit l'itinéraire de notre 
route. Givet est une jolie petite ville 
divisée en deinr parties par la Meuse : 
Givet Saint-Hilaire et Givet Notre- 
Dame. Elle est d fendue pur Charle- 
mont , l'une des forteresses les plus 
importâmes du royaume. 

Deuxième route. 

Roule par Mézières. 

Distance à parcourir : 7G lieues , 58 postes. 

Observation. — T>evant décrire plus 
bas la route de Paris à fôézières . nous 
y renvoyons le lecteur ; c'est donc de 
Mézièreî que notre itinérai»- doit com- 
mencer. 

Itinéraire de Mézières à Givet. 

Dislance I De Paris à Mézières , !î9 1. 

à ) 

parcourir: ( De Meziercs à Givet, 17 1. 

Topographie de la route. 
Départ. 
Au sortir de Mézières , nous allons 

Lanny, bourg sans intérêt. 

Rocroy , qui vient après, est une 
petite ville forte située dans une plaine 
environné:» de forcis. A quatre lieues 
de là . est 

Fiimay, pçlilç ville bâtie sur la rive 
gauche de la Meuse . entre des monta- 



gnes presqu'à pic , couvertes de forêts , 
et hérissées, en plusieurs endroits, de 
rochers escarpés. Dj Fumay, nous al- 
lons à 
Givet, où finit notre deuxième route. 

De Paris à Saint-Quentin. 

Distance à parcourir : ÔS lieues et demie , 
17 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris à Valenciennes , 2' route.) 



De Paris à Compiègne. 

Routes. 

Deux routes de Paris à Compiègne , 
savoir : par le Eourgct et par Saint- 
Denis. 

Première route. 

Route par le Bourget. 

Distance a parcourir : 19 lieues , 9 postes 
et demie. 

( Voyez de Paris à Laon , 2 e route. ) 

Deuxième route. 

Route par Saint-Denis. 

Distance à parcourir : 20 lieues , 10 postes. 

( Voyti de Paris à Calais , et la deuxième 
■route de Paris à Laon.) 

De Paris à Reims. 

Dislance à parcourir: 59 lieues et demie, 
1!) postes Irois quarts. 

Observation. — De Paris à Soissons 
la route nou« étant connue par celle 
de Paris A Laon , notre itinéraire ne 
doit par conséquent commencer qu'à 

Soissons. 

Itinéraire de Soissons à Reims. 

Distance l De Paris à Soissons, 23 I. 

à l et demie, 

parcourir : ( De Soissons à Reims , 14 1. 

Itinéraire et topographie de la route. 
Départ. 

De Soissons , nous allons joindre le 
bourg de 

Braine-sur-T r eslc (Aisne), qui e*t 
situé dans ir e jolie pleine , et après le- 
quel nous entrons dans le 

Département de lu "<!arne. 

Fresnc , qui vient après, est une pe- 



*»t*.. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



tïte ville sans importance , située sur la 
Vesle. 

Jonchèiy, que nous traversons en- 
suite est un bourg sans intérêt après 
lequel nous entions dans 

Reims , qui est le ternie de notre 
roule. 

Aperçu général de Reims. — Cette 
ville, qui est située dans une plaine 
qui fournit des vins délicieux, est, en 
général , assez bien bâtie , assez bien 
percée , et décorée d'une magnifique 
place. 

Reims possède une sous-préfecture , 
des tribunaux de commerce et de pre- 
mière instance, une chambre de ma- 
nufactures, un collège royal , une salle 
de spectai le , une bibliothèque riche 
d'environ 24,000 volumes, un musée, 
plusieurs églises , de belles prome- 
nades , plusieurs monumens romains , 
un jardin botanique , un petit sémi- 
naire , un hospice d'orphelins, une 
école secondaire de médecine, enfin, 
deux élablissemcns de bains. 

Historique. — On ignore entièrement 
l'origine de cette ville, autrefois capi- 
tale des Ri mi . peuple puissant et fi- 
dèle allié des Romains, dont elle prit 
le nom plus tard. Elle était une des 
p'us importantes de la Gaule-Belgique. 
Les Romain* y firent aboutir huit routes 
superbes, dont nous remarquons en- 
core quelques vestiges; et, lors de la 
création de la Belgique 2 e , elle en de- 
vint la métropole. Elle tomba ensuite 
au pouvoir des Francs, et Reims, qui 
déjà avait adopté la religion chrétienne , 
et était le siège d'un évêché , se glo- 
rifie d'être le lieu où Clovis fut bap- 
tisé par saint Remy , en 4%; elle fut, 
depuis Philippe -Auguste, qui y fut 
sacré, en 1179, en présence de tous 
les pairs de France , le théâtre du sacre 
de tous les monarques français jusqu'à 
la révolution de 1830, qui abolit cette 
coûteuse cérémonie ; à l'exception 
d'Henri IV, que les événemens firent 
sacrer à Chartres ; de Napoléon , qui 
le fut à Paris, et de Louis XVIII, qui 
ne l'a pas été. Le dernier sacre eut lieu 
le 29 mai 1823, pour Charles X. Il 
s'est tenu un grand nombre de con- 
ciles dans cette ville , à Inquelle les 
rois de la première race accordèrent 
de grands privilèges, et, lors du par- 
tage de la monarchie entre les fils de 
Louis-le -Débonnaire , elle échut à 



14» 

Charles -le -Chauve, et fit partie du 
royaume de Neustrie. Elle eut d'abord 
le titre de comté , puis celui de duché, 
que Phi'ippe- Auguste lui conféra en 
faveur de Guillaume de Champagne. 
En 1547, le cardinal de Lorraine y 
fonda une université qui devint cé- 
lèbre et qui subsista jusqu'à la révo- 
lution. Reims soutint un siège, en 
1339 , contre Edouard III , roi d'An- 
gleterre ; prise le 12 mars 1814 par 
les Russes , que commandait Saint- 
Priest, émigré, celte ville en fut dé- 
livrée le lendemain par Napoléon, qui 
leur tua 2,000 hommes et leur chef. 

Séjour et promenade. 

Descendons à 1' 

Hôiel du Lion-d'Or, situé en face la 
catliédra'e, comme étant le meilleur de 
cette ville. 

Cet hôtel , qui est tenu par M. Di- 
sant-Levaux, est fort vaste; on y trouve 
de nombreux apparlemens, très com- 
modes cl bien meublés , une bonne 
table d'hôte, une salle de bains, en- 
fin , de vastes cours , écuries et re- 
mises, ainsi qu'un bureau de messa- 
geiies. 

Passons maintenant en revue les di- 
verses 

Curiosités de Reims, qui sont la 

Cathédrale, dédiée à Notre-Dame, 
et dont les fondations furent jetées en 
1211, par l'archevêque Arberiede Hum- 
bert, mais elle ne fut achevée que vers 
la fin du quinzième siècle. Sa 

Forme est celle d'une croix; sa lon- 
gueur est de 438 pieds, sa largeur de 
93, et sa hauteur de 230 pieds. Arrê- 
tons-nous d'abord à l' 

Extérieur de l'église, et ensuite 
examinons l'intérieur. Examinons d'a- 
bord le 

Portail. — Le portail de cette église 
est composé de trois arcades, dont celle 
du milieu est la plus large et la plus 
haute, et de deux frontons chargés de 
figures. Dans sa construction , l'archi- 
tecte a suivi le système pyramidal. 
L'ouverture de l'arcade centrale est de 
83 pieds, et celle des deux autres de 21 
pieds Ces trois arcades sont couvertes 
de statues, dont les premières en bas 
ont 7 pieds 1)2 de hauteur. Au dessus de 
ces statues, et dans les voûtes de l'ar- 
cade du milieu, il y aussi cinq rangs de 





1B6 



eciDi 



petites statues, dont le nombre i' élève 
à environ 160. Les deux autre* arcades 
ont chacune 97 figures, dont un très 
grand nombre ont été endommagées. Ce 
portail contient plu9 de 530 statues, 
grandes et petites. L'arcade gauche re- 
présente la Passion, la droite le Juge- 
ment dernier, et celle du milieu le Cou- 
ronnement de la Vierge. Entre les 
tours au dessus de la rose, est la re- 
pré«entation du baptême de Clovis, et 
plus bas, celle du combat de David avec 
Goliath, que l'on a reparée en 1812. Les 

Tours qui accompagnent si bien cet 
immense édifice , sont fans pyramide ; 
leur forme est octogone; elles sont com- 
posées d'arcades, de piliers, de chapi- 
teaux, le tout à jour et en décounures, 
et terminées par une espèce de bonnet 
carré. Chacune a 24 pieds carrés. On 
monte au sommet de ces tours par 480 
marches. La tour méridionale, plus basse 
que l'autre , ne fut achevée qu'en 1430, 
aux frais de Guillaume Filastre, doyen 
du chapitre et cardinal. Cette der- 
nière tour renferme la grosse cloche 
appelée Charlotte, nommée ainsi par le 
cardinal de Lorraine, en 1570, et dont 
l'harmonie n'offre aucune dissonnance. 
la 

Toiture de Vèglise est entièrement 
couverte en plomb. Du sommet de celte 
toiture s'élève l'élégant 

Clocher de l'Ange, dans lequel se 
trouve une cloche portant la date de 1437. 
L'ange qui surmonte la flèche du clo- 
cher, est en laiton doré, et a environ 6 
pieds de hauteur. Il tient dans sa main 
droite une croix haute de six pieds. 

Après cet examen rapide delà façade, 
examinons maintenant le pourtour. 

Pourtour de l'église. — Rien de plus 
élégant et de plus hardi que le pour- 
tour de celle église; des piliers nom- 
breux, des arcs-boulans qui servent à 
contre-bouter la poussée des voûtes de 
l'église, sont d'une hardiesse et d'une 
délicatesse étonnanles. A la partie laté- 
rale gauche, nous remarquons deux 
grandes portes voisines l'une de l'au- 
tre, ayant la même hauteur et la même 
largeur que les deux petites nefs ; du 
côté de In première porle sont les sta- 
tues colossales de saint Nicaise, de saint 
Eutrope et d'un ange, et de l'aulre, 
celles de saint Rémi, d'un ange et d'un 
roi; à l'autre porte voisine, qui est fer- 
mée depuis long-temps, sont un grand 



nombre de petites statues disposées par 
étages, représentant le Jugement der- 
nier et les morts sorlant de leurs tom- 
beaux à demi ouverts. 

Voilà ce qui regarde l'extérieur de 
l'église. Passons maintenant à l'examen 
de 1' 

Intérieur. — L'intérieur de cette 
église correspond parfaitement à la ma- 
gnificence de l'extérieur. En y entrant 
nous voyons d'abord , autour de la 
grande porle, 54 statues dans des niches, 
et 34 autour de chacune des porles la- 
térales, sans compter le martyre de saint 
Nicaisc qui se trouve en haut du pour- 
tour de la grande porte. La' 

Chaire est fort belle. Dans les bas- 
reliefs doul elle est ornée, nous remar- 
quons la Guérison d' s boiteux à la 
porte du temple de saint Pierre. L' 

Autel est magnifique. Dans le rond- 
point nous remarquons neuf chapelles; 
la plus remarquable est celle de la 
Vierge, qui est la première à gauche. 
Au dessus de la sacristie est placée une 

Petite horloge en bois peint; ce sont 
des anges armés de marteaux qui frap- 
pent les heures. Pendant ce temps d'au- 
tres personnages, te'soue saint Joseph 
allant en Egypte, placés sur un cercle 
qui tourne, paraissent et disparaissent. 

Vis-à-vis le sanctuaire , à gauche; 
nous voyons 1' 

Orgiif, dont la hauteur est de 60 
pieds. Le plus gros tuyau a 25 pieds 
de hauteur et 4 pieds de diamètre. Cet 
orgue a 24 sortes de jeux, et est compté 
parmi les chefs-d'œuvre en ce genre. 
A droite du sanctuaire est V 

À utel des Fonts-Baptismaux , il est 
orné de sculptures qui représentent une 
Descente de croix. On prétend que la 
cuve des fonts- baptismaux a servi au- 
trefois au baptême de Clovis. A côté de 
la nef nous remarquons le 

Tombeau de Jovin, sur lequel nous 
lisons cette inscription : 

CÉNOTAPHE 

Érifïé dans le XV siècle 

A Flavius Jovin Rémois, 

Préfet des Gaules , clicf des armées consul romain , 

Transféré de l'église Saint-Nicaise 

A la lin du XVIll'siècle , 
An Vlll {1800J de la république. 

V 

Eglise Saint-Eemi, qui est la plus 
ancienne de la ville, est d'une architec- 
ture très simple, Dans 1' 



^ 



DU VOYAGEU» EN EUROPE. 



1131 



Intérieur nous remarquons la belle 
colonnade qui entoure le chœur, et sur- 
tout le 

Nouveau tombeau de saint Rcmi, 
qui en occupe le centre : c'est une ro- 
tonde composée de huit colonnes de 
marbre de Campan, surmontées d'au- 
tant d'arcades qui supportent une es- 
pèce de dôme à jour, formé d'arrêts à 
pl'in-cintre , et que termine une cou- 
ronne. Six des enire-colonnemens sont 
garnis chacun de deux siatues représen- 
tant d'un côté les six pairs laïques du 
roynume, et de l'autre, les six pairs 
ecclésiastiques; l'arcade du devant est 
Vide et donne entrée au monument; 
celle du derrière est occupée par le 
groupe de Baptême de Clovi», composé 
de ce monarque, de saint Rémi et de 
Thierry, son aumônier, et qui fut é- 
pargné par hasard, ainsi que les douze 
pairs, lorsque l'on détruisit, en 1703, 
l'ancien tombeau , qui avait rempla- 
cé, en 1331, celui érigé dan9 le dou- 
zième siècle à la place du tombeau 
primi if, fondé au neuvième siècle, par 
l'archevêque Hincmar; le nouveau date 
de 1803. Enfin 1' 

Arc de Triomphe de la porte de 
Mars, qui a été restauré en 1812, par 
les soins des autorités locales. Cet arc 
de triomphe fut élevé par César, telle 
est du moins l'opinion de Santeuil, qui 
lui a consacré ces vers : 

Cœtartos arcus , forint! fornice fwilet 
Tut rferum alla el velerîs vettigia H "nm , 
Bir agiiosrc. San ubtmQgiiiCceittïii timbra 
Gaudet adhar rinitm volitans trtari trùpkoeii. 
Jf"r quo.titam ad Reawx pasitU jam pacîfer armh , 
Fœdctis œlcrnî posait venerabilt pignat. 

Traduction. 

Sous ces voûtes cleTéc», sous ers ornemens pompPui, 
où se retrace îa grandeur de l ancienne Rome, recon- 
naissez l'arc de triomphe de César. L'ombre de ce 
grand homme se plaît encore à errer sous ces trophée?. 
Après avoir déposé les armes el fait Ja pan avec les 
Bernois, i érigea lui même ce monument, gage res- 
pectable d'une alliance éternelle. 

Description. — Cet arc de triomphe 
se compose de trois arcades accompa- 
gnées de huit colonnes corinthiennes 
qui ont trois pieds onze limes de dia- 
mètre, et 37 pieds de hauteur. La 

Pr mi re arcade à gauche en entrant 
dans la ville, appelée Vurcade de lie- 
mus, représente à la voûte Retnus et 
Romulus sous une louve. A gauche et à 
droite sont Faustulus et Acca Lauren- 
tia, debout. L'arcade est environnée 



de rosaces qui elles-mêmes sont en- 
tourées de trophées d'armes. Cette ar- 
cade latérale a 12 pieds de largeur et 
30 de haut. La 

Deuxième arcade, dite des Saisons, 
est plus large et plus haute que les 
autres; elle a 14 pieds4 pouces (i lignes 
de largeur et 35 pieds de hauteur. Le 
sculpteur a figuré dans celle-ci les 
douze mois de l'année. La 

Troisième arcade à droite, dite de 
Lèda a la même hauteur et la même lar- 
geur que la première, à gauche. Nous y 
voyons à la voûte, Léda couchée, ayant 
un cygne sur elle ; au dessus est le Génie 
de l'amour descendant du ciel avec une 
torche allumée. Les autres ornemens 
de cette voule sont les mêmes que dans 
la première arcade. 

De Paris à Mézières. 

Distance à parcourir : S9 lieues et demie , 
29 postes trois quarts. 

Observation. —Cette roule se trou- 
vant décrite jusqu'à Reims, c'est donc 
d.puis cette ville que notre itinéraire 
doit commencer. 

Itinéraire de Reims à Mézières. 
Dislance à parcourir : 2 lieues et demie. 
Topographie de la route. 
Départ. 

Après avoir quitté Reims et parcouru 
environ quatre lieues, nous arrivons au 
bourg de 1' 

Isk, après lequel nous entrons dans 
le 

Département des Ardennes. De l'Isle 
nous allons à 

Rethcl, petite ville fort ancienne, si- 
tuée près de l'Aisne et sur une monta- 
gne, et dans laquelle nous ne remar- 
quons aucune curiosité. Après avoir 
franchi les villages de 

Novy, Launay, Jaudun et Mondigny, 
qui ne nous offent rien de remarqua- 
ble, nous entrons dans 

Mézières, qui est le terme de noire 
voyage. Cette ville, qui est située au 
pied et fur le penchant d'une colline, 
sur la rive droite de la Meuse, est peu 
spacieuse et généralement mal bâtie. 
Au nombre de ses 

Curiosités, nous remarquons 1' 



182 



GUIDE 



Hôtel-Dieu, dont la fondation re- 
monte à Tannée 1412, et 1* 

Eglise paroissiale, qui est remarqua- 
ble par l'élévation de ses voûtes inté- 
rieures et par sou beau portail. Elie a 
été commencée en 1499 et achevée en 
liî'26; le mariage de Charles IX y fut 
célébré en 1570. 

Charleville, qui n'est séparé de Mé- 
zières que par un pont suspendu et une 
chaussée bordée d'arbres, est une ville ré- 
gulièrement bâtie ; ses rues sont propres, 
larges et tirées au cordeau ; ses mai- 
sons, construiles uniformément, d'éga- 
le hauteur et couvertes en ardoises. 
Au centre de la ville nous remarquons 
une place publique entourée d'arcades 
et décorée d'une superbe fontaine, où 
viennent aboutir les quatre rues prin- 
cipales. 

Charleville possède un hôpital, un 
collège, une salle de spectacle, une bi- 
bliothèque publique riche d'environ 
22,000 volumes, enfin un cabinet d'his- 
toire naturelle et d'antiquités. 

Communications. 
A. De Matières à Rocroy. 
Distance ;i parcourir : 7 lieues. 

Après avoir quitté Blézières et franchi 

Charleville , nous ne tardons pas à 
entrer dans 

Lonny-, petit village sans importance. 
De là, nous allons à 

Rimogre , autre petit village remar- 
quable par ses importantes carrières 
d'ardoises qu'on exploite depuis l'an- 
née 1230. Après avoir parcouru envi- 
ron quatre lieues, nous arrivons à 

Rocroy, petite ville située dans une 
vaste plaine entourée de tous côtés par 
les forets des Ardennes, et qui n'offre 
rien de remarquable. Rocroy se glorifie 
d'avoir donné le jour à Ile; é Moreau, 
général de la république française, qui 
commanda en chef l'arméede la Moselle. 

B. De Mézières à Montmédy. 
Distance à parcourir : 10 lieues et demie. 

Au sortir de Mézières, nous longeons 
peudant quelque temps la 

Meuse, et après l'avoir franchie deux 
fois, nous entrons dans 

Sèd^i, petite ville forte, très irrégu- 
lière, bâtie sur un terrain inégal, et di- 
visée par cela même en plusieurs par- 



ties. Cette ville est en général assez bien 
bâtie; ses rues sont larg s et propres; 
elle possède plusieurs places publiques; 
quelques beaux édifices; une jolie salle 
de spectacle ; une biblioihèque pu- 
blique; plusieurs! romenades agréables, 
et de belles fontaines; malheureusement 
les eaux qu'elles fournissent sont froi- 
des, pesantes , et de mauvaise qualité ; 
elles contribuent beaucoup à la produc- 
tion des maladies goitreuses qui affec- 
tent une partie des habitans. Les 

Curiosités de Sedan , dignes d'être 
citées, sont ; la 

Statue de Turenne, sur la place de 
l'iiôlel-de-ville ; le 

Château fort , placé au sud-est de la 
ville. A son centre se trouvait le pa- 
villon où Turenne est né, et qui a été 
démoli pendant la révolution. Sur une 
pierre noire, adossée à une tour, nous 
lisons cette inscription : 

Ici naquit Turenne, le 11 icptembre 1611. 

L' 

Hôpital militaire , enfin I' 

Arsenal, qui renfermait autrefois une 
magnifique galerie d'armures antiques; 
parmi lesquelles on remarquaitcelle de 
Godefroy de Bouillon, premier roi de 
Jérusalem. La plupart dece3 armures se 
trouvent aujourd'hui à Paris, au musée 
d'artillerie, dont elles sont un des priu- 
cipaux ornemens. 

Au sortir de Sedan, nous allons à 

Douty, petit bourg dans lequel les 
rois de la première race avaient un pa- 
lais. Clovis et Chailemagne y ont sé- 
journé. Il y a été tenu deux conciles, 
en 871 et en 874. Peu de temps après 
avoir quitté Douzy, nous passons le 

Chiers deux fois, et nous entrons 
ensuite dans 

Carignan, petite ville qui existait du 
temps des Romains et dans laquelle ils 
tenaient garnison. Après avoir de nou- 
veau traversé le Chiers deux fois, nous 
arrivons à 

Montmédy, qui est le terme de notre 
route. Cette ville, qui est une place 
forte, est divisée en bisse et ville haute, 
et ne renferme rien de curieux. 

De Paris à Metz. 

Routes. 
Deux routes conduisent à Metz, sa- 
voir : une par Epernay, et l'autre par 
Montmirail. 



DD VOYAGEUR EN EUROPE. 



183 



Première route. 

Route par Epernay. 

Dislance à parcourir: 79 lieues et demie ; 
39 postes an quart. 

Hotels recommandes. — Meaiix. — 
Hôtel de la Sirène , tenu par M. Levai- 
lois , restaurateur, rue Saint-Nicolas. 
Cet hôtel, qui vient d'être remis entiè- 
rement à neuf, offre tous les agrémens 
que l'on peut désirer; il est placé en- 
tre une vaste cour et un beau jardin ; 
il contient , outre de vas es et nom- 
breux appartenons bien meublés, trois 
beaux salons, dont un est destiné aux 
bals et concerts. Quant à la cuisine de 
cet hôtel, elle est des plus délicates, 
et, sous ce rapport, elle peut être mise 
au rang de nos meilleures cuisines de 
Paris, aussi il est peu de voyageurs, 
aimant la bonne chère, qui ne fassent 
quelques dîners chez M. Levallois, ou 
qui nes'approvisionent chez lui 

Chutons — i.ôtel du Palais-Royal, 
tenu par M, Dutnas-Person. 

Cet hôtel, qui est situé au centre de 
la ville et du commerce près la peste 
aux chevaux, se recommande à MM. les 
vo)ageurs par sa belle position, par la 
commodité de ses nombreux ap,>arle- 
mens nouvellement restaurés, et surtout 
par sa bonne cuisine. 

Sainte- Me nelwuld. — Hôtel de la 
ville de Metz, tenu par M. Buzinet-Per- 
son. 

Cet hôtel peut êlre mis au rang des 
premiers hôtels de Frani e. C'est là que 
sont descendus, en JS3ti, lors de leur 
vo>age en Allemagne , leurs altesses 
royales les ducs d'Orléans et de iNeinours. 
Dans cet hôiel est placé le bureau des 
messagères LaStte et Caillird. 

Itinéraire cl topographie de la route. 
Départ. 

Nous sortons de Paris parla 

Barrière de la Villelte, et bientôt 
après nous arrivons à 

Pantin , petit village dans lequel 
nous remarquons une foule de jolies 
maisons de plaisance. INon loin de Fail- 
li ri est 

Bondy, autre bourg fort agréable, 
après lequel nous entrons dans la 

Foret de /tond)- , autrefois très fer- 
tile eu événemens tragiques. C'est là 



que fut assassiné Aubry de Mont-Didier 
par lecheva ier Maeaire. À notre droite, 
et un peu à l'écart de la roule, nous 
remarquons le 

Cluileau de liaincy, jadis superbe, 
aujourd'hui délabré. Passé la forêt , 
nous ne tardons pas à arriver à 

Livry, petit bourg sa, s importance. 
De Livry, après avoir passé 

Ville parisis, nous ne tardons pas à 
arriver à 

Claye, petit village assez agréable, 
après lequel nous traversons le 

Canal de t'Ottrcq, et bientôt nous 
arrivons à 

Meaux , après avoir franchi de nou- 
veau le canal. Celte ville, qui est située 
dans une plaine fertile qu'arrose le cours 
sinueux de la Marne, n'a de remarqua- 
ble que sa 

Cathédrale, dans laquelle se trouve 
le 

Tombeau de Bossuet, qui est d'un 
bon goût. Au sortir de Meaux. et après 
avoir traversé deux fois le cai:al et la 
Marne, nous arrivons à 

Saint- J, aii-lei-deux- Jumeaux, petit 
viliage sans importance De là nous al- 
lons à 

La Fertc-sous-Jouarre, pelite ville 
située sur la Marne et dominée par le 
village de Jouai re. Le porl et les pro- 
menades sont les seules curiosités de 
la Ferlé. La route, après s'être écartée 
un peu de la Marne, ne tarde pas à s'en 
rapprocher, et c'est en la suivant que 
nous arrivons à 

Château-Thierry, petite ville bâ- 
tie en amphithéâtre sur le penchant 
d'une colline qui borde la rive droite 
de la Marne. Du sommet de celle col- 
line, couronnée par les ruines de l'an- 
cien château, on jouit d'une fort belle 
vue sur la campagne environnante ; des 
coteaux riants , des vergers délicieux ; 
une promenade agréable , animée par 
le mouvement des nombreux bateaux 
qui descendent la Marne , pour l'ap- 
provisionnement de Paris. 

Château- Thierry a deux 

Sources d'Eaux Minérales qui cou- 
lent dans deux maisons voisines l'une 
de l'antre; celle qui a le plus de répula- 
tion et qui attire beaucoup de malades 
pendant la belle saison , est celle de la 
Fleur de Lys. Après Château-Thierry, 
la route continue de se montrer belle et 
pittoresque, et à longer par intervalle 




is* 



GUIDB 



les rives gracieuses de la Marne. Nous 
arrivons à 

Uormans, petite ville qui fait parlie 
du département de la Marne, et dans 
laquelle se voit une jolie église, Après 
avoir passé le bourg de 

Port ù-Bmson, nous arrivons à 
Epernay , pelile ville située sur la 
Marne, et dont Hei>ri IV s'empara en 
lbi>2. C'e-t dans cette ville, et dans la 
mai-on de M. Moet, que coucha Napo- 
léon à l'époque de la bataille de Mont- 
mirail. D'Epernay, nous allons à 

Châloiis , grande ville située entre 
deux belles prairies, sur les rivières de 
Marne, de Mau et de Nau, et dans la- 
quelle on ne trouve d'autre 

Curiosité que sa 

Cathédrale et sa 

Bibliothèque publique. 

S'aiiile-Ménéhould , où nous allons 
ensuite, est une ville fort ancienne, 
située entre deux rochers, près des 
rives de l'Aisne. Au nombre de ses 

Curiosités , nous remarquons le 

Pont de Pierre , V 

Eglise paroissiale , enfin 1' 

Hoiel-de-Tille. Nous quittons le dé- 
partement de la Marne pour entrer dans 
celui de la Meuse, là nous trouvons 

Clermont en Argonne , gros bourg 
placé pittoresquement sur un rocher 
ceint par un petit bois qui lui prête 
tous sss charmes. Au sortir de Clermont, 
nous jouissons d'un beau 

Panorama sur tous les lieux envi- 
ronnans. Sur le penchant de cette col- 
line , qui nous fait face, se déploie gra- 
cieusement le pelit bourg de 

Domballe, que nous allons traverser. 
La ville de 

V'èrdtih, que nous ne tardons pas à 
atteindre, nous rappelle ses excellentes 
dragées et ses délicieuses confitures. 
Elle est placée sur la Meuse, qui la 
divise en plusieurs parties, et offre pour 
toute 

Curiosité, la 

Citadelle, qui est due au génie de 
Vauban, et la 

Cathédrale. Le chœur est superbe, 
ainsi que l'autel. Après Verdun, nous 
entrons dans le 

Départe muni de la Moselle, et bientôt 
après dans 

Metz , qui est le terme de notie 
voyage. 



Deuxième route. 

Route par Montmirail. 

Distance à parcourir : 77 lieues et demie , 
53 po tes trois quarts. 

Observation. 

De Paris nous suivons la route pré- 
cédente jusqu'à laFerté-soHS-Jouarre, 
là nous prenons celle de Montmirail, 
qui va joindre la précédente à Châlons, 
après avoir parcouru un espace de 23 
lieues qui n'offre rien de remarquable, 
nous arrivons à 

Metz, ville fort ancienne, située au 
confluent de la Moselle et de la Seille, 
dans un bassin magnifique , et peu ri- 
che en 

Curiosités, et dont les plus remar- 
quables sont : la 

Cathédrale, dont les vitraux sont su- 
perbes, ainsi que la cuve de César, qui 
sert de fonts baptismaux. La 

Salle de spectacle, enfin la 

Bibiothique publique. 

De Paris à M eaux. 

Distance à parcourir : 11 lieues , S postes 
et demie. 

( Voyez de Paris à Metz.) 

De Paris à Château-Thierry. 

Distance à parcourir : 22 lieues , 11 postes 
et demie. 

( Voyez de Paris d Metz.) 

De Paris à Verdun. 

Distance à parcourir: 62 lieues et demie , 
51 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris d Metz. ) 

De Puris à Chàlons-sur-Marne. 

Distance à parcourir : 42 lieues et demie , 
21 postes un quart. 

( Voyez de Paris d Metz.) 

De Paris à Nancy. 

Routes. 

De Paris à Nancy deux routes, l'une 
passe par Brienne et l'autre par Cliâ- 
lous-sur-Marne. 

Première route. 
Route par Brienne. 
Distance à parcourir : 82 lieues, il postes. 
Hotels recommandés. — Nangis. — 






DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



188 



Hôtel du Dauphin, tenti par Fouquet. 

Ot hôtel, qui est situé au centre de 
la ulle, ayant deux vues, l'une sur la 
Halle au Blé, et l'autre sur la roule de 
Paris, offre de jolis apparlemens bien 
meublés, de vastes écuries el remises, 
ainsi qu'une excellente cuisine. 

Provins. — Hôtel de la Boule d'Or, 
tenu par H. Chariot, Grand'Rue. 

Cet hôtel, qui réunit le bureau des 
messageries générales de France, pos- 
sède de beaux ai partemens bien meu- 
blés et une bonne cuisine. 

Void. — H tel de V Aigle d'or, tenu 
par W. Floilel. 

Cethôtel se recommande spécialement 
à MM. les voyageurs non seulement par 
sa bonne tenue, mais encore par son 
excellente cuisine; c'est là surtout que 
se mangent avec délices les diveises 
préparations de truites de d'écrevisses 
de la Meuse et le fromage de Void , qui 
jouit d'une réputation assez étendue. 

Topographie de la route. 
Départ. 

Nous sortons de Paris par la 

Barrière de Charenton. Après avoir 
franchi le village de ce nom, nous ar- 
rivons à 

Creil, petit village sans importance, 
et non loin duquel commence le 

Département de Seine-et-Oise. Bien- 
tôt après nous trouvons le village de 

Boissy Saint-Léger, autre village 
sans intérêt. De là nous allons à 

Gros-Bois, gros bourg dans lequel 
nous remarquons un joli cltâleau. Après 
Gros-Bois nous passons dans le 

Déparlement de Seine-et-Marne, et 
bientôt après nous ne tardons pas à 
joindre 

Brie-sur-Yères, petite ville dans la- 
quelle nous remarquons une jolie église 
et un ancien château qui n'est pas dé- 
pourvu de grâce. Plus loin et à l'écart 
de la route, nous remarquons le vi.lage 
de 

Coubertet son joli château, apparte- 
nant à M. le marquis de Coubert. A 
une faible distance de cet endroit est 

Gingues; bourg peuplé d'environ 900 
habitait?, el qui commerce en laines. 

A'angis, ou nous allons ensuite, est 
nne petite ville assez agréable, dans la- 
quelle nous remarquons l'église parois- 
siale, qui date du huitième siècle. De 
Nangis nous allons relayer à 



La Maison-Rouge, d'où nous allons 
ensuite à 

Provins , pelite ville as'-ez jolie, qui 
fut long-temps le séjour des comtes de 
Champagne, qui y possédaient un anti- 
que château construit sur un rocher, et 
dont nous remarquons quelques ruines. 
Outre ces ruines, Provins renferme en- 
core d'autres 

Curiosités, dont les plus remarqua- 
bles sont : la 

Grosse- Tour, qui était une forteresse 
garnie de donjons et de crénauv. Celte 
tour a environ 1 50 pieds; sa forme exté- 
rieure esl un carré dont Chaque ïngle est 
remplacé par une tourelle réunie à la 
base, se détachant à une certaine hau- 
teur en forme de guérite, et rejoignant 
plus haut la gro?se tour par une espèce 
d'arc-boulant. L' 

Intérieur renferme, oulre plusieurs 
petits caveaux et cachots pris dans l'é- 
paisseur des murailles et des tourelles, 
une petite chambre à cheminée, fort 
claire, au premier étage, et trois grandes 
salles de 38 à 40 p'eds d'élévation. Ces 
falles communiquent entre elles par 
deux escaliers intérieurs qui aboutis- 
sent sur un trottoir régnant au pour- 
tour et garni de parapets. Le 

Bâtiment des tains d'eaux minérales; 
enfin les 

Promenades et les remparts. Après 
avoir qui'té Provins et parcouru envi- 
ron trois lieues, nous entrons dans le 

Département de VAube, et bientôt 
après dans 

Nogcnt-sur-Seine, pelite ville située 
sur la rive gauche de la Seine, où elle 
commence à être navigable. Au con- 
fluent de l.i Seine et de l'Aube est si- 
tuée la petite \\\\e de 

Pont-sur-Seine , où nous remar- 
quons les ruines d'un magnifique 
château qui fut livré aux flammes dans 
l'invasion de 181 i. La petite ville d' 

Arcis-sur-Aube, qui vient ensuite, 
ne nous offre aucune curiosité digne 
d'être citée. De cet endroit nous allons, 
en suivant le cours de la Seine, à 
Coclois, et de là à 
Brienné, pelite ville possédant une 
école d'artillerie dans laquelle Bona- 
parte fit ses premières études. Passé le 
village de 

Tremilly, nous entrons dans le 
Département de la Haute-Marne, et 
bientôt après dans 




180 



GUIDE 



Joinville, petite et ancienne ville de 
Champagne dans laquelle l'historien 
de saint Louis a un tombeau. A quatre 
lieues de Joinville est 

Sandron, petit village après lequel 
nous entrons dans le 

Département rie la Meuse. 

Faucouleursesl la première ville que 
nous trouvons ensuite. C'est là que 
Jeanne d'Arc (qui naquit à Domremy), 
fut servante d'auberge. Passé Vaucou- 
leurs, nous entrons dans le 
^ Département de la Meurthe, et bien- 
tôt après dans 

Toul, ancienne ville située sur la 
Moselle et dans une plaine ferlile, en- 
tourée de montagnes qui produisent de 
bons vins. D;i Toul nous allons à 

Nancy, qui est le ternie de notre 
voyage. Celle ville est, sans contredit, 
l'une îles plus belles et des plus agréa- 
bles de la France ; la ville neuve sur- 
tout of re une symétrie, une élégance 
admirables. Au nombre des 

Curiosités de Nancy, nous remar- 
quons la 

Place Royale et le superbe 

Arc de triomphe qui la décore. L' 

Ancien pulaii des ducs de Lorraine. 
La 

Cathédrale. L' 

Eglise Notre-Dame de Bon-Secours, 
dans laquelle est le mausolée du roi 
Slanislas LeczinsU et de son épouse, 
chef-d'œuvre de Girardon. Çufin le 

Jardin botanique. 

Deuxième route. 

Boute par Chàlons-sur-Marne. 

Dislance à parcourir : 8U lieues, 42 postes 
et demie. 

Observation. 
Celle route se trouvant décrite jus- 
qu'à Chàlons par la première roule de 
Paris à Metz, ce n'est donc que depuis 
Chàlons que noire itinéraire doit com- 
mencer. 

Itinéraire de Chàlons à Nancy. 

Distance [ De Paris à Chàlons , 40 1. 1/2. 
à {De Chaions à Nancy, -42 1. 

parcourir: | et demie. 

Topographie de ta route. 
Départ. 
Au sortir de Chàlons , nous longeons 



la Marne, bientôt la roule s'en éloigne, 
puis ensuite elle s'en rapproche, et n.ous 
entions dans 

La Chaussée, petile ville sans im- 
portance. De cet endriit nous conti- 
nuons à suivre les bords sinueux de la 
Marne jusqu'à 

Vitry -sur- Marne, ville assez com- 
merçante, fondé? par François I er , et 
dans laquelle nous ne remarquons rien 
de curieux. Après avoir parcouru en- 
viron sept lieues, nous arrivons à 

Sainl-Dizier, ville assez considéra- 
ble, située sur la Marne, où elle com- 
mence à être navigable. De Saint-Di- 
zier nous allons à 

Bar-le-Duc, jolie ville, bàlie en am- 
phithéâtre sur l'On ain, et divisée en 
basse et haute ville. 

Li»ny, où nous allons ensuite, est 
une ville située agréablement sur l'Or- 
nain, et dans laquelle on fait d'excel- 
lentes confitures de groseilles. De Li- 
gny nous allons à 

Saint- Aubin , Void et 

Nancy, où se borne notre itinéraire. 

De Paris à Strasbourg. 

Routes. 

Deux routes principales conduisent 
à Strasbourg, savoir: l'une par Chà- 
lons et Nancy, et l'autre par Metz. 

Première route. 

Route par Chàlons et Nancy. 

Dislance à parcourir : 122 lieues , 61 postes. 

De Paris à Nancy la route nous étant 
connue, ce n'est donc que depuis cette 
dernière ville que notre itinéraire doit 
commencer. 

Itinéraire de Nancy à Strasbourg. 

!De Paris par la première 
roule, 81 lieues, parla 
deuxième, 8S lieues. 
De Nancy à Strasbourg , 40 
lieues. 



Topographie de la route. 
Départ. 

Au sortir de Nancy nous allons à 
Domballe , et de là à 
Luiièville , jolie ville , peuplée d'en- 
viron 12,000 habitans, située sur la 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



137 



Meurlhe et la Yezouze , et dans laquelle 
nous remarquons une 

Jolie fontaine, située au milieu de 
la place. De Lunéviile la roule com- 
mence àr ! ê?rire une courbe qui devient 
plus considérable à mesure que nous 
arrivons à 

Héming, De là la route se dirige 
vers la droite et nous arrivons à 

Sarrebourg, ville située sur la Sarre 
et dans une jolie position. De Sarre- 
bourg nous allons a 

Phaisboitrg, petite ville fortifiée par 
Yauban, et située sur une bailleur. A 
une pelile dislance de cet endroit com- 
mence le 

Département du Bas-Rhin. 

S avertie est la première ville que 
nous rencontrons, après laquelle vient 

JJ^assclonne, et enfin 

Strasbourg , qui est le terme de no- 
tre voyage. 

aperça général de Strasbourg. — 
Celle ville, qui est située dans une vaste 
plaine, sur la rive droite de 1*11 et 
dans la proximité du Rhin , est en gé- 
néral a-sez bien bâtie. Ses rues sont 
pour la plupart étroites , sombres , hu- 
mides et mal aérées. 

Strasbourg possède plusieurs jolies 
églises, une académie de l'université, 
une faculté de ifeoil et de médecine , 
une synagogue, un collège royal, une 
école de pharmacie , une éco'e vétéri- 
naire , un musée, enfin une bib iothè- 
que publique riche d'environ 30,000 vo- 
lumes. 

Historique. — L'origine de celle ville 
paraît celtique , mais c'est particulière- 
ment aui Romains qu'elle do't sa pre- 
mière construction lis l'appelèrent suc- 
cessivement Argentora, Argentina.Ar- 
gentorio etc. Ptolomée nous apprend 
que la VIII e légion y élait en garnison. 
Après avoir beaucoup sonÇfprl des fré— 
quenles incursions des barbares pen- 
dant le III e et le IV e siècle de noire 
ère, cette ville fut saeca;ée et détruite 
par les Vandales et les Allemands En- 
viron cent ans «près, les Francs la 
relevèrent de ses ruine», et lui don- 
nèrent le nom de S'rasbourg . peut- 
être à cause de la chaussée (slrass) 
qui conduisait au bonr,' ou à la orle- 
resse , siluée nu lieu où a été bâtie par 
la suile l'abbaye de Saint-Etienne. De- 
puis le partage de la monarchie ''es 
Francs par le traité de Verdun en 843, 



cette ville avec l'Alsace fit partie du 
royaume de Lorraine. En 911, elles 
passèrent l'une et l'autre sous la domi- 
nation des rois d'Allemagne. Strasbourg 
reçut des accroiseemens successifs dans 
les siècles subséquens et devint enfin 
une des villes libres les plus floiis- 
santes de l'empire germanique. En 1081, 
la ville se soumit sans capitulation h 
Louis XIV, qui lui conserva ses anciens 
privilèges. Ce monarque en fit une 
place forte , avec une ci adelle du côté 
du Rhin , qui fut bâtie en llr2 par le 
célèbre Yauban. L'empire renonça à 
ses droits sur cette ville par le traité de 
Riswyck, en 1097. Depuis cette époque 
elle appartient à la France. 

Séjour et promenade. 

Ilotel recommandé. — Hôtel de Pa- 
ris, tenu par M. J. Diemer. 

Cet hôtel qui est situé au centre de 
la vi le et dans le quartier le p!us auréa- 
b'e , près la promenade et le th.'âlrc, 
po sède de beaux appartenons meublés 
dans le den ier goul et une bonne t*ble 
d'hôte servie à une heure et à cinq 
heures. On trouve dans cet hôtel des 
chevaux et des voitures de promenade; 
on y trouve aussi des voitures à louer 
pour voyager en pote pour Pari*, 
Francfort, la Suisse, Munich et \ ienne. 

Quittons notre hôtel et visitons les 
diverse» 

Curiosités de Strasbourg , prenons 
notre 

Point de départ à la 

Cathédrale , de là nous dirigerons 
ensuite nos pas vers tous les lieux les 
plus remarquable». Puisque nous som- 
mes devant celle église faisons-en la 

Description. — Commençons par 1' 

Extérieur et d'abord par la 

Façade. — Celle' façade est magnifi- 
que, elle est décorée de trois portails, 
auxquels on arrive au moyen d'un par- 
vis élevé de plusieurs degrés, entouré 
de bornes de pierre liées entre elles 
par des chaînes de fer, Le 

Portail du milieu, le plus grand et 
le plu* beau des trois, est orné de six 
colonnes el de plusieurs statues. La porte 
princip. le était primitivement d'airain 
seul ié; on l'a fondue lors de la révolu- 
tion , poir en faire de la monnaie, et 
elle a été remplacée par une porte de 




m!, 



ISS 



GUIDB 



i 



bois. Audessus du portail, là où com- 
mence le 

1 er Etage de la tour, nous voyons 
dans des niches particulières, les statues 
équestres de Clovis , de Dagoberl, de 
RodophedeHabsbourgeldeLouisXIV. 
Immédiatement au dessus est la 

Grande rose eu vitraux peints. Sa cir- 
conférence est de 150 pieds et son 
diamètre de 48. Le 

Clocher vient ensuite : il est formé 
d'une vaste tour en forme de carré 
oblong , terminé par la plate-forme . 
où commence le 

2° Etage de la tour. La tour propre- 
ment dite, qui forme ce second éla^e 
se préfente à l'œil , vue de loin , comme 
étant de forme carrée ; mais elle est 
véritablement octogone et les quatre 
escaliers tournans qui conduisent à la 
flèche, en dissimulent quatre iaces. La 
flèche s'élève au dessus et forme le 

3' Etage de l'édifice. C'est une py- 
ramide à huit pans comme la tour. Le 
travail en est admirable et ressemble à 
une découpure, tant il ett léger, citant 
la pyramide est à jour. JNous voyons 
au dessus ce qu'on appelle la 

Lanterne, ensuite fa couronne et en- 
fin le bouton qui termine l'édifice; 
c'est une pierre octogone. Après cet exa- 
men rie l'extérieur, passons à celui de 1' 

Intérieur. — L'intérieur de cette 
église , quoique beau qu'il soit, ne ré- 
pond pas à l'extérieur. Le 

Chœur surtout n'est pas en rapport 
avec le surplus du \aisseau , dont la 
longueur intérieure est de 335 pieds et 
la largeur de 152 pieds 10 pouces 3 li- 
gnes. La 

Nef est séparée des bas-côtés par 
deux rangs de piliers cdlonnaux qui 
supportent l'édifice. Ils sont au nombre 
de neuf de chaque côté. Après cet 
aperçu rapide de la cathédrale de Stras- 
bourg, nous allons nous mettre en mar- 
che. Sortons de cette église par sa porte 
méridionale , là nous nous trouvons en 
face le 

Château Royal, vaste palais dont la 
construction a été commencée en 1728 
et terminée en 1741. Son architecture 
est assez belle. Le rez-de-chaussée 
forme plusieurs étages sur la terrasse 
du bord de l'eau , il contient de beaux 
et vastes appartenions décorés de ta- 
bleaux. La 

Façade sur la terrasse est imposante 



par sa simplicité; elle a près de 80 mè- 
tres de longueur , et est ornée au mi- 
lieu d'un pavillon en saillie formé de 
quatre colonnes qui soutiennent un en- 
tablement surmonté d'un dôme. Si du 
château nous decendons vers la rivière, 
nous arrivons à la 

Halle au poisson et au gibier, devant 
laquelle nous remarquons une petite 
place qui aboutit à la terrasse du Châ- 
teau royal , sur le bord de l'Ill ; nous ne 
remarquons plus rien de curieux de ce 
côté. Remontons maintenant vers la 
cathédrale , là nous trouvons le 

Collège Royal, qui n'offre rien de re- 
marquable. Attenant à ce collège est le 

Séminaire épiscopal, vaste bâtiment 
qui renferme encore les bibliothèques 
et musées appartenant aui différens 
établissemens d'instruction publique. 
En suivant la 

Bue des Frères, nous arrivons à 1' 

Eglise Saint-Etienne, l'une des plus 
anciennes de Strasbourg. Si de S.iint- 
Etienne nous remontons parla pe ite 

ihie de l'Arc-en-CUl, nous trouvons 1' 

H tel de la Préfecture et VHïtel-de- 
Ville , qui contient des tahleaux et des 
sculptures ."ppartenant à la ville. Par- 
venus au bout de la 

Hue Brûlée, nous trouvons à gau- 
che la 

Bue du Dôme , qui conduit à la ca- 
thédrale. Si nous tournons à droite, nous 
arrivons à la 

Promenade du Broglie , formée de 
(ros allées de tilleuls, plantés en 1818. 
Au bout de cette promenade, à gauche 
et vis-à-vi la terrasse des deux ponts , 
nous voyons la 

Fonderie de canons, qui occupe l'em- 
placement d'un ancien couvent de Cla- 
risses. A la droite de cette foi derie, 
et en face du Broglie, nous voyons la 

Nouvelle salle de spectacle, dont le 
bâtiment est précédé d'un beau péri- 
sljledesix colonnes d'ordre ionique. 
Bornons ici notre promenade, les au- 
tres curiosités ne valent pas la peine 
d'être vues. Traçons maintenant l'itiné- 
raire de la deuxième route qui conduit 
a Strasbourg. 

Deuxième route. 

Route par Metz. 

Distance à parcourir : 121 lieues , 60 postes 
et demie. 



DU VOYAGEU» EH EUROPE. 



IS9 



Observation. 

La route de Paris à Metz nous étant 
connue, notre itinéraire ne doit coni- 
meucer que depuis cette dernière ville. 

Itinéraire de Melx, à Strasbourg. 

!De Paris à Metz par la pre- 
mière route , 79 lieues ; 
par la deuxième , 77 1. 
De Metz a Strasbourg , 42 
lieues. 

Topographie de la route. 
Départ. 

Au sortir de Metz, nous allons joindre 

La Jforgne, petit village sans impor- 
tance , après lequel nous entrons dans 

,S oigne, et peu de temps après dans le 

Département delà Mewthe. 

Céline . que nous trouvons après , 
est un village sans intérêt. ÎNon loin de 
cet endioil est 

Château- Salins , petite ville située 
sur la Seille, et qui tire son nom des 
salines qui y sont établie s. De Château- 
Salins , nous allons joindre 

Moyen vie, d'où nous entrons dans la 
première,! ouïe que nous suivons jusqu à 



De Paris à Cherbourg par Saint-Là. 

Distance à parcourir : 80 lieues, 44 postes 
un quart. 

Observation. 

Celle route se trouvant décrite jus- 
qu'à Bonnières par celle de Paiis à 
Rouen , ce n'est donc que depuis Bon- 
nières que notre itinéraire doit com- 
mencer. 

Itinéraire de Bonnières à Cherbourg. 

Distance | De Paris à Bonnières, 17 I. 

à < De Bonnières à Cherbourg , 

parcourir : ( G7 lieues. 

Topographie de la route. 
Départ. 

Par Bonnières, nous quittons la route 
de Kouen pour suivre la 

Roule de Caen , là, nous trouvons 
le village de 

Chaignolles , qui n'offre rien de re- 



marquable , et après lequel nous entrons 
dans le 

Département de l'Eure. Une 

Descente peu rapide nous conduit 
près le 

Château d' ' AigUville , près duquel 
Commence une 

ValUe qui s'étend jusqu'à 

Pacy-sur-Eure, ville fort ancienne, 
ne possédant aucune curiosité digne 
d'être citée. De cet endroit, nous allons 
à 

Evreux, ville fort ancienne dans la- 
quelle nous remarquons deux jolies 
églises. En sortant d'Evreux, nous lais- 
sons, à droite , le 

Çhâtéuu de Navarre, puis, ensuite, 
nous traversons 

Parville et Saint-3lelain-la-Cam— 
pagne, villages sans importance. Après 
avoir parcouru une faibic distance , nous 
arrivons à 

Marché -Neuf, petit hameau sans 
importance, après lequel nous ne tar- 
dons pas à entrer dans le 

lépartement du Calvados. Passé 
le 

Relais de l'Hôtellerie ; nous ne lar- 
dons pas à entrer dans 

l.isieux , petite ville, fort ancienne, 
qui occupe le fimd d'une charmante 
vallée qu'embellissent et fertilisent les 
eaux de l'Orbec et de la Touques. Cette 
ville n'a qu'une belle elgrande rue , que 
suit la toute de Caen à Evreux, les au- 
tres rues sont étroite'* on tortueuses, 
formées de hautes maisons, la plupart 
bâti ;'s en bois , vieilles et d'un aspect 
sombre. Au nombre des 

( 'uriosités de Lisieux , nous remar- 
quons la 

Cathédrale , dont la construction 
dite du XII e siècle; la 

Salle de spectacle, dont la construc- 
tion est fort gracieuse ; enfin , le 

Palais épiscopal , qui est de bon goût. 
Au sortir de Lisieux , nous traversons 
la 

Rivière Touques. Après avoir par- 
couru environ quatre lieues, nous ar- 
rivons à 

Estrée, petit village bâti au milieu de 
vastes prairies qui se prolongent jus- 
qu'aux environs du 

Relais de It/oitlt. A ces prairies suc- 
cèdent des plaines fertiles peuplées de 
beaux villages que nous traversons ou 



: 



160 



GUIDE 






que nous longeons à droite et à gauche 
jusqu'à 

Caen, où nous allons faire une sta- 
tion idéale. 

Station idéale à Caen. 

Aperçu général de Caen. — Cette 
Tille, qui est située dans un beau val- 
lon , entre deux vastes prairies bordées 
de collines, est, en général, bien bâtie 
et as i ez bien percée. Ses deux plus 
grandes rues sont celles de Seint-Jean 
et de Siint-Pierre ; elles forment un 
angle droit, et traversent la presque 
totalité de la ville , où passe aussi un 
canal qui vient de l'Odon, et qui ac- 
tive de nombreuses usines. 

Caen possède plusieurs belles églises , 
un vieux château, un beau palais de 
justice , une bibliothèque publique ren- 
fermant 23,000 volumes , un musée , 
un cabinet d'hi-to re naturelle, un 
jardin bo^ani ;ue qui contient plas de 
trois mille espèces <le plantes indi- 
gènes , un collège royal , un Hôtel- 
Dieu , enfin , de belles promenades 
publiques. 

Historique. — C'est sur les débris 
d'une ville romaine , détruite par les 
Saxons dans les invasions du lit" et 
du IV e siècle , que Caen fut élevé. 
En 912, lors de la cession de la Nens- 
tne aux Normands p.ir Charles- le- 
Simi le , cette ville était déjà grande 
et i «posante. Sou«l s ducs normands, 
et surfout sous Guillaume-le-Conqué- 
rant, son accroissement fut rapide; ce 
dernier prince et Malhilde, sa femme . 
contribuèrent à l'embellir. Ils élevè- 
rent les deux plus beaux édifices de la 
ville : l'abbaye de Saint- Etienne et 
celle de la Trinité. Guillaume com- 
mença la construction du château ; 
Henri I er , roi d'Angleterre . le ter- 
mina ; Louis XII et François I er le 
réparèrent et l'agrandirent. En 1340, 
Edouard III , roi d'Angleterre , l'as- 
siège i ; les habilans, commandés par 
Raoul , comte d'Eu , et par Jean de 
Melun , firent une sortie et furent 
battus ; ils rendirent la ville par ca- 
plulalion : mais, quand les Anglais y 
furent entrés, le combat commença 
dans les rues. Edouard, furieux, livra 
la ville au "iilage, massacra une partie 
de la population , et enleva un butin 
immense. En 1417, les Anglais prirent 



Caen une seconde fois, et s'y main- 
tinrent jusqu'en 1450, époque où le 
brave Dunois leur enleva celte ville 
d'assaut , et força à capituler le duc 
de Sommerset , qui s'était retiré dans 
le cliàtcau avec quatre mille Anglais. 

Passons maintenant en revue les di- 
verses 

Curiosités de Caen , commençons par 
les 

Eglises , et d'abord par la 

Cathédrale. — Ce superbe édifice , 
dont la construction appartient à diffé- 
rentes époques, est l'ancienne église ab- 
batiale de Saint-Etienne. Son 

Portail est superbe ainsi que le che- 
vet de l'église , qui a été entièrement 
reconstruit vers le commencement du 
XIII" siècle. L' 

Intérieur de l'église of're aussi plu- 
sieurs différences de styles : la nef, les 
bas-côtés et les croisées sont du XI* 
siècle ; de vastes galeries , dont les ou- 
vertures sont ornées de ba'ustrades , 
régnent sur toute l'étendue des bas- 
côtés. Le 

Chœur, quoique d'une époque dif- 
férente , se le agréablement avec la nef; 
il est terminé par un sanctuaire de for- 
me circulaire , fermé de grilles et en- 
touré de onze chapelles régulièrement 
construites. Quant aux 

B timens de l'abbaye , ils sont main- 
tenant occupés parle collège royal. L* 

Eglise de la Trinité , fondée vers 
lflfiti par Mathilde, fille de Baudoiun , 
comte de Flandre et femme de Guil- 
laume le-Conquérant, est un édifice fort 
remarquable, sa forme est ceile d'une 
croix latine. Les ornemens des cintres 
du portail et chœur des murs latéraux 
de la nef, les mascarons ou corbeaux 
à figures chimériques qui couronnent 
le haut de ces murs , et l'obside ou che- 
vet sont à l'extérieur les parties qui mé- 
ritent le plus d'attention. Dans I' 

Intérieur, la nef of re une sorte de 
magnificence remarquable parla dispo- 
sition et l'élégance des galeries qui ter- 
minent les travées. Le 

Chœur est peu spacieux. Le sanc- 
tinire. élevé sur plusieurs rangs de 
degrés, estdécoréd'un péristyle à double 
ét'ge, de forme rircu'aire, et surmonté 
d'une coupole peinte a fre-que Celte 
partie principale de l'église est d'un as- 
pect noble et majestueux, et se distin- 
gue de tout ce qui est connu en ce genre 



^*2*tfc. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



161 



par un caractère particulier. Quant aux 
Bâtimens de l'abbaye, ils oui été con- 
vertis en ho'pice en 1823 , L' 

J-glise Saint-Pierre , dont l'architec- 
ture date de plusieurs sècles , est sur- 
tout remarquable par la 

Tour, qui est de forme pyramidale. 
Ce chef-d'œuvre de hardiesse et d'élé- 
gance fut bâti en 1/(18, ainsi qu'une 
partie de la nef et des trois portails, 
dont l'un forme l'entrte de la nef cen- 
trale. Celte tour repose sur quatre pi- 
lier* dont la légèreté est loin de laisser 
supposer l'énorme poids qu'ils suppor- 
tent. Ex'érieuiement , elle est environ- 
née de huit tourelles . d'où la flèche 
s'élance majestueusement dans les airs. 
A l'intérieur elle est vide jusqu'à la 
base de la croix . et formée de pierres 
de trois pouces d'épaisseur et liées en 
dedans par des crampons de fer. Le 

Grand portail, qui ne fut terminé 
qu'en 13S4, est d'un aspect irrégulier, 
mais pittoresque. Le 

Chevet et, le rond-point sont regardés 
avec raison comme un chef-d'œuvre de 
bon goût, de délicatesse et d'élégance. 
L'intérieur des chapelles et le rond-point 
n'est pas moins magnifique que l'exté- 
rieur. On remarque surtout l'étonnante 
conslruclion des voùles.chargées de ner- 
vures et de pendentifs de la plus grande 
légèreté. L' 

Eglise Saint-Jean , dont la construc- 
tion remonte au XIV e siècle , est fort 
belle ; son intérieur présente quelques 
belles parties et un ensemble majes- 
tueux; nous y trouvons plusieurs frag- 
mens de riches vitraux et deux belles 
statues représentât , l'une s aint Jean- 
Bapliste, et l'autre saint Jean l'évan- 
géliste. 

Telles sont les églises les plus remar- 
quables de Caen , et après lesquelles la 
ville ne nous offre plus d'autre curio- 
sité , du moins marquante , que son 

Château, dont une grande partie a 
survécu aux siècles. Ce château fut bâti 
par Guillaume-le-Conquéraut vers la fin 
du XI e siècle , sur les débris de fortifi- 
cations plus anciennes. Il fut augmenté 
ou réparé sous plusieurs rois de France, 
et nolamment sous François I er . Le 
donjon fut démoli en 1793. 

Maintenant que nous connaissons les 
diverses curiosités de Caen, parcourons 
ses environs. 

MANGE. 



Environs de Caen. 



Excursion aux Bains de Courseultes-sur- 
Mer. 

Dislance à parcourir : 4 lieues. 
Situation dans l'île de Plaisance, à l'em- 
bouchure de la Seulles dans la Manche. 

« Ici,'tout se prèle merveilleusement aux 
illusions de la poésie et de la peinture. » 

Une petite 

Toiture d'une forme très gracieuse 
part tous les jours à 7 heures du malin 
pour Courseulles et l'île de Plaisance , 
en passant par les hameaux de la Déli- 
vrance, Langrune , Saint-Aubin et Ber- 
nières, tous trois bordant le rivage de la 
mer. L' 

Etablissement des bains se compose 
de plusieurs 

Sulles de bains chauds et froids d'eau 
douce et d'eau de mer, dans lesquelles 
sont placés des lits destinés au repos 
des baigneurs. Ces salles sont couvertes 
d'une belle plate-forme, d'où l'on voit 
la mer monter et descendre , et les 
mouveniens du port de Courpeulles. De 
Petites voitures commodes destinées 
pour aller dans la mer et la rivière , à 
la hauteur qu'on désire, sur un sable 
très doux , et s'y habiller. D'un 

Petit bateau voilé , sans serrage ni 
bordage autre que quelques faibles bran- 
ches de fer, destinés à prendre des bains 
dans une grande retenue d'eau de mer 
presque tiède en été , d'un demi-quart 
de lieue de longueur, et quatre pieds 
de profondeur. Enfin de 

Tentes destinées à être placées sur le 
rivage de la nier et sur le lit de la ri- 
vière, pour s'y déshabiller et s'y habil- 
ler. Quant aux 

Dépendances des bains , elles sont 
assez importantes , elles consistent en 
de belles 

Promenades placées sur les digues , 
plantées de tamarins, et ornées de bos- 
quets, de tonnelles et de belles statues. 

Communication. 

De Caen au Havre par le bateau à 
vapeur. 

/De Caen à l'embouchure do 
Distance \ l'Orne , 5 lieues. 

Ù ■ { 
parcourir: /De l'embout hure de lOrno 

\ au Havre , 13 lieues. 

il 



164 



GUIDE 






Bateau affecté à ce service. 

Un joli bateau à vapeur, le 
Calvados , construit tout récemment 
et d'une marche fort avantageuse , fait 
le trajet journalier de Gaen au Havre, 
et du Havre à Caen, sans toucher à 
aucun port intermédiaire. Quant aux 
Heures de départ du bateau de Caen, 
elles varient suivant la marée, ne pou- 
vant entrer dans le port du Havre que 
lorsqu'il y a suffisamment d'eau; son 
départ est toujours subordonné à cette 
cause ; il en est de même du départ du 
Havre. Ainsi, eu connaissant l'heure de 
la marée , on est toujours certain de 
connaître à peu près celle du départ du 
bateau. 

Embarquement et départ. 

Gagnons notre navire, et plaçons-nous 
sur son avant pour mieux jouir des sites 
de l'Orne; certes ils sont peu nombreux 
et ne valent pas, à beaucoup près, ceux 
du cours de la Seine. L' 

Embouchure de l'Orne ne présente 
point, comme celle de la Seine, cette 
immense largeur: elle est, au contraire, 
assez serrée , mais elle a toujours cela 
d'agréable , qu'elle ne présente pas cette 
foule de bancs de sable qui rendent la 
navigation de l'embouchure de la Seine 
si dangereuse. A peine sommes -nous 
en 

Mer, que nous remarquons à notre 
gauche, les énorme» 

Rochers du Calvados \[\ dont l'as- 
pect nous offre une ville en ruines. 
Bientôt nous passons devant le bourg 
de 

Dives , dont le port , presque ignoré 
aujourd'hui, reçut, en lO.iG, la flotte de 
Guillaume-le-Bâtard, prèle à sortir pour 
la conquête de l'Angleterre. Cinquante 
mille hommes plantèrent leurs drapeaux 
sur ce rivage , d'où noire oeil découvre 
à peine maintenant quelques barques 
de pêcheurs cinglant à l'ouest, vers les 
dunes dcSalIevelle», ou, à l'est, vers le 
petit port de Trouville. Après une pe- 
tite navigation , nous passons devant 1' 

Emlimichure de la Touques, devant 
laquelle existe un vaste 

Banc de sable, que notre navire évite 
en tenant le large. De cet endroit, nous 
continuons à suivre une iigne droite 
jusqu'au 



Havre, qui est le terme de poire na- 
vigation 

Maintenant que nous connaissons la 
ville de Caen et ses environs, ainsi que 
la nouvelle communication de cette ville 
au Havre nous allons continuer notre 
itinéraire de Paris à Cherbourg. 

Départ de Caen. 

Au sortir de Caen, et après avoir fran- 
chi une faible distance, nous montons 
plusieurs 

Cotes, qui nous conduisent dans de 
belles vallées. Bientôt, nous arrivons 
au 

Relais de Bretleville ; nous passons 
le 

Ruisseau de Gronde, après lequel 
nous traversons la 

Rivière de Seullc, après laquelle nous 
entrons dans 

Bayeux, petite ville située dans une 
plaine fertile, riche en excellens pâtu- 
rages, à trois lieues de la mer. Elle est 
en général bien bâtie, et se compose de 
la cité et de quatre faubourgs. Au nom- 
bre des 

Curiosités de Bayeux, nous remar- 
quons la 

Cathédrale , qui est de style gothi- 
que, et dont l'origine n'est pas posté- 
rieure au temps de la domination des 
Saxons. Sa 

Façade est magnifique, son 

Portail, quoique un peu écrasé, est 
fort beau; il est surmonté de deuv py- 
ramides élevées de 230 pieds; celle du 
nord a été bâtie avec l'église; celle du 
sud est de 1424. Au dessus du chœur 
s'élève une 

Tour octogone, de 224 pieds, qui se 
termine par une lanterne pyramidale 
que supportent huit élégans piliers : la 
construction de cette tour date de 1714. 
Quant à 1' 

Intérieur de l'Eglise , il est décoré 
de plusieurs tableaux peinls par Iles- 
tout, qui ne sont pas sans mérite. L' 

Eglise Saint-Patrice , dont la con- 
struction appartient au xvni e siècle , 
et la tour qui la surmonte au xvi'. 
L' 

Hôtel-de-Ville. dans une salle duquel 
se voit la fa neuse 

Tapisserie de la Reine Mathilde, bro- 
derie intéressante sous le rapport histo- 
rique des costumes du temps , qui re- 



****>, 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



165 



trace, sur une toile de lin parfaitement 
conservée, de 19 pouces de haut, sur 
214 de long, l'expédition de Guillaume- 
le-Conquérant. Enfin le 

Palais Epis^opal, dont la galerie est 
ornée de la collection des portraits de 
tous les évèques de Baveux. 

Hôtel recommandé. — Hôtel du 
Luxembourg, tenu par M. Boissard, en 
face la salle de spectacle. 

Cet hôtel possède de grands et petits 
apparlemens meublés à la moderne ; un 
joli jardin d'agrément, une salle de 
bain, enfin une excellente table d'hôte 
bien servie. 

Départ de Baijeux. 

Au sortir de Baveux, nous entions 
dans une 

Plaine élevée, traversée par la 

Drome. Bientôt après , nous en- 
trons dans le 

Bois de Trouquaj; puis ensuite dans 
la 

Foret de Cerisiz, à l'issue de laquelle 
nous entrons dans le 

Département de la Manche, et où 
nous commençons à descendre une 

Longue côte à laquelle en répond 
une autre moins rapide, et que l'on 
nomme du nom de la commune , 

Côte de Bèrigny, après laquelle nous 
entrons dans 

Saint-Lô , petite ville sur la Vire et 
dont les rues n'ont rien de régulier, 
et presque toutes ont une pente plus ou 
moins rapide. Peu de maisons sont bien 
bâties; celles que l'on construit depuis 
peu d'années, ne manquent pas d'élé- 
gance. Les 

Curiosités di Saint-Lô sont peu nom- 
breuses, les plus remarquables sont : 

Eglise Notre-Dame, qui est sur- 
montée de deux tours d'une grande 
hauteur, construites de pierres qui n'ont 
que six pouces d'épaisseur et percées 
à jour de toute part. L' 

Eglise Sainte-Croix, qui est une des 
plus anciennes du royaume; elle date 
de 803, et offre des sculptures fort re- 
marquables. Enfin la 

Salle de spectacle. 

Au sortir de Saint-Lô, et après avoir 
franchi le 

Ruisseau de Dollée , nous montons 
la 



Côte d'un quart de lieue , après la- 
quelle nous arrivons au bourg du 

Pont-Hébert, qui, depuis quelques 
années , possède une église et un prêtre, 
dus à la magnificence d'un pécheur 
converti ! Nous passons la 

Rivi re de Vire , après laquelle nous 
avons une 

Côte à gravir, et bientôt après nous 
arrivons au bourg de 

Saint- lean de Daye , qui fait un 
grand commerce de bestiaux et de mer- 
cerie. A l'extrémité de ce bourg, nous 
remarquons, dans une magnifique posi- 
tion, la grande 

Habitation de la Comté. A notre 
droite, nous remarquons, dans les 

Marais de Saint-Fromont , le 

Château de la Rivière, qui semble 
de loin un vaisseau de pierre sur une 
mer de verdure. Après avoir gravi 
la 

Côte de Saint-Pèlerin, et parcouru 
une faible distance , nous entrons dans 

Carentan, petite ville qui n'offre 
rien de remarquable. Au sortir de cet 
endroit , nous traversons les 

Branches de Louve ou de la Douve , 
et bientôt après nous gravissons la 

Côte de Saint- Côme-du-Mont. Après 
la côte et le village de 

Blosseville , nous ne tardons pas a 
traverser le bourg de 

Sainte-Mère-Eglise. De là, nous 
allons à 

Montebourg, petit village qui possède 
un superbe haras. Après avoir par- 
couru une faible distance, nous arri- 
vons à 

/'alognes, petite ville bien bâtie, 
mais triste et dans un complet ma- 
rasme commercial. Une fois que nous 
avons franchi le 

Mont à la Kaine et le village de 

Délasse, nous arrivons à 

Cherbourg , qui est le terme de notre 
voyage. 

Aperçu général de Cherbourg. — 
Cette ville , qui est située à l'extrémité 
de la presqu'île du Cotentin , à l'em- 
bouchure de !a Divette , est, en général, 
assez bien bâtie. Elle possède deux ports, 
l'un militaire et l'autre commercial, 
une école gratuite de navigation , une 
bourse, de belles casernes, un hôpital 
de marine , une salle de spectacle , des 
bains publics , un musée , de jolies égli- 
ses , enfin de belles promenades. 



! 










164 



GUIDE 



Historique. — Cherbourg est une 
ville fort ancienne , elle est le Coria- 
lum de l'itinéraire d'Antonin. Son châ- 
teau élait d'origine romaine. Aigrold , 
roi de Danemarck , y résida vers 945. 
Henri II y séjourna aussi avec la reine 
Eléonore et une cour nombreuse et 
brillante. « Yers 1293, la flotte d'Yar- 
moulh fit une descente à Cherbourg, et 
les Anglais pillèrent l'abbaye et la ville ; 
le château échappa seul aux ravages 
d'une troupe qui n'avait ni le temps 
ni les moyens de l'assiéger. Par la ces- 
sion définitive du Cotentin , faite en 
1333 à Cl;arles-le-Mauvais, roi de Na- 
varre, Cherbourg devint la principale 
forteresse de la domination de ce prince, 
qui fit tant de mal à la France. Son 
alliance avec l'Angleterre lui apprit 
bientôt à connaître toute l'importance 
de cette place. Durant le reste du xiv c 
siècle, ce fut là que débarquèrent pres- 
que toujours les troupes anglaises et 
navarroises, qui ravagèrent la Norman- 
die, quand elles étaient les plus fortes, 
et qui s'y retiraient en sûreté dès 
qu'elles ne pouvaient plus tenir la cam- 
pagne. Le château de Cherbourg sou- 
tint trois sièges mémorables : l'un en 
1378 , l'autre en 1418, et le troisième 
en 1430. Durant les guerres de la 
Fronde, cette place suivit le parti op- 
posé à celui du gouvernement ,et ce fut 
là que le comte de Martignon fil venir 
du canon, en 1649, pour attaquer le châ- 
teau de Vallonges qui tenait pour le roi. 
Yers 1687 Louis XIV entreprit de faire 
faire à Cherbourg un port considérable, 
et de le fortifier d'après un projet très 
étendu et approprié aux progrès qu'a- 
vait fails la défense de9 places. Le 
fameux Vauban y fut envoyé : il reste 
des copies du plan ; on y remarque tous 
les détails topographiques de l'ancien 
château. Quelques travaux furent com- 
mencés en 1688, bienlôt ils furent sus- 
pendus et enfin totalement abandon- 
nés. En 1689 , par ordre de la cour 
on détruisit et ces nouveaux ouvrages 
et les anciennes fortifications. On ne 
tarda pas à sentir la faute qu'on avait 
faite; on voulut la réparer. Au commen- 
cement du xvnr siècle, quelques tra- 
vaux furent entrepris et faits à la hâle ; 
mais l'épuisement des finances les fit 
laisser dans un élat insuffisant pour 
garantir la ville d'un coup de main. 
En 1758, quoique la garnison fût consi- 



dérable et la presqu'île pleine de trou- 
pes, les Anglais prirent la ville sans op- 
position. Ils en restèrent tranquilles 
possesseurs durant huit jours , démoli- 
rent les fortifications, emportèrent l'ar- 
tillerie et même les cloches , et ne se 
retirèrent qu'après avoir fait payer une 
forte rançon aux habilans. i 

Les travaux faits à Cherbourg depuis 
cette époque sont immenses. Le port 
maritime qu'on a formé , est superbe ; 
plus lard nous entrerons dans quelques 
détails à son égard. 

Séjour et promenade. 

Prenons gîte à V 

Hôtel de France ; là , nous serons 
très bien. Maintenant;, passons en re- 
vue les 

Curiosités de Cherbourg. L'intérieur 
de la ville ne nous offrant rien de cu- 
rieux, c'est vers le 

Port que nous devons diriger nos 
pas. Le port de Cherbourg est divisé en 
deux parties, savoir : en port commer- 
cial et en port maritime. Examinons 
séparément ces deux ports. Le 

Port commercial consiste dans un 
bassin et un avant-port. Le 

Bassin a 194 mètres 84 centimètres 
de longueur, sur 126 nôtres 64 centi- 
mètres de largeur; sa superficie est par 
conséquent de 246 ares 74 centiares 
(6500 toises carrées). Il est circonscrit 
de murs de granit, et séparé de l'avant- 
port par une écluse qui relient, dans le 
bassin, au moment de la marée mon- 
tante, la quantité d'eau nécessaire pour 
que les bfrtimei.s puissent toujours flot- 
ter. Au dehors de l'écluse, nous remar- 
quons un 

Pont qui s'ouvre pour laisser passer 
les navires. L' 

Avant-Pont communique avec la 
mer par un canal ou 

Chenal, dirigé du nord au sud, et 
danslequel on trouve au moins 18 pieds 
d'eau. Ce chenal a 600 mètres de lon- 
gueur, sur 50 de large. La 

Jetée s'étend le long du chenal; elle 
est en granit, bordée de parapets , et 
terminée au nord par un musoir. Si 
nous portons nos pas vers l'est de l'a- 
vant-port, nous trouvons le 

Vieil Arsenal de la marine, qui oc- 
cupe un emplacement de 288 mèlres 
environ de longueur, sur 100 mèlres 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



163 



de largeur. Il est divisé en quatre grandes 
cours entourées de bureaux , d'ateliers 
et de magasins. Maintenant que nous 
connaissons le port commercial, exami- 
nons le maritime. Le 

Port maritime a environ un quart de 
lieue d'étendue, et se dirige vers le nord- 
ouest. Il est enveloppé par une enceinte 
bastionée , ayant la forme d'un trian- 
gle rectangle, dont le fort d'Artois oc- 
cuperait le sommet. L' 

Avant-Port n 300 mètres de longueur, 
sur 230 de largeur, et peut contenir Ici 
vaissaux de ligne. Il a été creusé dans 
le roc, à 50 pieds de profondeur au des- 
sous du niveau des hautes mers. Le 

Bassin, large de 210 mètres environ, 
a la même largeur que l'avant-port; 
il communique avec lui par une écluse 
de20 mètres de largeur, garnie de por- 
te-flots, et sur laquelle est un 

Pont tournant. Au nord du bassin se 
trouve une excavation qui doit faire 
plus tard la 

Gare de la Mâture. Au sud de l'avant- 
port, nous remarquons 

Quatre Calles couvert?.!, destinées à 
la construction des vaisseaux. Elles ont 
plus de 80 pieds de hauteur , et leurs 
murs sont en granit. Au milieu de ces 
calles. est le 

Bassin de Radoubage. A la pointe, au 
nord du port, nous remarquons le 

Fort d'Artois ou de Hommet, cons- 
truit sur le roc du Hommet, en 1781. 
Il est garni d'une triple batterie, et dé- 
fend la passe de l'ouest, c'est-à-dire, 
le passage Iaissi pour les vaisseaux à 
l'ouest de la digue. A l'extrémité occi- 
dentale d'une roche même appelée 1' 

Ile. Gelée, nous remarquons le 

Fort Royal, qui a été terminé en 
178Ï, et qui est destiné à défendre la 
passe de l'ouest, ou le passage laissé 
pour les vaisseaux à l'est de la digue. 
Il est à triple batterie , et peut être 
armé de 84 bouches à feu, tirant à bou- 
lets rouge9, et de 84 mortiers. 

Communication. 
De Cherbourg a Avranclies. 

Observation. 

De Cherbourg à Carentan la roule 
nous étant connue , ce n'est donc que 
depuis cette ville que notre itinéraire 
doit commencer. 



Itinéraire de Carentan à Avranches. 
e Cherbourg à Carentan , 



Distance i 13 lieues. 



parcourir: 1 De Carentan à Avranches, 
\ 23 lieues. 

Topographie de la route. 
Départ. 

De Carentan nous allons à 

Sainleny, petit village sans limpor- 
tance; de là. nous allons relayer à 

Haies, autre village sans intérêt, après 
lequel nous entrons dans 

Coutances, ville fort ancienne, bâtie 
sur la pente d'une colline, à -2 lieues et 
demie de la mer , avec laquelle elle 
communique par la petite rivière de la 
Soulle. Coutances ne possède d'autres 

Curiosités que sa 

Cathédrale, qui est d'une belle ar- 
chitecture. Son 

Portail est orné de belle9 sculpture», 
et surmonté d'une 

Tour carrée, du haut de laquelle on 
jouit d'un vaste coup-d'œil. Après Cou- 
tances, la route se rapproche progres- 
sivement de la mer, et bientôt nous ar- 
rivons à 

Granville, ville maritime , située à 
l'embouchure de la Boscq , sur un ro- 
cher qui s'avance dans l'Océan, où elle a 
un port commode , qui peut contenir 
G:) navires, mais qui a peu de profon- 
deur, et est asséché à toutes les marée». 
Elle est entourée de fortes murailles, et 
formée de rues étroites et escarpées. 
i\ous y remarquons 1' 

Eglise Paroissiale, édifice gothique, 
dont les sculptures sont pour la plupart 
eu granit. Au sortir de Granville, la route 
s'isole de la mer. Après avoir franchi les 
villages de 

Saint-Pair et de Sarlilly, nous en- 
trons dans 

Avranches, qui est le terme de notre 
voyage. La ville d'Avranches est située 
à l'extrémité d'un coteau qui domine 
les alentours, dans une position aussi 
salubre qu'agréable , et entourée de 
sites variés et pittoresques. 

De Paris à Evreux. 

Distance i parcourir : 23 lieues et demie , 
12 postes trois quarts. 

( Voyez de Parti à Cherbourg. ) 






169 



GCIDI 



De Paris à Lisienx. 



De Paris à Caen. 



Distance à parcourir : 45 lieues et demie , Distance à parcourir : BS lieueg et demie , 
21 postes trois quarts. 27 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris à Cherbourg.) ( Voyez de Paris à Cherbourg.) 

FIN DE LA RÉGION DU NORD, 



DEUXIÈME RÉGION. 

RÉGION DE L'OUEST. 



De Paris à Brest par Atencon et Rennes. 

Distance à parcourir: 1B0 lieues et demie, 
73 postes un quart. 

Itinéraire et topographie de la route. 
Départ. 

C'est par la 

Barrière des Bons-Hommes , que 
nous sortons de Paris ; de là nous con- 
tinuons à suivre le cours de la .Seine 
jusqu'à 

Sèvres, village fort ancien , dans le- 
quel nous remarquons une 

Manufacture de porcelaine , célèbre 
par les ouvrages qu'elle fait éclore , et 
qui sont connus de l'Europe entière. 

Son 

Bâtiment est immense. Le 

Fronton, où sont représentées les 
armes du roi , est de Dumont. Des en- 
fans entourent d'une guirlande de fleurs 
le cartel qui les renferme ; et, aux deux 
côtés, se trouvent la peinture et la 
sculpture. Passé Sèvres , la route de- 
vient plus pittoresque, bientôt nous 
arrivons à 

Virojluy, petit village dans une posi- 
tion très agréable , sur la pente d'une 
colline, au milieu d'une plaine entou- 
rée d'autres collines, qui toutes sont 
recouvertes de bois et de bocages, et 
duquel nous allons à 

Versailles, où nous allons faire une 

Station idéale. 

Historique de la ville et du château 
de Versailles. — Cette ville n'était en- 
core , au XVI e siècle , qu'un lieu très 
peu considérable. On croit que sou nom 



lui vient de Versalœ ou Versalice , à 
cause des moissons , dont les grains 
étaient souvent versés. Le titre le plus 
ancien où il en soit fait mention, est une 
charte , donnée en 1037, par un comte 
de Chartres, dans laquelle figure Hugo 
de Versaliis. Une seconde en lofia , 
une troisième en 1095, nous apprend 
qu'il y avait déjà à celte époque une 
église desservie par des moines, dépen- 
dant de Marmoutier. Un autre titre de 
1275, fait mention d'un seigneur qui 
s'appelait le Chevalier Gilet, et enfin, 
en 1561, de Martial deLoménie, com- 
pris en 157-2, dans le massacre delà 
Saint-Barthélémy. En 1627, Louis XIII 
acheta cette terre de Jean Soisy, afin 
d'y faire bâtir un petit château pour ses 
chasses; ce qui commença à donner 
quelque importance à ce lieu, quoique 
le maréchal de Bassompierre l'appelât 
le château chétif de Versailles. En 1662, 
Louis XIV le prit en affection, et con- 
çut le projet d'y élever un nouveau 
château, en respectant toutefois l'ou- 
vrage de son père. J. H. Mansard , Le- 
nôtre et Lebrun, premiers artistes du 
siècle , sont, appelés par le monarque. 
Mansard est chargé des plans du châ- 
teau , Lenôtre des dessins des jardins , 
et Lebrun des peintures. A peine Le- 
nôtre avait-il tracé ses idées sur ce ter- 
rain ingrat, qu'il engagea Louis XIV à 
venir sur les lieux pour juger de la dis- 
tribution des principales parties. Ce 
monarque s'y rendit, et parut très sa- 
tisfait du travail de Lenôtre. Enfin, au 
bout de quelques années, et après une 
dépense de plus de 18 millions, Ver- 
sailles fut bâti comme par enchante- 
ment , Louis arrive. 



DB VOYAGEUR EN EUROPE. 



167 



t D'obéissante* eaux , de Marly descendues , 

Eu colonnes d'azur s'élanreut dans les nues. 

Là , le brome et le marbre . animés a grands [rais, 

Qu'un treillis de verdure ou qu'un lac emprisonne, 

Lui retracent Vénus, Mars, Cérès et Pomone. 

Plus loin , sont des bergers sous d-s bocages Irais , 

Peuple silencieux d'une frotte champêtre , _ 

Que Puget , Girardon , Coysevox . ont fait naître. 

Des bosquets enclian leurs , des myrtes toujours verts , 

Lui laissent parcourir mille sentiers divers: 

Elle dieu des beaux-arts, sortant du sein de l'onde , 

Sur un cb,ir , entraîné perdes coursiers fongueux . 

Du plus Grand de nos rois éblouissant les yeux. 

Lui montre en ce palais la merveille du monde. 

Saint-Germain . jusqu'alors asile de la cour , 

Voit Lou'-s délaisser son anlique séjaur. 

Le superbe Versatile obtient la préférence. 

Là , se trouve assemblé tout ce qu'on voit en France 

D'illustre, de brillant et d'aimable à la lois. 

Bacine , Bossuet . Colbert , Boileau , Lnuvois , 

Y portent tour à tour les fruits deleur génie. 

La douce Lavallière, au trop sensible ceeur,_ 

Qu'amour fit pénitente au printemps de sa vie , 

Pour la première fois y trouve son vainqueur. 

N'écoutant que l'orgueil qui la guide et f enflamme, 

La tîère Montespan , oubliant son devoir , 

Sans connaître l'amour, usurpant sou pouvoir, 

Au prince fait senlir qu'elle règne en son âme. 

Mainlenon .tu brillas dans un rang bien plus haut , 

Toi dont le cœur pieux . innocente et modeste , 

Des beautés de la cour éclipsant tout le reste , 

Méritas le surnom de vertu sens défaut ! 

On te vit rapprocher le roi de son épouse ; 

Et ce fut quand la mort , de leur bonheur jalouse , 

A la reine eut ouvert les portes du tombeau , 

Que l'amour , réparontles rigueurs de la Parque , 

Et d'un hymen secret rallumant le flambeau , 

Te vit passer enfin dans les bras du monarque, s 

Les événemens des o et 6 octobre 1789 
vinrent ôter à Versailles son ancienne 
splendeur, et depuis cette époque, ce 
séjour a perdu de ses charmes. 

Promenade. 

Avant de nous mettre en route , tra- 
çons le plan de notre promenade. 

Plan de la promenade dans Ver- 
sailles. — Pour meltre un peu d'ordre 
dans cette promenade, nous allons d'a- 
bord passer en revue les diverses cu- 
riosités que renferme cette ville , puis 
ensuite nous parcourrons son château 
et ses dépendances. 

Curiosités de Versailles. ■ — Les cu- 
riosités que nous avons avoir dans cette 
ville , sont : 1' 

Eglise Saint-Louis, qui est d'une 
architecture moderne , et dont la con- 
struction a été faite sur les dessins de 
Mansard de Saxonne , le dernier de ce 
nom célèbre , mais qui , par cette pro- 
duction , a prouvé que les (alens ne 
sont pas toujours héréditaires. Dans 1' 

Intérieur de l'église , nous remar- 
quons plusieurs beaux 

Tableaux, dont les plus remarqua- 
bles sont : 



Saint Pierre marchant sur Us eaux, 
par Boucher ; 1' 

Adoration du sacré cœur, par Jau- 
rat, 1' 

Adorati'ii des Bergers, j.ar Restout; 
une 

Apparition de Jésus-Christ, portant 
sa croix au défaut de saint Pierre sor- 
tant de Rome. L' 

Eglise Notre-Dame , qui fut con- 
slruite en 16S0, par ordre de LouisXIV, 
sur les dessins de Mansard. Son 

Portail, décoré d'un ordre dorique , 
qui porte quatre colonnes ioniques , 
couronnées d'un fronton. Les deux 
campanUles, placées au* angles, ont 
ce dernier ordre , et sont moins élevées 
que le dôme qui répond au milieu de 
la croisée. L' 

Intérieur de l'église présente un or- 
dre dorique dcnticulairc. II a de la 
dignité , mais on lui reproche de la pe- 
santeur, et le dôme paraît être trop pe- 
tit pour l'église. Ce vaisseau , dont l'é- 
tendue est médiocre, est d'ailleurs fort 
orné ; nous y remarquons plusieurs 
morceaux de peinture et de sculpture 
très estimés par les connaisseurs. La 

Salle de spectacle, qui a été con- 
struite en 1777, par Boulet, machiniste, 
sur les dessins de Heurtières. Sa 

Façade est composée d'un avant-corps 
d'ordre dorique et ionique, orné au 
r ez-ile-cltau9«ée de cinq arcades et de 
deux portes en arrière-corps. Au des- 
sus de l'entablement, est un groupe 
représentant Melpomène etThalie, sculp- 
té par Boulée. L' 

Intérieur de la salle est un des plus 
commodes qui soient en France. Elle 
peut contenir 1500 personnes. Le 

Lycée, qui occupe un superbe bâ- 
timent qui fut construit en 1766, par 
ordre de la reine , femme de Louis XV, 
pour y placer des religieuses destinées 
a élever des jeunes filles et des enfans. 
Bâti sur les dessins de l'architecte Mi- 
que, ce lycée , par sa magnifique exé- 
cution, et surtout par son étendue, 
est un des plus beaux de la France. Il 
peut contenir 400 personnes. Nous y 
remarquons une 

Chapelle, qui est un modèle de goût 
et d'élégance. Nous y voyons une bi- 
bliothèque , un cabinet de physique' et 
de botanique. La 

Bibliothèque publique , qui occupe 
l'hôtel appelé utrefois des JJfaires 



168 



GUIDE 



étrangères. Nous y voyons une collec- 
tion magnifique des plus belles produc- 
tions de la typographie ; enfin le 

Jeu de Paume;, qui est devenu cé- 
lèbre par les événemens qui s'y passè- 
rent en 1789. Sur une plajue de cuivre, 
nous lisons ces deux inscriptions : 

Les représentant des communes de Franco, 

constitués le 17 juin 1789, 

en assemblée nationale, ont prêté ici , le 20 

du môme mois ,1e serment qui suit: 

« Nous jurons de ne jamais nous séparer 

et de nous rassembler partout où les 

circonstances l'exigeront , jusqu'à ce que 

la constitution du royaume soit établie 

et affermie sur des fondement solides, » 

Placé , le 20 juin 1790, par une société de 

Patriotes. 

« Ils Vont juré; ils ont rempli leur 

serment. » 
10 décembre 1791, l'an III de la Liberté. 
ar la société des amis de la constitution 
de Versailles. 

Maintenant que nous avons parcouru 
"s diverses curiosités de Versailles vi- 
itons le château. 

Promenade dans le Château. 
« Il est difficile d'exprimer le» diverses 
sensations qu'éprouve le voyageur à la vue 
de ce château, aussi élégant quo magnifi- 
que. » 

C'est par la 

Grille qui fait face à la 

Place d'Armes, que nous entrons 
dans le château. La 

Cour Royale, dans laquelle nous pé- 
nétrons , est bordée par de grands bà- 
timens, destinés autrefois aux ministres. 
Sa largeur entre ces divers bàtimens est 
de 2,U mètres et de -233 seulement en- 
tre les balustrades des terrasses qui 
son au devant. De la Cour Royale, nous 
montons par cinq marches dans une au- 
tre cour dite 

Cour de Marbre, parce qu'elle est 
pavée de marbre blanc et noir. Les bà- 
timens qui l'entourent sont en pierre 
et en briques , d'une architecture mes- 
quine. Après cet examen rapide de 
cette façade, nous allons pénétrer 
dans P 

^Intérieur du château, et là nous pas- 
serons en revue tout ce qui est remar- 



quable et digne d'être vu. Commençons 
par visiter la 

Chapelle, qui est située à notre 
droite. Cj monument, qui fut commencé 
en 1699, ne fut achevé qu'en 1710 ; son 
architecture extérieure et intérieure est 
belle et élégante, et les ornemens de 
sculpture et de peinture y sont répan- 
dus avec goût. Voltaire, meilleur juge en 
poisie qu'en architecture, assure, dans 
son Temple du Goût, que celte chapelle 
n'est dans aucune proportion, et qu'elle 
est longue à un excès ridicule. En par- 
lant de son Temple du Goût, il ajoute : 

Il n'a rien des défauts pompcui 
De la chapelle de Versailles. 
Ce col] tîchet fastueux. 
Qui du peuple éblouit les yeux, 
Et dont Le connaisseur se raille. 

Tous les connaisseurs ne seront pas 
du même avis que le poète. La plu- 
part en admirent l'appareil et la soli- 
dité de construction, les détails qui en 
font les ornemens et la belle harmonie 
de l'ensemble. De la chapelle, nous 
passons à la 

Sallede l'opéra, qui est l'unedcsplus 
magnifiques de l'Europe : elle fut com- 
mencée en 1733, d'après le plan de Ga- 
briel; l'exécution eu fut interrompue 
plusieurs fois ; reprise enfin en 1767, et 
achevée en 1770, sous la direction de 
Leroy, pour le mariage de Louis XVI, 
alors dauphin. Sa 

Forme est ovale, tronquée dans la 
partie des loges , carrée dans celle de 
l'avant-scène ; elle est peinte en mar- 
bre vert antique , et tous ses ornemens 
sont décorés en or mat. Dans les fêtes 
extraordinaires, le théâtre se change en 
une seconde salle , et s'unit à celle du 
spectacle par l'avant scène, de manière 
que les deux n'en font qu'une 

De la salle de spectacle , nous pas- 
sons aux 

A ppartemens du roi , la 
l re Pièce que nous trouvons est le 
Salon d'Hercule, qui doit son appel- 
lation au magnifique plafond dont il est 
décoré. Peint à l'huile , sur des toiles 
marouflées, ce plafond représente l'apo- 
théose d'Hercule, et fait le plus grand 
honneur au talent de Lemoine , qui fut 
chargé de cet ouvrage. Du salon d'Her- 
cule, nous passons aux 

Salons de l'Abondance, de Vénus, 
de Diane et de Mars, qui doivent leurs 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



169 



noms aux différentes compositions qui 
ornenl les plafonds. La 

Grande Galerie, dans laquelle nous 
passons ensuite, est destinée, je crois, 
à recevoir le nouveau musée. A l'extré- 
mité de cette galerie est le 

Salon de la Paix , dont le plafond 
représente la France assise sur un globe 
d'azur; elle est couronnée par la 
Gloire, la Paix et les Amours, unissant 
des tourterelles. Du salon de la Paix , 
nous entions dans 1' 

Appartement de la reine : cet apparte- 
ment est composé de plusieurs pièces , 
dans lesquelles on voyait autrefois une 
foule de tableaux gracieux, ouvrages 
des plus Imbiles peintres du temps. La 
plupart de ces chefs-d'œuvre ont été 
transportés au Musée de Paris, depuis 
la révolution. De l'appartement de la 
reine , nous passons à l' 

-Appartement du roi, par le palier du 
grand escalier. Cet appartement était 
Composé de plusieurs pièces ornées des 
plus magnifiques tableaux, et des objets 
d'art les plus précieux. Les tableaux ont 
été transportés au Musée de Paris, et 
la plupart ont été dilapidés pendant la 
révolution. 

Maintenant que nous connaissons le 
château, parcourons ses dépendances. 

Dépendances du château. 

Les dépendances de ce château sont 
immenses; elles consistent en un vaste 
paro , et en plusieurs jardins. Le 

Parc se divise en grand et petit parc, 
lesquels réunis forment un circuit d'en- 
viron vingt lieues. Le 

Petit parc . comprend dans son en- 
ceinte , les jardins , les bosquets et les 
pièces d'eau. 11 est situé à l'ouest du 
château et représente un pentagone ir- 
régulier. Ce parc fut planté par Lenô- 
tre. Delille, dans son poème des Jardins, 
en comparant Kent, qui le premier 
dessina le genre libre, avec Lenôtre, 
qui a porté au dernier degré de perfec- 
tion le genre régulier, s'exprime ainsi 

Je ne décide point entre Kent et Lenôtre , 

Ainsi que leurs beautés tous les deux ont leurs lois , 

L'art est fait pour briller chez les grands , chez les rois : 

Les rois sont eon damnes à la magnificence. 

On ultend , autour d eux . L'effort de li puissance: 

Ou J vcul admirer , enivrer se» regards 

Des prodiges du luxe et du fasle des arts. 

L'art peut donc subjuguer la nature rebelle : 

Mais c'est toujours en grand qu'il doit triompher d'elle. 

Son éclat fait ses droits : c'est un usurpateur 

Qui doit obtenir grâce à force de grandeur. 



Si l'art est excusable , c'est surtout 
dans les jardins de Versailles, où il se 
montre avec tant d'avantages; le genre 

paysagiste 

De la nature ammt respectueux i 

L'orne sans la farder , traite arec indulgence 
Ses caprices eharmaus , sa noble négligence , 
Sa marche irrêgulière , citait n.iitre arec art 
Des beautés, des désordres et même du hasard. 

Il n'est qu'aimable, il ne ravit point 
en admiration, il n'a point le caractère 
de la magnificence, et comme le dit 
très philosophiquement le chantre des 
jardins : 

Les rois sont condamnés à la magnilicence. 

En 177o, les arbres du petit parc fu- 
rent abftltus , à cause de leur vétusté ; 
cette destruction , quoique devenue né- 
cessaire , ne laissa pa9 d'affliger, à cette 
époque, tous les amis de la nature. 
Débile , qui les avait chantés, exprime 
ainsi ses regrets au sujet de cette dé- 
vastation : 

O Versailles ' ù regrets! ô bosquets ravissansl 

Chefs d'œuvre d'un grand roi , de Lenôtre et de» an» ! 

La hache est a vos pieds, et voire heure est venue ; 

Ces arbres dont l'orgueil s'élancanl dans la nue , 

Frappés dans leur racine, et balançant dans 1 air 

Leurs superbes sommets, ébranles par le fer. 

Tombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routel, 

Sur qui leurs bras pompeux s'arrondissaient en Toutes. 

Ils son! délruils ces bois dont le fronl glorieux 

Ombrageait de Louis le front victorieux; 

Ces bois, où célébrant de plus douces conquêtes. 

Les arts voluptueux multipliaient les fêles! 

Amour, qu'est devenu cet asile enchanté 

Qui vit de Mnnlsspnn soupirer la fierté r 

Qu'est devenu l'ombrage , où , si belle el si tendre , 

A son amant surpris et charmé de l'entendre , 

Lavallière apprenait le chemin de son cœur, 

El sans se croire aimée, avouait son vainqueur ? 

Tout périt; tout succombe: au bruit de ce ravage , 

Ne vovez vous point fuir les hùles du bocage ? 

Tout ce peuple d'oiseaux, liers d'habiter ces bois , 

Qui chantaient leurs amours dans l'asile des rois , 

S'exilent à regret de leurs berceaux antiques. 

Ces dieux, dont le ciseau peupla ces verts portiques ; 

D'un voile de verdure autrefois habillés. 

Tout houleux aujnurd hui de se voir dépouillés, 

Pleurent leur doux ombrage ; et redoutant la vue, 

Vénus même , une fois , s 'é Ion lia d 'être nue. 

Croissez , hâlez votre ombra , et repeuples ces champs , 

Vous , jeunes arbrisseaux: et vous , ai h i es niourans , 

Consolez-vous j témoins delà faiblesse humaine, 

Vous avez vu périr et Corneille et Tureune ; 

Vous comptiez cent printemps , hélas ! et nos beaux jours 

S'envolent les premiers , s'envolent pour loujour9. 

C'est ainsi que l'aimable chantre des 
Jardins déplorait la perte des antiques 
ombrages qu'avait admirés sa jeunesse. 
La nouvelle plantation fut faite par Le- 
nioine , qui en conserva les grandes et 
belles distributions de Lenôtre. 

Vis-à-vis la façade du château est 
la 




II 



170 



GUIDE 



Grande Terrasse ! . . . ou parterre 
d'eau, formée de deux pièces d'eau 
bordées de plusieurs groupes de nym- 
phes, de naïades, d'amours et de 
zéphyrs. De cette terrasse, nous des- 
cendons au. 

Parterre de Lalone ! . . . par deux 
rampes de gazon , ornées de quatorze 
rases de marbre d'après l'antique. Au 
centre de la demi-lune du parterre , 
est le 

Bassin de Lalone ! au milieu duquel 
a été placé , sur plusieurs gradins de 
marbre rouge, le groupe, en marbre 
blanc , de Latone avec ses enfans , 
Apollon et Diane. Au dessus de ce 
bassin , nous trouvons les 

Bassins des Lézards ! desquels sort 
une gerbe de 23 pieds environ de hau- 
teur. En suivant 1' 
Allée Royale, nous arrivons au 
Bassin d'Apollon ! ! ! qui forme un 
carré long dont les côtés sont arrondis 
au milieu, et qui porte environ S7 pieds. 
Au centre, s'élève Apollon du sein des 
eaux, assis sur son char tiré par quatre 
chevaux, et environné de tiitons , de 
baleines et de dauphins. Ce groupe a 
été exécuté par Tuby, sur les dessins 
de Lebrun. En face, est le 

Grand canaV. ! ! qui offre un coup- 
d'œil enchanteur. Si , de l'origine de 
ce canal , nous prenons la deuxième 
avenue, nous arrivons au 

Grand Trianon. 

Ce petit palais , qui a été occupé 
successivement par plusieurs monar- 
ques, fut bâti par les ordres de Louis 
XIV, sur les dessins de Jules-Hardouin 
Mansard , et dans un temps où l'archi- 
tecture , comme tous les beaux-arts , 
florissait en France. La construction de 
ce palais est orientale , et se compose 
d'un rez-de-chaussée, divisé en deux 
pavillons , réunis par un péristyle sou- 
tenu de 22 colonnes d'ordre ionique. 
Toute cette architecture, ainsi que les 
deux ailes , est de marbre du Langue- 
doc , à l'exception des colonnes du 
péristyle du côté de la cour , qui sont 
d'une seule pièce de marbre de Cam- 
pan , du plus beau et du plus grand 
calibre qu'on connaisse. Sur l'entable- 
ment de ce palais , est une balustrade 
chargée de vases qui produit un effet 
merveilleux. 



La 

Distribution intérieure de ces diffé- 
rens corps-de-logis fut changée sous le 
règne de Louis XV; mais Ifs ameuble- 
mens et les ornemens restèrent à peu 
près les mêmes, et tels qu'ils étaient 
sous Louis XIV. Ces ornemens étaient, 
pour la plupart, des tableaux enchâssés 
dans les panneaux des boiseries des 
appartemens. Endommagés , les uns 
par le temps , les autres par le van- 
dalisme révolutionnaire, ces tableaux, 
parmi lesquels il y en avait d'un très 
grand prix , ont été remplacés , sous le 
gouvernement impérial, par une très 
grande quantité d'autres, tirés des mu- 
sées de Paris, et même de ceux du 
château de Versailles. Quant aux 

Jardins du grand Trianon ! ! ! qu'il 
nous reste à visiter, ils sont super- 
bes : plantés d'abord par Lenôtre, ils 
le furent ensuite par Leroy, architecte, 
en 1776. En descendant du péristyle 
du château , nous trouvons d'abord 
deux 

Parterres de fleurs W 1 . Au milieu de 
chacun est un 

Bassin, avec un groupe d'enfans, 
sculpté par Girodon. Le parterre qui 
suit est divisé en quatre parties , et orné 
de quatre vases de marbre blanc, par 
Jouvenel , François Varzeliue et Fla- 
meu. A côté de Y 

Allée du Mail, est le 
Bosquet du Plat-Fond , grande pièce 
de verdure au centre de laquelle est 
un 

Bassin , avec jet d'eau , orné de deux 
groupes d'enfans qui jouent avec des 
crabes et des coquilles. A gauche de ce 
bosquet, est Y 

Allée Verte , ainsi nommée à cause 
du gazon qui la tapisse, et des char- 
milles qui la terminent aux deux bouts. 
A son extrémité , nous remarquons 
deux 

Statues d'après l'antique, en marbre 
blanc, qui contrastent agréablement avec 
la verdure de la charmille. ÎNon loin de 
l'Allée Verte , sont les 

Quatre salles, espèces de bosquets, 
portant les noms suivans : la 
S a'ie de Mercure , la 
Salle des Deux Vases , la 
Salle des Trois Salons, enfin la 
Salle de la Table. Pe là, nous allons 
aux 
Cascades ! ! ! espèce de buffet d'ar- 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



171 



chifeclure incrusté de différens mar- 
bres, surmonté d'un Neptune et d'une 
Amphitrite en plomb. Ces figures por- 
tent sur des enroulemens d'où se pré- 
cipitent trois nappes d'eau. Après les 
cascades , vient la 

Salle Ronde , le 

Jiond-d'Eau et la 

Salle des Marronniers , qui est la 
dernière pièce remarquable du jardin. 
Passons maintenant au 

Petit Tiïanon. 

« Hélas! ce séjour simple et modeste 
faisait le bonheur de la plus aimable des 
femmes , et elle en fut arrachée pour « 

Ce petit palais consiste en un corps- 
de-Iogis ou pavillon , d'une forme car- 
rée , décoré de pilastres et de colonnes 
cannelées, d'ordre corinthien, et cou- 
vert d'une balustrade. Ce fut Louis XV, 
qui se plaisait beaucoup au grand Tria- 
non , qui fit construire ce petit palais 
pour s'isoler encore davantage. Le goût 
le plus délicat présida à la confection 
de ce séjour de féeries , exécuté sur les 
dessins de Gabriel . et enrichi d'orne- 
mens de sculpture par Guibert. Quant 
aux 

Jardins du petit Trianon , ils sont 
admirables, particulièrement le 

Jardin anglais; là, nous remarquons 
un 

Temple à V Amour , de forme octo- 
gone, offrant quatre entrées. De l'une, 
on aperçoit une colline couverte d'ar- 
bres toujours verts. Vlus loin, des ro- 
chers d'où sortent, en gros bouillons, 
des nappes d'eau qui vont se perdre 
dans un lac ; et, d'un autre côté, les 
sites les plus variés sont si heureuse- 
ment imaginés, que l'art ne le cède en 
rien à la nature. Ce petit palais, où la 
richesse fut employée par le goût , fut 
donné, par Louis XVI, à Marie-Antoi- 
nette. C'est là que cette princesse, 
dont la simplicité faisait le premier 
ornement, préférant la nature au luxe 
des arls , venait se délasser du fracas et 
du fardeau de la cour. Ce fut elle qui 
embellit le parc, et principalement les 
jardins , que la révolution n'épargna 
point. Maintenant, 

s Trianon , te* bois sont déserts ; 
Les oiseaux fuyant les ombrages, 
N'enchantent plus de leurs concerta 
Ni ton palais ni tea bocages : 



Tes grottes sombres , teSYallona 
Quijadis favoris de Flore. 
S'enrichissaient de tons les dons 
Que sa main y faisait éclore ; 
Tes sentiers, connus des amours. 
Ton fleuve , autrefois si mpide , 
Nous refus* son eau limpide; 
En lin , ces lieux , prives d'attraits , 
Témoignant leur douleur muette , 
Sembb nt au ciel . par leurs regrets , 
Redemander leur Antoiuelte. « 

Hôtel recommandé. — Hôtel de l'Eu- 
rope , tenu par M. Henuequin, rue des 
Réservoirs , vis-à-vis la grille du parc 
dite du Dragon. 

Celhôlel , l'un des plus fréquentés de 
Versailles , et l'un des plus rapprochés 
du parc du château , est richement 
meublé et très bien tenu. On y trouve 
un excellent restaurant servi à la carte, 
des chambres et cabinets de société. 

Départ de Versailles. 

Maintenant que nous connaissons Ver- 
sailles, continuons notre route. Nous 
voici à 

Saint-Cjr, petit village dans lequel 
nous remarquons un superbe édifice, 
appelé 

Ecole militaire. Cet édifice fut bâti , 
en 1683, par Louis XIV. à la sollicita- 
tion de madame de Maintenon , pour 
recevoir 250 filles de pauvres gentils- 
hommes dont la fortune ne répondait 
point à la naissance. Elles y étaient 
reçues depuis l'âge de sept ans , et 
élevées gratuitement jusqu'à vingt. 
Quand le temps de ces demoiselles 
était expiré, la maison leur donnait 
une somme de 3000 livres, qui leur 
servait de dot pour se marier ou pour 
se faire religieuse. C'est ce qui inspira 
à madame Dcsboulières les jolis vers sui- 
vans , adressés à madame de Maintenon , 
première institutrice de cet admirable 
établissement. 

a Tes soins ont prévenu les tristes aventures 
Où l'extrême besoin jette les jeunes coeurs. 
Ali I que ces soins pieux ebei les races futures 

T'attireront d'admirateurs l 
Contre la cruauté des tiëres destinées 

Ils donnent , ces soins généreux , 
Un asile sacré , vaste, durable , heureux , 

A d'illuslnsinl'orlunccs. » 

En 1793, celte maison fut supprimée 
sans nul respect, et devint un hôpital 
militaire. En 1802, l'école militaire de 
Fontainebleau y fut transférée. De Saint- 
Cyr nous allons à 

La Queue , petit bourg sans impor- 
tance. 



172 



GUIDE 



Houdan, qui vient après, est une 
petite ville située sur l'Opton , et dans 
laquelle nous remarquons une jolie égli- 
se. A deux lieues de là, est 

Marottes , lieu célèbre par les fro- 
mages qu'on y prépare. Non loin de là, 
nous traversons la 

Rivière de L'Eure, après laquelle nous 
entrons dans le 

Département d'Eure - et — Loir , et 
bientôt après dans 

Dreux , ville fort ancienne, située sur 
la Biaise et célèbre du temps des Ro- 
mains. Dreut compte pour 

Curiosités V 

Eglise paroissiale , qui est fort jolie , 

Hôtel- de-Ville , dans l'intérieur du- 
quel nous remarquons une voûte et une 
cheminée curieuse et dans ses greniers 
une cloche fondue sous ChurlesIX, re- 
présentant sur la frise circulaire la pro- 
cession des flambeaui , enfin la 

Promenade publique. De Dreux, nous 
ne tardons pas à entrer dans le 

Département de l'Eure , et ensuite 
dans 

Nonancourl , petite ville située sur 
PAvre , et dans laquelle coucha Henri IV 
la veille de la bataille d'Ivry. Aune faible 
distance de Nonencourt est 

Verneuil, petite ville également si- 
tuée sur les bords de l'Avre, et dans la- 
quelle nous ne remarquons aucune cu- 
riosité. Non loin de Verneuil com- 
mence le 

Département de l'Orne. Là, nous 
rouvons la petite ville de 

Mortagne, remarquable par sa jolie 
église ; bientôt après nous entrons dans 

Alencon , petite ville située au con- 
fluent de la Sarihe et de ia Brianle. Au 
nombre des 

Curiosités d'Alençon , Nous remar- 
quons 1' 

Eglise paroissiale , qui est ornée d'un 
superbe portail et d'une nef, le 

Palais-de- Justice , I' 

Hôtel de la Préfecture , qui est cons- 
truit en briques, enfin la 

Bibliothèque publique, qui renfer- 
me environ 600!) volumes. Après avoir 
passé le petit village de 

Saint- Denis , nous entrons dans le 

Département de la Mayenne, et bien- 
tôt après dans 

Pré en Pail, petite ville où l'on pré- 
pare d'excellent cidre. 



Iiibay , où nous allons ensuite , est 
une petite ville sans importance. De là , 
nous gagnons. 

Mayenne , petite ville située sur la 
rivière de ce nom, qui se divise en deux 
parties inégales, et dans laquelle nous 
ne remarquons ni monumens ni aucune 
curiosité. Le village de 

Martignè où nous allons , possède 
une source d'eau minérale ferrugineuse. 
Au dessus de cet endroit est 

Laval, petite ville dont les rues sont 
généralement étroites et tortueuses, et 
qui se glorifie d'avoir donné le jour au 
célèbre Ambroise Paré. A Laval , nous 
quittons le département de la Mayenne 
pour entrer dans le 

Département de Ville -et- Vilaine. 
La première ville que nous trouvons 
en entrant sur ce territoire , est 

Vitré , qui ne possède d'autre cu- 
riosité que l'église Notre - Dame, qui 
est d'un beau gothique. Nous voici à 

Rennes, ville fort ancienne divisée en 
deux parties par la Vilaine que l'on 
passe sur plusieurs ponts. Au nombre 
des 

Curiosités de Rennes , nous remar- 
quons le 

Palais abbatial , 1' 
Eglise Saint-Pierre , qui a été répa- 
rée nouvellement : le 
Palais-de- Justice, V 
Eglise Saint-Sauveur, enfin la 
Bibliothèque publique , composée de 
plus de 30,000 volumes. 

Bibliographie de Rennes. — Statistique 
du département d'Ille-et- Vilaine par 
Jardot, officier d'état major, un vol. 
in-4° , prii , trois francs. Chez Mor- 
liex, libraire, chez lequel on trouve 
aussi les ouvrages suivans : 

1° Traité desassurances, descontrats 
à la grosse d'Emerigon, 2 vol. in-4», la 
francs. 

2° Tableau de l'Histoire de France , 
depuis le commencement de la monar- 
chie jusqu'à nos jours , par Cayot De- 
landre, 2 volume in-8°, papier vélin, 
8 francs. 

3° Esquisses, par Edouard Turquety, 
1 vol. in-18°, 3 francs. 

4° Poésies catholiques, par le même, 
1 vol. in-4°, 7 francs. 

5° Reepseafce Breton, 1 vol. iu-8°, 
3 franeg. 
6° Contes utiles, par Ducrest de Vil- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



175 



leneuve de Reunes , 1 vol. in— 12 , grav., 
3 francs. 
De Rennes nous allons à 
Brootu , pelit village dans les envi- 
rons duquel nous voyons encore l'em- 
placement qu'occupait le château où 
naquit Duguesclin, en 1511. 

Lambalïe , où nous allons, est une 
ville fort ancienne, entourée de mu- 
railles et divisée en haute et basse ville , 
et dans laquelle nous ne remarquons 
rien de curieux. A 5 lieues de Lamballe, 
est 

Saint-Brieuc, petite ville avantageu- 
sement située sur la rivière de Gouet, 
à l'embouchure de laquelle elle a un 
bon port, au village du Légué, à pu 
de distance de la mer. Au nombre des 
Curiosités de Saint- Lrieuc , nous 
remarquons la 

Cathédrale , qui est bâtie sur un an- 
cien temple des Druides: 1' 

yJncien couvent des Cordeliers; enfin 
la 

Salle de spectacle. Après avoir tra- 
versé le village de 

Châtelaiidren , qui est sans intérêt, 
nous entrons dans 

Guingamp , jolie ville située sur le 
Trieux et dans laquelle nous remar- 
quons une jolie église ornée de deux 
tours , et sur la place une belle fontaine. 
De Guingamp , après avoir traversé 
le 

Ponton , nous entrons dans le 
Département du Finistère , et bientôt 
après dans 

M' rlaix, pelile ville agréablement 
située, au pied de deux collines et au 
confluent des rivières de Jaileau et de 
Kei lent , qui, s'uni.'sant aux eaux de la 
mer, y forment un joli port. On y des- 
cend par une rampe excessivement ra- 
pide , quoique l'on se soit efforcé d"en 
diminuer la pente par plusieurs con- 
tours et que l'on ait même creusé le 
chemin dans le roc ; un parapet garantit 
des chutes que pourraient faire les 
voitures dans un vallon 1res profond 
qui le borrle. On arrive alors sur les 
quais , où l'on est agréablement surpris 
d'apercevoir tout-à-coup un des plus 
jolis poils de France. L'escarpement 
des deux collines, les jardins en terrasse 
dont elles sont embellies, ne font que 
ressortir davantage la beauté des qvfais 
et des maisons qui les bordeDt. Rien 
n'est plu» surprenant que ce passage 



subit d'une roule agreste et mélancoli- 
que à ce beau port et à cette ville d'un 
aspect si gai et .'i i itloresque à la fois. 
Cette partie de la ville est vraiment 
belle : h s quais sont bien revêtus, bien 
pa\és. les maisons modernes et fort 
bien bâties. Le chenal, quoique étroit, 
porte un grand nombre de bâtimens de 
commerce du plus grand tonnage, qui 
remontent jusqu'à la principale place , 
sous laquelle passent, à travers de su- 
perbes voûtes, les eaux réunies des deux 
rivières. Le cours de la rivière et le 
port séparent la ville en deux quartiers: 
le côté de Léon et le côté de Tréguier. 
Du côté de Léon, les maisons sont fort 
belles; mais, du côté opposé, elles sont 
antiques et sans alignement. Au nom- 
bre des 

Curiosités de Morlaix , nous remar- 
quons 1' 

Eglise Saint-Matthieu, qui peut être 
considérée comme un assez beau mo- 
nument gothique ; 1' 

Eglise Sainle-Rlèlaine , dont la con- 
struction remonte au xv e siècle ; la 

Manufacture de tabacs , qui est un 
édifice moderne, et dans laquelle sont 
occupés trois à quatre cents ouvriers ; 
enfin la 

l'romenade de Fcmimont, qui se pro- 
longe près d'une demi-lieue le long du 
port. 

Plusieurs pentes et montées traver- 
sant un pays uniforme, en grande partie 
couvert de bruyères, conduisent de 
Blorlaix à 

Landivisiau , petite ville bien per- 
cée et bien pavée, située sur une colline 
d'où l'on jouit d'un horizon fort étendu. 
Nous y remarquons une belle 

Eglise paroissiale, surmontée d'un 
clocher à (lèche . d'une architecture 
élégante et hardie; vu de loin et sous 
certains aspects, les pilastres légers qui 
le soutiennent disparaissent à l'oeil , et 
il semble en quelque sorte suspendu 
dans les airs. De Landivisiau nous 
allons à 

LanderneauMïle extrêmement agréa- 
ble , située à l'embouchure de l'Elorn, 
qui y forme un joli port , entouré de 
collines fort hautes et fort esrarpées, 
sur la rive gauche; mais qui s'abaissent 
graduellement sur la rive droite et for- 
ment une plaine assez étendue , dans 
laquelle la partie la plus considérable 
de la ville est bâtie. Les 



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Curiosités de Landerneau sont peu 
nombreuses; les plus remarquables sont : 
la 

Fontaine de Ploudiry , qui est en 
forme d'obélisque , et verse ses eaux 
dans une cuvette demi-circulaire d'un 
beau travail; 1' 

Hôpital succursale delà marine, qui 
occupe les bàtimens de l'ancien couvent 
des Ursuliues. En sortant de Lander- 
neau, nous passons devant le 

Château de Pont-Palu , et nous tra- 
versons une suite de hameaux presque 
conligus les uns aux autres, qui se suc- 
cèdent sans interruption jusqu'à celui 
de 

Messadon , d'où nous descendons 
jusqu'à 

Brest, en jouissant de la belle per- 
spective qu'offre cette ville maritime. 

Aperçu général de Brest. — Cette 
ville, qui est située sur le bord septen- 
trional d'une superbe rade formée par 
l'Océan , à peu de dislaace de l'embou- 
chure de la rivière de l'EIorn , et sur 
les deux rives de celle de Penfeld , qui 
divise la ville en deux parties : l'une à 
droite, connue sous le nom de Recou- 
vrance ; et l'autre , sur la rive gauche , 
connue sous le nom de Brest, est en 
général assez bien bâtie et assez bien 
pavée. 

Brest possède une école spéciale de 
génie et de navigation , des tribunaux 
de première instance et de commerce , 
un établissement de mécanique, un ca- 
binet d'histoire naturelle , un jardin 
botanique, un observatoire, une biblio- 
thèque publique, un superbe arsenal, 
plusieurs hôpitaux, une jolie salle de 
spectacle, de vastes bassins de construc- 
tion, enfin un bagne. 

Historique, — Un voile obscur couvre 
l'origine de cette ville, ce n'est guère 
que vers l'an 124) que l'histoire com- 
mence à en faire mention. Ce fut à 
cette époque que Henri , vicomte de 
Léon , céda la orteresse de Brest à 
Jean I er , roi de Bretagne. En 1340 , 
Charles de Blois mit le siège devant 
cette place , qui avait pour gouverneur 
Garuier de Clisson, qui y perdit la vie 
en faisant une sortie, k En 1372, 
Jean IV, duc de Bretagne, abandonna 
aux Anglais la ville et le château de Brest, 
à la charge par eux de les défendre et 
conserver pendant la guerre, et de 
les lui rendre à la paix. L'année sui- 



vante, Duguesclin et Olivier de Clisson 
tentèrent inutilement de reprendre 
cette place , qui toutefois fut remise en 
la possession du duc de Bretagne, en 
1376, après la mort d'Edouard III , roi 
d'Angleterre. La guerre ayant éclaté de 
nouveau entre la France et la Bretagne, 
Jean IV confia de rechef la défense de 
Brest à une garnison anglaise , qui y 
entra le 15 juin 1378 , et qui refusa de 
rendre cette ville lorsque la paix fut 
conclue entre le roi de France et le 
duc de Bretagne. Les Français , unis 
aux Bretons, l'assiégèrent sans succès 
en 138-2 et en 1386. Toutefois, en 1397, 
le roi Richard II consentit à la resti- 
tuer au duc de Bretagne , moyennant 
une forte rançon. Dans le siècle sui- 
vant, les Anglais essayèrent souvent de 
reprendre cette ville. En 1489 , les 
Français, sous la conduite du vicomte 
deBohan, s'en emparèrent; trois ans 
après, la paix l'ut conclue entre la 
France et la Bretagne; et, par le ma- 
riage de Charles VIII et d'Anne de Bre- 
tagne , Brest demeura à la France. 
Pendant la Ligue , cette ville prit parti 
pour Henri IV et lui demeura fidèle ; 
ce fut alors contre les Espaguols qu'elle 
eut à se défendre. En 1591, Don Juan 
d'Aquila effectua un débarquement près 
de la ville et construisit un fort sur la 
presqu'île de Quelern, où les Espagnols 
furent bientôt assiégés eux-mêmes ; ils 
résistèrent à plusieurs attaques, mais 
un dernier assaut emporta leurs retran- 
chemens. En 1397, l'Espagne, résolue 
à venger cet échec , arma une flottille 
considérable qui arriva devant Brest, 
où elle fut atteinte par une tempête 
aflVeuse ; une partie des vaisseaux fu- 
rent brisés sur les écueils qui hérissent 
les côtes voisines. Un siècle s'écoula 
sans de nouvelles agressions. En 1694, 
une flotte anglaise de trente-cinq vais- 
seaux , portant dix mille hommes, 
arriva devant Brest et débarqua les 
troupes dans l'Anse de Poldu : mais la 
garnison , les paysans des environs et 
leurs femmes même, attaquèrent les 
ennemis et les mirent en déroute. Pen- 
dant le combat, la marée ayant laissé 
les chaloupes à sec, les Anglais ne pu- 
rent se rembarquer ; ils furent tous tués 
ou faits prisonniers. Jusqu'en 1639 , la 
ville de Brest reçut peu d'accroisse- 
ment; elle était petite, ne possédait 
aucun établissement maritime , et n'a- 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



m 



vait d'autre édifice religieux que la 
vieille église du Château. Elle com- 
mença à s'agrandir, et le faubourg de 
Hecouvrance fut fondé vers 1670. En 
11)8), le maréchal de Vatican fil con- 
struire une enceinte de fortifications; 
Recouvrance fut alors joint à la ville, 
qui continua de s'accioître. En 1773 , 
la première enceinte ne suffisant plus, 
une seconde fut construite , et la ville 
atteignit bientôt la population et l'im- 
portance dont elle jouit aujourd'hui. » 

Séjour et promenade. 

Prenons gîte à 1' 

H tel du Grand-Monarque , et de 
là dirigeons nos pas vers le port ; car 
c'est là que se trouvent réunies les 
diverses 

Curiosités de Brest. Ce 

Port est superbe , il peut contenir 
plus de cinquante frégates et autres bà- 
timens de guerre. Il est défendu à la 
gauche de son entrée par la 

Batterie du Fer-à-Cheval. Là nous 
remarquons des 

Fours à rougir les boulets et un parc 
considérable de boulets rames. Derrière 
cette belle fortification , et tout-à-fait 
sur la sommité du roc, nous remar- 
quons les 

Uatteries du Polygone et de beaux 
magasins d'artillerie, ainsi qu'un ma- 
gasin à poudre qui fournit aux apnro- 
visionnemens des escadres et qui sert 
de dépôt pour les poudres des bàlimens 
armés qui entrent dans le port. Au 
dessus de celte montagne règne un su- 
perbe 

Quai en amphithéâtre , bordé de ma- 
gnifiques édifices. En parcourant ce 
quai depuis la batterie du Fer-à-Che- 
val , nous rencontrons d'abord un 

Parc à boulets , puis ensuite le 
Parc aux vivres , qui contient d'im- 
menses magasins servant d'ateliers de 
salaisons, des magasins de comestibles 
renfermant tous les vivres propres aux 
a|>pro\ isiov.nemeus des cuisines de bord. 
A droite de l'entrée et vis-à-vis le Fer- 
à-Cheval et le parc aux vivres, s'élève 
le majestueux 

Château de ftrett , avec sas tours et 
ses remparts élevés, aussi remarquable 
par sa force et sa situation que par les 
souvenirs qui s'y rattachent. Faisons- 
en la 



Description. — La forme de ce châ- 
teau est celle d'un trapèze. Il présente 
cinq 

Tours liées par des courtines et par 
un chemin de ronde. Chacune de ces 
tours est terminée par une plate-forme. 
Les trois tours qui regardent la r..de, 
ont chacune un nom particulier : celle 
du milieu porte le nom de 

'Jour de César, quoiqu'il soit bien 
démontré que ce conquérant ne vit 
jamais Brest. Celte tour offre un très 
vaste local, des caves souterraines et 
parfaitement voûtées. A la gauche de 
cette tour et vis-à-vis la chaîne , est 
la 

Tour de Brest , qui forme un massif 
de la plus grande beauté , revêtu de 
pierres de taille liées entre elles avec 
un art remarquable. A droite et du côté 
de la rade, est la 

Tour des Français. Les deux autres 
tours portent les noms de 

Tour de la Madeleine , et le 
Donjon, qui est celle qui servait an- 
ciennement de demeure aux ducs de 
Bretagne. La 

Distribution intérieure de cette der- 
nière tour porte l'empreinte du siècle 
où elle fut construite (lo.'iO). C'est uu 
dédale inextricable de chambres, de 
salles , d'avenues , de souterrains, où la 
féodalité et son affreux despotisme sem- 
blent régner encore, tant les cachots de 
tous les genres , les réduits de tortures, 
rappellent à l'imagination affligée les 
souvenirs de ces temps d'ignorance et 
de barbarie. 

Après le château , nous devons exa- 
miner la 

Machine à mater, qui se compose 
d'un énorme massif en pierre de taille, 
et de trois mais énormes de deux cents 
pieds de longueur et inclinés. C'est là 
que les bàlimens, au sortir du chan- 
tier, viennent recevoir leurs mais. Après 
la machine à mater, il nous reste à 
voir le 

Bagne , vaste édifice consacré au lo- 
gement des forçats , et consistant en 
trois pavillons, un au centre et les au- 
tres aux extrémités. Celui du milieu est 
destiné au logement des officiers , et les 
deux des extrémités à ceux des bas- 
officiers commis à la garde de cette 
prison. 




GUIDE 



De Paris à Alençon. 



Distance à parcourir : 40 lieues et demie ; 
20 postes un quart. 

( Voyez de Paris à Brest.) 

De Paris à Rennes. 

Distance à parcourir : 90 lieues, A3 postes. 

( Voyez de Paris à Brest. ) 

De Paris à Saint-Brieuc. 

Distance à parcourir: 116 lieues , S8 postes. 

( Voyez de Paris à Brest. ) 

De Paris à Mayenne. 

Distance à parcourir : 65 lieues, 51 postet 
et demie. 

( Voyez de Paris à Brest. ) 

De Paris à Nantes. 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Nantes 
par deux routes différentes, savoir : par 
Orléans et Tours et par Vendôme. 

Première route. 

Route par Orléans et Tours. 

Distance à parcourir: 109 lieues et demie , 
34 postes trois quarts. 

Itinéraire et topographie de la route. 
Départ. 

Nous sortons de Paris par la 

Barrière d'Enfer; nous traversons 
d'abord le 

Petit Mont-Rouge, qui est un ha- 
meau composé d'auberges et de guin- 
guettes, où le pcuiile du faubourg St- 
Jacques se rassemble le dimanche. Puis 
ensuite le 

Grand Mont-Rouge, qui est un gros 
village fort ancien et célèbre par ses 
maisons de campagne, ses guinguettes 
et ses moulins à vent. Fréron , le plus 
habile critique du siècle dernier, avait 
sa maison de campagne dans ce village. 
On en voit aujourd'hui de très jolies, 
mais la trop grande proximité de Paris 
empêche qu'elles aient de grandes dé- 
pendances, ce qui les rend peu agréa- 
bles. 

Après le Grand Mont-Rouge vient 



B ourg-la- Reine , village situé dans 
un vallon, près de la rivière de Bièvre 
et non loin de 

Sceaux, petite ville renommée par son 
bal champêtre, qui est un des plus dis- 
tingués de tous ceux des environs de 
Paris. Bientôt nous découvrons 

Berny, petit hameau qui doit son nom 
à un des plus beaux châteaux qu'il y 
ait eu aux environs de Paris, et que la 
révolution n'a pas laissé subsister. 
Après une 

Petite descente, nous entrons dans 

Antony, bourg qui n'a de remar- 
quable que son 

Eglise paroissiale , qui offre un 
chœur assez beau et surtout une belle 
tour surmontée d'une pyramide que 
l'on croit avoir été bâtie dans le qua- 
torzième siècle. 

Lonjumeau se présente ensuite à 
nos yeux dans une petite vallée et sur la 
petite 

Rivière d'Yvette, et remarquable par 
ses nombreuses 

Tanneries, dont la plus importante 
est celle qui appartient à M. Salleron 
neveu. Bientôt après nous arrivons à 

Monllhcry, petite ville qui n'offre 
rien rie remarquable que sa 

Vieille tour du onzième siècle, con- 
struite par Thibaud-File-Eloupe I er , 
seigneur de Monlhléry. 

&es murs , dont le sommet se dérobe à ta vue , 
Sur la cime d'un ror , s'alongent dans la nue , 
El présentant toujours leurs objets ennuyi us. 
Du passant qui les fait lemb lent 6ui»re les yeur. 
( Boileau , Le Lutrin, ) 

Excursion idéale à la tour de Montlhéry. 

Transportons - nous idéalement au 
milieu de ces vastes ruines pour en 
faire l'examen, mais avaut donnons- 
nous une idée générale de ce qu'était 
primitivement cette forteresse. Son en- 
trée principale se trouvait du côté de 
la ville, et pour y pénétrer il fallait ou- 
vrir cinq portes, monter par trois ter- 
rasses élevées les unes au dessus des 
autres, et franchir cinq enceintes. Cha- 
que muraille élait soutenue par des 
murailles et des tours fort élevées. 
Dans la première enceinte était une 
porte qui donnait entrée à la première 
terrasse, puis on montait à la seconde, 
et enfin à la troisième. A cette hau- 
teur se trouvait une porte fortifiée à 
laquelle était adossée une construction 



mm^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



qui devait servir de corps-de-garde aux 
militaires ou chevaliers chargés de gar- 
der la porte ; elle était très fortifiée et 
s'ouvrait sur la plate-forme ou espla- 
nade du château. Cette esplanade, for- 
tifiée de murailles et de tours, conte- 
nait quelques bàtimens et le donjon. A 
droite de l'entrée de l'esplanade était 
un puits d'une grande profondeur. Près 
de la tour du donjon était l'entrée du 
souterrain qui communiquait au bas de 
la montagne. 

Telle était, dans son origine, la dis- 
position de cette fameuse forteresse, si 
renommée par la tyrannie de ses sei- 
gneurs ; maintenant faisons l'examen 
de ses ruines. Le donjon de la cour est 
aujourd'hui la seule partie qui ait ré- 
sisté aux ravages du temps et des hom- 
mes. Sa hauteur est d'environ quatre- 
vingt-seize à cent pieds, mais elle paraît 
avoir été plus haute encore. Au nord, 
sa cime offre une très large échancrure, 
dégradation due à la main du temps. A 
cette tour en est accolée une seconde, 
mais de moindre dimension, contenant 
l'escalier qui n'est plus abordable. Aux 
tiers de la hauteur de ce groupe de 
deux tours, nous voyons une ceinture de 
supports en saillie en pierres de taille, 
destinés à soutenir une galerie exté- 
rieure que les anciens nommaient Mâ- 
chicoulis. Au nord de cette tour en 
existe une autre en ruine et percée 
d'outre en outre, et son ouverture ir- 
régulière, faite évidemment de la main 
des hommes, laisse à travers ses tristes 
restes de construction féodale, aperce- 
voir le tableau riant des campagnes. 
Du côté opposé et attenant au donjon, 
se voit un mur resté presque intact et 
dont la hauteur est d'environ seize 
pieds. 

Les environs de cette forteresse sont 
célèbres par la 

Bataille de Monllhéry, qui s'y livra 
entre Louis XI et Charles, duc de Ber- 
ri, ligué avec plusieurs autres seigneurs 
pondant la guerre dite Au Bien public. 
On rapporte qu'après une lutte aussi 
sanglante qu'opiniâtre, où la victoire 
demeura indécise, Louis XI se relira à 
CorbeiI,et(|uele<lucdeCharolois, re«té 
sur le champ de bataille, voulant s'y re- 
poser, fut contraint de faire enlever 
plusieurs des cadavres dont la terre 
«ait jonchée. Le lieu où se donna celte 

FK4MCB, 



177 

bataille est encore de nos jours désigné 
sous le nom de 

Champ des Bourguignons. Repre- 
nons maintenant la description de no- 
tre route. Au sortir de Monllhéry nous 
descendons une 

Côte rapide et nous entrons dans 

Arpajon, petite ville située dans une 
vallée et sur la 

Rivière d'Orge à laquelle se réunit 
celle de la Remarde. Arpajon n'offre 
rien de curieux que son église parois- 
siale, qui est sous l'invocation de saint 
Germain. 

Environs d'Arpajon. 

Les environs d'Arpajon sont fort jo- 
lis et renferment quelques châteaux as- 
sez beaux, dont le plus remarquable 
est celui de Bruyères-le-Châtel , fai- 
sons donc une 

Excursionidéate au château de Bruyères. 

Distance à parcourir : trois quarts de lieue. 
Direction : lo Sud d'Arpajon. 

Le château de Bruyère», construit 
sur les ruines d'un monastère, est un 
monument de la vieille féodalité, bâti à 
plusieurs reprises sur un tertre qui do- 
mine le village ; il était muni de toutes 
les marques d'un manoir seigneurial. 
Ses fortifications ont été élevées au qua- 
torzième siècle , époque où les petites 
villes se fermaient de murailles contre 
les courses des pillards. Un pont-levis, 
une herse, fermaient l'entrée de ce 
château ; des créneaux sur les tours et 
sur le donjon, des mâchicoulis, des meur- 
trières la rendaient formidable pour 
sa défense ; ses fossés étaient remplis 
d'eau ; ses prisons, ses cachots encore 
existans, attestent la possession des 
trois degrés de justice. Ces fortifica- 
tions ont été démolies en grande parlie 
pendant l'année 1793, époque où fut 
ordonnée la destruction de toutes ces 
forteresses , très nombreuses encore 
dans l'intérieur de la France. 

En 1260, Jean de Bruyères obtint de 
saint Louis l'érection en baronnie de 
la seigneurie de Bruyères. Guillaume, 
fils de Jean, fonda dans ce village un 
collège qu'on appella Collège Mignon. 
Thomas de Bruyères acheta celle sei- 
gneurie de Guillaume et d'Alix de 
Breulx. Après la mort de Guillaume, 

12 






, 






178 



6UIDE 



cette terre passa à Louis de la Ro- 
chelle, qui la posséda jusqu'à 1641, 
époque où elle passa à Jean-Louis de 
l'Epinette-le-Mairat, et fut érigée eu 
marquisat, le 11 août 1676. Veudue en 
1786 à M. le maréchal de Castries, il la 
réunit à celle d'Ollainville, qui lui est 
contiguë, et lorsqu'il fut forcé d'é- 
migrer à Copet, il la rendit au duc de 
Brancas-Cereste, qui la vendit ensuite 
à M. le baron Charlet, auquel elle ap- 
partient aujourd'hui. 

Reprenons maintenant la description 
de notre roule. Après avoir descendu 
plusieurs 

Côtes rapides, du haut desquelles on 
a des 

Joints de vue admirables, nous ar- 
rivons à 

Etampes (Seine-et-Oise) , ville fort 
ancienne, située dans une vallée, sur 
les petites 

Rivières de Lonette et Chavonnelte, 
qui se réunissent plus bas à celle de la 
Juine, jadis navigable, mais qui cessa 
de l'être lors de l'ouverture du canal 
d'Oiléaus. Ces trois petites rivières 
font tourner plus de trente moulins ; 
elles ont cela de remarquable qu'elles 
ne gèlent jamais. Parmi le peu de 

Curiosités d'Etampes, nous remar- 
quons les 

Ruines de l'ancien château , bâti par 
Robert, consistant en une tour appe- 
lée tour de la Guinette. Son plan est 
extraordinaire ; il se compose de quatre 
sections de cercles qui, dans leur élé- 
vation, présentent les formes de quatre 
tours rondes, unies et engagées les unes 
dans les autres. L'intérieur offre un 
plan circulaire ; les espaces qui se trou- 
vent entre ce plan intérieur et celui 
des quatre portions de tour qui se voient 
à l'extérieur, est occupé par quelques 
pièces et dégagemens qui sont éclairés 
par quelques petites fenêtres. Enfin 1' 

Eglise Saint-Mai tin , qui offre une 
belle construction. Le sanctuaire est 
fort élevé ; des galeries placées entre 
les arcades du rond-point et les gran- 
des fenêtres, donnent beaucoup d'élé- 
gance à celle partie de l'église. 

Environs d'Etampes. 
Excursion idéale au château de Méréville. 
Dislance à parcourir: 5 lieues. 



Ici , Laborde , au fruit de Ses utiles veille» j 
Donnant un emploi généreux , 
Par bienfaisance y créait des merveilles , 
El par goût pour tes arts y faisait des beureux. 

( Vers écrits sur les murs du château par un étranger. J 

Ce château qui a été bâti par M. De- 
laborde, riche banquier de la cour, qui 
y dépensa quatre millions, est situé à 
mi-côte et domine tout le parc. Il se 
compose d'un beau bâtiment de forme 
régulière , flanqué de quatre tourelles 
et d'une grande terrasse, au dessous de 
laquelle sont d'immenses salles qui ser- 
veut de chapelle, d'office et de cuisine. 
Le 

Parc de Méréville, tracé d'après les 
plans des célèbres artistes Joseph Ver- 
net et Robert, est d'une étendue de 
près de cent arpens; il est embelli de 
tous les côtés par la Juine, qui y forme 
plusieurs îles charmantes et des casca- 
des d'un bel effet, dont les eaux vien- 
nent se perdre dans des grottes aux- 
quelles on communique par plusieurs 
ponts. 

Non loin du moulin, à la fois cham- 
pêtre et élégant, en se détournant à 
gauche . ou trouve une 

Colonne rostrale, qui s'élève au mi- 
lieu d'une île, à l'extrémité d'un lac 
assez étendu. Autour sont placés dif— 
férens arbres étrangers parmi lesquels 
se fait remarquer l'épine de mer, qui 
croît su" les bords de la mer, et qui 
porte une couleur pâle et trisle. La 
colonne est de marbre bleu-turquin, 
avec des rostres de navire en bronze, 
ainsi que la boule dont elle est surmon- 
tée. Cette colonne a été érigée en mé- 
moire de deux fils de M. Delaborde, qui 
partagèrent le triste sort de l'infortuné 
navigateur Lapeyrouse. 

Madame veuve Delaborde, qui a pos- 
sédé long-temps celte belle propriété, 
l'a vendue depuis quelques années à 
M. le comte de Saint-Romain, pair de 
France, qui y a fait faire de grandes et 
urgentes réparations. 

Hôtel recommandé. — Hôtel du 
Grand- Courrier, tenu par M. Leclcrc, 
rue Saint-Jacques. 

Cet hôtel, l'un des plus remarquables 
d'Etampes, vient d'être fraîchementdé- 
coré, il possède de grandes écuries et 
remises, ainsi qu'une bonne table où fi- 
gurent les meilleures productions du 
pays, 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



Ï79 



Départ d'Etampes. 

Au sortir d'Etampes, nous avons à gra- 
vir une 

Côte très rapide, et bientôt après 
nous entrons dans 

Mondésir , petit village sans impor- 
tance. Plus loin est. 

Angerville (Loiret), hameau qui n'a 
de remarquable que son 

Horloge à automates. 

Tourry vient ensuite, qui nous offre 
pour toutes curiosités son 

Eglise paroissiale , qui est fort an- 
cienne. Après avoir parcouru un petit 
paysage assez joli, nous arrivons à 

Arien aj, bourg dans lequel est une 

Maison de santé pour les deux sexes. 
Nous arrivons à 

Chevilly, 

Cercottes, enfin dans le 

F autour g-des- Aides , au bout du- 
quel est 

Orléans, ville où nous allons pren- 
dre le bateau à vapeur jusqu'à Nantes. 

Hôtel recommandé. — Hôtel des trois 
Empereurs et du Loiret, tenu par M. 
Boulland-Rousseau, rue Bannier 18. 

Cet hôtel, qui est à deux pas de la 
place du Martroy, par conséquent au 
centre de la ville, offre tous les agré- 



sacre de Charles VII; le quatrième enfin 
la mort affreuse de celte héroïne. 

Sur la face de l'ouest , nous lisons 
cette inscription : 

A JEANNE D'ARC I 

La statue de cette jeune guerrière 
représente une femme dansla vigueur de 
l'âge, coiffée d'un chapeau surmonté de 
panaches ; sa figure et son cou sont dé- 
couverts ; une riche cuirasse dessine sa 
poitrine et sa taille robuste; ses bras 
sont défendus par une cotte de mailles; 
une longue robe passe sous sa cuirasse, 
et descend jusqu'aux pieds , lesquels 
sont chaussés de souliers carrés à leur 
extrémité et très ornés. Un large ceintu- 
ron, passé sur l'épaule, soutient le four- 
reau d'une épée placée dans la main 
droite, et dont la pointa est tournée 
vers la terre; la main gauche tient un 
drapeau enlevé à l'ennemi. 

Non loin de ce monument est le 

Collège royal, qui n'offre rien de re- 
marquable. A quelque distance de là, 
est la 

Cathédrale , édifice moderne, d'une 
admirable construction, dont les ton dé- 
mens furent jetés par l'évoque saint 
Euverte. Son 

Portail est d'une élégance remarqua- 



Biens que l'on peut désirer; remis en- ble.Les deux tours, ouvrage de Gabriel 
fièrement a neuf depuis peu d'années, 
il renferme de grands et petits apparte- 
nons meublés avec goût, une cour spa- 
cieuse, de vastes écuries et remises, 
enfin une bonne cuisine dans laquelle 
on savoure les délicieux poissons du 
Loiret, qui jouissent d'une réputation 
vraiment méritée. 

Séjour et promenade à Orléans. 

Puisque nous sommes près delà 

Place du Martroy, nous allons voir la 

Statue de Jeanne d'Arc, qui obligea 
les Anglais, en 1428, à lever le siège 
d'Orléans. Cette statue, qui fut posée 
sur cette place, le 20 mars 18n4, a huit 
pieds de hauteur, et repose sur un pié- 
destal de neuf pieds de haut sur qua- 
tre de large. Ce piédestal , revêtu de 
très beau marbre blanc, est orné de 
quatre bas-reliefs. Celui du sud repré- 
lente le combat des Tourelles; celui de 
louest rappelle le moment où Jeanne 
dArc reçut l'épée des mains du roi- le 
troisième , à l'est, retrace l'instant du 



sont construites avec beaucoup de grâce 
et de légèreté, et sont terminées par 
une espèce de couronnement. Quant à 

Intérieur de l'Eglise, il est superbe 
et remarquable surtout par le chevet 
qui est orné d'une chapelle dont les 
lambris , le retable et le pavé, sont de 
marbres noir et blanc. 

A côté, nous remarquons 1' 

Hùlel-Dieu, qui n'offre rien de re- 
marquable, et qui masque en partie la 
cathédrale. Plus loin, et dans la même 
direction, est le 

Théâtre, qui est fort joli, et qui of- 
fre l'avantage, a'-sez rare en province, 
d'avoir un parterre muni de banquettes. 
En face est 1' 

Hotel-de-Ville,q\ù n'offre rien de 
curieux. En suivant la rue qui fait face 
à cet édifice , nous trouvons d'abord 
1' 

Ecole gratuite de Dessin ensuite 
la 

Bibliothèque publique, qui est placée 
dans un joli local , et riche d'environ 



:m?\ 



180 



GUIDE 



33,000 volumes, parmi lesquels sont des 
ouvrages importons. Le 

Catalogue de celle bibliothèque est 
double ; dans la première partie , les 
ouvrages dont elle est composée sont 
classés par ordre de matière, et dans la 
deuxième par nom d'auteur. 
A côté de la bibliothèque, est la 
Halle au Blé, qui a été construite il 
y a peu d'années , dans l'ancien grand 
cimetière dans lequel on a trouvé, en 
faisant les fouilles, un moulin fort re- 
marquable, qu'on a placé dans la salle 
du musée. Attenant à la halle au blé, est 
le 

Jeu de Paume , qui est fort beau, 
mais abandonné depuis nombreuses an- 
nées et cédé presque toujours aux mar- 
chands ambulans. ÏNon loin de là, est 

r 

Evêché, édifice d'une construction 
fort remarquable. Presqu'en face est le 

Séminaire, qui est fort vaste , après 
lequel nous n'avons plus rien à voir de 
ce côté-là. Revenons maintenant sur nos 
pas, traversons la place de la cathédrale, 
suivons la 

Rue des Basses-Gouti'eres , puis celle 
des Petits-Souliers, là est 1' 

ancien Hôtel-de-Ville , occupé au- 
jourd'hui par le musée, qui a été fondé 
en 1825. Cet édifice fut commencé sous 
Charles VIII, et achevé par Louis XI, 
en 1498. Sa façade est fort remarqua- 
ble; dans la cour, nous remarquons une 
tour très ancienne, qui faisait partie de 
la première enceinte d'Orléans, et dont 
le sommet est maintenant surmonté 
d'un télégraphe. Le 

M usée , qui est placé dans les salles 
du rez-de-chaussée, est fort beau et ren- 
ferme des lableaux de Mignard, de Vi- 
vien, du Guide, de Philippe de Champa- 
gne, de BenedettoLuta, de Van-Romain, 
du Guerchin, de Drouais, de Rigaud, 
de Fragonard, etc. Dans les salles supé- 
rieures est le 

Cabinet d'Histoire et d'Antiquités. 
Après avoir examiné les riches collec- 
tions que ce cabinet renferme, nous 
allons joindre la 

Rue du Tabourg, pour voir la 
Maison d'Agnès Sorel. Cette maison, 
qui porte le n° 15, est bâtie avec un 
soin particulier et un luxe de sculpture 
qui annoncent, au premier coup-d'œil, 
qu'elle a dû être habitée autrefois par 
de riches el puissans seigneurs. 



La façade extérieure de cette maison 
n'offre rien de remarquable que ses 
croisées et ses deux portes, qui sont or- 
nées de trois bas-reliefs, que nous allons 
examiner successivement. 

1 er Bas-Relief.— Ce bas-relief repré- 
sente un vaisseau mouillé près du ri- 
vage, monté par des hommes armés, 
occupés à enlever des femmes; un vieil- 
lard en relient une qui parait être sa 
fille, et supplie vainement un des enne- 
mis, dont le glaive est levé, de ne pas 
la lui ravir ; un autre soldat perce de 
son épée un homme renversé auprès 
d'une jeune fille qu'il relève brutale- 
ment et emmène de force; des gens de 
la campagne, effrayés, fuient de tous 
côtés, et cherchent un abri dans leurs 
demeures. 

2 U Bas-Relief.— Ce bas-relief repré- 
sente une espèce d'autel : à gauche 
sont des femmes qui tiennent des cor- 
nes d'abondance remplies de fleurs et 
de fruits ; la première d'entre elles , 
c'est-à-dire celle qui est le plus près 
de l'autel, tient un miroir ovale et à 
manche; à ses pieds, et sur les marches 
de l'autel, est un homme étendu qui 
semble sortir d'un profond sommeil. 
Du côté opposé , sont des guerriers à 
pied et à cheval, ayant tous les yeux 
fixés sur l'autel. 

3 e Bas-Relief.— Ce dernier bas-relief, 
qui se trouve sur la petite porte d'en- 
trée, est le plus remarquable ; nous y 
voyons un homme placé sur un superbe 
char à quatre roues, recevant la foudre 
des mains d'un ange qui descend du 
ciel ; dans le même char est un jeune 
enfant tenant sur ses genoux les reste» 
d'un petit coffre, ou de l'écusson mutilé 
du principal personnage; sur le devant 
du char est uno femme assise, jouant d'un 
long Instrument terminé en pavillon; 
d'autres femmes, qui traînent le char, 
jouent aussi de divers instrumens ; en 
avant de ce groupe, est une autre femme 
montée sur un cheval , semblant repré- 
senter la Renommée. 

Tels sont les divers objets qu'offrent 
ces bas-reliefs. Pénétrons maintenant 
duns la 

Cour. Cette cour, qui est pavée avec 
beaucoup de soin, présente , dans son 
centre, un compartiment en mosaïque 
de pierres noires et blanches; dans le 
fond se voit un vaste puits garni de son 
antique ferrure, et dont la çerclie, en 



DU VOYAGEUR EN EOuOPE. 



partie conservée , est ornée d'une belle 
lelcde lion. 

A gauche de la cour, se déploie une 
magnifique 

Galerie, soutenue par (rois arcades 
en plein-cintre, et par de fortes colon- 
nes d8 six A sept pieds de fût d'un seul 
morceau , surmontées de riches chapi- 
teau* bien exécutés. Celte galerie , 
qui supporte le corridor du premier 
étage, est un plafond orné de nombreux 
caissons où sont sculpté» avec beau- 
coups d'arides cœurs percés dé flèches, 
des torches enflammées cl en sautoir, 
des amours, une tortue , un soleil, une 
assiette de poires, enfin des (leurs de 
lis. Sur le mur du fond de la galerie, 
nous remarquons deux têtes incrus- 
tées, l'une d'homme et l'autre de femme. 
Dans celte galerie est un superbe 

Kscalitr eu pierre, qui règne depuis 
le haut de la maison Jusqu'au fond des 
caves. A chaque repos sont de jolis 
culs-de-lampe parfaitement conservés. 

L'intérieur de la maison répondait 
parfaitement A la beauté du dehors. 
On y remarquait jadis une vaste salle 
divisée aujourd'hui en plusieurs céna- 
cles et décorée avec beaucoup de goût. 
Les poutres et les solives, dont on dis- 
tingue encore les moulures , laissent 
apercevoir, sous la peinture grossière 
qui les recouvre, les traces de l'or et de 
l'azur qu'on y avait prodigués. 

•Suivant la tradition successive des 
personnes qui ont habité cette maison, 
elle aurait été élevée et décorée par 
Charles VII, pour la belle Agnès Sorel. 

Continuons notre promenade, ensui- 
vant la rue Tabourg, nous arrivons A la 

Hue /loyale , qui est la plus belle 
d'Orléans, ctauboutde laquelle est le 

fiant-Neuf qui joint la ville au 

Faubourg Saint-Marceau, qui n'of- 
fre rien de remarquable que sa belle 
«venue désignée sous le nom de 

Ilue Dauphine, laquelle conduit au 
village d'Olivet. Du côté gauche du 
pont, et à son origine, sont les 

Bains Publics, qui sont construits A 
l'instar des bains Vigicr établis à 
Paris, sur la Seine. En suivant le quai 
de ce côté, nous trouvons la 

Chapelle Saint- Jacques , qui sert 
aujourd'hui de magasin, et dont la fa- 
çade est gothique et ornée d'ornemens 
très variés. Plus loin, et à l'écart du 
fleuve, est r 



1»! 

Eglise Sainl-Aignan , qui offre un 
joli vaisseau gothique , et qui est, après 
la cathédrale, le plus bel édifice reli- 
gieux d'Orléans ; mais la nef en a été 
abattue lors de la prise de cette ville par 
les calvinistes. La chapelle souterraine, 
est d'une beauté rare. Dans l'un des 
angles de la 

Place Saint-Aignan est le 

Manège ou Gymnase de la ville d'Or- 
léans, qui n'offre rien de bien remar- 
quable. Derrière le manège, el un peu à 
l'écart du fleuve, est un bel édifice qu'on 
désigne sous le nom de 

Château de la Motte-Sanguin, qui a 
été construit par le père de .S. M. Louls- 
Phllippe , et de la terrasse duquel 
on a une vue admirable. Au pied de 
celte terrasse, el A gauche du château, 
est une vaste maison percée de trois- 
cent-soixante croisées qui en dépend. 
et dans laquelle on a établi un superbe 

Moulin, mu par la vapeur, et dirigé 
autrefois par une compagnie anglaise 
qui s'y est ruinée. Depuis celle époque, 
ce moulin ne fonctionne plus, et n'est 
montré (pic comme objet de curiosité. 
En sortant du ohàleau, nous suivons le. 

Mail, espèce de boulcvarl, sur lequel 
nous remarquons I' 

Eglise Samt-Euverte , dans laquelle 
est placé 1' 

Entrepôt. Cette église est surmontée 
d'une tour , construite en 1866, qui a 
servi long-temps A fabriquer du plomb 
de chasse. Plus loin est la 

Poudrière, qui est placée dans une 
tour A moitié en ruine, qui faisait par- 
tie des murs de la ville. Après avoir 
passé derrière les 

Prisons, nous entrons dans la 

Hue llannicr,(\\i\ est le terme de no- 
tre promenade intérieure. 

Environ!; d'Orléans. 

Le château de Sully, celui de la Kerté- 
Saint-Aubin , et les sources du Loiret; 
tels sont les lieux que nous allons 
visiter suocssivemenl dans les environs 
d'Orléans. 

Excursion au château de Sully. 
Distance à parcourir : !i licuos et demie. 

Topographie de la route. 

Des deux routes qui conduisent A 
Sully, celle qui longe la Loire étant la 



182 



GUIDE 






plus pittoresque, nous allons la suivre. 
Nous sortons d'Orléans par la barrière 
qui avoisine le château de la Motte-» 
Sanguin; là s'offre à nous une magni- 
fique 

Avenue, au bout de laquelle sont de 
nombreuses maisons de plaisance, pla- 
cées sur une élévation qui domine toute 
la contrée. Après uu léger détour, nous 
arrivons à la 

Chartreuse, belle propriété qui jouit 
aussi d'une belle vue. Bientôt , nous 
arrivons à l'origine du 

Canal d'Orléans et à 

Saint-Denis , petit village sans im- 
portance, en face lequel est 

Jargeau , petite ville fort jolie, re- 
nommée par ses exceliens navets. Plus 
haut est 

Château-Neuf, bourg situé sur la 
grande route d'Orléaos à Nevers, et 
près des rives de la Loire. Plus haut, et 
du côté opposé, se montre d'abord 

Siglon, petit bourg fort joli et en- 
suite 

Saint-Peré, en face duquel s'élève 

Sully, qui est le terme de notre 
voyage. La ville de Sully n'offrant rien 
de curieux ; nous p.-ssons de suite à 
l'examen du château. Le 

Château de Sully, ancienne demeure 
des sires de la Trémouille, a été restauré 
et presque entièrement reconstruit par 
le fidèle ministre de Henri IV, qui, 
après la mort de ce monarque, se retira 
à Sully, où il employa ses moniens de 
loisir à embellir sa demeure. 

Les bàtimen^ du château sont fort 
vastes ; à leur centre est une cour pres- 
que carrée, au nord de laquelle est 
la partie moderne du château, qui a été 
construite et meublée sous le règne de 
Louis XV. Dans cette partie de bâti- 
ment et au rez-de-ehaussée est la cui- 
sine, et au dessus une salle immense, 
ayant vue sur la Loire. A l'extrémité de 
cette pièce est une salle de spectacle , 
qui faisait les délices de Voltaire, pen- 
dant le séjour qu'il fit à Sully, où l'on 
sait qu'il a composé une partie de sa 
Henriade. De cette cour on est con- 
duit par une petite porte basse devant 
la façade principale de la partie du bâ- 
timent sud-est ; là est une magnifique 
entrée a laquelle vient aboutir la salle 
des Gardes et un joli vestibule après 
lequel sont les appartenons du ptais 
graud miuislre qu'ait eu la France, Les 



plafonds de ces appartenons sont char- 
gés de caissons qui offrent desaiglesdé- 
ployés, armés de la foudre. Dans l'é- 
tage supérieur, est, outre l'ancienne 
salle de réception, la chambre qu'oc- 
cupa Henri IV lorsqu'il vint à Sully. 

Quant à la tour du château dont il 
nous reste à parler, elle est parfaite- 
ment conservée ; à sa base coule paisi- 
blement l'eau d'un magnifique canal 
qui la sépare de la ville. C'est dans 
cette tour, qui porte le nom de tour de 
Béthune, que Sully fit établir l'impri- 
merie qui a servi à l'impression de la 
première édition de ses Economies 
royales. 

Excursion au château de la Fertè-Saint-* 
Aubin. 

Distance à parcourir : S lieues. 
Départ* 

D'Orléans à Olivet, la route est fort 
agréable, bordée par de jolies habita- 
tions ; après ce bourg elle devient 
triste ; nous commençons à entrer dans 
la Sologne, contrée pauvre et stérile, 
dont les vastes surfaces étaient cepen- 
dant couvertes de forêts du temps de 
Jules César. Des traces de camp romain 
attestent que cette partie de la Gaule 
offrait des ressources dont elle est 
maintenant dépouillée. Le 

Château de la Ferté-Saint-Aubin , 
qui est aujourd'hui la propriété du fils 
du maréchal Masséna , est situé sur le 
Cosson,dont les eaux limpides alimentent 
ses larges fossés. Ce château se compose 
de deux parties distinctes : l'une, très 
ancienne , et dont l'origine remonte 
jusqu'au treizième siècle, l'autre, con« 
struite par le maréchal de la Ferté , sur 
les dessins de Mansard, vers le milieu 
du dix-septième siècle. 

Excursion aux sources du Loiret. 

Dislance à parcourir : I lieue et demie. 

Loiret, objet de mes délices, salut! Je 
viens te payer ma dette sacrée. Eau lim- 
pide , riches pâturages que tu baignes y 
château somptueux que ta présence embel- 
lit, c'est vous que j'invoque; soyeî mon 
Apollon. Et vous, divinités soumises à 
Kole , qui venez si souvent caresser de vo- 
tre souffle divin ce lieu champêtre , venez 
faire résonner les tubes d,e mes faibles pi- 
peaux! 



MMS»^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



183 



Départ. 



Nous pouvons nous rendre aux sour- 
ces du Loiret par terre et par eau ; la 
première voie est ennuyeuse, la seconde 
est plus agréable : c'est celle que nous 
allons prendre. 

Embarquement. 

C'est au 

Pont d'Olivet que nous allons nous 
embarquer, en nous servant du bateau 
du moulin. Le lieu d'embarquement 
n'est guère commode, à cause de la 
vase et des nombreuses plantes qui 
sont en cet endroit, mais nous pouvons 
remédier à ce léger inconvénient , en 
nous servant d'une planche. 

Navigation. 

Poussons au large, et , à l'aide de nos 
deux avirons , remoulons le cours pai- 
sible de celte rivière. A gauche, rien 
de curieux à voir ; à droite, tout est 
beau : châteaux et sites nombreux. A 
peine avons-nous quitté le lieu de no- 
tre embarquement , que nous nous 
trouvons en face le joli 

Château de M. Delamarre, entouré 
de fort beaux arbres. Sur la même li- 
gne est le 

Château de Bel-Air, appartenant à 
M. Aubertot, propriétaire de la super- 
be fonderie établie à Vierzon (Cher), et 
dont vous avez peut-être examiné les 
brillans produits à l'exposition de 1827. 
Arrêtons-nous un instant au pied du 
parc pour admirer les beautés enchan- 
teresses de ce beau séjour. 

Voyez-vous sur les bords du Loiret 
un petit 

Pavillon à l'italienne ? c'est la 

Salle des Bains du château. La pom- 
pe que vous voyez en dehors est desti- 
née au service de ce lieu; voyez à tra- 
vers ses vitraux quel luxe et quelle ad- 
mirable distribution ! Des bains l'œil 
peut facilement voir une partie du Loi- 
ret et la vaste plaine de la rive opposée. 
Ce petit 

Canal que vous voyez entrer dans le 
parc, conduit à la 

Poissonnière , où les poissons pris 
dans le Loiret, sont retenus captifs par 
un treillage en fer, et mis ainsi à l'a- 
bri de la main des voleurs et des ani- 
maux destructeurs. 



Jetons maintenant «os regards plus 
loin et en face du château dont l'archi- 
tecture, quoique simple, est fort jolie. 
A nos yeux se présente d'abord une 

Colonne en marbre, dont la base est 
entourée par un 

Rocher factice , et ensuite un vaste 

Souterrain précédé d'une petite salle 
destinée à la solitude ; on y respire la 
fraîcheur. De tous les côtés l'eau s'en 
échappe en mugissant , et vient serpen- 
ter à vos pieds et vous apporter une 
fraîcheur salutaire. Quittons le séjour 
des naïades, portons nos regards à gau- 
che ; là nous découvrons un 

Temple dédié à l'Amour, et dont la 
sculpture, quoique simple, est des plus 
jolies. De ce temple, la vue est ravis- 
sante. Orléans paraît dans toute son 
étendue, ainsi que les bords de la Loire, 
rius haut et sur les parties latérales 
du château est la 

Volière, peu riche en volatiles, mais 
belle par sa construction et sa disposi- 
tion. 

Maintenant que nous avons parcouru 
le parc du château du Bel-Air, repre- 
nons nos rames et gagnons le large, car 
notre point de vue n'en sera que plus 
beau. Ici le Loiret est fort large, ses 
bords en sont plus rians, en ce qu'ils 
ne sont pas dégradés par la main de 
l'homme. Admirez l'effet de ces arbres 
placés au pied de l'eau ; leurs branches 
souples tombent avec grâce, et vien- 
nent rider l'eau paisible. 

Arrêtons-nous un instant en face de 
ce joli tableau ; prenons haleine; exa- 
minons passer autour de notre rusti- 
que nacelle ces bandes brillantes de 
poissons: ce spectacle est digne de fixer 
notre attention. Examinez cette roche 
couverte d'arbres divers et dont les 
pieds sont baignés par l'onde paisible. 
Voyez ces grottes et ces petites barques 
amarrées à ces poteaux ; c'est là que 
viennent, le3 dimanches et les fêtes, 
quelques Orléanais amateurs de la pê- 
che et des promenades sur l'eau. 

Ici le Loiret devient plus étroit, son 
cours commence à être embarrassé par 
de nombreuses plantes qui gênent la 
navigation. Bientôt ces obstacles se 
multiplient davantage, et, joints au 
manque d'eau, nous sommes obligés de 
débarquer près de ce 

Pont rustique jeté sur le Loiret. 



184 



GUIDE 



Débarquement et promenade. 



Débarquons, amarrons notre bateau 
au pont, et dirigeons nos pas vers la 
source. D'ici à la source la distance 
n est pas grande. Nous sommes dans la 
propriété du château de la Source, et 
Je possesseur de ce superbe lieu a vou- 
lu qu'il fut public, pour que tout le 
monde put jouir de sa beauté. 
Après avoir suivi une jolie 
Avenue pendant quelques minutes, 
nous découvrons le 

Château de la Source entouré, du cô- 
te du nord, d'un massif d'arbres qui 
lui donne un aspect très pittoresque. 
Non loin de là s'élèvent deux mélèzes, 
gardiens majestueux de la source. 
Après avoir passé le château, nous nous 
trouvons en face la 

Source, qui est entourée d'un treil- 
lage peu élevé, destiné à éloigner les 
curieux imprudens. Cette source, est 
appelée la 

Grande source. L'eau en sort par une 
ouverture de huit à neuf pieds de cir- 
conférence. Plus bas et dans la même 
direction, c'est-à-dire en face le châ- 
teau, est la 

Petite source, dont l'ouverture, qui 
donne passage à l'eau, est moins grande 
que la précédente. 

L'eau de ces deux sources sort en 
bouillonnant avec plus ou moins de 
force, suivant la crue ou la baisse de la 
Loire, ce qui me porte à croire que 
1 eau du Loiret vient de la Loire par 
infiltration. 

Maintenant que nous connaissons les 
sources du Loiret ; puisque nous som- 
mes ici, je vais vous en faire voir le 

Gouffre, lieu où l'eau de cette rivière 
se perd sans jamais plus reparaître. 
Passons du côté opposé, c'est-à-dire 
en face le château, et dirigeons nos pas 
vers le cours du Loiret. Apercevez-vous 
une petite 

Chaumière à peu de distance de la 
rivière ? C'est derrière elle que se trouve 
le gouffre. Tenez, vous commencez déjà 
« voir le petit canal qui se détache du 
J^oiret et qui conduit à l'abîme sans 
fond Mais nous y voici : considérez 
maintenant cetépouvantable lieu ; voyez 
cette efpèce de bassin circulaire dont la 
circonférence n'a guère plus de cent 
pieds. Remarquez avec quelle précipi- 
tation l'eau qui vient du Loiret dispa- 



raît en tournoyant. Que devient cette 
eau après son entrée dans le gouffre? 
on l'ignore entièrement; jamais per- 
sonne n'a pu la voir sortir d'aucun 
cote, ni même les arbres qui ont tombé 
dedans par suite de l'éboulement des 
terres. L'eau s'y perd avec une telle 
rapidité, que les meuniers établis sur 
le Loiret craignant d'y voir passer tout 
reau de cette rivière, etdemanquerpar 
la de moteur pour leurs moulins, ont 
obstrué en partie le petit canal, qui est 
pour eux un objet d'entretien annuel. 
Vous pourriez croire d'abord par la 
rapidité avec laquelle l'eau tourne et 
s'enfonce , que les poissons doivent fuir 
ce heu d'épouvante ? Non, pas du tout, 
ils y sont, au contraire, en très grand 
nombre, ainsi que vous pouvez vous en 
assurer en regardant avec attention, car 
on peut facilement les voir, surtout si 
1 eau est claire. L'ancien chef d'office 
du château , M. Mézières, actuellement 
pâtissier-traiteur à Orléans, qui m'a fait 
voir ce lieu en bateau, m'a assuré y 
avoir vu des carpes d'une grosseur 
énorme, et je suis même porté à le 
croire, car le poisson y vit très tran- 
quille , n'étant pas tourmenté par les 
pécheurs, à cause de la difficulté de 
pouvoir y placer les lignes et les filets. 
Maintenant que vous connaissez le 
gouffre, prenons la gauche et allons je- 
ter un coup-d'oeil sur la 

Dui, ruisseau qui est à côté du pota- 
ger du château, et dont les bords 
font fort jolis, surtout ici; plus loin, il 
perd de ses charmes. Voyez, examinez- 
en la perspective ; quel coup-d'œil en- 
chanteur! c'est un tableau ravissant, 
c'est le dernier de ce côté. 

Retour au pont d'Olivet. 

Puisque nous n'avons plus rien de 
curieux à voir de ce côté, nous allons 
reprendre notre premier chemin, et 
rejoindre notre embarcation et le pont 
<l Olivet , d'où nous allons parcourir 
1 autre rive ; mais cette fois-ci nous fai- 
sons le trajet à pied, ne pouvant pas 
nous servir du bateau, à cause des 
nombreux moulins établis sur le Loi- 
ret, dans cette partie. 

Excursion jusqu'au château de Rondeau. 
Dislance à parcourir : 1 lieue et demie. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



183 



Départ. 



Observation. 



Gagnons d'abord 1' 

Origine du pont, et examinons de là 
le magnifique coup-d'œil qne nous of- 
fre la rive opposée. Non loin du pont se 
déploie avec grâce un magnifique 

Château, entouré d'un superbe parc 
et d'une belle avenue qui borde cette 
rivière. Au dessus s'élève le petit clo- 
cher d'Olivet et quelques maisons rus- 
tiques formant une espèce de rideau, et 
dont l'effet est très gracieux. Plus bas, 
l'oeil se repose sur un petit coteau bril- 
lant des produits de Cérès et de Po- 
mone. 

Quittons maintenant le pont et ga- 
gnons cettej maison blanche qui] semble 
obstruer le cours du Loiret. Cette mai- 
son est un superbe 

Moulin, dont le mécanisme à l'an- 
glaise est fort curieux, et que nous 
pouvons voir jusque dans ses plus pe- 
tits détails. 

A notre droite, entre ce moulin et le 
pont, et non loin du Loiret, est un beau 
château appelé le 

Château de la Fontaine , que nous 
pouvons visiter, mais qui n'offre pas le 
coup-d'œil gracieux de ceux que nous 
venons de voir. Plus loin nous rencon- 
trons une foule de moulins qui, par leur 
situation, sont dignes d'exercer le pin- 
ceau de nos peintres paysagistes. Enfin 
vient le 

Château du Rondeau , placé dans 
une position des plus avantageuses, et 
entouré d'une multitude de volatiles 
dont les divers ramages sont loin d'avoir 
de l'harmonie. 

Voilà , mon cher compagnon de route , 
tout ce que le Loiret offre de curieux , 
et je suis persuadé d'avance, que vous 
conserverez le souvenir de cette pro- 
menade. 

Adieux au Loiret. — Adieu, lieux 
fortunés ! adieu , rive enchanteresse ! 
adieu ! Je t'ai payé le tribut d'éloges 
que je te devais ; tu n'as plus rien à 
me reprocher ; je puis continuer mon 
cours avec les autres rivières , moins 
riches peut-être en beautés, mais plus 
utiles, en nous fournissant le moyen 
de transporter nos produits agricoles 
et industriels d'une ville à une autre. 

Gagnons maintenant Orléans, en sui- 
vant le chemin qui est à côté du château 
de la Fontaine, et partons pour Nantes. 



De tous les fleuves de France , aucun 
n'offre une navigation plus difficile que 
celui-ci, à cause de ses nombreux dé- 
bordemens en hiver, et de son peu d'eau 
en été ; aussi , les bateaux à vapeur qui 
font le trajet de Nantes à Orléans, sont- 
ils obliges de suspendre très souvent 
leur navigation à cause de ces deux dif- 
ficultés, malgré que, pour parer à la 
dernière , on leur ait donné une forme 
plate, et un tirant d'eau de quelques 
pouces seulement. 

D'Orléans à Nantes par les bateaux à 
vapeur. 

Distance à parcourir : 70 lieues. 

I En descendant deux 
Durée du trajet : < jours. 

( En montant quatre. 

Bateaux affectés à ce service. 

Deux jolis bateaux à vapeur , les 
Vuhains , d'une marche fort avan- 
tageuse , font le trajet d'Orléans à 
Nantes, en touchant aux villes inter- 
médiaires. Les 

Prix des places à bord de ces ba- 
teaux, sont fixés à 2G francs les pre- 
mières, et à 18 francs les secondes. On 
trouve , à bord de ces deux bateaux , 
d'excellens restaurans à la carte. 

Embarquement et départ. 

C'est au 

Quai Sypierre , non loin du pont, 
que nous allons nous embarquer , à côté 
de ces nombreux accélérés , qui déco- 
rent le port, et dont la mâture égale 
celle de nos plus grands chasse-marées. 
La cloche, pour la dernière fois, s'est 
fait entendre ; notre navire gagne le 
large, et nous voilà sillonnant le fleuve 
avec rapidité ; commençons nos études. 
A gauche , est le 

Quai Neuf, lieu destiné aux char- 
gement et déchargement du vin et de 
l'eau-de-vie venant du bas de la Loire. 
Plus loin , est une 

Vaste plaine , destinée au tir à la 
cible , au régiment qui forme la gar- 
nison d'Orléans. A droite, nous décou- 
vrons r 

Ancien Jardin des Plantes , la 

Porte Barentin; et, dans l'éloigne- 
ment, 1' 



. 



186 



GUIDE 



Abattoir de la ville, dont la con- 
struction est fort belle. A la porte Ba- 
rentin , commence une jolie 

Avenue d'ormes , conduisant à la 
grande route ; à sa terminaison , nous 
remarquons d' 

Enormes roches, sous lesquelles sont 
de vastes cavités. Plus bas, et à droite, 
se présente 

La Chapelle, village situé sur une 
éminence, et jouissant d'une belle vue 
qui s'étend au delà du Loiret. Après ce 
village, le fleuve devient plus pittores- 
que , particulièrement le côté gauche , 
ou bientôt nous remarquons 1' 

Embouchure du Loiret, et, dans 
l'éloignement, 

Saint-Mesmin, joli village qui pos- 
sédait jadis une ancienne abbaye , dont 
une partie des bàtimens forme aujour- 
d'hui une jolie habitation particulière. 
Du côté opposé est 

Saint-Ay , village dans une belle po- 
sition, et d'où on aperçoit 

Notre -Dame- de- Cléry , petite ville 
peuplée d'environ deux mille habitans, 
et remarquable par son 

Eglise, dans laquelle fut enterré 
Louis XI. Cette église, qui est dans le 
genre gothique, a son portail couronné 
par une pelite campanille de fort bon 
goût. A côté de l'entrée latérale nord, 
s'élève une grosse tour de forme tétra- 
gone, surmontée jadis d'une flèche. 
L'intérieur de l'église est magnifique; 
la nef principale est éclairée par vingt- 
trois croisées, dont celle du rond-point 
offre de beaux vitraux peints, qui pro- 
duisent un bel effet. Les portes de la 
sacristie et du chapitre sont ornées de 
guirlandes sculptées avec une grâce et 
une délicatesse admirables. Aux stalles, 
nous remarquons des tètes plus ou 
moins bizarres , et des ornemens cu- 
rieux, dessinés et sculptés avec beau- 
coup de goût. Dans la grande nef, nous 
remarquons le 

Tombeau de Louis XI , exécuté en 
1622, et dont le bon La Fontaine, 
dans son voyage en Limousin , a donné 
la description suivante : 

« On voit , dit-il , Louis XI à genoux sur 
son tombeau ; aux quatre coins sont des 
enfans : ce sont quatre anges , et ce pourrait 
être quatre amours , si onneleuravaitpoint 
arraché les ailes. Le bon apôlro de roi fait 
lit le saint homme , et est bien mieux que 
quand le Bourguignon le mena à Liège. 



a Je lui trouvai la mine d'un matois; 
Aussi l'était ce prince, dont la vie 
Doit rarement servir d'exemple aux rois 
Et pourrait être en quelque point suivie, 

« A ses genoux sont ses heures et son 
chapelet, et autres menus ustensiles, sa 
main de justice, son sceptre, son chapeau 
et sa Notre-Dame ; je ne sais comment le 
statuaire n'y a point mis le prévôt Tristan ; 
le tout est en marbre blanc, et m'a semblé 
d'assez bonne main. » 

Ce monument, qui avait été porté atl 
musée des monumens français à l'épo- 
que de notre révolution, fût replacé à 
Cléry en 1816, et porte pour principale 
inscription : 

A 

La mémoire 

De 

Louis XI . mi de Franc» , 

Et de 

Chartolte deSavoîe , son épouse. 

Après Notre -Dame -de -Cléry, et 
dans la même direction que Saint-Ay, 
est 

Saint-Pierre , village n'offrant aucun 
intérêt. Après avoir parcouru une 
faible distance, nous arrivons à 

Meun, ville bien bâtie et dans la- 
quelle nous remarquons un joli 

Château , qui Taisait partie autrefois 
du domaine des évêques d'Orléans. Non 
loin de Meun , est 

Baulle , village placé dans une posi- 
tion fort agréable. Après avoir parcouru 
un léger détour, nous apercevons, à 
notre droite 

Beaugency et son superbe 
Pont, composé de trente-neuf ar- 
ches, et près lequel nous allons faire 
une 

Station, pour prendre ou pour laisser 
des voyageurs. 

Bea ugency est une ville fort ancienne ; 
elle était défendue autrefois par un an- 
cien château-fort, sur les ruines duquel 
fut construit, plus tard, celui dont nous 
remarquons encore les restes. Ce châ- 
teau, quoique bien fortifié, ne put ce- 
pendant préserver la ville des ravages 
qu'y exercèrent Attila, en 451; Odoa- 
cre , roi des Saxons , en 480 ; les Nor- 
mands, en 854; le prince de Galles, 
en 1367 ; les Anglais , en 1411 et 1428. 
Le duc d'Alençon et Jeanne d'Arc l'en- 
levèrent aux Anglais en 1429. Les 

Restes du château de Beaugency con- 
sistent en une 
Tour, qui domine la ville, et qui offre 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



183 



un parallélogramme de soixante -douze 
pieds de long sur soixante-deux de large. 
Cette tour, qui était autrefois environ- 
née de murailles particulières, et cou- 
verte en plomb et en ardoise , fut brûlée , 
en 1568, par suite de l'incendie d'une 
abbaye qui en était proche , et à la- 
quelle les protestans mirent le feu. A 
cette époque, son élévation était de cent 
vingt- cinq pieds, mais on fut obligé, 
alors, d'en démolir environ dix pieds, 
qui menaçaient ruine. 

Après cette tour, Beaugency n'offre 
plus rien à notre curiosité que son 

Hôtel- de -Ville, dont la façade est 
sculptée avec goût , et ornée de bas- 
reliefs , de portraits et d'une sala- 
mandre qui caractérise le règne de 
François I". 

Départ de Beaucjennj. 

Après avoir quitté le port de Beau- 
gency et parcouru une faible distance , 
nous remarquons , à droite, et un peu 
à l'écart du fleuve, 

Mer (Loir-et-Clier) , petite ville fort 
jolie, dans laquelle est né, en 1(537, 
de Jurieu, célèbre ministre protestant, 
et où nous voyons encore la maison 
qu'il a occupée. Ses dispules avec le 
docteur Arnold lui valurent, dans le 
temps , une certaine renommée. Il est 
rentré dans l'oubli avec ce qui faisait 
la matière de ces disputes, encore au- 
jourd'hui si vaines et si inintelligibles. 
Presque en face est 

Nouan, petite ville qui n'a rien de 
remarquable que sa situation. Sur la 
même ligne, et à l'écart du fleuve, se 
montre 
Muides , et plus loin 
Saint-Dié , petite ville possédant un 
joli port qui favorise un commerce con- 
sidérable. Cette ville avait autrefois un 
monastère, que Clovis I" fonda, lors- 
qu'il visita ce saint ermite, au retour 
de la bataille qu'il gagna sur Alaric , roi 
des Visigoth» , l'an 530. Presque en face 
Saint-Dié, nous remarquons 

Suèvres , bourg sans intérêt. Plus 
loin, et dans la même direction, se 
montre 

Ménars , petit village possédant un 

Château fort joli construit vers le 

milieu du XVII' siècle par Guillaume 

Cheron, trésorier de l'extraordinaire 

des guerres: son architecture, qui tient 



de l'école de Mansard , si féconde en 
beaux édifices , quoique incorrecte dans 
quelques unes de ses parties, a cependant 
quelque chose d'imposant et de monu- 
mental. Son intérieur était orné de fres- 
ques et de peintures de Jean Mosnier. 

Parmi les chefs-d'œuvre de l'art qui 
s'y faisaient admirer, il existait entre 
autres une statue en pied de Louis XV, 
et les bustes du grand Condé et de Tu- 
renne ; on en voit encore les débris 
dans l'un des pavillons dépendant du 
château. 

Des terrasses de ce château, sous 
lequelles nous passons , on jouit d'une 
vue délicieuse , tant sur le fleuve que 
sur les riches passages des environs. 

Le château de Menais est aujourd'hui 
la propriété du prince Joseph de Chimay, 
qui y a fondé un 

Prytanée qui compte déjà trois an- 
nées d'existence. La position de cet éta- 
bliseuient , à l'entrée du parc de Mé- 
nars, entre la Loire et la route de Paris 
à Bordeaux , dans un site magnifique, 
au milieu d'un pays riche , remarqua- 
ble par sa salubrité , dont un climat 
doux et tempéré permet aux élèves de 
fréquentes promenades à la fois ins- 
tructives et agréables. 

La direction de ce vaste établissement 
est confiée à un homme capable , à 
M. Auguste Desportes . jeune auteur 
rempli de talent et favori des muses. 
Du côté opposé de Ménars, est 
Saint- Claude, bourg n'offrant au- 
cun intérêt. Bientôt s'offre à nos regards. 
Blois , où nous allons faire une 
Station pour prendre et déposer des 
passagers. 

Aperçu général de Blois. — Cette 
ville, dont l'origine se perd dans la nuit 
des siècles, est bâtie en amphithéâtre, 
sur la rive droite de la Loire , dans un 
des plus beaux sites de la France. Sa 
position , au sommet et sur le penchant 
d'un coteau , la divise naturellement en 
haute etbasse ville. La partie supérieure, 
qui forme la ville proprement dite , est 
en général mal bâtie; les rues sont 
étroites, mal percées, et pour la plu- 
part inaccessibles aux voitures, mais du 
reste fort propres. La ville basse offre 
une suite de maisons bien bâties, le 
long d'un quai superbe et d'une prodi- 
gieuse étendue , lequel forme la grande 
route , et va , en longeant le cours de la 
Loire s'unira la belle levée de Tours. 






188 



GUIDE 



Blois possède Un magnifique château, 
qui fut pendant plusieurs siècles la de- 
meure des comtes de ce nom , un très 
beau pont, plusieurs églises, de belles 
promenades, une bibliothèque publique 
renfermant environ dix - sept mille 
volumes parmi lesquels nous remar- 
quons quelques ouvrages rares , une 
salle de spectacle, deux beaux abat- 
toirs, un jardin botanique, de belles 
fontaines , une bourse de commerce , 
enfin une poissonnerie. 
Passons maintenant en revue les 
Curiosités de Biais , commençons 
par le 

Château, t Les fondemens de ce châ- 
teau furent jetés par les comtes de Blois. 
Réédifié et reconstruit plusieurs fois, 
il ne lui reste de gothique qu'une tour 
qui semble n'être encore debout, malgré 
le poids des siècles et l'invasion de l'ar- 
chitecture moderne , que pour rappe- 
ler que là fut le théâtre des plus san- 
glans excès du pouvoir. 

«Louis XII fit rebâtir, en 1498, la par- 
tic orientale du château et augmenta 
celle du midi. François I" bâtit celle 
du nord donnant sur la place du Collè- 
ge ; on y voit encore son chiffre sculpté 
et ses armes où figure une salamandre ; 
Gaston d'Orléans fit construire, en 1633, 
sur les dessins de Mansard , la belle fa- 
çade qui regarde l'occident, laquelle 
n'a jamais été terminée. 

« L'état défavorable dans lequel se 
trouve aujourd'hui ce château , afflige 
les regards de tous ceux qui aiment et 
cultivent les arts; les nombreuses mu- 
tilations qu'ont éprouvées les sculptures 
donnent de vifs regrets; et cette somp- 
tueuse maison royale , jadis si floris- 
sante , n'est plus qu'une caserne ! ( Les 
Châteaux royaux.) Les 

Souvenirs historiques qui se ratta- 
chent à ce château sont nombreux ; 
ce fut dans ce lieu qu'Isabeau de Ba- 
vière , femme de Charles VI , fut relé- 
guée après l'exécution du chevalier 
Louis Bourdon; là aussi se fit le fa- 
meux traité de paix et de confédéra- 
tion entre les Florentins et Louis XII 
et la république de Venise ; celui des 
Florentins etdesPisans; celui de Trente; 
la négociation pour l'affaire de Metz , 
1 oui et Verdun. Ce fut dans ce château 
que se célébrèrent les noces de Charles, 
ducdAIençon, et de Marguerite d'An- 
gouleme, sœur de François I«»j celles de 



Jean d'AIeneon,2« du nom, aïeul de 
Charles, avec Jeanne d'Orléans, fille 
de Charles, duc d'Orléans , et d'Isabeau 
de France. Là , que Philippe d'Autriche 
et sa femme, Jeanne de Castille, traitè- 
rent avec Louis XII et sa femme le ma- 
riage de leurs enfans, mariage qui n'eut 
pas lieu. Là, que Jacques, roi d'Ecosse, 
demanda en mariage Madeleine de Fran- 
ce. Là que fut fait le traité solennel entre 
le roi de France et la reine d'Angle- 
terre. Là que se fit le mariage d'Anne 
d'Alençon , avec Guillaume Paléologue, 
marquis de Monferrat. Ce fut encore 
là, qu'Henri IV fut marié avec Margue- 
rite de Valois , fille de Henri II. 

Mais si l'amour a tant donné de mar- 
ques de lui dans ce château, la mort n'y 
a pas moins laisséd'elle-même, car elle 
y enleva Valentine de Milan , femme 
de Louis d'Orléans, comte de Blois. 
Philippe d'Orléans, comte des Vertus, 
leur troisième fils. Elisabeth de France, 
fille de Charles VII, veuve de Richard , 
roi d'Angleterre, et première femme de 
Charles , duc d'Orléans , comte de 
Blois. Pierre d'Amboise, évêque de 
Poitiers , frère du cardinal de ce nom. 
Jean d'Orléans, duc de Longueville , 
petit-fils de l'illustre bâtard, Jean d'Or- 
léans , du poison qui lui fut donné au 
retour du siège de la Rochelle. Les rei- 
nes Anne de Bretagne et Catherine de 
Médicis, les princes de la maison de 
Guise , Marie-Anne d'Orléans et Mar- 
guerite de Lorraine, sa femme. Le 

Pont , près lequel nous stationnons , 
et qui joint la ville au faubourg de 
Vienne , mérite une attention particu- 
lière : ouvrage du X» siècle, porté sur 
onze arches, il est parfaitement con- 
servé et semble avoir bravé les injures 
du temps. Il n'a pas, il est vrai, l'élé- 
gance de ceux construits de nos jours, 
qui, grâce à la hardiesse des voûtes 
plates, sont de niveau avec les deux 
rives ; mais peut-être réunit-il à plus 
de solidité, plus de majesté, et pré- 
sente-t-il à l'œil une forme analogue à 
l'idée que l'on a naturellement de ces 
sortes de monumens. 

Sur ce pont, nous remarquons une 
vaste 

Pyramide , décorée de belles sculp- 
tures, armoiries et bas-reliefs. En 159ÎJ, 
son sommet fut renversé par un violent 
orage, et sans que ses ornemens en fus- 
sent en rien endommagés. C'est cet évé- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



189 



nement qui porta Chàurel , prévôt de mais laissons-la de côté et occupons 



la ville , à faire les vers suivans : 

Prirami's ercctsa strabal quœ marginc pontts 

Claracoronala tilia fonte gérons. 
Dm» levis audaci per tanta culmine cœlum 

Noclnrna venli turliine ouassa ruit. 
A T on tarnen itla sacrai» pestls violare coronam. 

Aul franco! flores potluere ausa fait. 
Quippe et tella Jouis regalla signa vencrenlar 

Hrccotit sub Uenricl noin'tne tuta manentt 

les 

Fontaines de Blois, qui sont les der- 
nières curiosités que renferme cette 
ville, sont alimentées par un large 

aqueduc , qui se prolonge sous terre 
à environ un quart de lieue de la ville, 
mais qui , à cette distance , se resserre 
de manière à ne plus permettre d'en 
suivre la direction. Toutes ses eaux sont 
conduites dans un vaste bassin, et de là 
elles se répandent dans l'intérieur de la 
ville. La plus belle de toutes les fon- 
taines que cette distribution forme, est 
celle qu'on appelle vulgairement la 

Grande fontaine , à cause de la 
grande quantité de tuyaux qui jettent 
continuellement l'eau, et parce que 
Louis XII l'embellit. L'inscription que 
l'on y plaça en 1672, ne lui lit pas beau- 
coup d'honneur, car elle donna lieu 
aux vers suivans : 

Celui qui sur ces eaux a rimé de traTers 
Ne s'est pas acquis grande yloire, 
Et s'il en rient une seule fois boire , 
îl sera plus payé que ne Talent ses vers. 

Environs de Blois. 

Les environs de Blois sont charmans, 
remplis de sites et de châteaux magni- 
fiques ; deux de ces châteaux , par leur 
importance, doivent être visités idéale- 
ment, savoir: le château de Chambord 
et celui de Fréchines. 

Excursion idéale au château de Cham- 
bord, 

Dislance à parcourir: i lieues. 
Situation : à l'Ouest de Blois. 

Si nous devions nous transporter au- 
trement que par la pensée à Cham- 
liord, nous suiverions le cours gracieux 
duCossou qui traverse le parc du châ- 
teau, et à notre droite, pour varier la 
route, nous suivrions les bords de la 
Loire , qui nous offrent de là , une suc- 
cession de sites romantiques ; de ta- 
bleaux ravissans et de rians paysages. 
Voilà la route que nous prendrions; 



nous seulement du château ; commen- 
çons d'abord par tracer son 

Historique. — Le château deChambord 
n'était , en l'an 1090, qu'une maison de 
plaisance et un rendez-vous de chasse 
des comtes de Blois. Depuis long-temps 
les rois de Frauce en avaient fait l'ac- 
quisition , lorsque François I er , fit édi- 
fier, sur les ruines de l'ancien château, 
l'édifice que nous admirons de nos 
jours. 

Depuis lo2G jusqu'à sa mort, Fran- 
çois r* occupa à la construction de 
Chambord , dix-huit cents ouvriers et 
dépensa environ cinq millions de notre 
monnaie. Après la mort de ce monar- 
que, le mauvais état des finances em- 
pêcha Henri II, Henri III et Charles IX, 
de dépenser pour la construction de 
l'édifice, plus de 391,000 livres, somme 
qui, réunie à la première, donne une 
douzaine de raillions de notre monnaie. 
Cependant jamais les bâtimens du châ- 
teau n'ont été complètement achevés. 
Après l'exil de Mlle de Lafayette , 
Louis XIII fit de Chambord sa rési- 
dence favorite. Louis XIV habita ce 
château plusieurs années, et y donna 
de brillantes fêtes ; ce fut dans l'une 
d'elles, au mois d'octobre 1070, que le 
Bourgeois-Gentilhomme fut joué par 
Molière et sa troupe , la première fois. 
Louis XV donna Chambord à Stanis- 
las, roi de Pologne, son beau-père. A 
Stanislas succéda le maréchal de Saxe 
qui , après sa mort , passa au comte de 
Frise son neveu, et après lui, ce beau 
domaine retourna à la couronne. En 
1777, Louis XVI en donna la jouissance 
à la famille de Polignac. Sous l'empire, 
Napoléon l'assigna en dotation à la Lé- 
gion-d'Honneur. Après la bataille de 
VVagram , l'empereur érigea Chambord 
en principauté et en fit don au maré- 
chal Berthier, sous la condition de faire 
terminer le château d'après les dessins 
du Primatice. Berthier étant mort , la 
princesse de Wagram fut forcée d'alié- 
ner ce domaine , qui fut mis en vente 
en 1820, et racheté pour être offert, soi- 
disant , par la Frauce , au duc de Bor- 
deaux, au moyen d'une souscription 
volontaire, ouverte par ordre des minis- 
tres ; mais réellement imposée aux fonc- 
tionnaires publics et à tous les employés 
des diverses administrations. 
Maintenant que vous connaissez l'bisx 



190 



GUIDE 



torique du château de Chambord , pas- 
sons à sa 

Description, que nous allons em- 
prunter à Blondel. Ce château, dit cet 
auteur, est de forme quadrangulaire, 
de vingt-quatre toises de diamètre, 
connu sous le nom de donjon. Ce don- 
jon est flanqué de quatre grandes tours 
et entouré d'un bâtiment rectangulaire, 
dont les quatre angles sont aussi mas- 
qués par des tours fort en usage dans 
les anciens châteaux, mais dont deux, 
situées du côté du midi, sont beaucoup 
moins élevées. La plus grande partie 
de ces derniers bâtimens n'ayant été 
achevée que sous le règne de Louis XIV, 
le bâtiment rectangulaire est d'une ar- 
chitecture demi-gothique, bien infé- 
rieure à celle du château ; la forme des 
cours qui l'environnent est désagréable 
à l'œil et nuit à l'effet pyramidal de ce 
bâtiment. Les quatre tours du donjon 
ont chacune soixante pieds de diamètre. 
Au milieu de cet édifice s'élève une 
cinquième tour de trente pieds de dia- 
mètre sur cent pieds de hauteur, ce qui 
donne une forme pyramidale très ingé- 
nieuse à ce monument, couvert en 
partie par des terrasses et en partie par 
des combles terminés par une multi- 
tude de lanternes qui , entremêlées 
avec les souches des cheminées, ornées 
de salamandres, et s'élevant comme de 
beaux fûts de colonnes au dessus des 
bâtimens , annoncent un lieu d'habita- 
tion imposant et d'un aspect fort sin- 
gulier 

Le château est composé de trois rangs 
d^élages. A l'extérieur, il est orné de 
pilastres espacés de quinze pieds et 
couronnés chacun d'un entablement 
d'un travail recherché. La distribution 
intérieure de l'édifice n'est pas moins in- 
téressante : le grand escalier est prati- 
qué dans la tour, placée au centre du 
bâtiment; on y arrive, au rez-de-chaus- 
sée , par quatre salles des gardes , de 
cinquante pieds de longuouretde trente 
pieds de largeur, en sorte que, dans les 
quatre massifs angulaires, sont distri- 
bués à chaque étage autant d'apparte- 
mens complets. Ce qui mérite surtout 
les plus grands éloges, c'est la disposi- 
tion ingénieuse de cet escalier à double 
rampe, se croisant l'une sur l'autre, et 
toutes deux commençant à un même 
noyau : on ne peut, en effet, trop ad- 
mirer la légèreté de son ordonnance, la 



hardiesse de «m exécution et la délica- 
tesse de son exécution et de ses orne- 
înens , perfection qui , aperçue de la 
plate-forme du châleau, frappe, étonne, 
et laisse à peine concevoir comment 
on a pu parvenir à imaginer un dessin 
aussi pittoresque , et comment on a pu 
le mettre en œuvre. 

Quant aux 

Dépendances du château, elles sont 
immenses, son parc, qui est entouré de 
murs, est de douze mille arpens et tra- 
versé, ainsi que nous l'avons dit, par 
la rivière du Cosson, dont les rives tou- 
chent presque aux murs du château 
Ses bords, ombragés par des touffes de" 
joncs et de roseaux, servent de retraite 
aux oiseaux aquatiques. 

I>u château de Chambord, transpor- 
tons-nous maintenant à celui de Fré- 
chines. 

Excursion au château de Frêchines. 

Distance à parcourir : i lieues. 
Situation : entre Blois et Vendôme. 

Le château de Frêchines s'élève sur 
un plateau qui domine toute la contrée. 
Situé au milieu d'un paysage aussi riche 
que varié , la nature et l'art ont fait 
de ce séjour, l'un des plus beaux et des 
plus remarquables de cette partie de la 
France. Il fut construit, en 1774 et 
1773 , dans un style moderne, qui joint 
à l'élégance des formes tous les déve- 
loppemens nécessaires à ce genre d'é- 
difice. Deux parcs en dépendent : l'un 
d'une vaste étendue , occupe une sur- 
face de huit cent cinquante arpens ; 
l'autre, d'une moins grande dimention, 
dessiné avec art dans le genre pittores- 
que , se distingue par la variété des 
sites, et par de nombreux embellisse- 
mens dus aux soins et au bon goût du 
propriétaire actuel. De belles eaux, des 
fabriques, un vallon délicieux, qui s'y 
trouve compris, donnent à ce riant ta- 
bleau un intérêt qui s'accroît encore 
par le souvenir du grand homme qui 
l'habita, du célèbre Laurent Lavoisier, 
auquel la chimie doitde grandes décou- 
vertes. Après sa mort, Frêchines devint 
le partage de sa veuve, qui épousa 
M. le comte de Rumfort, savant étran- 
ger, membre correspondant de l'acadé- 
mie des sciences , et connu par plu- 
sieurs inventions utiles à l'humanité. 
La terre de Frêchines est maintenant 



Ï>U VOYAGEUR EN EUROPE. 



191 



la propriété de M. le comte de La Fo- ratifié par la duchesse de Valentinoïs, 
rêt. 

Hôtel recommandé. — Hôtel de la 
Tête-Noire , tenu par M. Pacheran - 
Huguet, en face la Loire. 

Cet hôtel, que nous ne saurions trop 
recommander à MM. les voyageurs, par 
sa bonne tenue et sa belle position, se 
trouve figuré dans l'atlas du Guide. 



Départ de Bluis. 



Allons , mon compagnon de voyage, 
notre navire quitte le port, reprenons 
notre itinéraire fluvial. A droite rien de 
curieux à voir que les magnifiques 

Levées de la Loire , l'un des plus 
beaux ouvrages, qui réunit à l'avantage 
d'offrir en tout temps des communi- 
cations sures et faciles, celui de pré- 
server des inondations de la Loire les 
propriétés voisines de ce fleuve. A gau- 
che, tout est beau, campagnes et habi- 
tations. Nous voici à 

Chouzy , petit bourg situé à notre 
droite, dans lequel est établi la 

Pépinière départementale , dans la- 
quelle on compte une multitude de su- 
jets en ormes, frênes et mûriers blancs, 
ainsi que plusie urs milliers de pieds d'ar- 
bres en bois blaiio. Après avoir par- 
couru une faible distance, nous passons 
d'abord devant 1' 

Embouchure de la Cize , et ensuite 
devant celles du Breuvrou etduCosson. 
Presqu'en face est 

Ecure, petit hameau sans importance. 
Apercevez-vous à notre gauche, sur le 
sommet du joli coteau que nous Ron- 
geons , un antique château d'un aspect 
pittoresque? c'est le 

Château de Chaumont , dont les 
fondations furent jetées par les sei- 
gneurs d'Amboise. Ce château, quoique 
construit à diverses époques, est assez 
régulier, et offre des détails très re- 
marquables. 

C'est dans ce vieux manoir que Ca- 
therine de Médicis se livrait aux prati- 
ques de l'astrologie judiciaire, et qu'elle 
cherchait à connaître un avenir que le 
cri de sa conscience devait lui rendre 
redoutable. Après la mort de Henri II, 
pour satisfaire la haine qu'elle portait 
à Diane de Poitiers, elle la contraignit 
à lui céder Chenonceau en retour de 
Chaumont , et cet échange forcé fut 



en 15o9. 

C'est dans ce château qu'est né, en 
1480, Georges d'Amboise , premier mi- 
nistre de Louis XII , que Voltaire, dans 
sa Henriade , a dépeint l'un et l'au- 
tre en ses termes : 

Le sage Louis douze , au milieu de ces rois, 
S'élève comme un cèdre, cl leur donne des lois. 
Ce roi qu'à nos aïeux donna le ciel propice , 
Sur son trône arec lui lit asseoir la justice ; 
Il pardonna sou veut , il régna sur les cœurs, 
Et des veux de son peuple il essuya les pleurs. 
D'Amboise est à ses pieds ; ce ministre tidèle , 
Qui seul aima la Fiance elseul fut aimé d'elle ;* 
Tendre ami de son mai Ire , et qui , dans ce haut rang , 
Ne souilla point ses mains de rapine et de sang. 
jours! ôinœursl ô temps d'éternelle mémoire 1 
Le peuple était heureux , le roi couvert de gloire ; 
De ses aimables lois chacun goûtait les fruits. 

Revenez , lieurenx temps ■ 

( Chanl vu J 



Plus loin, et du côté opposé à Chau- 
mont, est 

Veuve, village sur la levée de la 
Loire, et qui n'offre rien de remarqua- 
ble. A l'opposlle, nous remarquons 

Mosne (Indre-et-Loire), joli vil- 
lage dans une belle position. La rive 
gauche du fleuve continue d'aUirer nos 
regards, bientôt nous y découvrons. 
Amboise, et son joli 
Pont, près lequel nous allons faire 
une nouvelle 

Station. Amboise est une ville fort 
ancienne, et en général mal bâtie et 
mal percée ; peu considérable dans le 
principe, elle commença à prendre de 
l'accroissement sous le gouvernement 
des comtes d'Anjou, mais ce fut princi- 
palement sous le règne de Charles VII, 
de Louis XI et de Charles VIII, qu'elle 
parvint au degré de prospérité où elle 
est aujourd'hui. Le 

Château, devant lequel nous venons 
de passer, et dont les murs sont baignés 
par la Loire, a été bâti par Charles VII. 
11 est flanqué de deux belles tours, dans 
l'intérieur desquelles on peut monter 
envoilurejusqu'au sommet. Ce château, 
qui appartient maintenant au roi Louis- 
Philippe , est embelli de jardins fort 
agréables, élevés eu terrasse, à quatre- 
vingts pieds au dessus du sol de la ville. 
Passons maintenant aux 
Souvenirs historiques.- Ce fut dans 
ce château, qu'en 1409, Louis XI insti- 
tua l'ordre do Saint-Michel, et exempta 
la ville de tailles par lettres-patentes , 
en 1812. Ce fut là aussi que les Guises 
virent échouer les premiers efforts 



192 



GUIDE 



dirigés contre leurs ambitieux projets. 
Le cadavre de la RJgaudière, chef des 
conjurés, attaché à une potence , et 
ceux des prisonniers faits dans l'action, 
suspendus aux fenêtres du château, 
tels furent les horribles trophées de ce 
jour néfaste , où commencèrent les 
troubles et les guerres intestines qui 
désolèrent la France sous les derniers 
des Valois. Une seconde attaque ayant 
eu lieu , les Guises ne mirent plus de 
bornes à leur vengeance : la foi des 
sermensfut violée: le brave Castelnau , 
et ses derniers complices périrent sur 
l'échafaud. 

Les Guises détignèrent, au jeune roi, 
Chatillon et le prince de Condé, comme 
les instigateurs de la conjuration. On 
connaît la réponse énergique que fit ce 
dernier en se justifiant devant Fran- 
çois II et sa cour : Si quelqu'un est 
assez hardi pour soutenir que j'ai tenté 
de révolter les Français contre la per- 
sonne sacrée du roi, et que je suis au- 
teur delà conjuration, renonçant au 
privilège de mon rang, je suis prêt à le 
démentir par un combat singulier. — Et 
moi , reprit le duc de Guise, que ce défi 
semblait regarder, et qui faute de preu- 
ves complètes eût voulu étouffer cette 
poursuite, « je ne souffrirai pas qu'un 
aussi grand capitaine «oit noirci d'un 
pareil crime, et je vous supplie de me 
prendre pour second. » A ce dernier 
trait, on reconnaît la politique astu- 
cieuse qui caractérisait le prince de 
Lorraine. 

Charles VIII naquit à Amboise en 
1470, et y resta jusqu'à son avènement 
au trône ; il avait intérieurement le dé- 
sir d'y établirson séjour. Au?si, vou'ant 
rendre le château d'Amboise le plus 
magnifique de ceux qui existaient alors, 
il avait appelé auprès de lui les meil- 
leurs artistes de l'Italie ; mais sa mort 
prématurée fit évanouir ce projet. Il n'y 
eut d'achevé que la tour et la chapelle 
gothique dont la belle exécution et les 
précieux ornemens font encore l'admi- 
ration de nos contemporains. 

Après le château , Amboise offre en- 
core à notre curiosité 1' 

Eglise paroissiale, qui est dédiée à 
saint Denis, et dans laquelle nous re- 
marquons le 

Tombeau du duc de Choiseul, qui a 
été restau ré en 1802, aux fraisdeM. Pé- 
rault, habitant d'Amboise. Enfin les 



Greniers de César, situés près l'an- 
cien couvent des Minimes. Ce sont deux 
édifices taillés dans le roc , ayant cha- 
cun quatre étages, au milieu desquels est 
un escalier en pierre , composé de cent 
vingt marches, communiquant de l'un à 
l'autre. Dans le premier se trouve une 
cave qui a cent dix pieds de long, sur 
cinquante-huit de large, et au dessus 
trois greniers l'un sur l'autre, voûtés 
en pierre, carrelés et enduits en mor- 
tier fin. Au plus haut étage sont qua- 
tre caves taillées dans le roc, revêtues 
de briques cimentées en dedans. 

Le second édifice est pareil au 
premier , excepté qu'il ne s'y trouve 
point de caves. A l'extrémité de ces 
deux greniers, et au midi , sont deux 
tours rondes servant de conduits pour 
l'introduction du grain. 

Environs d'Amboise. 

Excursions idéales. 

Une partie des environs d'Amboise 
avoisinant le fleuve, nous étant connue, 
c'est sur les bords du Cher et de l'Indre 
que nous allons faire quelques excur- 
sions idéales , là se trouvent quelques 
châteaux que nous devons connaître. 

Excursion au château de Clienonceau. 

Dislance à parcourir : 2 lieues. 
Silualion : sur le bord du Cher. 



Le château de Chenonceau est un 
des plus beaux que possède le déparle- 
menl d'Indre- et-Loire ; avant de le dé- 
crire, commençons par tracer son 

Historique. — Ce château eit dans 
une belle position; sa fondation paraît 
remonter au XIII e siècle. Ce n'était 
alors qu'un simple manoir, appartenant 
à la famille de Marquis , dont l'un des 
descendans le vendit à Thomas Bohier, 
qui y jeta , sous François I er , les fon- 
dations du château que nous admirons 
aujourd'hui. Après la mort de Thomas 
Bohier, arrivée en 1S-23, ce château 
échut au connétable de Montmorency ; 
plus tard, Henri II, l'acheta, et le donna 
à Diane de Poitiers, avec le duché de 
Valentinois. Diane porta dans les embel- 
lissemens qu'elle fit à Chenonceau , la 
magnificence et le goût qui lui étaient 
naturels; mais elle fut arrêtée dans ses 
projets par Catherine de Médicjs, qui la 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



contraignit, après la mort de Henri II, à 
lui céder Chenonceau , en échange de 
la terre de Chaumopt-mr-Loire. Cathe- 
rine , devenue maîtresse de Chenon- 
ceau , se piqua de surpasser sa rivale 
dans les différens travaux qu'elle y fit 
exécuter. A la mort de Catherine, Che- 
nonceau devint l'apanage de la reine 
Louise, femme de Henri II, et depuis, 
il passa dans la maison de Vendôme. 

L'ensemblede cebeau monument, sa 
situation pittoresque , le précieux des 
ornemens, qui tous sont de bon goût, le 
rendaient l'un des plus inléressans de 
celle époque; il y a quelque chose de 
bigarre, une sorte de hardiesse dans son 
exécution, qui étonne et qui plaît; il est 
dans une parfaite conservation, et sem- 
ble échappé, comme par miracle", aux 
ravages du temps, et à l'époque mon- 
strueuse où tant de belles choses ont 
été profanées et détruites. 

Description. — Ce château se com- 
pose d'une masse qui comprend plu- 
sieurs pavillons, et repose sur des piles 
en pierres, fondées dans le lit du Cher; 
la façade principale est exposée au 
nord, et précédée d'un avant-cours et 
d'une longue avenue , dans la direction 
du bourg de Chenonceau. 

A l'extrémité du château , est une 
terrasse d'où l'on entre dans une galerie 
qui sépare les appartemens ; à gauche, 
sont les jardins qui bordent la rivière. 

La dislribution intérieure de cet édi- 
fice a été respectée jusqu'à ce jour ; 
des boiseries, des tentures des meu- 
bles ayant le style du temps, y sont 
encore en pleine conservation. Nous y 
voyons deux chambres lambrissées ; le 
plafond de l'une d'elles, est orné des 
armes de la reine Catherine de Médi- 
cis; l'autre, peinte en noir, est parsemée 
de larmes d'argent ; elle rappelle le sé- 
jour qu'y fit la reine Louise, femme de 
l'infortuné Henri III. La chapelleestd'un 
beau gothique , et richement décorée. 

Quant à la galerie qui est COntlguë 
au châleau, elle est fort belle; celte ga- 
lerie est éclairée par neuf fenêlres qui 
décorent le premier étage, et sont pla- 
cées alternativement sur le milieu des 
arches et des piles du pont, que sur- 
montent quatre tourelles à arcades , en- 
tre lesquelles, cinq croisées au re/.-de- 
ehaussée s'ajoutent sous les fenêtres 
supérieures. 

Il existe dans la cour du château, et 
Franck, 



près du pont, une tour dont les orne- 
mens gothiques appartiennent à une 
époque plus reculée que celle où Che- 
nonceau fui bâti. 

Tel et ce beau séjour, si digne de 
fixer l'attention des gens de goût qui se 
plaisent à visiter les' lieux dont l'aspect 
réveille de grands souvenirs : c'est 
ainsi qu'on aime à trouver dans le pré- 
sent les traces du passé. 

Excursion au château de Loches. 

Distance a parcourir : 3 lieues. 
Situation : sur l'Indre. 

Topographie de la route. 

Après avoir quitté Amboisc , et fait 
environ une lieue et demie, nous arri- 
vons sur les bords du Cher , là nous 
trouvons. 

La Croix, petit vi lage sans impor- 
tance. Sur la rive opposée, est 

l'Aéré, jolie ville à laquelle on arrive 
par un beau 

Pont, construit vers le milieu du XII e 
siècle, par Henri II , roi d'Angleterre. 
A une faible distance de cette ville, et à 
la source du ruisseau de Fonlenay , 
exislc un 

Canal vaille , construit par les Ro- 
mains, qui servait de leur temps à con- 
duire l'eau dans la \ ille de Tours. Après 
Bléré, nous traversons les petits villa- 
ges de 

Sxiblaines, et de 

Saint-Quentin , après lequel nous 
entrons dans 

Beaulceu, petite ville en face de Lo- 
ches, dont elle n'est séparée que par 
une longue suite de ponts qui traversent 
plusieurs bras de l'Indre. 

Loches est une ville très agréable, 
bâtie en amphithéâtre, et dominée par 
les 

Restes d'un antique château , dont la 
fondation remonte au commencement 
de la monarchie française. Dans le 
principe, ce châleau De consistait qu'en 
une tour carrée à laquelle on ajouta une 
enceinte de petites leurs rondes, dont 
les restes-existent encore. Ensuite , on 
doubla cette étendue , et l'on construisit 
un palais qui fut successivement habité 
par les rois Charles VII, Louis XI, 
Charles VT1I, Louis XII . François 1*6 
Henri II et par Charles IX. 

Aujourd'hui , ce châleau est trans- 
is 



194 



GUIDE 



formé en prison d'état , et n'offre plus 
rien qui rappelle l'époque où Loches 
était le séjour des rois. Rappelons main- 
tenant les 

Souvenirs historiques qui s'y ratta- 
chent. C'est dans ce château que furent 
détenus le cardinal de la Balue ; le duc 
d'Alençon, en 14S6 ; Charles de Melun, 
qui y eut la tête tranchée en 14(58; en- 
fin , Philippe de Commines , en 148(5. 

Sur la partie la plus élevée du châ- 
teau , apercevez-vous une 

Eglise couverte en pierre , qui offre , 
à son sommet, deux pyramides accom- 
pagnées de deux clochers? C'est dans ce 
lieu, et au milieu du chœur, que se 
voyait jadis le tombeau d'Agnès Sorel , 
élevé par les chanoines de Loches , 
auxquels la gente Agnès avait légué 
deux mille écus d'or. Ce monument 
fut, comme tant d'autres , transporté, 
en 1793 , au musée des Arts à Paris ; 
une épilaphe , d'un style simple et 
naïf, y rendait hommage à la mémoire 
de cette femme célèbre. 

Hôtels recommandés. — Ordre de la 
souscription. — 2 Avril. — Hôtel du 
Lion-d'Or, tenu par M. Peltier. 

Cet hôtel, qui est situé près le châ- 
teau et au centre des affaires , est bien 
meublé et possède une excellente cui- 
sine. On y trouve des chevaux et des 
voitures, pour les personnes qui dési- 
rent visiter le beau château de Chenon- 
ceau et la belle pagode, seuls restes de 
Cbanteloup. 

7 Avril. — Hôtel du Cygne , tenu 
par M. Dubois, faubourg du Bout-du- 
Pont. 

Cet hôtel , qui jouit d'un superbe 
coup-d'œil sur la Loire et sur la ville 
d'Amboise , et particulièrement sur son 
château , possède de grands et petits 
appartemens meublés à la moderne, 
une vaste cour, ainsi que des écuries 
et remises. C'est là que descendent 
ordinairement les personnes qui voya- 
gent eu poste. 

Départ d'Amboise. 

Peu de temps après avoir repris le 
cours de notre navigation , nous pas- 
sons successivement devant les villages 
de 

Lusseault et 

Mont-Louis , qui occupent une belle 



position. Bientôt après , nous décou- 
vrons , à droite , 

Lafrillière, village sans intérêt. Plus 
bas , et du même côté , est 

Vouvray , gros bourg dominé par 
le 

Château, de Mont-Contour , et qui 
renferme un grand nombre de mai- 
sons bâties avec élégance. A psu de 
distance de là , nous remarquons,, sur 
le sommet des rochers , les 

Ruines du château de la Rocht- 
Corbon , bâti au commencement du 
XI e siècle , consistant en une tour 
carrée qui communiquait, jadis, par 
des signaux, avec le château d'Am- 
boise , et à laquelle ou donne vulgai- 
rement le nom de 

Lanterne de Roche - Corbon. Plus 
bas , est le village de 

Sainte -Radégonde , dans lequel était 
jadis la célèbre 

Abbaye de Marmoutiers , fondée, 
vers le IV e siècle , par saint Martiu de 
Tours, et dans laquelle était une re- 
lique , nommée la sainte ampoule , 
qui servit , pour la première fois, au 
sacre d'Henri IV. Plus bas est 

Saint-Symphorien , village fort riant, 
situé en face 

Tours, ville où nous allons faire une 
nouvelle 

Station d'un quart d'heure. 

Aperçu général de Tours. — Cette 
ville est fort ancienne ; très agréable- 
ment située , sur la rive gauche de la 
Loire, dans une plaine charmante qui 
s'étend entre ce fleuve et le Cher. Son 
entrée est superbe : à l'issue du ma- 
gnifique pont qui se déroule sous nos 
yeux , s'ouvre la rue Royale , formée 
de maisons construites avec élégance , 
et bordée , de chaque côté , de larges 
trottoirs. Cette rue traverse la ville dans 
le sens de sa largeur, et aboutit à la 
route de Poitiers, qui semble en être 
le prolongement et qui s'élève jusqu'au 
pied d'une colline couronnée par un 
massif de verdure que supporte un 
pavillon d'une construction antique. 

La partie ancienne de Tours est gé- 
néralement mal bâtie , formée de rues 
étroites très mal pavées , où l'on trouve 
cependant quelques beaux quartiers. 

Tours possède plusieurs jolies églises 
et fontaines publiques, un palais archi- 
épiscopal, un palais de justice, un col- 
lège , uu hospice général , une biblio- 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



19!; 



thèque riche de plus de quarante mille 
volumes, un jardin botanique, un ca- 
binet d'histoire naturelle, une salle de 
spectacle ; enfin , de belles prome- 
nades, situées à droite et à gauche de 
l'entrée de la ville , et dans lesquelles 
se tiennent deux foires importantes , 
l'une le 10 mai et l'autre le 10 août. 

Passons maintenant eu revue les 
principales 

Curiosités de Tours , qui sout : la 

Cathédrale , qui fut fondée, en 347, 
par saint Martin, et rebâtie par Gré- 
goire de Tours. Cette église , dont 
l'architecture est fort remarquable , a 
son portail accompagné de deux tours 
/ort élevées et très élégantes : quant à 
l'intérieur , il ne renferme d'autres 
objets d'arts que le 

Tombeau des cnfansde Charles VIII, 
en marbre blanc , du au ciseau des frè- 
res Just, célèbres sculpteurs de Tours. 
Le 

Palais archiépiscopal , qui est un 
des plus beaux du ro>aume. La 

Fontaine de Beaune , dont le bassin 
est d'une forme octogone, et du mi- 
lieu duquel s'élève une pyramide d'où 
l'eau s'échappe par quatre jets. La 

Tour de Charlemagne , qui est un 
reste de l'ancienne église Saint-Martin, 
élevée , à ce que l'on prétend , sur le 
tombeau de l'une des femmes de ce 
monarque. Enfin, le 

Pont sur la Loire, qui est, après 
celui de Bordeaux . le plus beau de 
France. Il est construit en pierre de 
taille et composé de quinze arches el- 
liptiques de soixante-quinze pieds de 
diamètre , et d'une longueur d'en- 
viron mille trois cent trente -cinq 
pieds. 

Environs de Tours. 

Excursions idéales. 

Excursion au château de Plessis-les- 
Tours. 

Distance à parcourir : un quart de lieue. 
Situation : entre la Loire et le Cher. 

Ici , c'esl le passé qui parle au souvenir. 
(Dei.im.i.J 



Il n'existe plus aujourd'hui de ce 
château si redoutable , qu'une tour et 
quelques débris épars. Sa construction 
était de fort mauvais goût , et presque 



tout bâti en briques. 4 C'est sur une 
montée peu rapide et qui n'est ombra- 
gée d'aucun arbre, buisson, arbuste ; ni 
décoré de fleurs d'aucune espèce , qu'il 
est édifié. L'art des fortifications a dé- 
couvert ainsi celte place : non pas 
qu'elle fût plus stérile que les autres 
belles parties de la Touraine , mais on 
a jeté sur le sol pierres, gravais, frag- 
mens de roches, sables et autres ingré- 
diens , pour que les arbres n'y pussent 
provenir, et que l'ennemi fût, en temps 
de guerre , aperçu des tourelles à la plus 
grande distance possible. En outre de 
celte précaution , plusieurs ehausses- 
trapes , sont répandues çà et là sur le 
terrain , ce dont on ne peut trop avertir 
le voyageur imprudent qui pourrait 
aller s'enfoncer dans les pointes aiguës. 

s Le château présente d'abord au 
coup -d'oeil trois murailles qui s'élè- 
vent l'une derrière l'autre, et chacune 
plus haute que la précédente. Devant 
la première , il y a un fossé rempli 
d'eau et bordé à l'intérieur de longues 
pointes de fer. Entre chacune des au- 
tres murailles se trouve un fossé pareil 
au précédent , et défendu de la même 
manière. C'est au milieu de ces trois 
fossés el de ces trois remparts, que se 
trouve le château , composé de bâtimens 
inégaux, dont le plus élevé est une tour 
gigantesque qui n'a, pour fenêtres, que 
des trous oblongs, ou barbacanes, pour 
placer des mousquets, et, de là, tirer 
sur l'ennemi. Il n'y a pas de fenêtre à 
l'intérieur, et, pour dire 'e vrai, l'effet 
n'en est nullement plaisant ; car les 
seules ouvertures pratiquées donnent 
dans une cour ; vous diriez plutôt une 
geôle. 

(i Des tours fort grosses sont placées 
à toutes les murailles ; il y en a deux 
surtout qui défendent la porte d'entrée 
et qui sont remarquables par leur gros- 
seur. D'autres tours flanquent les deux 
remparts intérieurs , mais à des distances 
et dans des directions différentes ; de 
sorte que ces tours étant placées en 
échelon sur les trois remparts, le châ- 
teau paraît, dans le lointain, être en- 
tièrement garni de lours. Des nids 
d'hirondelles, ou guérites de fer, sont 
placés comme des niches le long des 
remparls , et garnis de soldais qui ont 
ordre de foudroyer celui qui oserait se 
présenter sans avoir le mot d'ordre, n 
( Saint Wandulfe. ) 



•;,;•) 




19G 



GUIDE 



C'est dans cette affreuse demeure que lie de Berthenay, que nous longeons 
le Tibère français, Louis XI, malade et en regard de laquelle est 
et tremblant chaque jour pour sa vie, Luynes, petite ville à l'écart de la 
attendait vainement sa guérison des Loire, à côté d'un vallon; elle est ados- 
prières de François de Paule. Gomme le sée à un rocher calcaire, sur le plateau 
roideTyr, il avait de nombreuses cham- duquel est un 



bres d'un abord difficile, et rarement il 
couchait dans la même. 

Le donjon , ainsi que nous l'avons 
dit , est tout ce qui reste du vieil édi- 
fice ; il renferme l'escalier du château. 
Les rampes en pierre sont fort belles ; 
des ornemens d'une précieuse exécu- 
tion , décorent les pendentifs de la 
voûte , et la nervure gothique qui la 
surmonte retombe gracieusement sur 
une colonne , prolongement du limon. 
C'est dans cette tour que Charles VIII 
passa son enfance. La plus grande di- 
mension de sa prison était de dix pieds, 
et, cet espace resserré, l'héritier du 
trône ne pouvait l'occuper seul : un of- 
ficier était commis à sa garde. Au nord , 
et du côté opposé à la tour , était la cha- 
pelle du château ; elle est détruite de- 
puis peu d'années. 

A l'extrémité de l'une des terrasses 
du château se voit encore le 

Puils des Oubliettes, recouvert par 
un pavillon de chaume. C'est près de 
là. dans un caveau pratiqué dans la 
même terrasse, que la nuit, on abritait 



Vieux château qui domine tout le 
pays. Non loin de là nous trouvons les 
liuines d'un aqueduc fort ancien , 
dont il ne reste encore debout qu'une 
cinquantaine de piliers carrés et huit 
arcades entières. Dans la même direc- 
tion que Luynes, et à une certaine dis- 
tance, nous découvrons 

Saint-If/ars-la-Pile, bourg bâti dans 
une situation pittoresque, près de la 
Loire, sur le penchant d'un coteau où 
nous remarquons les 

Ruines d'un ancien château, à peu 
de distance desquelles s'élève un 

Pilier très curieux, dont plusieurs an- 
tiquaires se sont vainement efforcés de 
pénétrer l'origine. Ce pilier, construit en 
briques, est de forme quadrangulaire : il 
a 90 pieds 3 pouces de haut, et 12 pieds 
6 pouces de largeur sur chacune de ses 
faces. Cette largeur est égale depuis la 
base jusqu'au sommet, qui est surmonté 
de 5 piliers de 10 pieds de haut. Celui 
du milieu a été abattu par un ouragan, 
en 1751. 
On attribue ce monument dont la 



le cardinal La Balue, renfermé dans destination est inconnue aussi bien que 

l'époque de sa construction, les uns 
aux Romains, les autres aux Goths ou 
aux Alains, d'autres enfin aux Celtes. 

Après Cinq-Mars nous longeons 1? 

Ile Brechemont, en face de laquelle est 

Langeais, petite ville très ancienne, 
située entre le fleuve et lo coteau. Saint 
Martin, dans le quatrième siècle, y jeta 
les premières semences du christia- 
nisme, et y fit bâtir une église. L' 

Ancien château, dont il existe encore 
quelques vestiges, avait été bâti par 
l'oulques-Ncrra, comte d'Anjou. Le 

Château moderne fut construit au 
milieu du treizième siècle, par Pierre 
de Brosse, minisire et favori de Phi- 
lippe-Ie-IIardi. C'est dans ce château 
que fut célébré, en J 491, le mariage de 
Charles VIII et d'Anne de Bretagne, 



l'une de ces cages de fer dont il fut l'exé- 
crable inventeur. 

Hôtel recommandé. — Hôtel de Lon- 
dres, tenu par M. Pilou. 

Le propriétaire de ce joli hôtel, pré- 
vient MM. les voyageurs que, devant 
quitter au mois de juin 1838, V hôtel de 
la boule d'Or, qu'il tient depuis 18 
ans , il continuera son établissement 
dans son hôtel, qui portera le nom 
d'Hôtel d'Angleterre, maintenant dé- 
signé sous le nom d'Hôtel de Londres, 
qu'il vient de réunir à la belle maison 
qui fait l'angle de la rue Royale et de 
la rue de l' Ancienne-Intendance. Ce 
bel établissement est maintenant à la 
disposition de MM. les voyageurs. Les 
appartemens sont parquetés et meublés 
avec luxe et convenablement distribués. 



Il 

grande cour et une vasle remise 

Départ de Tours. 

Nous voici déjà au large, et en face la 
superbe 



y a plusieurs salons particuliers, une par suite duquel la Bretagne fut réunie 

à la couronne. Une ancienne cheminée 
offre encore des sculptures qui ont rap- 
port à cet événement. 

La terre de Langeais appartenait à 
la famille du Bellay'; elle fut achetée au 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



197 



dix-seplième siècle par le marquis d'Ef- 
fiat, dont le fils prit le nom de Cinq- 
Mars, qui dépendait de cette terre. 

Du même côté que Langeais et à l'ex- 
trémité de l'île Brechemont est 

Saint Patrice, bourg peuplé d'envi- 
ron mille habilans, et dans lequel nous 
remarquons le 

Château de Rochecotte. En face de 
Saint-Patrice est le 

Confluent de l'Indre, aux environs 
duquel nous remarquons le superbe 

Chtiteaud'Ussc, bâti sur le penchant 
d'un coteau escarpé, et dominant le 
vaste bassin de la Loire et les bords 
champêtres de l'Indre. Ce château, qui 
est fort vaste et d'une belle architec- 
ture, a été bâti sur les plans et dessins 
du célèbre Vauban, au gendre duquel 
il appartenait. La chapelle est d'un joli 
gothique et d'un bon goût. 

A une lieue environ au dessus de 
ce château est celui d'Azay-le-Kideau, 
qui est l'un des plus pittoresques de 
France, et qui, par la richesse des dé- 
tails de son architecture, doit être mis 
au nombre des plus beaux monument de 
la renaissance. Faisons une 

Excursion idéale au château d'Azay-le- 
Rideau. 

Le 

Château d'Azaj-lt-Ridcau est situé 
dans une jolie île formée par l'Indre ; 
ce château a été commencé en 1502, par 
GilesBerthelot, et continué par Pothron 
de Sainlrailleset Semblacay. Il est éle- 
vé sur pilotis, et flanqué de tourelles 
qui forment avec les deux principaux 
corps de bâtiment, une masse aussi im- 
portante que remarquable par l'élé- 
gance de son architecture. II est entou- 
ré au midi par la rivière d'Indre qui, 
au couchant, se divise de manière à 
former plusieurs îles couvertes d'ar- 
bres. 

Le portail du château d'Azay-le-Ri- 
deau, exécuté avec légèreté et correc- 
tion, est le premier objet qui se fait 
remarquer. Il sert de façade à l'entrée 
du château, et par l'élégance, la pureté 
du style, rappelle le beau faire de Gou- 
jon; les frises et les bas-reliefs qui le 
décorent retracent de toutes parts les 
devises de François I tr et de Pin- i ,■. 
Poitiers. Ce portail, composé de ..on 
ordres d'architecture pris dans les mo- 
dèles de la renaissance, sert de cage à 



un escalier des plus curieux, où le pré- 
cieux des délails le dispute à leur 
perfection. 

Quant à l'intérieur du château, il est 
fort beau et renferme une riche collec- 
tion de tableaux historiques, d'un très 
beau choix et des meilleurs maîtres. 

Ce château appartient aujourd'hui à 
M. le marquis de Bieneourt. 

Maintenant que nous connaissons 
idéalement le château d'Azay-le-Rideau, 
reprenons notre itinéraire. Pu même 
côté que Saint-Patrice , nous remar- 
quons successivement les 

Trois Volets , la 

Chapelle Hanche et 

Chouzè , villages sans importance. 
Non loin de ce dernier, et du côté op- 
posé est 

Candes, petite ville bâtie dans une 
situation 1res pittoresque, au 

Confluent de la Vienne. Il y avait 
aulrefois à Candes un monaslère fondé 
par saint Martin, qui y mourut en 
397. h' 

Eglise, qui est d'une construction 
gothique, reste seule aujourd'hui, et 
renferme le tombeau de son fondateur. 
Les rois Cliaries-le-Chauve, Philippe- 
Auguste, Charles VIII et Louis XI, ont 
habité le château de Candes. Geoffroy 
Marlel l'assiégea en 1106, et y fut tué. 
A côté de Candes est 

Monsoreau (Maine-et-Loire), petite 
ville dans laquelle nous remarquons un 
joli 

Cliâteau, construit vers le douzième 
siècle, et servant aujourd'hui de maga- 
sin et d'habitation à quelques particu- 
liers. C'est dans ce château que fut em- 
poisonnée la comtesse de Montsoreau, 
maîtresse du duc de Guyenne, lequel 
mourut aussi quelque temps aprèscet é- 
véuement. i C'est, dit Brantôme, undes 
« cent tours du bon roi Louis XI, qui 
s fit mourir sen frère en lui faisant le 
« plus beau semblant de l'aimer vive- 
» ventent, et de le regretter après sa 
« mort. » 

Après avoir parcouru deux petits dé- 
tours, nous remarquons à droite 

Villehenier, village sans importance, 
et duquel nous découvrons 

Saumur et son joli 

l'ont en pierres de tuiles, qui joint la 
ville au faubourg de la Croix-Verte. A 
Saumur, nous faisons une nouvelle 

Station d'un quart d'heure. 



108 



GUIDE 



Aperçu général de Saumur. — Cette 
ville, qui occupe une position char- 
mante, est bâtie au pied et sur le pen- 
chant d'une colline. La partie qui avoi- 
sine le fleuve est construite avec élé- 
gance ; l'autre , c'est-à-dire la ville 
haute, est moins régulière et plus mal 
bâtie. 

Saumur possède , outre le château 
sur lequel notre vue repose, plusieurs 
églises assez remarquables, une belle 
caserne, une jolie salle de spectacle, 
des bains, enfin une bibliothèque pu- 
blique. 

Passons maintenant en revue les 

Curiosités de Saumur. Commençons 
par le 

Château. Ce château, que l'on nom- 
me le donjon, fut construit vers le on- 
zième siècle, sur l'emplacement de 
l'ancien château du Trône, édifié par 
Pépin. Ce château, qui sert aujourd'hui 
d'arsenal, était composé autrefois de 
quatre corps de bâtiment, renfermant 
une tour carrée, flanquée aux angles 
extérieurs d'une grosse tour construite 
sur deux plans, la première, circulaire 
jusque vers le milieu de la hauteur, et 
le surplus, de forme octogone, avec un 
pilier à chaque angle. L'un de ces qua- 
tre corps de bâtiment est détruit de- 
puis long-temps. Les deux tours situées 
au sud, existent en entier; des deux 
autres placées vers le nord, l'une, qui 
menaçait ruine, a été démolie en par- 
tie; l'autre présente, dans ses restes, 
les caractères de deux siècles difi'érens. 
Des trois 

Eglises de Saumur, deux seules mé- 
ritent d'être citées, savoir : 1' 

Eglise de Nalilly, qui est un édifice 
fort joli, et dont la construction paraît 
appartenir au cinquième siècle, et 1' 

Eglise Notre-Dame-des- ./rdilliers , 
construite en 1333, et dans les bâtimens 
de laquelle on a fondé, en 1796, 1' 
Hospice de la Providence. Quant à la 
Caserne de Saumur, elle est compo- 
sée d'un grand corps de bâtiment 
ayant à ses deux extrémités deux gran- 
des ailes qui donnent à son plan la for- 
me d'un H. Elle est à quatre étages, 
compris le rez-de-chaussée et les loge- 
mens pratiqués dans les combles. 



Environs de Saumur. 

Excursions idéales. 

Excursion à l'abbaye de Fontevrault. 

Distance à parcourir : 5 lieues. 
Situation : au S.-E. de Saumur, 

Cette abbaye, qui est placée au mi- 
lieu des bois de Fontevrault, fut fondée 
en 1099, par Kobert d'Abrissel, célèbre 
prédicateur breton, qui fut chargé par 
le pape Urbain II, de prêcher en faveur 
de la première croisade. Celte abbaye 
est l'une des plus belles et des plus ri- 
ches qu'il y ait eu eu France, et quoi- 
que plusieurs de ses bâtimens n'exis- 
tent déjà plus, on peut cependant se 
former une idée de sa grandeur et de 
sa magnificence avant sa suppression. 
Plusieurs grands corps de logis isolés, 
d'autres, réunis par des galeries ; trois 
beaux cloîtres décorés d'architecture, 
l'un avec des colonnes, et les autres 
avec des pilastres; cinq belles églises, 
dont l'une ressemble à une cathédrale, 
des cours, de vastes jardins : tout cet 
ensemble a plutôt l'air d'une ville opu- 
lente que des restes d'une ancienne 
abbaye. 

Dans la seconde cour de l'abbaye de 
Fontrevault, nous remarquons un mo- 
nument fort intéressant sous le rap- 
port de l'art, c'est la 

Tour d'Evrault , dont la couleur 
brune et la masse pyramidale forment 
un contraste frappant avec les bâtimens 
modernes qui l'environnent. Construite 
en tuf blanc, elle s'élève sur trois plans 
différens : le premier est octogone, le 
second carré, et le troisième est aussi 
octogone et ces angles répondent 
au milieu du premier. Son élévation 
est d'environ 27 mètres, et son diamè- 
tre de 11 dans oeuvre. Chaque face du 
premier plan est ouverte par une ar- 
cade ogive portée par deux colonnes, 
et donne entrée par une chapelle de- 
mi-circulaire percée de trois pelites fe- 
nêtres. Dans chaque angle de cet octo- 
gone est placée une colonne ; quatre de 
ces colonnes ne s'élèvent que jusqu'à la 
hauteur des arcades des Chapelles, et 
portent quatre grands arcs ogives 
qui forment le plan carré; les quatre 
autres colonnes s'élèvent presque jus- 
qu'à la hauteur des grands arcs, et s'y 
réunissent par un petit quart de cercle. 



Ces huit colonnes, de'hauteur différen- 
te, ont cependant le même diamètre, 
des bases et des chapiteaux semblables. 
Dans lesquatre angles de ce plan carré 
sont placés des petits arcs; ils y tiennent 
lieu de trompes et forment l'otogone du 
troisième plan. Celui-ci sert de base à 
une flèche ou pyramide qui se termine 
par une lanterne composée de S petites 
colonnes avec un couronnement à jour. 
Dans les huit triangles formés par la 
rencontre du premier plan avec les 
grands arcs ogives sont des ouvertures 

(circulaires. 
L'extérieur est décoré de 8 colonnes 
placées entre les chapelles, elles portent 
des contreforts servant d'appui au mur 
principal, qui est couronné d'un enta- 
blement composé de consoles carrées, 
lesquelles soutiennent de petits arcs de 
forme elliptique en plan et en éléva- 
tion. 

La flèche mérite de fixer l'attention 
par sa structure externe; elle devait 
produire autrefois un bel effet. De 
chacune des pièces qui servent à for- 
mer le plan incliné, se détache verti- 
calement un triangle équilatéral, dont 
la base et le sommet sont déterminés 
par la longueur et la hauteur de la 
pierre. Tous ces triangles, po<és en 
liaison, les uns sur les autres, forment 
des losanges coupés horizontalement par 
le milieu, à la rencontre du plan incli- 
né de la flèche et de l'élévation verti- 
cale des triangles. Mais il faut voir cette 
construction d'assez près pour recon- 
naître ces détails, car c'est dans celle 
partie du monument que le ravage des 
siècles se fait le plus remarquer. 

On présume que cette tour était au- 
trefois une chapelle sépulcrale placée 
au milieu du cimetière, et qu'elle a été 
construite au commencement du dou- 
zième siècle. 

Après celte abbaye, il nous reste à 
voir Foutevrault, le 

Cimetière des rois d'Angleterre, com- 
tes d'Anjou, dans lequel sont encore 
quatre tombeaux, savoir : celui de 
Henri II, de Richard-Coeur-de-Lion, 
son fils, d'Aliénor ou Eléonore de Guyen- 
ne, femme du premier et mère du se- 
cond, et d'Elisabeth, épouse de Jean- 
sans-Terre, 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 

Excursion au château de Brêzè 



J99 



Distance à parcourir : S lieues. 
Situation : au S.-E. de Saumur. 

Ce château, qui est à peine terminé à 
moitié, fut reconstruit vers le commen- 
cement du seizième siècle, par Louis de 
Brézé, comte de Maulevrier, grand sé- 
néchal de Normandie, qui épousa la cé- 
lèbre Diane de Poitiers, maîtresse de 
François I er , puis de Henri II. Ce châ- 
teau devait être composé de quatre 
corps de bâtiment , renfermant une 
cour carrée au milieu, et dont les an- 
gles extérieurs devaient être flanqués 
de tours. Sa construction a quelque 
chose de très remarquable, par la sm- 
gularitéel la bizarrerie du fait. Le prin- 
cipal corps de bâtiment est décoré d'un 
ordre corinthien en pilastre, dont la 
corniche, au lieu d'être tout en pierre, 
comme le reste de l'édifice, a sa partie 
supérieure en bois, cimaise, lamier, 
modillons. Les rosaces, placées entre 
ee9 deux modillons et attachées au pla- 
fond, qui est aussi en bois, sont en pier- 
res : on ne peut voir un luxe de plus 
mauvais goût, car c'en est un dans un 
pays où la pierre est plus commune que 
le bois. 

La porte du vestibule, du côté de la 
face principale , est ornée d'un ordre 
ionique antique, avec quatre colonnes 
de marbre rouge. On voit, au dessus de 
l'entablement, une niche, dans laquelle 
était une statue de marbre blanc, repré- 
sentant Ténus couchée, laquelle est ac- 
tuellement dans l'escalier du château ; 
sur la frise de l'entablement, on lit cette 
inscription qui se rapporte à laslatue : 

Non Venus illtl ege qunm vani fiuxêre poetœ , 
Sum Venus hune , refereus i/uain pins ignis util. 

Mais ce qu'il y a de plus intéressant 
à voir au château de Brézé, c'estle fossé 
qui l'entoure; il est creusé dans le tuf, 
sa largeur est de trente pieds, et sa pro- 
fondeur de trente-cinq. Dans ce fossé, 
sont pratiqués des logemens pouvant 
contenir cinq à six cents hommes ; là se 
remarque une vaste salle dans laquelle 
on prétend que le maréchal de Brézé 
faisait battre de la fausse monnaie. 

Hôtel recommandé. — Hôtel du Bel— 
vèder, tenu par M. Lambourg-Frebot. 

Cet hôtel, l'un des plus jolis des bords 
de la Loire, et de» mieux situés dans 



II': 



200 



COIDE 



Saumur , est figure dans l'atlas du 
Guide. 



Départ de Saumur. 

Déjà, notre navire a quitlé les quais 
de Saumur, et nous voità (bientôt en 
vue de 

Saùit-Màrtïn. de la Place, village si- 
tué à notre droite, et remarquable par 
Bon château connu sous le nom de 

/ hilcau de Boumois, dans lequel est 
ne Aristide du Pelil-Touras, brave ma- 
rin, mort à la bataille d'Aboutir, où il 
commandait le vaissau le Tonnant. 
Frappé par un boulet de canon, il fait 
etâncher son sang, commande tant que 
ses forces soutiennent l'énergie de son 
ame, et evpirc en criant: Equipage du 
Tonnant, ne vous rendez pas: Ducàté 
opposé est 

Oennes , ville placée dans un des 
plus beaux sites qu'offre le cours de la 
Loire, et dans laquelle nous remarquons 

fieitcs d'un temple rothain , qu'on a 
pour ainsi dire, enchâssés dans les murs 
de l'église de Sainf-Eusèbe. Non loin de 
la,etdMis la même direction , est 

Bessé , peut village, dans lequel nous 
remarquons un 

Peulyaii, long d'environ six pieds, et 
haut d'environ vingt. Du côté opposé, 
et un peu jdus bas, est 

La Koziers, petit bourg n'ayant rien 
de remarquable. Après avoir parcouru 
une cerlaine distance, nous remarquons 
a gauche 

Le ToUreil, bourg dans lequel gi- 
sent les ruines d'une ancienne forte- 
resse, que la tradition nomme la 

Tour de Galles. Celle lour, qui e«t 
située sur le plan incliné du coteau, offre 
un parallélogramme d'environ dix-sept 
mètres de longueur, sur quatorze de 
largeur. Les murs qui la composent, ont 
quinze à seize pieds de haut, et huit 
d'épaisseur ; leurs paremens étaient en 
pierres de tuf blanc bien taillées, et le 
miiieu était rempli de pierres dures je- 
tées au hasard dans le mortier. Aujour- 
d'hui, nous ne remarquons que le noyau 
de maçonnerie, les paremens, ont été 
enlevés pour être employés ailleurs. 

Celle tour, dont nous ignorons l'é- 
poque de la construction , n'a qu'une 
seule ouverture; c'est une porte à plein 
cintre, placée du côté de l'ouest. Du 
coté opposé, nous remarquons 



Ponl-la-Valléc, et plus loin. 
Saint-iJalhurin , joli bourg, situé 
dans une belle et fertile vallée, et dont 
les maisons sont rangées en haie le 
long du fleuve. Un peu plus bas, et du 
côlé oppo é, est 

Blaison-sur-Loire, petit village fort 
ancien, et possédant quelques 

Bcsles d'un ancien château, construit 
par Thibault de Blalson. Sa position, 
au pied d'une colline qui commandé 
de fort près ses murailles, prouve que 
ce château n'a jamais pu être un poste 
bien important. Du côté opposé, et plus 
bas, est 

Lm Daguencere , village sans impor- 
tance. Non loin de là /et à l'opposite, 
se montr ■ 

Juignc, village assez remarquable, et 
duquel lions découvrons 

Pont-de-Cé , petite ville formée de 
deux communes, et consistant en une 
suite de ponts et de chaussées bordées 
de maisons, qui commencent à une lieue 
d'Angers, et franchissent sur une lon- 
gue étendue , les bras et les îles de la 
Loire qui les séparent. Ces ponts, qui 
forment un magnifique coup-d'œil, sont 
au nombre de quatre. Le premier, du 
côté d'Angers , est composé de sept 
arches en pierres, et se termine au fau- 
bourg Saint-Aubin, Ce pont est séparé 
de la ville par un autre qui est un peu 
moins long. Au bout du faubourg, qui a 
donné son nom à ce second pont, vient 
le troisième qu'on nomme pont Saint- 
Maurille, qui a environ deux cent qua- 
tre-vingts mètres de longfle quatrième 
pont enfin, qui réunit la ville au coteau 
méridional, a neuf cents mètres de lon- 
gueur. Ces quatre ponts réunis à la ville 
et au faubourg Saint-Aubin , forment 
vne ligne d'environ trois mille mètres 
de longueur. 

Plusieurs événemens ont rendu ces 
ponts célèbres; en 10-20, Louis XIII y 
défit les troupes de sa mère, Marie de 
Médieis; à l'époque de notre première 
révolution, il s'y livra une bataille san- 
glante entre les vendéens et les répu- 
blicains. 

Plus bas, et du même côté de Pont- 
de-Cé , e?l le fameux 

Camp de César, qui avait uue forme 
triangulaire et dont le pourtour avait 
quatorze mille quatre cents mètres. Ce 
va^te emplacement pouvait contenir fa- 
cilement une armée de cent mille boni- 



®»t^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



201 






mes, avec les emplacemens nécessaires 
pour les manœuvres et les magasins. La 
grande quantité de médailles de Cons- 
tantin, que l'on a trouvée* dans les di- 
verses fouilles qu'on a faites dans ce 
camp, porlc à croire qu'il était occupé, 
dans le quatrième siècle, par les légions 
romaines. 

A quelque dislance du camp de César, 
est 

Epire , village sans importance. Plus 
bas, on rencontre 

Savenière , bourg fort joli, et renfer- 
mant une 

Eglise , construite à la manière des 
Romains. Sa porte de forme ogive, per- 
cée dans le pignon, n'est pas antique, 
mais celle qui regarde le côté de la 
Loire, a élé faite en même temps que 
cette église; elle est décorée de colonnes 
d'archivoltes, et de figures qui annon- 
cent un ouvrage du IV e ou du V e siècle. 
Quatre larges cordons de briques, po- 
sés en forme de feuilles de fougère, et 
d'environ deux pieds de hauteur, déco- 
rent , à l'extérieur , les murs de cette 
église. Le resle du parement est en 
pierres très dures, en cailloux, et en mar- 
bre noir, dont la couleur contraste sin- 
gulièrement avec les contons de briques 
d'un rouge brun assez vit. La 

Couverte de l'Eglise, qui est très éle- 
vée comme celle de presque toutes les 
églises bâties dans ces derniers siècles, 
l'élait beaucoup moins autrefois, comme 
on peut le voir par le pignon exhaussé 
de dix à douze pieds, qui par la diffé- 
rence des conslructions, laisse distin- 
guer ce qui est moderne d'avec ce qui 
est antique. 

Non loin de Savenière , nous remar- 
quons les 

Ruines du fameux Château de la Bo- 
che aux Moines, qui rappelle l'impor- 
tant souvenir de la défaite de Jean-sans- 
Terrc. Ce château , qui a élé bâti par 
Guillaume-Deroche, fut détruit en par- 
lie pendant les guerres de la Ligue. 

Vis-à-vis Savenière, est 1' 

Ile de Bethuard, dans laquelle est un 
joli village et une magnifique 

Chapelle. Rien n'est plus pittores- 
que ni plus agréable que la situation 
de ce petit monument. Au milieu du 
fleuve, surun sol uni, sablonneux, planté 
d'une multitude d'arbres de différentes 
espèces, offrant partout la plus riche 
culture , s'élève une seule roche de 



schiste de vingt-cinq à trente pieds de 
hauteur, sur laquelle est placée la cha- 
pelle. Cette roche se termine en pointe 
si aiguë, que son sommet, qu'on n'a 
pas voulu aplanir, perce la nef, et se 
montre à cinq ou six pieds au dessus du 
pavé. C'est sur celle roche, au pied de 
laquelle Tiennent se briser les vagues 
de la Loire, lorsque l'île est submergée, 
que les et) mologistes prétendent bien 
gratuitement qu'il y avait autrefois un 
temple consacré à JSclus. 

Dans celte chapelle, que la révolution 
a respectée, ou plutôt que les habilans 
de ['île de Bethuard ont défendue con- 
tre ses excès , nous voyons partout 
des fleurs de lis, des armoiries, des ex- 
voto, des fers de captifs revenus d'Alger, 
et un portrait de Louis XI, peint sur bois, 
au dessous duquel est une inscription 
relative aux donations faites à cette 
chapelle, par son fils Charles VIII. 

Vis-à-vis Savenière , est 

Rochefort-sur- Loire, bourg dans une 
jolie position, el offrant quelques traces 
de son ancien château. Plus bas, et du 
côlé opposé, est 

La Poissonnière, bourg sans impor- 
tance. Après avoir pas ; é quelques îles 
fort jolies, nous remarquons à gauche 

Ckalonne, petite ville bâtie dans une 
position fort agréable , au pied d'un 
coteau, et près de 1" 

Ile de la Lombardigre, qui offre l'un 
des plus beaux pa\s que présente le 
cours de la Loire. Plus bas, et dans la 
même direction, est 

L.a Vommcruye , bourg qui n'offre 
d'autre curiosité qu'un 

Chêne, qui a trente pieds de circon- 
férence, l'resqu'en face la Pommeraye, 
et à l'écart du fleuve, est 

Champtocè , bourg Iraversé par la 
petite rivière de IVomc , et où nous re- 
marquons les ruines importantes d'un 

Ancien Château. ÎNous ne savons pas 
l'époque à laquelle lut démoli ce châ- 
teau; qui fut témoin des crimes du ma- 
réchal Retz, et retentit si souvent des cris 
de ses innocentes victimes. On présume 
seulement qu'elle date des guerres ci- 
viles du seizième siècle. Ses ruines of- 
frent encore des constructions considé- 
rables. Ses masures fout d'une couleur 
grisâtre , uniforme et froide. Leur ari- 
dité, leur stérilité attristent l'âme; nous 
n'y voyons point, ou presque point, de 
ces touffes do verdure, d'arbustes, jetées 



Mi>, 



202 



G IDE 



çà et là dans les crevasses et sur le 
sommet des tours ; nous n'apercevons 
même pas 

• »... Le lierre ami des monumens 
Sur ces débris qu'amoucèlenl les temps. 

Après avoir parcouru uu petit espace , 
nous remarquons du même côté 

Ingj-andes, petite ville située au pied 
d'une colline, et jouissant d'une vue 
très étendue. Plus loin, et dans la même 
direction, est 

Varades (Loire-Inférieure) bourg si- 
tué sur un coteau élevé, d'où l'on dé- 
couvre un paysage charmant. En face, 
s'élève V 

Ile de la â/eilleraie, dans laquelle est 
mort, en 1790, le général Beauchamps. 
Yis-à-vis Varades, nous apercevons 
Saint-Florent-le-Yieil , petite ville 
bâtie dans une situation très agréable, 
sur une colline escarpée , et d'où l'on 
jouit d'un vaste coup-d'œil. L' 

Eglise Saint- Florent, renferme le 
beau 

Monument élevé à la mémoire de 
Beauchamps. Non loiu de Saint-Flo- 
rent, nous remarquons 1' 

Embouchure de l'Etre, qui coule sous 
les murs de Beaupreau. Plus bas , et à 
droite, est 

Anetz, village bien situé, et dans le- 
quel nous remarquons le 

Château de Vers. Après avoir 
tourné un petit coude, nous découvrons 
du même côté 

Ancenis, ville fort jolie, environnée 
de riantes collines couvertes de vignes, 
et dominée par un coteau escarpé, sur- 
monté d'un 

Château gothique, qui offre un des 
points de vues les plus remarquables de 
cette magnifique contrée. Plus bas, et 
du côté opposé , est 

^Champtoceau , bourg placé sur un 
coteau qui s'élève d'environ cent cin- 
quante pieds au dessus du fleuve. Cette 
position agréable, et forte» tout à la 
fois, lui fit donner le nom de Castrum 
Celsum, château élevé, d'où est venu 
celui de château Ceault, qu'on trouve 
dans les anciens titres; puis, par cor- 
ruption, Chantoceau, et enfin Champto- 
ceau. Autour de ce château, on a bâti 
des maisons , et j peu après, il se forma 
une ville qui, dans la suite, devint con- 
sidérable. Plus tard, on l'environna 



d'une muraille flanquée de tours, et 
d'un large et profond fossé. 

Evénemens remarquables. — Cette 
ville fut prise, en 1173, par Maurice de 
de Graon , commandant l'armée de 
Henri II, roi d'Angleterre et comte 
d'Anjou; et Saint-Louis , en allant en 
Bretagne pacifier les barons qui 
étaient en différend avec leur duc , 
l'assiégea, et la prit d'assaut en 1230; 
enfin , en 1420, le duc de Bretagne, 
après s'en être emparé, la fit détruire, 
ainsi que le château et toutes ses forti- 
calions. 

Ce château , au rapport de quelques 
auteurs, était d'une beauté admirable : 
voici la description qu'en fait Chape- 
lain dans son poème de la Pucelle : 

La forme en est carrée et son altiére mase 

10e quatre pavillons , les étoiles menace ; 

D'un fossé large et creux il est environné, 

Et pour être étendu n'eu est pas moins orné. 

De jaspe c[ de porphyre une solide écaille 

Revctpar le dehors son épaisse muraille; 

Le portail est de marbre , et son cintre pesant 

Prisé sur dix piliers de métal reluisaut. 

Entre chacun des jours deux colonnes d'albâtre 

Fon l de la cour pompeuse un noble amphithéâtre , 

Et cent bustes de bronze , en cent niches d'aïur. 

Entre chaque colonne embellissent le mur. 

L'escalier est profond , et sa douce montée 

De précieux cailloux est peinte et marquetée ; 

Il est haut en son fait , d'un et d'autre côté 

Par vingt céans d'airain sur la tête est porté. 

Le plafond élevé de la superbe salle 

Semble avoir appauvri la rive orientale , 

Tant l'art imilaleur a dans ses monu'mcns 

Semé de faux rubis et de faux diamans. 

Une suite sans fin de pièces magnifiques 

Où parmi les tableaux éclatent les antiques, 

Où l'art débat de prix avec le vrai cristal , 

Fait les riches dedans de ce palais royal. 

A l'eeil , plus loin qu'autour ses regards il promène. 

Paraît plus d'un parlcrre et plus d'une fontaine ; 

Ce ne sont que canaux, que bosquets et que prés , 

Semés d'autres moussus au repos consacrés. 

Ce lieu comprend tout seul ce que l'humaine envie 

Peut concevoir de propre au bonheur de la vie; 

Dissipe tous les soins et repaît tous les sens 

D'objets délicieux , de plaisirs inuoeens. 

De s prince s angevins il fut le doux asile 

Quand le sort leur ôta l'une et l'autre Sicile, 

Et dans un si funeste et si triste malheur , 

Put consoler leur chute et llatlerleur douleur. 

Malgré qu'il se soit écoulé quatre 
siècles depuis cette époque , Champto- 
ceau présente encore aujourd'hui les 
plus grandes ruines féodales qu'il y ait 
en Anjou ; elles sont près le bourg qui 
porte ce nom, et qui, dans l'origine, 
était le faubourg de la ville. Le mur 
d'enceinte existe encore presque en en- 
tier, avec quatre tours, dont deux 
servaient de défense à la seule porte 
qu'il y eût. Tout l'intérieur de la ville 
dans laquelle on voyait des églises et 






k*««*tj 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



205 



plusieurs grands édifices , n'offre plus 
qu'une campagne cultivée et environ- 
née de murs, ce qui lui donne l'air d'un 
parc. 

A quelque distance de la ville , nous 
apercevons plusieurs pans de muraille, 
entassés les uns sur les aulres , et qui 
forment, pour ainsi dire, une petile 
montagne; ce sont les restes du formi- 
dable château. Il était séparé de la ville 
par un large fossé et une double en- 
ceinte de murs très épais et de la plus 
grande solidité. Par sa position et son 
élévation, il commandait tout le pa\s 
d'alentour; ses restes, importans par 
leurs grandes masses , sont couverts de 
broussailles, d'arbustes,' de lierre, et 
présentent, sous divers aspects, des 
points de vue pittoresques. Du sommet 
de cet énorme entassement , nous dé- 
couvrons, dans un rayon de six lieues, 
des villes, des bourgs, des villages, des 
châteaux dispersés cà et là dans une ri- 
che campagne arrosée par le plus beau 
fleuve de France , par la Loire. 

Après avoir parcouru une petile di- 
stance, nous apercevons à notre droite, 
Oudon, petite ville très agréablement 
située et dans laquelle nous remarquons 
une belle 

Tour de forme octogone , fort élevée 
et très pittoresque, et dont la fondation 
remonte à l'an 840. De la plate-forme 
de cet édifice, nous jouissons d'une vue 
magnifique, qui s'étend sur les riches 
vignobles qui bordent le cours de la 
Loire et sur les nombreuses îles dont 
elle est parsemée. 
Non loin d'Oudon est 
Mauves, bourg situé à l'extrémité 
d'une vaste prairie, et derrière laquelle 
est le joli 

Château de la5ailleraye,qu\ est l'un 
des plus remarquables de la Bretagne. 
Du même côté que Mauves est 

Thouarè , village fort joli, et d'où 
nous commençons à apercevoir 

Nantes, qui est le terme de notre 
premier voyage sur la Loire. 

s/perçu général de Nantes. Cette 
■ville est située sur la rive droite de la 
Loire , qui s'y divise en plusieurs bras , 
au confluent de l'Erdre et de la Sèvre- 
Nanlaise. Elle est en général bien bâtie 
et bien percée , et compte trente-trois 
places et environ quatre cent cinquante 
rues. Ses quais sont superbes , surtout 
celui de la Fosse, qui s'étend sur une 



longueur d'environ une demi-lieue, de- 
puis le château jusqu'à l'ermitage. 

Nantes possède plusieurs églises, une 
bourse de commerce, une jolie salle de 
spectacle , un muséum d'histoire natu- 
relle , plusieurs ponts qui ont plus de 
trois quarts de lieue de long, et dont le 
plus remarquable est celui de la Pois- 
sonnière, enfin de belles promenades. 
Historique. — L'origine de Nantes se 
perd dans la nuit des temps. Avant la 
conquête des Gaules par les Romains, 
cette ville était la capitale des Nam- 
nètes . et elle formait déjà une cité as- 
sez puissante pour secourir les peuples 
qui osaient résister à ces conquérans. 
En 445, elle soutint avec courage, pen- 
dant soixante jours, un siège terrible 
contre les Huns. Le 24 juin 843, elle 
fut prise d'assaut par les Normands ; 
l'évêque, tout le clergé et une grande 
partie des citoyens furent passés au fil 
de l'épée ; la cathédrale fut pillée et 
presque entièrement détruite. Les Nor- 
mands s'en emparèrent une seconde fois 
en 833. Quatre ans après , ces mêmes 
Normands la prirent de nouveau et la 
ruinèrent de fond en comble ; mais 
a\ant été vaincus par Alain Barbe- 
Torte , ils furent enfin forcés de l'a- 
bandonner ; Alain fit rebâtir la ville, 
qui dut à son heureuse situation de se 
repeupler bientôt. En 992, elle fut prise 
par Geoffroy , comte de Rennes. Assié- 
gée par les Anglais , en 1343 ; attaquée 
par le comte de Ruckingham , en 1380 , 
et délivrée par Olivier de Clisson, elle 
fut assiégée en 1491 rar Charles YIII , 
qui s'en empara par trahison , moyen- 
nant mille écus d'or. Pour assurer et 
légitimer les droits qu'il venait d'ac- 
quérir sur l'héritage de la duchesse 
Anne de Dretagne , Charles résolut de 
l'épouser. Le proposition en fut faite 
aux états le 8 octobre ; le mariage fut 
célébré au château de Langeais , le 6 
décembre, 1491, et la Bretagne fut, 
ainsi que la ville de Nantes, réunie à 
la couronne. 



Débarquement , séjour et promenade. 
Quittons notre navire et descendons 

àl' 

Hôtel de France , comme étant Je 
meilleur de Nantes. Après notre gîte 
pris, nous allons parcourir la ville pour 
examiner les diverses curiosités qu'elle 
renferme. 



. 



204 



GUIDE 



Curiosités de Nantes. Visitons d'a- 
bord la 

Cathédrale. Cette église, qui est dé- 
diée a saint Pierre, fut construite en 
W U .Son extérieur fait en général peu 
d efiet, parce qu'on ne l'a pas encore 
uni. Son 

Portail, composé de trois entrées, 
est décore d'un grand nombre de pe- 
tites figures en pierre, et dont quel- 
ques unes sont mutilées ou détruites par 
e double effet du temps et de la ré'o- 
ulion. Apres cet examen superficiel de 
» extérieur, pénétrons dans 1' 

rW TV"'' t,intélieu '' ne nous offre 
rien de bien remarquable ; il consiste 
presque tout en entier dans une belle 
nef, soutenue par dix piliers; son 
chœur est bas et sombre. Dans la pièce 
qui sert d'entrée à la sacristie, nous re- 
marquons le superbe 

Tombeau de François II , xur l eaue l 
sont couchées deux statues en marbre 
blanc, de grandeur naturelle, celle de 
droite représente François II , et celle 
de gauche Marguerite de Foix sa se- 
conde femme. ' 

Après li cathédrale nous devrons vi- 
siter la 

Bourse, qui est, après celle de Paris, la 
plus belle de France. Sa façade est dé- 
corée de belles colonnades' d'ordre io- 
nique, surmontées de slatues embléma- 
tiques, la Loire, l'astronomie, l'abon- 
dance, l'Amérique, l'Asie, l'Europe, 

fiwBEîfc la prudence et Ia ™* 

frontispice, dont quatre slatues re- 
présentent quatre marins célèbres sa- 
!K ? pan ~ 8W ' D « Giay-ïhrouin , 
Abraham-Duquesne et Jacques-Cas- 

£ fil U. 

De la Bourse nous allons visiter le 
muséum d'histoire naturelle, situé 
rue Fo.'ard, qui contient une belle col- 
lection de minéraux très bien classée et 
quelques animaux assez bien conservés. 

Salle de spectacle mérite aussi d'être 
vue; sa façade est ornée d'un péristyle 
1 ordre eonntbJen , surmonté de qua- 
tre slatues représentant les muses. Son 
intérieur, parfaitement décoré,est formé 
de quatre rangs de loges 

Tels sont les divers édifices et monu- 
mens remarquables que renferme Nan- 
tes il ne nous reste plus maintenant 
qu a parcourir les 



Promenades publiques, dont les plus 
remarquables sont celles désignées sous 
le nom de 

Cours Saint-Pierre et Saint- André 
situées a la suite l'une de l'autre et 
enlre les rivières de la Loire et de l'Er- 
dre. Ces deux promeuades sont déco- 
rées de belles 

Slatues, représenlant dans la pre- 
mière, Anne de Bretagne et Arthur m 
et dans la seconde , Olivier de Clis'oii 
et Bertrand-Duguesclin. 

Apres avoir parcouru les promenades, 
U ne nous reste plus qu'à visiter les 

Environs de Nantes. 

Clisson et Château-Thébaud tels 
sont les lieux que nous allons visiter 
successivement. 

Excursion au château de Clisson. 
Dislance à parcourir: G lieues. 

« Il n'y resle que quelques murs; mais 
ces vieux murs parlent à l'esprit. » 

Topographie de ta route. 



Nous sortons de Nantes par les 
_ Ponts; à l'est s'étendent des alluvions 
immenses, bordées sur chaque rive 
par les 

Coteaux de Saint -Sébastien et 
•Saint-Donatien. A l'ouest, notre vue 
s égare avec plaisir sur les deux colli- 
nes qui supportent, d'un côté , Chàte- 
iiaj, la Basse-Indre, et de l'autre le 
d Aux. A 1 extrémité du 
Pont dePrimet, nous remarquons les 
Aumes de la tour construite en 1365 
sur des fortifications plus anciennes,' 
par 1 amiral Boucher, pour défendre 
flan les du Poilou. Après avoir quitté le 
quartier Saint-Jacques, nous parcou- 
rons une roule plate et monotone, et 
bientôt nous apercevons 

Verton, petit bourg situé près de la 
rive droite de la Sèvre. A peu de di- 
stance de ce village et sur la rive oppo- 
sée , est la 

Maison de ÏF.beaupin, où l'on trouve 

une source d'eau minérale ferrugineuse, 

découverte en l'an VIII, par M. Hectot. 

Sur celte même rive, est situé le 

vieux 

Château de Goulaine, bâti en 944, 
sur les bords d'un marais; il est remar- 
quable par sa jolie architecture et son 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



201J 



luxe iotérieur. Sur la porte d'entrée 
d'une des tours , nous remarquons un 
buste de femme, ayant la tôle coiffée 
d'un casque et portant un poignard à 
sa ceinture. C'est une Yolande de Gou- 
laine , qui, dans l'absence de son père, 
défendit le château contre les attaques 
des Anglais; malgré son peu de force, 
elle avait résisté près d'un mois, lorsque 
les provisions vinrent à lui manquer: il 
fallait se rendre, c'était le cri général 
des soldats, elle seule refuse ; elle prê- 
terait la mort, et allait se la donner, 
lorsque, du haut d'uue des tours, elle 
aperçoit des hommes armés se dirigeant 
en toute hâte vers le château. C'était 
le sire de Goulaine qui les amenait. 
Avec ce renfort, il battit les Anglais, 
sauva sa fille et délivra le toit de ses 
pères. 
Après le château de Goulaine , est le 
Palet, petit bourg renommé dans 
l'histoire, pour avoir été la patrie d'A- 
beilard. Derrière l'église de ce village, 
est une enceinte formée de vieilles mu- 
railles usées et dont les débris ont pro- 
duit une éminenec factice : ce sont les 
restes de l'emplacement du château de 
Bélanger, père d'Abeilard , dont on a 
fait aujourd'hui un cimelière. Du côté 
opposé et presque en face de Palet, est 
Monnieres, petit village fort joli, au- 
près duquel nous remarquons les 

Ruines pittoresques du château de la 
Galissonnière, consistant en quelques 
pans de murs recouverts entièrement 
par le lierre. Ce château fut jadis ha- 
bité par Barin de la Galissonnière , 
lieutenant-général des armées navales, 
connu par la victoire qu'il remporta 
sur l'amiral anglais, Bing. 

Après avoir passé Palet , nous trou- 
vons le 

Ruisseau de Sanguhe , bientôt après 
nous arrivons à 

Clisson , petite ville très ancienne, 
située dans un pays extrêmement cou- 
vert, au confluent de la Sèvre et de la 
Maine. Cette ville est bâtie sur le pen- 
chant de deux collines qui encaissent 
les deux rivières, dont les bords rians 
offrent des sites charmans, comparables 
à ceux de la Suisse et de l'Italie, et où 
l'on trouve, heureusement distribué au 
hasard , tout ce que ce9 deux pays of- 
frent de plus curieux. 



Excursion aux environs de Clisson. 

Dana noire promenade aux enviions 
de Clisson , nous allons parcourir suc- 
cessivement les bords de la Maine et de 
la Sèvre, de là nous allons visiter le 
château d'Olivier de Clisson, puis en- 
suite la Garenne. 

Départ. 

Bords de la Haine. — La Maine est 
le plus capricieux et le plus varié , 
peut-être, de tous les ruisseaux tribu- 
taires de la Sèvre. Quel charme dans 
tout ce qui nous entoure ! voyez couler 
cette eau avec lenteur parmi les ro- 
chers dont elle est parsemée. Ici les 
coteaux se rapprochent progressive- 
ment, et l'oeil ne peut plus franchir 
leur cîme verdoyante : c'est l'asile de la 
solitude , non celle où l'homme va 
chercher des inspirations, mais celle 
où il i entre en lui-même pour mieux 
savourer un instant de bonheur. 

Entendez-vous un bruit confus ? ve- 
nez , approchez, voyez cette rivière, 
dont nous avons vu l'indolence ; elle se 
change ici en un (orient impétueux, dii 
aux rochers accumulés dont nous som- 
mes entourés, et, pour animer ce ta- 
bleau , les arb es des deux rives vien- 
nent confusément se réunir au dessus 
de cette rivière. Si nous suivons encore 
ce lieu enchanté, la scène change, no- 
tre vue se repose alors sur une partie 
fort agréable. 

Plus loin encore la Maine se resserre 
entre deux coteaux perpendiculaires, 
et offre là de nouveaux sites au crayon 
du paysagiste. 

Maintenant nous allons retourner sur 
nos pas et visiter les 

Rives de la Sèvre, rivière non moins 
agréable que la précédente, et bordée 
par de» aulnes qui étendent auloin leuis 
branches nombreuses. 

La Sèvre offre un cours plus rapide 
que la Maine, parce que rien ne vient 
l'arrêter, du moins ici, mais à mesure 
que nous avançons, son lit devient em- 
barrassé par les masses de roches qui 
lui donnent diverses directions, sans lui 
opposer de digues capables de l'arrê- 
ter. Là nous remarquons des filets d'eau 
filtrer sous leurs cavités, et trahir par 
un léger bruit leur passage. 

Si du lieu où nous sommes nous con- 
tinuons notre promenade jusqu'à la 



SliEiî 



206 



GUIDE 






Manufacture de papier d'Entiers, et 
que nous gagnions la rive opposée, 
nous rencontrons les mêmes scènes. Ce- 
pendant, après tout ce que nous avons 
vu, nous pouvons nous arrêter à la 

Grotte d'Osian, espèce de labyrin- 
the sauvage, bocage brut et singulier, 
où le sol tourmenté semble encore por- 
ter dans sa rudesse l'empreinte des 
premières révolutions du globe. Après 
avoir suivi plusieurs détours creusés 
dans le roc, nous arrivons à cette grotte, 
à l'illusion de laquelle ajoute encore 
la physionomie du lieu; néanmoins 
cette fraîche verdure ne représente pas 
assez cette Calédonie sévère que les 
bardes ont peinte avec des couleurs si 
sombres; et cette eau retentissante dans 
laquelle plongent les rameaux qui la 
cachent feraient plutôt souvenir, mal- 
gré ses bords, sa fougue et ses fureurs 
d'un riant désert de l'une des îles en- 
chantées de la mer du Sud. 
Revenons maintenant au 
Moulin de la Feuillèe, et jetons un 
coup-d'œil sur la Garenne , que plus 
tard nous irons visiter. Après avoir ad- 
miré l'ensemble de toutes les richesses 
dont nous sommes entourés, nous al- 
lons continuer notre route, et bientôt 
nous serons devant le 

Château de Clisson, dont les ruines 
attestent l'ancienneté. 

Malgré l'état d'abandon total dans 
lequel se trouve ce chàleau, et les 
injures du temps, quelques-unes de 
ses pièces sont encore assez bien con- 
servées , ainsi que vous allez le voir 
par notre visite. Gagnons la 

Porte principale d'entrée, située au 
nord. Cette porte était jadis garnie d'un 
pont-levis. A gauche, tous les murs 
sont garnis de lierre qui descend en 
guirlandes et cache ainsi l'affreuse nu- 
dité de ces ruines. La 

Premihe cour est toute garnie d'ar- 
bres, et on y rencontre partout les ves- 
tiges des ravages des hommes, aussi 
terribles, mais moins éloquens que les 
injures du temps. Sur la gauche sont 
les 

Prisons, espèce de caves humides 
qui ne reçoivent le jour que par des 
grilles rouilleuses , en partie brisées. 
Revenons maintenant sur nos pas, allons 
joindre le 

Bastion, de là nous pénétrons dans 1' 
Intérieur du château. Après avoir 



franchi dix portes en plus ou moins 
mauvais état, nous parvenons à la 

Deuxième cour, d'où nous entrons 
dans les 

slppartemens d'Olivier. Ici mille sou- 
venirs confus nous assiègent ; le vent 
maître de toutes les issues, siffle dans 
ces salles infréquentées où résonnait si 
souvent le cliquetis des armes. Les 
plantes sauvages remplacent sur les cré- 
neaux brisés les bannières orgueilleuses 
qui y brillaient. Ces tours qui avaient 
résisté tant de fois aux attaques des 
hommes, n'ont pu soutenir les atteintes 
du temps. 

C'est à ce chàleau que se rattachent 
les souvenirs des annales bretonnes; 
c'est là que vit le jour cet Olivier de 
Clisson, cet ennemi redoutable des An- 
glais, ce rival de Montfort, ce frère 
d'armes de Duguesclin , qui fut jugé 
digne de le remplacer. 

Quittons maintenant ce lieu de deuil 
et de tristesse, allons parcourir la 

Garenne, que nous avons aperçue des 
moulins de la Feuillèe. 

Au sein de la garenne, au milieu du bocage 
Que forment mille arbrisseaux , 
Le sapin , l'azerolier sauvage 
Ombragent les sentiers ouverts sous leurs rameaux. 

Pour nous rendre à la Garenne, nous 
allons traverser le 

Pont de la ville, ensuite celui de 
Saint-Antoine. Après avoir dépassé le 

Portail de la Garenne, nous suivons 
les détours du rivage, et bientôt nous 
arrivons à une demi-lieue, colline plus 
agreste, où nous lisons sur un de ses 
blocs, les vers suivans de J.-J. Rous- 
seau, gravés à l'ermitage : 

O limpide rivière I o rivière chérie 1 

Puisse la sotte vanité 
Ne jamais pi ofaner ta rive humble et fleurie , 

Par l'ambition et l'envie 1 
Un boeage si frais , un séjour si tranquille . 
Aux tendres sentimens doit seul servir d'asile. 
Ci-s rameaux amoureux entrelacés exprès , 
Aux muses, aux amours durent leur voile épais. 

Et le cristal de l'onde pure 

À notre œil ne veut rétléchir 

Que les grâces de la nature 

El les imagée du plaisir. 

Un peu au delà on gravit un sentier 
tournant à mi-côte, on pénètre dans 
une grotte naturelle nommée 

Grotte d'Héloïse. Le souvenir de cette 
Héloïse dont le nom est devenu celui 
de l'amour fidèle, suffit pour animer 
tout le paysage à nos yeux. Il semble 



rê#à»f^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



207 



que l'air qu'on respire est celui qu'elle 
a respiré. La nature paraît avoir là une 
âme qui répond à la nôtre; ce que 
nous éprouvons en ces lieux, Héloïse 
l'a éprouvé ; elle a senti, admiré et rê- 
vé comme nous. 

Ce nom consacré provoque mille 
idées : c'était lui seul que celle grotle 
devait offrir. L'inscription qu'on y lit 
est peut-être inutile, car le sentiment 
est toujours plus prompt que la pa- 
role, et les phrases qui la commentent 
ne font que l'affaiblir. 

JJéloïse peut-être erra sur ce rivage, 

Quand à des yen* jaloux dérobantson séjour, 

Dans les murs du Palet elle vint mettre au jour 

Un fils, tendre et malheurcuxgage 
De ses plaisirs furtifs etde son tendre amour. 

Peut-être en ce réduit sauvage 
Seule , plus d'une fois , elle vint soupirer 
Et goûter librement la douceur de pleurer; 

Peut-être , sur ce roc assise , 

Elle rêvait à son malheur : 
J'y veux rêver aussi ; j'y veux remplir mon cœur 

Du doux souvenir d'Itéloïse. 

En continuant de longer le rivage, 
nous rencontrons plusieurs rocs amon- 
celés, dont l'un, prêt à glisser dans le 
chemin, est resté suspendu. Sur l'un de 
ses côtés, on lit en gros caractères ces 
veis admirables du poème des jardins. 

Sa masse indestructible a fatigué le temps. 

Après un léger détour que nous fai- 
sons, le coteau opposé s'offre en per- 
spective, et notre œil suit avec rapidité 
le cours de la Sèvre que nous perdons 
de vue bientôt. Après ce sentier, nous 
avons sous les yeuv une belle prairie, et 
à côté une charmante 

Chute d'eau, où la lumière se joue 
comme sur les fleurs d'une prairie. Au 
dehors de ce séjour ravissant, nous dé- 
couvrons un 

Tombeau de forme antique sur le- 
quel nous lisons cette simple inscrip- 
tion du Poussin. 



Et moi je fus aussi pasteur dans l'Arcadie. 
( Demlle.) 

Après avoir fait quelques pas, le ca- 
nal s'alonge de nouveau, et l'eau qui 
n'est pas agitée prend la couleur noire 
qui lui est naturelle. Bientôt nous ar- 
rivons à un endroit où la Sèvre se di- 
vise en de petits bras qui enclosent des 
îles dont le circuit et dont la sur- 
face sont couverts d'arbres nombreux. 
Les eaux qui se précipitent à l'entour y 



entretiennent la pureté de l'air, et une 
atmosphère humide au milieu de l'été 
enveloppe tout ce qui végète, comme 
si elle voulait en éterniser la verdure. 

Au sortir de ces îles nous laissons 
derrière nous une 

Colonne placée sur un rocher, et 
dont l'effet est assez agréable. Plus 
loin le village se divise en deux petites 
baies, ce lieu est appelé le 

Bain de Diane. L'ombre le garantit 
de l'ardeur du soleil, et le bruit de la 
cascade qui l'avoisine fait passer dans 
les sens la fraîcheur des eaux avant 
même de l'avoir éprouvée. 

A droite est le moulin à papier de 
la Feuillée, que nous avons déjà vu; à 
gauche gisent des blocs en désordre, 
jetés les uns au dessus des autres, et 
majestueusement couronnés d'un édi- 
fice circulaire nommé le 

Temple de fesia, qui est le dernier 
objet que renferme la Garenne. En 
suivant le coteau nous arrivons à ce 
temple, sous la vue duquel la vallée est 
encadrée d'une manière vraiment pit- 
toresque. Cette solitude est ornée d'une 
Chaumière formée de troncs d'ar- 
bres et encore revêtus de leur écorce. 
A côté sont deux rochers au milieu des- 
quels monte un chemin sinueux; l'un 
porte cette inscription aussi vraie que 
simple, et surtout bien analogue au sen- 
timent qu'inspire la chaumière. 

Consacrer dans ['obscurité 

Ses loisirs à l'élude , à l'amilié sa vie; 
Voilà les jours dignes d'envie. 
Être chéri vaut mieux qu'être vanté. 

Un peu au dessous se prolonge une 
Terrusse , dont la maison du proprié- 
taire de la Garenne occupe le milieu. 
Tous les objets que nous avons vus l'un 
après l'autre se montrent ici dans leur 
ensemble. Enfin , en terminant le cer- 
cle , nous rencontrons le château, d'où 
nous apercevons toute la ville. Ici se 
bornent les curiosités que renferme ce 
délicieux séjour, que j'envierai toute 
ma vie. 

Excursion à Saint-Fiacre et au Châtcuu- 
Tlicbaud. 

Distance à parcourir : 3 lieues et demie. 

Mais les eaux , mais les bois , mais les ombrages frais 
Tout ce luxe innocent ne fatigue jamais. 

(De LILLE.) 



208 



GUIDE 



Topographie de la roule. 



Les deux villages que nous allons vi- 
siter sont charraans : le premier est si- 
tué sur une hauteur qui domine deux 
vallons ; l'un de ces vallons est traversé 
par la Sèvre ; l'autre par la Maine. En- 
fin , le dernier village occupe l'extré- 
mité d'un riant vallon qu'arrose la 
Maine. 

Le vallon de la Sèvre est plus riant 
que celui de la Maine; les prairies sont 
plus étendues et les collines plus fer- 
tiles. Les points de vue y sont plus ad- 
mirables, surtout ceux des coteaux de 
Luneau et de La Petière, d'où l'on dé- 
couvre un pays immense, trop vaste 
pour être embrassé d'un conp-d'œil. 
Nulle part la nature n'est plus riche ni 
plus variée, et l'âme s'ouvre aux plus 
douces impressions dans ces lieux en- 
chanteurs qui rappellent les beaux sites 
de l'Italie. 

En suivant le coteau au bouchant , 
nous arrivons au hameau de la 

Petière, qui paraît au milieu des ar- 
bres et s'avance sur une pente comme 
pour fermer le passage. Après avoir 
traversé ce hameau , nous trouvons 
un amas considérable de roches dont 
quelques unes suspendues, semblent 
près de rouler au fond du vallon, pen- 
dant que d'autres , détachées de la 
colline , sont éparses sur le rivage de la 
Sèvre. Du milieu de ces rocs énor- 
mes, un seul s'élève à une grande 
hauteur et domine tous les autres. De 
là on ne se lasse pas de contempler un 
des paysages les plus gracieux de la 
Sèvre. De fraîches prairies éiendues 
jusqu'à la rivière , leur lapis de verdure 
émaillé de fleurs ; des bosquets de 
bois ombragent le pied des collines 
couvertes de vignobles, qui bordent les 
prairies dans lesquelles paît un nom- 
breux bétail. A l'extrémité du vallon 
paraît le hameau de la 

Bovrchinière, que masquent en partie 
des masses d'arbres tou r fus. A droite , 
le bourg de 

Saint-Fiacre couronne la hauteur , 
sur le penchant de laquelle on remar- 
que dans une belle position la 

Maison de la Canterie avec ses jar- 
dins, les bois qui la décorent, et au 
dessous iin joli chemin ombragé qui 
conduit à la rivière; ce chemin est ter- 
miné par un rideau de hauts peupliers, 



dont les formes pyramidales sont balan- 
cées par le3 vents et se réfléchissent 
dans les eaux. Ces beaux lieux charment 
les yeux par leur variété. On voudrait 
pouvoir y passer sa vie près de la na- 
ture, loin du tumulle du monde et du 
bruit de la ville. 

L'autre vallon de Saint-Fiacre que 
la Maine arrose au sud , est plus étroit 
et plus boisé que celui de la Sèvre. Son 
aspect est agreste et mélancolique. Ce 
vallon, qui conduit à Château-Thèbaud, 
offre une promenade charmante. On y 
entre par une ancienne chaussée bordée 
de grauds arbres comme une avenue. 
En avançant nous découvrons bientôt à 
travers les arbres les 

Ruines du château de Chasseloir, dé- 
truit pendant notre funeste révolution. 
Un chemin tournant à mi-côte conduit 
au château. Nous entrons dans une cour 
spacieuse ; à gauche se voit la chapelle , 
autrefois témoin de la piété de ses an- 
ciens maîtres, et aujourd'hui abandon- 
née. Plus loin, nous apercevons des 
pans de mur renversés, des poutres 
noircies par le feu, des décombres, et 
les restes de la maison principale. Au 
milieu de ces débris s'élève une espèce 
de tour assez bien conservée. A la vue 
de ces traces d'incendie et de dévasta- 
tion , l'âme est péniblement affectée. 
Ces ruines forment un triste contraste 
avec la magnificence de la nature dans 
cette belle contrée. Tout près de Chas- 
seloir est le 

Coteau de Saint-Georges , qui con- 
tient une mine de fer abondante. Un 
sentier tortueux conduit sur le plateau 
de Saint-Georges. On y jouit d'une vue 
ravissante. Au sud , de l'autre côté de 
la Maine, est le village de Château-Thé- 
baud groupé sur un roc ; à l'ouest et 
en face se montrent l'ancien presbytère 
de Saint-Martin , des moulins et quel- 
ques maisons ; Saint-Fiacre, son église 
en ruine et ses vignobles se découvrent 
au nord et dans le lointain. En avant, 
de nouveaux tableaux fixent l'attention. 
Le vallon devient sombre et étroit, des 
bandes de gazon bordent le rivage seu- 
lement dans quelques endroits; les col- 
lines cessent d'être cultivées: d'épais 
taillis les ombragent et des rochers es- 
carpés, qui paraissentprés de se détacher 
du sol , donnent à cette solitude un as- 
pect triste et sauvage. Nous arrivons 
bientôt au 



râïâftfi 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



20<J 



Pont ruiné, dont les débris divisent 
le cours de la Maine et facilitent le pas- 
sage de l'autre rive. Un joli chemin 
nous conduit au pied du coteau , sur le- 
quel est assis le 

Château-Thé haud. Ce château es! formé 
de rocs énormes et dont l'un , coupé 
perpendiculairement à pic comme un 
mur, a cent vingt-cinq lieds de hau- 
teur, et paraît soutenir l'église au bord 
du précipice. Un peu plus loin et sur le 
même coteau, sont les jardins en am- 
phithéâtre, qui rendent cette partie 
moins agreste. Ces jardins , par le moyen 
des terrasses qui se succèdent, sont 
établis au milieu des rochers sur une 
pente difficile et presque à pic ; ils 
semblent suspendus et étonnent l'ima- 
gination. Les arbrisseaux odoriférant, les 
bosquets et les fleurs dont ils sont ornés, 
contrastent merveilleusement avec le 
roc nu , les buissons et les arbustes 
sauvages qui les entourent. 

De ces terrasses nous avons sous les 
veut un des plus beaux points de vue 
du département delà Loire-Inférieure. 
Le vallon de la Maine déploie toutes ses 
beautés ; les prairies , divisées par des 
frênes alignés symétriquement, ou par 
des rideaux de peupliers , se déroulent 
aux regards dans une grande étendue. 
Rien n'est plus frais que ce délicieux 
vallon , dont la verdure s'allie si bien 
avec la surface argentée de la rivière. 
Les collines qui dominen! les deux ri- 
vages présentent des plantes cultivées 
ou stériles, des vignobles ou des rochers. 
Un moulin à eau et sa chau sée , qu'on 
aperçoit jusqu'au dessus des terrasses 
embellissent celte scène cliampèire 
qu'anime encore le chant rustiijue du 
pâtre qui garde les troupeaux de la 
vallée. 

Bibliographie de Nantes. — Notice sur 
le département delà Loire-Inférieure, 
3 e édition, d'iix vol. in-12, 2 fr. Plan 
de Nantes , par Jouanne, 3 fr. — Caries 
des environs de Nantes, 2 fr. — Âlmanach 
du commerce de Nanles, 1 fr. 25. — His- 
toire civile, po'ilique et leligieuse de 
la ville ei du comté de Nanles, par Tra- 
ve s, 3\ol in- 4°, 42fr. — Car c de fïre- 
tagne, par O^ée, quatre feuilles colom- 
bier , 10 fr. — Guide de l'étranger à 
Nanle« , in-18 , 75 c. — Guide du voya- 
geur de Nanles à "Paris, in-18, 75 c. 
— Gu de du voyageur de Nantes à Ren- 
nes et Saint-Malo, iti-18, 5f> c— Guide 
Franck. 



du voyageur de Nanles à Brest, in-18, 
5') c. — Guide du voyageur de Nantes à 
Bordeaux, in-18, 50 c— Vues de Clis- 
son et ses environs, dessinées par Thié- 
non et gravées par Piringer,2 vol. in-4°, 
10 fr. — Flore de la Loire-Inférieure, 
par Pesneau, 1 vol. in-12. (Foret, im- 
primeur libraire, quai de la Fosse.) 

Communications. 

A. De Nantes à Saint-Nazaire , par les 
bateaux à vapeur. 



Distance à parcourir : 18 lieues. 
Durée du trajet: i heures. 

Bateaux affectés à ce service. 

Deux jolis bateaux à vapeur, les 

Riverains de la Loire, font le service 
journalier de Nantes à Saint-Nazaire, 
en touchant aux villes intermédiaires. 
Ces bateaux parlent tous les matins, du 
1 er mars an i'' novembre , à 7 heures 
et demie; et du 1 er novembre au pre- 
mier mars, à 7 heures; et tous les soirs, 
du 1 er avril au 31 octobre, de 2 heures 
et demie à U heures suivant l'heure des 
marées. Allons , mon cher compagnon 
de voyage . il faut nous embarquer, 
l'heure du départ est arrivée, prenons 
notre \ lace ordinaire et passons en 
revue les divers endroits qui bordent la 
rive du fleuve. A droite nous remar- 
quons d'abord. 

Chantenay, petit village sans impor- 
tance. Plus haut se montre 

Couéron, gros bourg ayant un port 
commode pour le radoub et le carénage 
des vaisseaux. Du côté opposé est 

Le Pèlerin , petite ville bâtie en 
amphithéâtre sur un joli coleau, ayant 
un très beau port, où s'arrêtent les 
vaisseaux qui ne peuvent entrer à Nantes. 

C'est en face celle ville , qu'au mois 
d'août 1832, seperdirèntseptàhuit] er- 
sonnes qui se rendaient à la fête de la 
Sainte-Anne. Unepe'.ite embarcation s'é- 
tant approchée pour les recevoir , elle 
chavira, et dans un instant, tout fut sub- 
mergé; M. de Gils, second à bord de La 
Constance , n'écoulant que <on cou- 
rage , se précipita à l'eau, et parvint, 
malgré la rapidité des courans , à sau- 
ver une jeune femme. Après Le Pèlerin 
vient 

Frossa\ , joli bourg sur une hauteur, 
d*où l'on jouit d'un beau point dé 
14 



GUIDE 



vue. Bientôt nous apercevons du même 
côté 

^Paimbœtif, ville ayant un beau port, 
où peuvent mouiller les plus grands 
vaisseaux. Son môle est surtout d'une 
beauté remarquable; il est revêtu de 
pierres de taille, et offre des escaliers 
dans .«on pourtour qui servent aux nom- 
breuse-; embarcations qui communi- 
quent à terre. Du côté opposé, et plus 
bas, est 

Saml-Nazaire , qui est le terme de 
notre deuxième navigation sur la Loire. 

Hôtel i\ commande. — Hottl Saint- 
Julien, tenu par M. Jaeometz. 

Ce joli hôtel, qui a l'avantage de jouir 
de la vue du port de la ville, possède 
de nombreux appartemensbien meublés 
et une excellente table, sur laquelle fi- 
gurent les meilleurs poissons de mer et 
d'eau douce. 



Débarquement. 

En quittant notre navire, nous n'avons 
pas de promenade à faire pour visiter 
les curiosités qu'offre ce village ; il n'en 
possède aucune; mais dans ses environs 
sont les salines que nous devons visiter. 

Environs de Saint-Nazaire. 

Excursion aux Salines. 

Topographie de la roule. 

Départ. 

iprès avoir quitté Saint-Nazaire et 
parcouru un pays agréable, nous arri- 
vons à 

Escoubluc, bourg moderne, biîli près 
dp la côte, à un quart de lieue de l'an- 
cien bourg de ce nom enseveli sous les 
sables de l'Océan, vers le milieu du 
XVIII" siècle. Peu de temps après, nous 
apercevons 

Guèranâe sur une côte couverte de vi- 
gnes. Pénétrons dans l'intérieur de la 
ville, car elle nous offre quelques 

Curiosités. Elle est dominée par un 
château flanqué de vieilles tours. Ses 
remparts sont garnis rie dix tours en 
pierres de taille, nu haut de ces forti- 
fications antiques , l'œil découvre une 
plaine immense qui n'a de bornes que 
lliorizon: ausu.l-est, nous remarquons 
la baie de liourgneuf, l'île de Noirmou- 
tiers, l'Océan, et toute la plaine entre 



le Pouligneu, Batz et le Croizic; à l'est, 
nous découvrons Belle-Ile. et au nord- 
ouest, les îles Héderic, d'Houat , la baie 
et la pointe de Quiberon. 

Quittons maintenant la ville, et diri- 
geons nos pas vers le nord, la sont les 
Salines : c'est ainsi qu'on appelle 
cette grande étendue de terre com- 
pacte que vous voyez Coupe par des 
bassins et de nombreux canaux. Le pre- 
mier de ces bassins porie le nom de 

Vasnere; il reçoit et retient l'eau de 
la mer que lui fournissent les 

Etiers sinueuï qui la prennent sur la 
surface des marais sa'ans. Le second ré* 
servoir se nomme le 

Corbier, lequel est coupé par des 
cloisons hautes de dix à quinze centi- 
mètres, et larges de vingt-cinq à trente. 
Sa destination ct.en faisant faire à l'eau 
de longs circuits , de faciliter la précipi- 
tation du sel quelle lient en dissolution. 
Dans lépai'seur des digues qui sépa- 
rent le Corbier de la Saline, sont des 
conduits qui portent à cette dernière 
le liquide dont < Ile a besoin. 

Maintenant que vous connaissez les 
usages de chacune des parties de la 
Saline, je vais vous faire connaître les 
tyèrations du Solange, Gomme l'hi- 
ver , le travail des salines est inter- 
rompu, on inonde tous les bassins, afin 
de prévenir par là des dégradations que 
le haie et les gelées produiraient sur 
un terrain naturellement disposé à se 
crevasser. Vers la fin d'avril , on fait 
évacuer toutes les eaux pluviales, et on 
y amène l'eau de la mer, en lui faisant 
parcourir les sinuosités des canaux 
nourriciers et les phares. Lorsque cette 
eau a acquis les qualités propres à la cris- 
tallisation , on l'introduit dans le bassiu 
d'évaporation, à la hauteur de sept cen- 
timètres. Un ciel clair, de la chaleur, 
et des vents d'est la convertissent en 
sel marin. Le premier qu'on recueille 
a la sur'ace , e<t en petits cristaux très 
blancs ; l'autre est plus gros et d'une 
coulur grisâtre due Ali vase du fond. 
Lorsqu'il est parfaitement égoutté, on le 
transporte au magasin , et de là , il est 
versé dans le commerce. 

B. De Nantes à Angers. 

Dislance ;\ parcourir : 22 lieues. 

Observation. 

Les bateaux à vapeur les 



*****. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



SU 



Riverains, partent ordinairement pour 
Angers tous lesjours à sept heures du 
malin en été , et à huit heures en hi- 
ver. Dans notre voyage d'Orléans à 
Nantes, ayant décrit les bords du fleuve 
que nous allons parcourir, j'y renvoie le 
lecteur pour les connaître ; il ne me 
reste ici qu'à parler d' 

Angers, qui est le terme de notre 
navigation sur la Loire. 

Aperçu général d'Angers. Cette ville 
est située sur la Mayenne qui la divise 
en deux parties. Elle est bâtie en 
amphithéâtre sur le penchant d'une 
colline qui s'abaisse jusqu'au bord de la 
rivière. Les rues sont, pour la plupart, 
tortueuses, étroites, sombres, el bordées 
de vieilles maisons construites, les unes 
en pans de bois plaqués d'ardoises sur 
les façades, les autres sont en pierres 
d'ardoises: ce qui leur donne un aspect 
triste et désagréable à l'oeil. Kous y re- 
marquons cependant quelques beaux 
quartiers, notamment celui qui avoisine 
la préfecture. 

Angers possède trois ou quatre égli- 
ses^ fort jolies, un Hôtel-Dieu, un vieux 
château, une salle de spectacle, une bi- 
bliothèque publique, un cabinet d'his- 
toire naturelle , un beau jardin bota- 
nique, un musée de peinture, plusieurs 
belles places dont la plus remarquable 
est celle du Ralliement, enfin de belles 
promenades. 

Historique. — L'origine d'Angers se 
perd dans la nuit des siècles ; c'était 
autrefois la capitale des Andecaves. 
Sous les Romains, elle fut embellie par 
de nombreux édifices dont il reste à 
peine quelques vestiges. Childéric l'as- 
siégea dans le V" siècle ; les Normands 
la saccagèrent dans le XI". Elle a été plu- 
sieurs fois attaquée, pri»e, reprise par 
les Bretons, les Anglais et les Français. 
Le château fut surpris par 1 s hugue- 
nots, en 1585, et la ville attaquée en 
1793, par une armée de quatre-vingt- 
dix mille Yendéens. Il s'y est tenu six 
concile», en 455, 1255, 1279 , 136G, 1448 
et 1583, et les célèbres conférences, 
connues sous le nom de conférences 
d'Angers, en 1713 et 1714. 

Débarquement , séjour et promenade. 

C'est au 

Quai de Ligny que nous débar- 
quons, et à 1' 



Hôtel du Faisan , que nous allons 
loger ; cet hôtel est situé au centre de la 
ville. Visitons maintenant les 

Curiosités d'Angers. Commençons par 
la 

Cathédrale, qui est dédiée à saint 
Maurice. Cette église, qui est bâtie sur 
une éinini'iice, n'a qu'une nef; sa forme 
estcelle d'une croix latine; sa longueur, 
depuis la porte principale jusqu'au fond 
du chœur, est de deux cent quatre- 
vingts pieds, et sa largeur de cinquante 
pieds et demi. Cette nef est une des 
plus larges qu'il y ait en France; les 
deux ailes ont chacune quarante-six 
pieds six pouces de longueur, sur au- 
tant de largeur; elles font éclairées dans 
les pignons par tle grandes roses d'une 
élégante construction , et vitrées en 
verres de couleur. Des faisceaux de co- 
lonnes, adossés nui murs, supportent de 
belles voûtes de forme ogive, avec des 
nervures sur le? arrêts; leur hauteur est 
de quatre-vingts pieds. On doit remar- 
quer que ces voûtes n'ont pour appui 
que les murs; il n'y a au dehors, malgré 
la grande largeur de la nef, aucun de 
ces arcs-boutans qu'on voit à presque 
toutes les anciennes églises, et qui res- 
semblent à des étais qui soutiennent 
un bâtiment prêt à tomber en ruine. 
Le 

Portail est surmonté de deux jolis 
clochers à flèches, séparés par un troi- 
sième en dôme, qui font un heureux 
effet. Le 

Frontispice de cette église est décoré 
de huit figures colossales qu'on nomme 
vulgairement Saint-Maurice et ses com- 
pagnons. Une de ces statues porte, sur 
son bouclier, les armoiries des comtes 
Ingelgériens, qui étaient devenues cel- 
les de la cathédrale. Le 

Grand Autel, qui fut refait, en 1757, 
par Antoine-Denis Gervais, est formé 
de difiérens marbres précieux et do six 
colonnes corinthiennes en marbre rouge 
de Laval, qui supportent un baldaquin 
richement sculpté et décoré. Le 

Chœur, grand ouvrage de menuise- 
rie qui sert à former les stalles, est 
orné d'un ordre corinthien en pilastres, 
d'un avant-corps de quatre colonnes 
du même ordre, surmonté d'un allique 
qui occupe le rond-point entre les pilas- 
tres; nous voyons des tables sur lesquel- 
les sont attachées des guirlandes de 
fleurs dont plusieurs sont exécutées 



818 



GUIDE 



avec beaucoup de soins, ainsi que plu- 
sieurs bas-reliefs. Le 

Buffet d'orgue, placé au dessus de la 
porte principale, est aussi un beau mor- 
ceau de menuiserie et rie sculpture, 
quoique la plupart des ornemens suint 
réprouvés par le bon goût; mais, pour le 
juger, il faut se reporter au temps où il 
a été fait, au règne de Louis XV, épo- 
que où l'art dégénérait en France. Ce 
buffet, qui contient un des meilleurs 
orgues de l'Europe, du célèbre facteur 
Banville, est soutenu par quatre caria- 
tides colossales, terminées en gaine. 

De l'orgue, on peut faire le tour de 
l'église au moyen d'une belle balus- 
trade en fer, posée sur la retraite des 
murs, au dessous des naissances des 
voûtes. Ce grand ouvrage de serrure- 
rie, qui a coulé trente mille francs, a 
été fait, en 1738, aux frais d'un cha- 
noine, M. dePantigny.Les autres églises 
d'Angers sont : I' 

Eglisede la Trinité, qm est fort belle. 
et dont la construction remonte à l'an- 
née 1002. On y remarque l'emploi si- 
multané du shle plein -cintre et de 
l'ogive; ses voûtes sont bien exécutées, 
elles nervures d'assez bon goût; loutes 
les ouvertures extérieures sont en plein 
cintre. 

Eglise S'aint-Serguc, qu'on peut met- 
tre au rang des plus beaux monuments 
de l'architecture , nommée impropre- 
ment gothique. Les voùlesdu chœur, de 
forme ogive, sont portées, en partie, 
par six colonnes très sveltes, qui ren- 
dent cette construction aussi hardie 
qu'elle est élégante. La nef n'a été 
bâtie que dans le XV e siècle. L' 

Eglise Saint- Martin, qui ne sert 
pas au culte depuis 17-21, et qui est fort 
belle. Pfous y distinguons, parmi les 
conslructions de divers temps dont elle 
se compose, celles du temps d'Hermen- 
garde : c'est la tour carrée qui est au 
milieu de la croix, et sert à porler le 
Clocher; la <• nstruction inférieure de 
celle tour, dont les quatre angles sont 
ornés de .colonnes engagées qui portent 
des aies à plein cintre, est remarqua- 
ble en ce qu'elle est près pie à la ma- 
nière des Romains; nous y voyons, alter- 
ten ativement , un -assise de lierres de 
tuf blanc et six rangs de briques qui 
forment à peu nrèsla hauteur des pier 
res de taille; mais en examinant la bri- 
que, nous reconnaissons qu'elle n'est 



pas des Romains; sa pâte grossière n'a 
pas la couleur rouge des briques anti- 
ques. L' 

Eghse Saint -Martin est un resle 
précieux des monumens carlovingiens, 
déjà très rares en France ; il serait k 
désirer qu'une administration éclairée 
et sachant apprécier l'influence des 
arts sur la prospérité publique, les 
prit sons sa protection , et ne permît 
de les détruire qu'après les avoir fait 
dessiner et graver sous tous les as- 
pects. 

Après avoir visité les églises , nous 
devons aller voir 1' 

H tel-Dieu, qui est un monument 
très remarquable . fondé par Henri II 
Planlagen t, roi d'Angleteite et comte 
d'Anjou, en 1153. Il consiste aujour- 
d'hui dans la salle des malades , la 
chapelle , les caves et les greniers. 
La 

Salle est divisée en trois parties par 
deux rangs de colonnes corinthiennes, 
qui portent de belles voûtes de forme 
ogive; rien n'est plus hardi et plus 
élégant que cette construction. La 

Chapelle est bâtie dans le même 
genre, et est d'une élégance admirable. 
Les 

Caves, bien voûtées, et les greniers 
qui sont placés au dessus , ne sont pas 
moins dignes de remarque que la salle 
et la chapelle ; nous trouvons même , 
surtout dans les greniers, un luxe tout 
a fait déplacé. Les 

Greniers sont divisés en trois parties 
par deux rangs d'arcs à plein -cintre , 
dont l'un est porlé sur des colonnes 
corinthiennes accouplées, l'autre sur 
des piliers carrés , qui remplacent , 
depuis peu d'années , les colonnes que 
le temps avait détériorées. 

Dirigeons nos pas maintenant vers 
le 

Château d'Jngers. Ce château , qui 
fut commencé sous le règne de Phi- 
lippe-Auguste et achevé par Louis XI, 
est bâti sur un rocher escarpé du côté 
de la Mayenne , au dessus de laquelle 
il s" lève à près de cent pied- ; il est 
défendu par dix-huit tours, et un fossé, 
creusé dans le ro:, de quatn -vingt-dik 
p'-eds de largeur et de trente-trois pieds 
de profondeur. 

Anciennement, les évêques d'Angers 
avaient leur demeure dans ce château; 
il en reste encore, du côté de la rivière. 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



-U 



un grand pan de mur, percé de sept 
croisées à plusieurs cintres , et terminé 
par des assises de pierre posées en 
feuilles de fougère, comme dans d'au- 
tres édifices antérieurs à ce temps-là, 
on pinçait des cordons de briques. Après 
le chàleau d'Angers, nous devons voir 
la 

Salle de spectacle , située sur la place 

»du Ralliement. Celle salle , qui a été 
bâtie , en 1822, sur les dessins de M. 
Binet , arcliilecte de la ville , est fort 
jolie et richement décorée. De la salle 
de spectacle , nous devons aller voir 
le 

Cabinet d'histoire naturelle, qui se 
compo=e d'une salle principale et d'une 
plus petite qui n'e->t point ouverte au 
public , el qui est totalement composée 
de fossiles en pétrification. La galerie 
principale , longue d'environ vingt mè- 
tres , large de six, pourvue de chaque 
côté d'armoires vilrées , présente . à 
droite , les oiseaux et les quadrupèdes, 
groupé* suivant les classes respectives; 
à gauche , les minéraux et les coquilles. 
Au milieu de la salle, nous remarquons 
des cases d'oiseaux ou de quadrupèdes : 
une collection d'insectes commencée 
depuis peu d'années. Au plafond, sont 
fixés un grand nombre d'objets divers, 
tels que poissons, reptiles, etc. Le 

Musée de peinture , qui nous reste à 
voir, est peut-être, de tous ceux qui 
existent dans la France , le plus riche 
en tableau* précieux après celui de 
Paris. Il n'est pas d'école dont il ne 
possède quelques beaux morceaux. Plu- 
sieurs même pourraient briller au mi- 
lieu des chefs-d'œuvre que nous admi- 
rons dans la capitale. Un nombre de 
belles figures antiques, en plâtre , ve- 
nant de la saile des antiques de Paris, 
contribuent à l'embellissement de ce 
musée. 

Telles sont les curiosités que ren- 
ferme Angers, il ne nous reste plus 
maintenant qu'à parcourir ses envi- 
rons. 

Environs d'Angers. 

« Ici tout est plein de ces restes de féo- 
dalité et de guerres civiles. Comme philo- 
sophe et peintre , on est fort content de ren- 
contrer de ces châteaux en ruine ; comme 
phdantrope , on est fâché qu'ils aient existé.» 

Pleesis-Macc , le château de Briolay, 



de Plessis - Bourré , de Brissac et de 
Serrant, tels sont les divers lieux que 
nous allons visiter successivement. 

Excursion au château du Plessis-Macc. 

Dislance à parcourir : .> lieues 
Direction : au Nord d'Angers. 

Départ. 

Pour nous rendre au château du 
Plessi'-Macé , nous devons suivre d'a- 
bord la 

Hou te du Mans , et ensuite celle 
qui est à notre droite , qui nous con- 
duit direclement au bourg du Plessis, 
ou le 

Château. Ce vieux caslel , qui ap- 
partient actuellement à M. le comte de 
Serrant , est abandonné depuis environ 
un siècle. Son enceinte, formée d'une 
épaisse muraille flanquée de tours de 
distance en dislance , existe encore 
presque en entier ; le fossé circulaire 
qui l'environne est rempli de grands 
arbres qui annoncent que des siècles 
se sont écoulés depuis qu'il a cessé de 
servir à la défense de celle forteresse. 
Le donjon en est la partie la plus re- 
marquable et la mieux conservée ; sa 
forme en est carrée ; des tourelles, pla- 
cées sur les angles, et un pavillon, qui 
occupe le milieu de la face principale, 
s'élèvent au dessus des créneaux et des 
mâchicoulis, et lui donnent une forme 
pyramid.de qui produit un bon effet. 
Une jolie chapelle , inoins ancienne 
que ce donjon : des restes considérables 
de divers bâlimens . qui lous étaient 
construits en tuf blanc ; les murs du 
parc . qui renferment une vaste éten- 
due de terrain ; tout annonce la ri- 
chesse des anciens seigneurs du Ples- 
sis-Macé. Ces ruines exercent souvent 
les crayons des étrangers. 

Excursion au château de Briolay. 
Distance à parcourir: 2 lieues et domie. 

« Quel silence imposant ! comme ces 
tours antiques et majestueuses; ces avant- 
cours inhabitées jettent l'effroi dans l'âme 
en proie à l'incertitude! » 

( Horace Walpoole. ) 

Départ . 
D'Angers, pour nous rendre à Briolay, 



"iarrv-: 



214 



GUIDï 



nous devons suivre le cours sinueux de 
la SarLhe, qui offre des sites fort agréa- 
bles. Du Plessis-Macé , nous pouvons 
nous y rendre aussi en suivant la roule 
du Mans, et traversant les villages de 
Pétronaille et de Corzé , où nous trou- 
vons le Loir, que nous longeons ensuite 
jusqu'à 

Briolay, petit bourg enclavé entre le 
Loir et la Sarlhe. C'est dans ce villa™ 
que gisent les 

Ruines du château de jlrinlay, qui 
consistent en une portion de tour' es- 
pèce de forteresse qui evistait, même 
en entier, en 1789, et que l'on aperce- 
vait très distinc'ement d'Angers. Cette 
tour était environnée d'un fossé large 
et profond qui paraît encore, et qu'on 
traversait sur un pont-levis. 

Le château de Briolay était ancien- 
nement une des plus fortes places d'An- 
jou ; il fut as«iégé et pris, en 1103. 
par Geoffroy-Martel , lorsqu'il faisait 
la guerre à son père , Foulques-Rochin 
qui voulait le déshériter. Vers le milieu 
du onzième siècle , il appartenait à Li- 
siard de Sablé qui y faisait souvent sa 
résidence. Ce seigneur était û puissant 
qu'il osa faire la guerre à Geoffroy- 
Plantagenet, le plus redouté des com- 
tes d'Anjou; il poussa l'audace jusqu'à 
ravager toute la campagne , depuis 
Briolay jusqu'aux portes d'Angers. Le 
comte ne pouvant supporter cet af- 
front, assembla des troupes, assiégea 
et prit Briolay, qu'il ruina, l'an 114!). 
Dans la suite , ce château fut rétabli 
et il appartenait, en lois, au prince de" 
Rohan Guéménée , lorsqu'Henri IV y 
reçut en grâce le plus obstiné des li- 
gueurs, le duc de Mercoeur. 



ChHeau du Plessis-Bourré, oui 
n en est éloigné que d'une petite demi- 
lieue. 

Description. -Ce château, qui ap- 
partient aujourd'hui à M. de Terves 
est très bien conservé : c'est un bâti- 
ment carre, flanqué à chaque angle 
dune grosse tour ronde; une de ^es 
tours , plus élevée que les autres se 
nomme donjon. Les murs des tours du 
château , épais de six pieds, sont cré- 
nelés et revêtus, en dedans et en de- 
hors , de belles pierres de tuf blanc 
In fosse de quatre-vingts pieds de lar- 
geur, rempli d'eau vive, environne cette 
immense forteresse féodale , et lui donne 
un aspect imposant; elle fut mise en 
état de siège pendant la Ligue , mais 
on voit, par l'état de conservation de 
ses murs , qu'elle ne fut point atta- 
quée. 

Excursion au château de Brissac. 
Dislauce à parcourir : 5 lieues. 



Excursion h Plessis-Bourré. 
Dislance à parcourir: i lieues. 

Itinéraire de la route. 

Si d'Angers nous voulons nous rendre 
au Plessis-Bourré, nous devons suivre 
la route de Château -Gontier jusqu'à 
Mantreuil ; là nous trouvons la Mayenne , 
et le village de Fénu qui nous conduit 
à Bourg, non loin duquel est le châ- 
teau. Si , au contraire, de Briolay nous 
voulons continuer notre excursion sans 
revenir à la ville, nous devons traverser 
la Sarthe, et suivre son cours jusqu'à la 
hauteur du 



Pour nous rendre au château de 
Bns«ac, nous devons aller joindre le 

Pont-de-Ce, et, après avoir traverse- 
la Loire, nous prenons le chemin qui 
est a notre gauche , qui nous conduit 
directement au 

Château de Brissac, qui est situé 
enlre deux collines. 

Historique. _ Ce joli château est 
possède, depuis le XVI* siècle, parla 
maison Cossé. Avant cette époque, le 
domaine et le château de Brochessac , 
et depuis Brissac, avait appartenu à 
une famille de ce nom, éteinte au 
Alll« siècle. Ils passèrent depuis dans 
celle de Cheminé de La Varenne, de 
qui René Cossé , premier panetier du 
roi et grand fauconnier de France , les 
acheta. En 1611 , la terre de Brissac 
fut engee par Louis XIII en duché- 
pame en faveur de Charles de Cossé, 
maréchal de France. 

Description. — Le château de Bris- 
sac appartient, par son architecture, 
a différentes époques ; mais, malgré ses 
irrégularités et son défaut d'ensemble, 
il présente néanmoins une masse impo- 
sant qui annonce bien la grandeur et 
la puissance des seigneurs qui l'ont fait 
élever. 

La façade principale est au levant et 
se trouve resserrée entre deux tours de 



fc»tk. 



DO VOYAGEUR EN EUROPE. 



213 



l'ancien château de Brochessac, dont 
l'une est en partie démolie, et l'autre 
renferme une chapelle , dans laquelle 
nous voyons une jolie statue de la Vier- 
ge, en marbre blanc. Dans le pavillon 
de gauche , se trouvent un beau vesti- 
bule et le grand escalier, bien éclai- 
rés, dont les rampes sont très larges, 
et les paliers ornés de niches destinées 
à recevoir des statues. Le javillon, qui 
se trouve au milieu 'le la f icade princi- 
pale, est décoré de cinq ordres d'archi- 
tecture en pilastres, formant cinq cla- 
ges , compris le rez-de-chaussée. Au 
dessus de 1'rnlnhlcnient composite, 
nous voyons une table saillante , sur 
laquelle est gravée , en gros caractères, 
cette inscription qui rappelle l'antique 
et noble origine de la maison Cossé ; 

Virilité tempore. 

On voyait autrefois , dans le château 
de Brissac , de grands appartenons or- 
nés de lambris sculptés , peints et dé- 
corés , une va>te galerie, contenant 
plusieurs beaux tableaux de Stella, don- 
nés par Louis X1M , et une nombreuse 
collection de porlraits de famille, 

Ce château , dévasté comme tant 
d'antres pendant la révolution, était 
dépouillé de ses riches ornemens ; les 
tableaux avaient disparu en partie : 
mais, grâce aux soins de M. le duc, de 
Brissac , pair de Fiance , on est par- 
venu à y réunir les portrails de plu- 
sieurs personnes de cette illustre mai- 
son. On y distingue entre autres , celui 
du dernier maréchal de Brissac, si 
connu par la vivacité de ses expres- 
sions, ses pensées fortes, ses vertus 
chevaleresques, la grâce et l'originalité 
de son esprit; il avilit conservé le cos- 
tume du fièclê de Louis XIV, et porla 
long-temps l'éeharpe blanche et les 
deux queues. Il est représenté à cheval, 
sur le premier plan du tableau, do d le 
fond est occupé par une bataille. La 
vue de ce portrait rappelle ces jolis 
vers de Dorât : 

L'HONNEUR FRANÇAIS. 

Si l'on peignaitl'linnneur franiï&il , 
Je voudrais qu'il fût ceint d une écliarpo éclatante , 

Qu'autour d'une laillc élégante 
Lc9 amours renoueraient sans Faste et Bans an prête. 
Ses yeux seraient briilans dune douée allégresse , 

Ses longs cheveux négligemment épars 
Ne seraient point tressés des mains de la mollesse : 
On reconnaîtrait Mars au [ou de ses regards ; 
A la victoire il semblerait sourire, 



Sa grâce même aurait un air guerrier i 
D'une main il tiendrait des Branches de laurier, 
El de l'outre des fleura pour le sein de Tiiémire; 
On Terrait sur son front respirer la can leur: 

Sans être interdite et troublée 
L'infortune à ses pieds connaîtrait le bonheur , 

Kl d'avec lui sortirait consolée. 
Ou représenterait des sièges, des combats , 

Autour de celle auguste image 
Elle peindrait l'amour, la verni , le courage . 
Et le nom de Brissac serait écrit au bas. 

Excursion au château de Serrant. 

Distance a parcourir : -i lieues. 

Situation : enlro la rive droile tic la Loire 

et la grimde route de Nanlcs. 

D'Angers, pour nous rendre au châ- 
teau de Sevrant, nous devons suivre la 
route de Piailles à Angers : si de Bris- 
sac nous voulons nous y lendre, il faut 
que nous traversions d'abord la Loire, 
puis ensuite la Mayenne, des bords de 
laquelle le 

Cli teati de Serrant se montre à nos 
regards. 

Historique. — Le château de Serrant 
fut commencé à bâtir en 1345, par Jean 
de Brie , et fut terminé par le marquis 
de Va» brun , qui ffît tué à la bataille 
Allenheim , le premi r août l730.Après 
la mort de la marquise de Vaubrun, la 
t"rre de Serrant passa à la duchesse 
d'Etrée , leur fille, qui la vend! la 
même année à François Jacqucs-Vflsh, 
en faveur duquel elle fut érigée en 
comté eu 1733, par lettres et patentes. 

Description. — La façade du châ- 
teau , qui donne fur la Loire, est flan- 
quée à ses deux extrémités, de deux 
belle tours rondes , couronnées d'un 
en'ablement qui règne autour du châ- 
teau. La façade principale , qui se 
trouve du côté de la rou'.e, est située 
entre deux grandes ailes qui for- 
ment deux des côtés de la cour d'hon- 
neur. Ce château est composé d'un 
rez-de-chaussée et de deux étages , 
chacun desquels est décoré d'un ordre 
d'architecture en pilastres, qui règne 
sur toutes les laces; l'ionique au rez- 
de-chaussée, le corinthien au premier, 
et le composite au second. Chaque fa- 
çade, ainsi que les ailes, est ornée 
d'un fronton triangulaire, et l'entable- 
ment qui lui sert de base est porté par 
quatre cariatides. Le grand escalier est 
d'une benuté remarquable, et a du être 
un des plus beaux de France à l'époque 
où il fut construit. 






216 



GUIDE 



Les pierres dont C3 va-le édifice est 
construit, sont d'une blancheur cl d'une 
conservation parfaites. Un fossé large de 
quatre-vingts pieds, environne ce châ- 
teau, auquel on arrive par uu pont- 
lcvis. Dans la 

Chapelle du château , nous remar- 
quons le 

Tombeau, élevé à la mémoire du 
marquis de Vaubrun , par sa veuve , 
trenle ans après sa mort. Celle cha- 
pelle, digne dur, tel monument et bâtie 
exprès par Jules Mansard, est décorée 
d'un ordre corinthien en colonnes et pi- 
la.- très de marbre noir. Les mura sont en 
pierres blanches, ainsi que la voûte qui 
est ornée de caissons à rosaces et de 
rinceaux 1res bien exécuté*. 

Le tombeau e t du célèbre Covsevox ; 
il est placé dans un enfoncement revêtu 
en marbre noir , et dont les angles sont 
occupés par deux colonnes de même 
marbre , avec bases et chapiteaux en 
bronze. Le sarcophage . dont la face 
| riucipale offre un bas-relief en plomb 
dore, représentant le combat dans le- 
quel le marquis de Vaubrun perd t la 
vie, esl élevé sur un piédestal, dont le 
de est orné d'une épitaphe en lettres 
<1 or. Ce sarcophage sert de support 
aux statues des deux époux. 

L5 marquis, prêt à rendre le dernier 
soupir, et à demi couché sur un 
trophée d'armes; il s'apnuiesur le bras 
droit et tient encore dans la main le 
halon de commandement. Devant lui 
la marquise à genoux, la tète a puyée 
sur la main droite est en partie couverte 
d'un grand voile. A quelques pieds au 
dessus de ce beau groupe, on voit la 
Victoire qui descend du ciel , tenant 
dans une main, un trophée qu'elle va 
poser sur la tète du guerrier. Celle fi- 
gure qui semble se soutenir en l'air par 
le mouvement de ses ailes, est admira- 
ble par fa grâce et sa légèreté. Ce mo- 
nument, (ont en marbre blanc, est du 
earaetère le plus imposant. Quant aux 
Dépendance? du ch iteau, elles sont 
considérable; et répondent par r aite- 
nient à sa magnificence. Le parc , qui 
;: environ trois cents arpens, est des- 
sine dans le genre paysagiste et ren- 
f rme un très vaste étang et d'autres 
eaux très belles. L'orangerie est. une 
des plus belles de France, après celles 
des châteaux royaux; elle est composée 
decinq cenls pieds d'orangers et de 



beaucoup de plantes exoliques les plus 
rares. 

C. De Nantes à Nort , par le bateau a 
vapeur. 

Dislance à parcourir : C lieurs. 

« La rivière d'Entre est célèbre par les 
sites pittoresques qu'elle présente et par les 
promenades qui s'y font tous les jours ; 
c'est l'un des premiers objets que l'on dési- 
gne à la curiosité des étrangers. » 
(RicnER. ) 

Bateau affecté à ce service. 

Ifn seul bateau à vapeur, le 
Riverain de l'Enhv, fait le trajet jour- 
nalier de Nantes à Nort; il part tous les 
jours à 7 heures du matin et est de re- 
tour le soir à pareille heure 

Embarquement et départ. 

Gagnons le 

Port-Communean , déjà la cloche a 
battu pour la troisième fois sa mesure 
retentissante, le baleau va partir, ses 
roues impatientes commencent à se 
mouvoir dans l'eau , enfin les dernières 
amarres sont larguées et nous voilà fen- 
dant le fleuve avec une rapidité éton- 
nant, 1 . Commençons nos études, nous 
voici en face la 

Houssière , maison de campagne fort 
jolie et dans une situation vraiment ro- 
mantique. En face est le 

Hocher de ttelle-Vue , et plus loin la 
petite 

Baie de Petit-Port, située à l'embou- 
chure du cours qui prend sa source au- 
près du 

Château du Baron, remarquable par 
sa belle avenue de sapins et célèbre 
pour avoir été la demeure de madame 
de Sévigné. 

Apercevez-vous au nord -est de la 
baie du Petit-Port, sur la rive gauche 
et au milieu de grands arbres , une 
ferme ? c'est la 

Ferme de i:'elle — Ile, remarquable 
par sa belle position. Au-delà de ce 
lieu, sur la même rive, est 

Hérandiere , jolie maison de campa- 
gne récemment construite. Plus loin et 
à l'extrémité d'une nouvelle baie . se 
montre le vieux 

Château de la Gacheri' , surmonté 



DU VOYAGEUli EN EUROPE. 



217 



de fou beffroi féodal : c'était autrefois 
la seigneurie de la paroisse, la Chapelle - 
sur-Erdre. C'est dans ce château que 
la reine de Navarre composa une partie 
des contes enjoués et naïfs qui portent 
son nom. A notre gauche , est une su- 
perbe maison de plaisance , nommée 

Gandonnière, placée dans une posi- 
tion charmante, et à laquelle il ne man- 
que que d'être ornée et non pas mas- 
quée parses charmilles. Plus haut est le 
bourg de 

Suce , bâti dans une situation pitto- 
resque , à l'extrémité d'une baie pro- 
fondément encaissée. En face ce bourg , 
nous remarquons les 

Ruines del' ancien château seigneurial, 
qui servit long-temps de maison <ie plai- 
sance aux évêques de Nantes. Ce châ- 
teau , autour duquel régnait un double 
fossé (aillé dans le roc , fut démoli en 
1677; il n'en reste plus aujourd'hui que 
la porte principale, consenée dans son 
entier. Un peu au-delà de Sucé, après 
avoir passé le village de 

Jaille, qui n'offre rien de remarqua- 
ble , nous entrons dans la 

1 laine de Muzerobles , bordée pâl- 
ies communes de Sucé , Casson . Nort 
et Petit-Mars. Cette plaine est presque 
toujours peuplée, principalement l'hi- 
ver, d'un grand nombre d'oiseaux. Un 
peu au dessus du 

Ruisseau de Quiheix , est le 

Canal de la Bretagne, et le village 
de la 

/ oupinière , bâti sur une côte plate, 
dénudée de verdure en plusieurs en- 
droits. Plus haut se montrent les villages 
de la 

Tanlel'e-Houx , et de la 

Noe-Geri, qui n'offrent rien de re- 
marquable. Un peu au delà et sur la 
rive opposée à ce dernier, se voit le 

Château de Pont-Hus , ancienne sei- 
gneurie de la paroisse de Petit-Mars. 
Au delà, la rivière se resserre. En été 
même le courant comneni e à devenir 
sensible ; l'onde y coule sans bruit, , 
comme le temps; mais elle ne se hâte 
pas comme lui. Après une demi-lieue 
faite, au mi'ieu d'une étendue médio- 
cre , nous arrivons à 

Non , qui est le terme de notre na- 
vigation. 

Débarquement. 

Nort; quoiqu'étant une ville assez 



considérable et ancienne , ne renferme 
aucune curiosité digne de fixer notre 
attention ; c'est donc dans ses environs 
que nous devons diriger nos pas. 

Environs de Nort. 

Melleraye et Chàteaubriant sont les 
deux seuls endroits que nous allons vi- 
siter successivement , comme étant les 
plus remarquables des environs de 
Nort. 

Excursion à Melleraye et a l'abbaye de 
la Trappe. 

Distance à parcourir : 5 lieues un quart. 

Topographie de la roule. 

Départ. 

Pour nous rendre à Melleraye, nous 
devons prendre le chemin qui conduit 
à Chàteaubriant. P< u de temps après 
avoir quitté IVort, nous traversons 

Joue, petit bourçç situé sur la rive 
gauche de l'Erdre, où nous remarquons 
le joli 

Château de Bawelière , bâti sur le 
penchant d'un coteau qui s'abaisse jus- 
qu'à l'Erdre. Bientôt nous découvrons 
devant nous, 

Mell, raye , petit bourg peuplé d'en- 
viron huit cents habitans et situé à l'ex- 
trémité de la forêt de Voireau. A Mel- 
leraye, nous prenons le chemin de tra- 
verse qui conduit à 1' 

'bbay-e de la Trappe, qui n'en est 
éloignée que d'un quart de lieue. 

C'est dans ce lieu que viennent mou- 
rir les derniers bruits du monde : 

Koutonnieis sans étoile, abordez : c'est le poil! 
Ici l'âme se plonpe en une pitix profonde, 
Et cette pais n'est pas la mort. 

L'abbaye de la Trappe of're un as- 
pect imposant; sa fondation date de 
l'année 1132, mais elle a été recon- 
struite dans le dernier siècle. L'archi- 
tecture moderne en est belle et d'une 
parfaite régularité. 

Entrée de l'abbaye. — Pénétrons dans 
l'enceinte du monastère; après avoir 
traversé une cour irrégulière et spa- 
cieuse, noua arrivons à la 

Porte claustrale. Là nous sommes 
reçus par le 

Père hôtelier, qui, après vous avoir 
demandé votre profession, vous intro- 
duit dans la 



218 






GUIDE 



Salle des Hôtes. Dans cette salle est 
un 

Tableau de règlement dans lequel 
nous lisons : 

« On supplie très humblement ceux 
que la divine Providence conduira en 
ce monastère, d'agréer qu'on les aver- 
tisse des choses suivantes : 

(t On évite la rencontre des religieux 
en tout temps, mais surtout durant 
qu ils .'ont au travail. 

« Les religieux étant obligés à un 
très rigoureux silence, ne donnent au- 
cune réponse à ceux qui leur parlent. 
« Dans le réfectoire des hôtes , ils 
sont avertis de ne pas tenir des propos 
deshonnêtes, et de no s'entretenir d'au- 
cune affaire politique. » 



Si notre entrée à l'abbaye est l'après- 
midi, nous sommes invités à assister à 
vêpres, avec recommandation de ne 
prendre part à l'office que mentalement, 
ou de n'y chanter qu'à voix bas^e. Les 
vêpres finis, nous entrons dans le 

Grand réfectoire, qui est d'une vaste 
étendue. Le père-abbé en occupe la 
partie supérieure; les religieux du 
chœur sont assis à des tables qui ré- 
gnent autour de cette salle. Les novi- 
ces, les postuhna sont à d'autres tables. 
Les convers occupent à droite et à gau- 
che un petit enfoncement d'où ils ne 
peuvent être vus du père-abbé, mais ils 
sont sous les regards d'un autre supé- 
rieur. Quant à notre table, elle est pla- 
cée au bas de la salle, et est désignée 
sous le nom de 

Table des hôtes laïques ; nous y som- 
mes servis en particulier, et toujours 
avec des légumes. La 

Durée du repas est de trois quarts 
d heure. A cinq heures et demie les 
religieux se rassemblent dans le cloître 
pour y faire des lectures, et on retourne 
ensuite A l'église pour ie Salve regina. 
Au sortir de l'église, nous sommes con- 
duits à notre 

Chambre à coucher ,<\on\. le lit est com- 
pose d'une paillasse, d'un lit déplume, 
d un matelas, d'un traversin, de deux 
draps de lit blancs et de deux couvertu- 
res. Le surplus des meubles ou ustensiles 
consistent en plusieurs fauteuils, un 
prie-Pieu, un pot à eau, un verre 'et 
une serviette. Les parois du mur sont 



garnies d'images et de peintures d'un as- 
pect glaçant ou terrible. 

Le lendemain, à div heures, on nous 
fait visiter toute l'abbaye. Nous com- 
mençons notre visite par le 

Dortoir, (ju i consisle en une longue 
galerie dans laquelle sont placés par 
rangs les UN des trapp stes, qui consis- 
tent en deux planches, un oreiller de 
paille et une couverture de laine. Du 
dortoir nous passons au 

Chapitre. C'est une grande salle où 
les religieux s'assemblent à des heures 
déterminées pour faire des lectures et 
s accuser à haute voix les uns les au- 
tres des fautes qu'ils ont commises con- 
tre la règle. A l'extrémité de la salle est 
un christ au bas duquel sont écrits ces 
mots tiers et soumis à la fois : 

Scll Ueo Iwiwr el frloria. 



Après avoir visité la boulangerie et 
la cuisine, nous allons parcourir les 

Dépendances de l'abbaye. Nous nous 
rendons à 1' 

_ Etang. Là sont deux moulins à eau 
établis pour le besoin de la commu- 
nauté, l'eau du premier fait mouvoir 
le second, qui est situé à cent pas plus 
loin. De l'étang nous sommes conduits 
a ta 

Laiterie et vacherie. La laiterie est 
une espèce de cellier taillé dans le roc, 
et qui, conservant mieux l'équilibre de 
sa température, est relativement plus 
chaud en hiver et plus frais en été. 
Elle est composée de quatre pièces y 
compris une petite remise où l'on dé- 
pose les ustensiles qui servent à traire 
les vaches, battre le beurre, etc. La pre- 
mière de ces pièces est le fourneau. 
C'est là qu'on fait le beurre et qu'on 
travaille le fromage. La seconde cham- 
bre sert à mettre les fromages sous la 
presse et à les sécher. La troisième est 
le .dépôt du lait. 

La vacherie est construite avec au- 
tant de goût que de soin : elle a pres- 
que i 80 pieds de longueur. A l'extré- 
mité sont des magasins pour le foin. 
Après avoir visité la laiterie, nous som- 
mes conduits dans les 

Ateliers. Ici tous les métiers mécani- 
ques sont mis en usage par les divers 
trappistes, car rien de ce qui s'emploie 
dans la maison n'est travaillé par des 
étrangers; ayant fait vœu d'être pau- 
vres et de n'être à charge à personne, 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



219 



ils gagnent eux-mêmes leur vie à la 
sueur de leur front. 

A la vue de tout ce mouvement, il 
semble que le monastère «oit changé 
en un ntelier général, ou la plupart des 
arts mécaniques utiles à la soriéié 
s'eserc nt avec intelligence et écono- 
mie. 0e là nous passons dans le 

Jardin, qui est admirable ; il c-t en- 
tretenu par les religieux du chœur ; ce 
n'est qu'un délassement pour eux, car 
leur office est de chanter à l'église des 
prières pieuses au chapitre. 11 en est 
d'eux comme de l'ermite de Parnell : 

Prti) Y ail liis l'usa' ntss , ait lits jjleasare priûse. 

En suivant l'angle du jardin nous ar- 
rivons au 

Cimetière. Ce cimetière n'offre rien de 
remarquable : quelques croix s'élèvent 
sur cette terre modeste, sur lesquel'es 
sont écrits l'âge du frère, le temps de 
sa profession et sou religieux. Une fosse 
ouverte et creusée solennellement dans 
une assemblée générale, attend au cime- 
tière le premier qui doit mourir. 

Maintenant que nous connaissons 
en entier l'abbaye de la Trappe, il ne 
nous reste plus qu'à faire notre 

Excursion à Châteaubriant. 

Distance à parcourir : 3 lieues trois quarts. 

Départ. 

De l'abbaye de in Trappe pour nous 
rendre à Châteaubriant, nous sommes 
obligés de revenir sur nos pas jusqu'au 
village de Melleraye, et de suivre de là 
le chemin jusqu'à 

Châteaubriant, qui estl'endroit où se 
borne notVe excursion. Châteaiîbriant 
est une petite ville fort ancienne, re- 
montant au temps de la domination ro- 
maine. Le 

Château , dont nous admirons les 
ruines, fut bâti en 1013, par Briant de 
Penthièvre, qui lui donna son nom. 
Sous le règne de Charles VI II, ce châ- 
teau Tut démoli en partie, et il ne fut 
respecté que ce que nous voyons au- 
jourd'hui, c'est-à-dire que la tour du 
donjon et ses deux grandes tours. Yi- 
sitons-en 1' 

Intérieur. Ici nous trouvons l'anti- 
que chapelle de cette forteresse, et en- 
suite la salle des gardes, autrefois dé- 
corée de trophées. 



Parcourons maintenant le 

Ch tteau neuf. Ici nous admirons une 
magnifique galerie composée de 40 ar- 
cades ; le grand escalier voûté en pier- 
res est lai parlement qu'occupait Fran- 
çois de Foix ; c'est une grande pièce 
lambrissée et séparée en deux par une 
balustrade travaillée avec goût ; les vi- 
traux sont petits et laissent apercevoir 
quelques restes de peinture ; la chemi- 
née, soutenue par des cariatides, est 
sculptée en entier, Suivant le goût du 
temps. De celte pièce nous entrons par 
une double porte basse, étroite, dans 
une lour qui était entièrement dorée. 
Quant à la boiserie qui la décore, elle 
est couverte de sculptures, et offre des 
dorures d'une grande fraîcheur. 

Après cet examen de l'intérieur, si 
nous voulons jouir de l'aspect vraiment 
romantique qu'offrent ces ruines, pla- 
çons-nous à La Torche, de l'autre côté 
du Cher; de là nous apercevons sur 
un monticule peu élevé , le donjon , 
de forme carrée, avec ses crevasses, 
ses mâchicoulis et ses festons de lierre. 
Au pied se trouve un marais de peud'é- 
tendue, où croissent les jeunes saules, 
aux rameaux légers et gracieux entou- 
rés de plantes aquatiques en fleur, que 
surmonte le glayeul en fer de lance. A 
gauche, la partie pics récente et en- 
core habitée du château , présente un 
amas irrégulier de tourelles élancées. 
Cet ensemble pourrait fournir à un pin- 
ceau exercé, une étude de paysages et 
de ruines. 

Deuxième route. 

Route par Vendôme. 

Distance à parcourir : 100 lieues et demie , 
B4 postes un quart. 

Observation. 

Cette route se trouvant décrite par 
la deuxième de Paris à Tours, nous y 
renvoyons le lecteur pour la connaî- 
tre. 

De Paris à Angers. 

Roules. 

Deux routes conduisent à Angers, 
l'une passe par Orléans et l'autre par 
Tours. 



Première route. 
Route par Orléans. 



Dislance à parcourir : 87 lieues, 43 postes 
et demie. 

Cette roule se Irouvant décrite par 
celle de Paris à Nantes, nous y re,i- 
>'0}ons le lecteur pour la connaître. 

Deuxième route. 

Route par Tours. 

Distance à parcourir : m lieues , 43 postes. 

( Voyez de Paris à Tours , par Chartres. ) 

De Paris à Saintes. 
Distance à parcourir : lai lieues. 

Observation. 

De Paris jusqu'à Angoulême, la roule 
nous étant comme par celle de Paris à 
Bordeaux, ce n'est donc que depuis 
Angoulême que notre itinéraire doit 
commencer. 

Itinéraire d'Angoulême à Saintes. 

Dislance à parcourir : 10 lieues. 



GUIDE 



construction moderne d'un assez bon 

Saintes possède plusieurs églises 
quelques antiquités, une bibliothèque 
publique renfermant environ vingt-cina 
nulle volumes ; une salle de spectacle • 
un palais de justice, enfin un cabinet 
d lnstoire naturelle et d'antiquités 

Historique - « Cette ville, ancienne 
capitale des Sanlones , était déjà flo- 
rissante lorsque César fit la conquête 
des Gaules. Sous Auguste, elle fut com- 
prise dans l'Aquitaine. Les Visigotlis et 
les Francs la soumirent successivement 
Avant les irruptions des Barbares, qui 

ravagèrent l'empire romain. Saintes était 
mie ville importante, fortifiée de murs 
flanques de hautes tours, et décorée de 
plusieurs édifices publics. Les Normands 
1 assiégèrent, la prirent clla ruinèrent 
entièrement en 813 et en 834. Sous le 
règne de Philippe VI, en 1330, le duc 
a Alençon attaqua Saintes par surprise 
s'en empara , en chassa les habitans, et en 
rasa les maisons et les murailles. Cette 
ville fut encore prise et reprise dans les 
guerres de religion, par les différens 
partis, qui détruisirent la plupart des 
monumens. i 



Départ. 

Après avoir quitté Angoulême et nar- 
vonsl "" e faib ' e disla " ce * nou s arri- 

Hiersac (Cnaiîente) , petite ville bien 
située, et dont les vins jouissent d'une 
grande réputation. Après vient 

■iarnac, connu par la bataille donnée 
sous ses murs, en 1869, entre les ca- 
tholiques et les calvinistes. 

Cognac (Charene-Inférieure) vient 
eiiMiae, et se fait remarquer par sa 
belle position, ainsi que 

Pourtreau d'où nous entrons dans 
Jointes, ou nous allons prendre le 
natçau a vapeur jusqu'à Rochefort, oui 
est le terme de notre navigation. 

A perçu général fia Saintes. _ Celte 

T«Jt aSTéab]ement s!tuée sur '« pen- 
chant d une montagne* au pied de la- 
quelle coule la Charente. Ses rues sont 

^"'-■percéeuis;;: 

mal bâties, parmi lesquelles on en re- 
marque cependant quelques unes de 



Séjour et promenade. 
Prenons notre logement à 1' 
Hôtel du Bateau à vapeur, maison 
très estimée, et où nous serons parfaite- 
ment bien. Après avoir pris notre gîte 
nous allons parcourir la ville pour'voir 
ses diverses 

Curiosités. — Ces curiosités consis- 
tent en plusieurs antiquités romaines 
et en monumens gothiques; visitons 
d ebord les 

t 1 iniquités romaines Ces antiqui- 
tés sont les bains, les ruines de l'amphi- 
théâtre, enfin l'arc de triomphe. Les 

Bains sont situés sur la rive gauche 
de la Charente, et au nord de celle 
ville ; ils sont découverts en totalité, ce 
qui ne contribue pas à leur conserva- 
tion. Les hypocantes de ces bains sont 
au nombre de trois, et en assez bon 
état; nous y remarquons deux bains en 
pierre calcaire, avant 6 pieds de long. 
Les 

Ruines de V amphithéâtre sont situées 
hors des murs de la ville, dans un val- 
lon resserré dont elles occupent toute 
la largeur, en s'appuyant sur la pente 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



221 



des deux côteauï. Parmi ces ruines 
nous remarquons les souterrains, le* 
loges pour les bêtes féroces, et le reste 
du Podium, où se plaçaient les magis- 
trats. On prétend que cet amphithéâtre 
servait à dt-s nomachies ou combats sur 
l'eau, et l'eau nécessaire à ces jeux y était 
«menée par un aqueduc de trois lieues, 
dont nous voyons encore des vestiges 
au nord-ouest de la ville. Quant à 1' 

Arc de Triomphe , il es t situé sur 
le pont , qu'il décore d'une manière 
majestueuse. Cet arc, qui est dédié 
à Germanicus , à Tibère et à bm- 
sus, fils de cet empereur, fut élevé par 
les Santones, l'an 774, sur la voie mi- 
litaire de Mediolanum Limonum (i'oi- 
tiers) , et il formait l'entrée de cette 
voie à' son point 'le départ de la pre- 
mière île ces deux cités. 

Description. — Cet arc, qui s'élève à 
environ 38 pieds , est d'ordre corin- 
thien ; il se compose de quatre parties, 

savoir : , 

1» D'un piéde-tal qui est engage dans 

le pont ; 

■2° De 24 pilasires corinthiens emmê- 
lées, ou pieds-droits, 'lont les entable- 
mens servent d'imposte au* bardeaux 
des deux portes; 

3" D'une mezanine qui contient le 
haut de l'arc ; 

4° Enfin de l'attique. 

L'édifice est coupé par deux arches 
en plein cintre, orués d'archivoltes po- 
sés sur des petites imrosles corinthien- 
nes qui couronnent les pilastres. Sur les 
arcs est un grand entablement qui cou- 
pe les deux faces, et dont les angles re- 
posent sur autant de petites colonnes 
cannelées, placées dans les encoignures 
des retours, et posées sur les impostes 
des voûtes. Ces colonnes, qui ont en 
saillie les deux tiers de leur diamètre, 
sont couronnées par une corniche ornée 
de moiillons. Au d ssus de cette cor- 
niche s'élève l'attique sur laquelle est 
gravée en creux lu 

Dédicace du monument. Celte dédi- 
cace, qui est placée dans trois compar- 
timens égaux, es! ainsi conçue : 

Première inscription it droite. — A 
Ger nanicus-César, fils de Tibère-Au- 
guste, arrière-petit-fils du divin Jules- 
Auguste, (lamine, Auguste, consul tsour 
la deuxième fois, empereur pour la 
deuîièine fois. 

Peuxième inscription au centre. — 



A Tibère César, fils du divin Auguste, 
Auguste, souverain pontife , consul pour 
la quatrième fois, empereur pour la 
huitième fois, dans la vingt- troisième 
année de sa puissance tributienne. 
Troisième inscription à tanche. — 
A Drusus César, fils de Tibère-Au- 
guste, petit-fils du divin Auguste, ar- 
rière-petit-fils du divin Jules, i ontife, 

Auguste. _ „ 

Quatrième inscription. — Cm us Ju- 
lius, fils deGaïusJuliusMnanenus, petit- 
fils de Caïus-Julius-Gidedraon, arrière- 
petit-fils d'Epoisot o\ ide.prêlre de Rome, 
et d'Auguste . à l'autel qui e-t près du 
confluent (de la Charente et de la Scu- 
gue), intendant des travaux, a fait la 
dédicace de ce monument. 

Maintenant que nous connaissons les 
antiquités romaines de Saintes, passons 

à ses 

Monumcns gothiques. Cette ville ne 
renferme que deux monumens en ce 
genre, savoir : la 

Cathédrale, qui est remarquable par 
son portail et la belle tour qui la sur- 
monte. Enfin 1' 

Eglise Sainl-Eutrope, qui est située 
en haut de la ville, et dont la construc- 
tion remonte au huitième siècle. Cette 
éghse est riche d'ornemens et de belles 
peintures qui doivent être un sujet d'é- 
tude pour le peintre et l'archéologue. 

Environs de Saintes. 

Nous avons déjà franchi l'enceinte de 
la ville pour visiter les ruines de l'am- 
phithéâtre, nous allons de nouveau la 
franchir pour voir la fontaine de Saint- 
Vénérand, et, à Sablouceaux, quelques 
antiquités romaines. 

ExcursionàtafontainedeSaint-Vénérand. 

Dislance à parcourir: 2 lieues et demie. 

« Ce lieu solitaire forme un réduit sau- 
vage el désert; mais plein de ces sorlcs de 
beautés qui ne plaisent qu'aux âmes sensi- 
bles, et paraissent hoiribles aux autres. 
En comparant un si doux séjour aux autres 
objets qui l'environnent; il semblerait que 
ce lieu J û I être l'asile de deux amans échap- 
pés seuls au bouleversement de la nature. » 
(J.-J. Rousseau, Meilleiue.) 

Départ. 
Après avoir quitté Saintes, etparcou- 



i; : 



ru un petit instant la route de Saintes 
dflort , nous trouvons à notre droite un 
chemin qui conduit directement à la 
fontaine de Saint-Vénerand. 

Celte fontaine, qui peut être compa- 
rée a la célèbre fontaine de Vauclu-e 
sort, de même que celle-ci, du pied 
d un rocher coupé a pic, en forme de 

ni e m rr P a,n ' d ° Dti ' œiine P eutm ^r 

la dimension. 

impnpHi an ! re . 8 ' éch »rPO en mugissant 
une petite rivière qui serpente dans le 

«r *T V k °" de I ,eu d'étendue et 
sans débouche. Dans son cours, cette 
petite rivière fait tourner un A,ou lin 
?e senfr.a T 61 e " e ^ n ^uffre dans 
raître ' P ° Ur ne plus re I ja ~ 

Si nous voulons voir la source, il faut 
nous placer au pied du roc, et dans 
1 enceinte même, dar.s Inquelle nous ne 
pouvons descendre qu'au moyen d'une 
échelle; c'est au fond de cette ouver- 
ture que s'ouvre l'aquéduc en forme 
de galerie par ou s'échappent les eaux 



GUIDE 



entouré de fossés de 30 pieds de oro- 
fondeur sur à peu près autant de laVgt 

Communication de Saintes à Rochefort 
par le bateau à vapeur. 

Dislance à parcourir : 10 li eues . 

Durée du trajet -i f" £ esc , en(,ant > 3 •>. *U. 
uu,ra l et -)Enmontant,6h.(sansla 
I marec.) 

rivière* S^„"2?J*J(i* i oIi <« 
Embarquement et départ. 



Excursion à Sablonceaux. 
Distance à parcourir: S lieues. 

Dars cette excursion nous avons à 
voir les ruines d'une pile construite 
par les Romains, et une tour antique 
La i première de ces ruines est située 
près du village de Sablonceaux, et l'au- 
tre en est distante d'un quart de lieue 

La pile, qu'on désigne sous le nom 

Pile de Pirelongue est construite en 
moellons et ciment; son plan o'Tre un 
carre dont chaque côte a 18 pieds de 
longueur. Elle est couverte d'une ma- 
çonnerie de forme connique, de "0 
pieds de hauteur, composée de 7 assises 
de pierres de taille, sculptées en pe- 
U tesngoles creusées parcompartiuiens. 

Tour antique , ses ruines ne nous 
offrent plus qu'une masse de mur 
ft a f™ 12 P^ds, et épaisse de 
7 pieds l r >. Ses faces sont revêtues de 

-s a ;v;tv; ,, '' campi -' ai »-«- 

le ^Z'Ll e ^"" r - Ce Cam P' Dlacé ^r 

e sommet d une petite montagne d'où 

l'on découvre un lointain immense es" 



arrivée" Ïï£*< f mus embarquer 
•urnee, gagnons donc notre nairi» J, 

commençons la descrin in.f ,? et 

Bussar, petit village fort inli «.» k- 
si ué. Plushas d h„ " ! J°" et bien 

Vni-TiZ du " leme côté est 

h»n?' ? Ur ? " 0n raoi,ls remarqua 

.eSS^ iè ^nr, eiistaudès 

près de ce lieu au» « a inf il- ' C est 
ta une victoire s Ur "l e , L X [ emp0r - 
porte le nom A "g'ais dont elle 

^<l«.».«fS'r 1 «,, p „•: d "ï 1 ' 

Jiords. et ensuite 
J^hUnt, villages (brtjou,.^ 

tin^bTu^^''"'"!' petite TilIe •««"- 
1 e u étei't lu t P fn U " e be,!e situali O". Ce 
le duc dâ ït " ne f" aCe f0rte ' dont 
calvinistes f„» ^«"J? «* 'es 
le «roi» rt'v i. k • Louis XIV conçut 



tmtk. 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



2S5 



mens qui avaient été commencés à 
Tournay-Charente, furent transférés à 

Rnchefort, dont nous commençons à 
voir le joli port, que l'œil suit dans 
toute son étendue. 

Aperçu général de Hoche fort. — 
Celte ville, qui a élé fondée sous 
Lou's XIV, présente un coup d'oeil fort 
agréable; elle est silure à l'extrémité 
d'une plaine très étendue, sur la rive 
droite de la Charente, à qualre lieues 
de son embouchure dans l'Océan. Elle 
est ceinte de beaux remparts plantés 
d'arbres, qui offrent une promenade 
magnifique dont la vue est immense. 
Ses maisons sont toutes bâties avec 
une élisante simplicité, mais leur peu 
d'élévation leur donne un aspect peu 
imposant. Ses rues sont bien pavées, 
larges et coupées à angles droits. 

Rochefort renferme plusieurs établis- 
semens considérables et très remar- 
quables, tels que l'arsenal, dans lequel 
est le bagne, l'hôpital neuf, l'école de 
l'artillerie de la marine, enfin la cor- 
derie. 

Débarquement, séjour et promenade. 

Débarquons et allons nous loger chez 
M. Delay , 

H'. tel du Grand-Bacha, rue Royale, 
où nous serons fort bien. De tous les 
établissemens que nous avons vus plus 
haut, un seul va être le but de noire 

Promenade intérieure , 

Les Bagnes. 

C'est ici TaMle du crime et du malheur! 

Suivons la rue Royale, gagnons l'Ar- 
senal, et de là la 

Porte du bagne. Ici sont deux piè- 
ces d'artillerie chargées à mitraille, qui 
commandent la soumission. A gauche 
de cette porte s'étève un auvent sous 
lequel se tient un 

Caniinier. qui vend du pain aux con- 
damnés. Entrons dans la ' 

Cour. Dans cette cour et à côté de 
la porte sont deux énormes fauteuils 
en fer fixés contre les angles, emblème 
de la servitude et du joug qui pèse sur 
le coupable. A droite de cette cour est 
le 

Bâtiment du bagne, qui forme dans 



toute sa longueur deux salles, ou plu- 
tôt deux gouffres infects. Dans cette 
cour nous remarquons une 

Horloge et une allée d'arbres peu 
vig> ureux, 

Telles est la cour des bagnes ; exami- 
nons maintenant les hommes qui s'y 
promènent, et dont le costume nous 
indique à peu près l'emploi. Ceux 
qui sont revêtus d'une redingote bleue, 
ce sont les chefs de brigades de sûreté, 
qu'on désigne sous le nom d' 

yJdjudans. Ceux que nous voyons en 
uni orme bleu, et armés de marteaux, 
ce s' ni des 

Subalternes , dont nous allons con- 
naître les fonctions. 

Deux heures. Entendez - vous un 
murmure de voix, de choc de chaînes? 
On vient d'ouvrir la 

Salle Saint-Gilles , et les forçats 
viennent en foule faire inspecter leurs 
fers, et reprendre leurs travaux. Remar- 
quons soigneusement cette 

Inspection des fers. Ici commencent 
les fonctions des adjudans et des su- 
balternes ; les premiers vont prendre 
place sur les fauteuils dont nous avons 
déjà parlé, et les subalternes, munis 
d'une escabelle, vont sous leurs yeux 
faire cette inspection. Alors chaque 
forçat, suivi de son camarade, présente 
sa chaîne, et le 

Gaidi.n chiourme frappe deux 
coups de marteau, pour s'assurer si le 
boulon est intact et la clavette sans 
fracture. Après cette inspection faite, on 
les fait disposer en rang. Esaminons 
maintenant la 

Livrée des forçats. Vous voyez tous 
ces hommes, ils font coiffés d'un bonnet 
rouge et velus d'une longue veste à 
basques et d'un gilet de mèuie couleur. 
Leur pantalon est en toile grise, mar- 
quée devant et derrière des initiales 
G. A. L. qui se croisent avec des an- 
cres couleur de rouille. Sur leurs 
souliers, le mot galérien est tracé au 
poinçon. Telle est la livrée des forçats 
condamnés à perpétuité ; elle se com- 
pose d'un bonnet vert, d'une veste 
rouge des manches de laquelle sort 
un bout d'étoffe brune. Ces derniers 
occupent la 

Salle Saint-Antoine, de laquelle ils 
sont sortis pour l'inspection de leurs 
fers. Après cette inspection faite, ou les 



22* 



6UIBK 



fait placer en face des bonnefs routes. 
Alors le 

Tambour se fait entendre et un ren- 
fort de gardes-chiourmes arme, le sa- 
bre au côlé, l'arme au bras, et se range 
en bataille. La compagnie des gardes 
armés rompt les rangs , et les dispose 
deux à deux. Un 

Coup de sifflet part, c'est le signal 
de la marche, c'est le 

Départ pour le port. Suivons-les, et 
prenons connaissance des 

Travaux qui leur sont départis. Ici 
chaque couple, conduit par un earde- 
chiourrae, se rend au travail qui lui est 
destiné; chaque chef d'une partie de 
l'administration ou des travaux, fait la 
demande d'un cerlain nombre de con- 
damnés, et aux heures du travail, ils 
sont distribués selon les besoins du 
service. Tous ceux qu'on envoie aux 
travaux qui se font dans l'intérieur des 
magasins, sont îles rouges; les verls res- 
tent en troupeaux evposés à l'ardeur 
du soleil dévorant, la pioche en main ; 
d'autres, at'elés au nombre de dix ou 
douze, traînent péniblement les énor- 
mes charpentes qui servent à la con- 
struction des bàtimens en chantiers. 
La brutalité des conducteurs ne se ra- 
lentit point un moment : le supplice est 
continuel pour le condamné! 

Environs de Rocliefort. 

Séjournant quelque temps dans cette 
ville , il est bien peu de voyageurs qai 
se refusent d'aller voir la mer. La mer 
offre en effet un tableau bien séduisant 
par la diversité des navires qui la sil- 
lonnent. 

Leur Aspect nous amuse . et des barques légères 
Notre o-il de loin poursuit lis traces passagères; 
Le 7.épl,îrde la toile enfle les plis mouvants. 
Et cbaque banderole est le jouet des vents. 

Allons donc voir la mer, et parcou- 
rons Ions les lieux environnons qui nous 
offrent quelqu s curiosités : l'île d'O- 
léron va être le but de notre excur- 
sion. 

Excursion à l'île d'Oléron. 

Distance à parcourir : G lieues. 

Départ. 

Pour nous rendre à l'île d'Oléron , 
nous allons nous embarquer ici avec 
quelques chaloupes de cette île. 



Apres avoir quitté le port de Roche- 
fort et parcouru un petit détour, nous 
remarquons, à gauche, 

Soubise, peli!e ville située sur une 
hauteur qui lui procure un air salubre 
et une belle vue. Plus bas, et du côté 
opposé, nous remarquons I' 

Embouchure du canal de Charas. 
Non loin de là, nous distinguons le 
petit village de 

Saint- Laurent de La Pré, nous 
voici 

En mer. En face de nous est le 

Fort l'^iguil/e; nous tenons la gau- 
che , et nous tournons ensuite le cap 
vers la ville de 

Château-Oleron , qui est le lieu de 
notre 

Débarquement et séjour. 

Maintenant que nous touchons terre, 
entrons dans quelques détails sur l'île, 
puis enstiiie nous la parcourrons. Cette 
île a environ sept lieues de long et deux 
de large ; elle en traversée, du sud-est 
au nord-ouest, dans presque toute son 
étendue , par une grande route qui 
aboutit à la tour de Chassiron. L'île est 
divisée en deux cantons; elle renferme 
les deuv villes de Château et de Saint- 
Pierre d'Oléron : les bourgs de Saint- 
Denis, Dolas, Saint-Trojan, Saint- 
Georges , et plusieurs autres villages. 



Promenade. 

Maintenant^ue nous avons une idée 
générale de l'île nous allons la parcourir 
rapidement, en laissant de côté toute 
espèce de détail. Sur la mer, c'est un 
sujet traité à fond lors de notre voyage 
au Havre. Prenons la droite, et diri- 
geons nos pas vers 

Saint-Trojan , petit bourg fort agréa- 
ble , q"i trmine presque l'île. Delà, 
nous découvrons l'embouchure de la 
Sandre et la pa«se de Mautruisson. En 
r. venant, par le côté opposé de l'île, 
nou c trouvons 

Dolas. petit bourg placé sur la grande 
roule. No" loin tle ià est 

Saint-Pierre d'Oléron, qui occupe 
le fond d'une vallée. Après avoir tra- 
versé Sainl-Pierre et parcouru un es- 
pace assez considérable , nous sommes 
en vue de 

Saint- Denis , petit bourg placé à 



DU YOYAGEUR EN' EUROPE. 



l'extrémité de l'île. Tout près de là 
s'élève la 

Tour de Chassiron , fanal qui indique 
aux vaisseaux l'entrée du pertuis d'An- 
tioclie qui la sépare de l'île de Ré. D'ici, 
cette île paraît dans toute son étendue, 
ainsi que la ville de La Rochelle, qui est 
placée au fond d'un petit golfe qui lui 
sert d'avant-port. 

De Paris à La Rochelle. 
Distance à parcourir : 124 lieues. 

Observation. 

Cette roule se trouvant décrite jus- 
qu'à Poitiers par la roule de Saintes et 
de Bordeaux, ce n'est donc que depuis 
Poitiers que notre itinéraire doit com- 
mencer. 

Itinéraire de Poitiers à La Rochelle. 
Distance à parcourir : 54 lieues. 

Itinéraire et topographie de la route. 
Départ. 

De Poitiers, nous allons à 

Lusignan, petite ville qui commerce 
en graines et en marrons . et après la- 
quelle nous entrons dans le 

Département des Deux - Sèvres. — 
Bientôt après , nous atteignons 

Saini- Muixe ut , petite ville sur la 
Sèvre-Niortaise , et qui ne possède 
d'autre curiosilé que ses promenades. 
Après Salnt-Maixent , nous allons à 

Niort, petite ville fort jolie, et pos- 
sédant les 

Curiosités suivantes : 1' 

Eglise Notre-Dame .ouvrage attribué 
aux Anglais, et dont la flèche a 43 toises 
d'élévation ; I' 

Hôtel- He-Fille, jadis palais d'Eléo- 
nore d'Aquitaine ; enfin le 

Passage du Commerce. De Niort, 
après avoir pa se le village de 
Naizé, nous entrons dans le 
/ épurtement de la Charente- Infé- 
rieure, et bientôt après dans 

F. riières , polit village situé au pied 
d'une éminence dont le sommet est 
couronné par un beau chàieau. A une 
faible distance de cet endroit, nous 
traversons le 

FRANCE. 



Canal de La Rochelle , après lequel 

nous ne lardons pas à entrer dans 

La Rochelle , qui est le terme de 
notre route. 

Aperçu général de La Rochelle. — 
Celte \iile, qui est située sur l'Océan, 
au fond d'un golfe qui lui sert d'avanl- 
port; est en général bien bâtie, très 
propre, bien percée, et offre un beau 
coup d'oeil. La plupart des maisons sont 
supportées par des portiques sous les- 
quels on marche à couvert, et dont le 
double rang donne aux rues un carac- 
tère de grandeur et de régularité qui 
plaît par sa physionomie hollandaise. 

La Rochelle possède plusieurs églises , 
une bibliothèque publique, renfermant 
dix -huit mille volumes, un superbe 
établissement de bains de mer, con- 
struit à l'instar des bains de Dieppe , 
un cabinet d'histoire naturelle , un 
jardin botanique, une bourse, un pa- 
lais de justice , un arsenal, enfin , un 
chantier de construction. 

Historique. — i Cette ville doit son 
origine à un château fort , nommé 
Vauclair , construit dans le but d'op- 
poser quelque résistance auv Normands. 
Chàtelaillon, situé à deux lieues de là, 
ayant été ruiné, les habitans vinrent 
s'établir aux enviions de Vauclair, et 
y construisirent plusieurs maisons dont 
le nombre s'accrut insensiblement. Un 
petit fort, appelé Bocca, qui y fut 
construit sur un rocher, donna à ce 
nouvel établissement le nom de La Ro- 
chelle, que la sûreté de son port rendit 
dans la suite une des places les plus 
importantes de la côte. Guillaume IX , 
comte de Poitou, l'enleva aux comtes 
de Mauléon et de Rochefort. Ce prince 
entoura la ville de murailles, et la lé- 
gua, en 1137, à sa fdle Eléonore, qui 
épousa Louis VII, roi de France. Après 
la mort de Guillaume , les comtes de 
Mauléon et de Rochefort reprirent La 
Rochelle. La princesse Eléonore, ré- 
pudiée par le roi de France et devenue 
reine d'Angleterre, conserva les vastes 
états qui formaient sa dot ; elle fit 
en outre l'acquisition de La Rochelle, 
qu'elle avait possédée, et augmenter 
les privilèges des babilans. Par cette 
possession, Henri II , roi d' Anglelerre 
devint le souverain de celte partie dé 
la France, qui resta sous la domination 
anglaise jusqu'en 1-2:24 , époquo où 



22G 



GUIDE 



Louis VIII , sur le refus que fit Henri III 

de !ui rendre foi et hommage , as- 
siégea et prit La Rochelle, qu'il promit 
de n'aliéner jamais. La perte de la ba- 
taille de Crécy mit en péril La Rochelle , 
dont les habilans résistèrent avec cou- 
rage aux a taques des Anglais. En 1360, 
telle ville fut cédée à l'Angleterre avec 
trois millions d'écus d'or , pour la ran- 
çon du roi Jean , fait prisonmer à la 
balaille de PoPiers. En 1372, celte ville 
se rendit aux Français. 

« La Rochelle eût un sort tranquille 
jusqu'au temps où les nouvelles opi- 
liio.s religieuses s'y introduisirent. En- 
richie par le commerce, peuplée de ci- 
toyens libres et énergiques, les vices du 
clergé y provoquèrent promplement la 
ré orme, qui en peu de tem|s fil de 
grands progrès. En 1568, F. Ponlard 
de Treuilcharais , qui avait adopté les 
opinions de la nouvelle secte, fut élu 
maire; il parvint à faire embrasser à 
tous les habilans la cause de la réforme . 
ci livra la ville au prince de Coudé , qui 
en fit la place la plus formidable du 
parti protestai t. Après les massacres de 
la Saint-BnrlUélemy, les protestans qui 
échappèrent au poignard des assassins 
se réfugièrent dans leurs plus fortes 
places : Sancère, Monlauban, La Ro- 
chelle, etc. ; un grand nombre de fu- 
gitifs vinrent dans celle dernière ville 
mettre leur vie en sûreté, disposés à se 
défendre vigoureusement contre leurs 
cruels ennemi". Des ordres avaient été 
envo) es pour le massacre des Rochel- 
lois comme dans les autres places du 
royaume , mais ils ne purent être exé- 
cutés. Au mois de novembre 11)7-2, le 
duc de Bjrpn investit La Rochelle, et, 
peu de temps après , le duc d'Anjou 
vint en former le siège. Ce siège fut 
long et terrible. La ville soutint neuf 
grands assauts ; plus de vingt assauts 
moins considérables, et près de soixan- 
te-dix mines. Les habitans, réduits 
aux horreurs d'une cruelle famine , se 
défendirent avec une Termeté héroïque; 
enfin , après huit mois d'efforts inu- 
tiles , les assiégeai» , qui avaient perdu 
inutilement plus de vingt mille hom- 
mes , conclurent un traiié avec les Ro- 
che! lois, par lequel eein-ci demeurent 
malices absolus de la ville. 

_ Sous Louis XIII, l'infraction aux trai- 
tes , les menées secrèles du capitaine 
Joseph , l'humiliation du cardinal de 



Richelieu, le zèle outré du duc de Ro- 
han,les amours du duc de Buckingham 
et son animosité contre le cardinal , 
causèrent un nouveau siège de celte 
ville, aussi violent, pins long et plus 
décisif que le précédent. Ce siège conir 
nicnca le 1(1 août 1627. Le roi, le duc 
d'Orlé, ns, le cardinal de Richelieu, le 
maréchal de Ba»sompierre et tou? les 
généraux les plus renommés se trouvè- 
rent au camp rie La Rochelle. Après 
une résistance héroïque des habilans, 
sans que l'on parlât de se rendre, le 
fameux général Metezeau fut chargé de 
construire une digue immense pour 
fermer l'entrée du port Bienlôt les ef- 
fets de ce grand ouvrage se manifestè- 
rent, le défaut de vivres et de muni- 
tions commença à se faire sentir. En 
peu de temps lés assiégés furent réduits 
à ne se nourrir que d'herbe et de co- 
quillages : chaque jour la famine enle- 
vait un grand nombre de soldats et de 
citoyens. Enfin, le 28 octobre 1628, les 
Rochellois demandèrent à capituler , 
après avoir soutenu un siège de qua- 
torze mois et dix-huit jours. Richelieu 
entra dans 1 ville, en triomphe; les 
fortifications lurent démolies, les calvi- 
nistes se virent dépouillés de leur der- 
nière place de sûreté, les habilans dé- 
sarmés et rendue taillables, l'échevinage 
et la communauté de la ville abolis à 
perpétuité. Celte conquête coula qua- 
rante millions. La Rochelle n'était plus 
qu'une place sans défense , lorsque 
Louis XIV, qui avait reconnu l'impor- 
tance de cette ville maritime , fit eon- 
slruire , par Vauban , pour la mettre 
hors din'ulte. de nouvelles fortifica- 
tions consistant en plusieurs bastions 
et demi-lunes, avec des chemins cou- 
verts. » 

Séjour et promenade. 

Descendons à 1' 

Hôtel de France ; là nous serons très 
bien sous tous les rapports. 

Cet hôtel, qui est tenu par M. Naud, 
se trouve au cenlre de la ville et pos- 
sède en général toutes les commodités 
qu'on peut désirer. Pour les person- 
nes qui aiment le poisson de mer, c'est 
la surtout qu'elles savoureront avec 
délice les diverses mélamorphoses que 
l'art culinaire leur fait subir. 



rêriâft^ 



DU VOYAGEUR EN EUROPE. 



227 



les 



Curiosités que nous avons à voir dans 
La Rochelle, sont peu nombreuses, les 
plus remarquables sont : 1' 

H'tel-de-Ville. qui est un beau bâ- 
timent construit à l'époque de la re- 
naissance ; dans l'intérieur , nous re- 
marquons la 

Chambre à coucher rie Henri IV . La 

Porte de V Horloge, qui est ornée de 
trophées et surmonlée d'une flèche, 
dont la construction paraît appartenir 
au XVI siècle. La 

Place du château, dont trois côtés, 
garnis d'allées , servent de promenade. 
De là nous jouis-ons d'un magnifique 
coup d'oeil sur l'Océan. Enfin la 

Promenade du Mail , qui est su- 
perbe. 



Communication. 



De La Rochelle « Rochefort. 

Dislance a parcourir : 8 lieues. 

La route qui sert de communication 
entre ces cjeui villes, suit constamment 
les bords de la mer. Le premier village 
que nous trouvons, est 

Ailrè, petit, village sans importance. 
Au dessus est le hameau le 

Passage , qui est situé vis-à-vis de 
l'ancienne ville ruinée de Ghâtillon. à 
une faible dislance de là , nous trou- 
vons le petit bourg de 

IVes, après lequel nous ne tardons 
pas à traverser le 

Canal de Charras, , et à entrer dans 

Rochefurt , ville dont il a été déjà 
question . 



FIN DE LA REGION DE L'OUEST. 



TROISIÈME RÉGION. 

REGION DU CENTRE. 



De Paris à Orléans. 

Distance à parcourir: 29 lieues et demie, 
14 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris à Nantes. ) 

De Paris à Tours. 

Nous pouvons nous rendre à Tours 
par deux routes différentes , savoir : 
par Orléans etBlois, enfin par Char- 
Ires et Vendôme. 

Première roule. 

Route par Orléans. 

Distance à parcourir: 39 lieues, 29 postes 
et demie. 

( Voyez de Paris d Nantes. ) 

Deuxième roule. 

Route par Chartres et Vendôme. 

Distance à parcourir : 116 lieues , !>8 postes. 



Observation. 

Cette route se trouve décrite jusqu'à 
Versailles par celle de Paris à Brest , 
ce n'est donc que depuis Versailles que 
notre itinéraire doit commencer. 

Itinéraire de Versailles à Tours. 

Topographie de la route. 

De Versailles , nous allons à 

Coignières , polit village, sans impor- 
tance, et après lequel nous allons à 

llambouillet, petite ville asiez agréa- 
ble et dans laquelle nous remarquons 
un 

Château royal , dont la construction 
est loin de répondre à la célébrité de 
ce lieu. Dès long-temps consacrés aux 
chaises royales, la forêt et le château 
ont cependant subi des accroissemens 
successifs. Des cinq tours qui le com- 
posent, la principale, où mourut Fran- 
çois I er , est évidemment la partie la 
plus aucienne de l'édifice. Le château 



*sée*; 



228 



GUIDE 



de Rambouillet a plus d'importance par 
ses accessoires que par lui-même : sa 
forme irrégulière s'étend à !a disposi- 
tion intérieure des appartenions; il est 
d'une médiocre étendue. On y a joint 
deux grands communs , l'un bâti par le 
duc de Penthièvre, l'autre, d'une con- 
struction plus récei.te, qui peuvent lo- 
ger quarante officiers, onze cents hom- 
mes de suite; il y a des écuries pour 
six cents chevaux. Quoique le 

Jardin soit destiné par Lenôtre , il 
manque cependant de régularité, mais 
il est en parfaite harmonie avec le parc 
et la forêt. Une immense 

Pièce d'eau, en forme de trapèze, fait 
le principal ornement de ces jardins: 
on peut s'y promener en gondole et par- 
courir des canaus formés par plusieurs 
îles ornées de belles plantations. Dans le 

Parc, se trouvent plusieurs fabriques, 
une laiterie ; on y voyait jadis une belle 
statue par Julien, enfin une vasfe fai- 
sanderie, une ferme, créée par Louis 
XlV, où se forma le premier établisse- 
ment destiné à la propagation des mé- 
rinos. 

Après avoir parcouru environ trois 
lieues , nous entrons dans le 

Département d' Eùrè-et- Loir , et 
immédiatement après dans 

Epernon, petite ville située au pied 
d'une colline dans un vallon frais et 
riant, arrosé par divers ruisseaux. A 
deux lieues d'Epernon , est 

Maintenon, petite ville située dans 
une belle vallée, au confluent de l'Eure 
et de la Voise. Elle est en général bien 
bâtie , bien percée et remarquable par 
son 

Château, qui fut bâti sous Philippe- 
Auguste et rebâii par Jean Gollereati, 
trésorier des finances sous Loui* XI et 
Charles VII. Devenu la propriété de 
la veuve de Scarron; ce château fut 
embelli par les soins de son royal 
amant. La 

Chapelle, dans laquelle Louis XIV 
épousa madame de Maintenon. renferme 
des vitraux dont les couleurs ont tout 
l'éclat des peinture' du XV e siècle; ils 
représentent les principaux traits de 
l'id'toirc de la Passion. Les murs du 
Château sont baignés par la Voise et 
l'Eure, qui parcourent en tous sens de 
nombreux canaux, entretenant dans 
le jardin et dan* le parc, une fraîcheur 
des plus agréables. Ce parc est bien 



entretenu : on y compte cinquante 
ponts jetés sur les eaux des deux ri- 
vières. 

Non loin du château , nous remar- 
quons les imposantes 

Jiuines de l'aquéduc de Maintenon. 

Ce grand et magnifique ouvrage , 
presque oublié aujourd'hui, et si dig e 
d'être connu, fut commencé en 1(584, 
par ordre de Louis XIV, pour conduire 
les eaux de la rivière de l'Eure à Ver- 
sailles et pour fournir à cette ville et 
aux jardins , une quantité d'eau suffi- 
sante pour le service continuel des dif- 
férens ouvrages hydrauliques qui embel- 
lirent les jardins. Deux hommes de 
génie , justement célèbres , Lahie et 
Vauban , commencèrent ce projet , le 
plus grand peut-être en ce genre oui 
ait jamais été proposé. Ils étaient chan- 
gés d'en diriger l'exécution. Les di- 
verses constructions de cet aqueduc, 
qui devait s'étendre depuis le pont 
Gouin jusqu'à Versailles , se composait 
de cinq divisions principales : celle qui 
occupe le fond de la vallée de Mainte- 
non , dans une longueur de plus de 
cinq cent et une toises, est la plus re- 
marquable. Elle devait se composer 
d'une triple rangée d'arcades construi- 
tes les uues au dessus des autres. La 
première rangée, la seule qui ait été 
construite , est composée de 47 arcades 
rie -40 pieds d'ouverture et de 78 pieds 
d'élévation. Sous les voûtes, les piles 
armées de contre-forts qui séparent ces 
arcades, ont vingt-quatre pieds d'épais- 
seur, et son élévalion a un frait d'un 
pouce par toise d'élévation dans les deux 
façades de l'aquéduc , et les contre-forts 
ont trois pouces de frait par loise de 
hauteur en tête et sont élevés à plomb 
en leur face, ainsi que les piles. La 
hauteur lolale du premier étage est de 
91 pieds 6 pouces. 

Les tr-vaux de cet aqueduc furent 
abandonna à cause de la guerre qui 
survint alors et ils n'ont jamais été 
repris. 

Départ de Maintenon. 

Après avoir passé l'aquéduc, la route 
se rapproche progre^iiement de l'Eu- 
re, bientôt nous passons cette rivière, 
et peu d'instans après, nous entrons 
dans 

Chartres, où nous allons faire une 
station idéale. 



1E 



rê«&»f^ 



DU VOYAGEUR UN EUROPE. 



22(t 



Station idéale à Chartres. 

Aperçu général de Chartres. — Celle 
viile qui esl située sur la croupe d'une 
montagne, au pied de laquelle coule la 
rivière d'Eure qui baigne une partie de 
ses rempart , est en général mal bâtie 
et mal percée. Elle possède un siège de 
préfecture et des tribunaux de première 
instance et de commerce, un collège , 
un théâtre, des bains, une école de 
dessin . une société d'agriculture , une 
caserne de cavalerie ; enfui, deu y églises. 
Historique. — L'origine de Chartres 
se perd dans la nuit des siècles. Avant 
ia conquête des Gaulois, celle ville était 
le siège principal de la religion des 
Druides et la capitale des Larnutes , 
peuples puissaus de la GauleCellique. Les 
Romains exécutèrent pour son utiiilé et 
sa défense des travaux importons, dont 
on trouve à peine quelques vestiges. 
Sous leur domination , succéda au culle 
(les druides le culle des dieux du Ca- 
pitale, qui cédèrent la place au chris- 
tianisme vers la fin du quatrième siècle. 
De la puissance romaine, Chartres passa 
sous la puissance immédiate des rois 
Francs. Vers l'an 600 , Thierry II , roi 
d'Orléans et de Bourgogne, assiégea 
cette ville , qui était 1res fortifiée . et ne 
parvint à s'en rendre maître qu'après 
avoir rompu l'aquéduc etdélourné l'eau 
qui servait aux besoins des habitans. Les 
Normands la prirent, la brûlèrent et la 
détruisirent en 858 et en 872. Un de 
leurs chefs, le fameux Roi Ion , l'assiégea 
sans succès en 911. Dans les sanglans 
combats des Armagnacs cl des Bourgui- 
gnons , Chartres fut pris par ces derniers 
et pa=sa sous !a domination anglaise, 
dont celte ville ne parvint à s'affranchir 
qu'en 1432, où Punois la surprit et 
s'en rendit maître. Attaquée sans succès 
par les protestans en 1867, elle fut 
prise en 1S91 par Henri IV, qui s'y fit 
toi trois ans après. 

Promenade. 

Dans notre promenade nous n'avons 
qu'une seule 

Curiosité à voir ; c'est la 

Cathédrale , qui est l'un des temples 
les plus vastes et les plus imposans que 
l'architecture ait produits dans le moyen 
âge . traçons-en 1' 

Historique. — C'est sur remplace- 



ment d'une ancienne église que cette 
basilique fut é evée. Elle fut incendiée 
vers l'an 858 par les Normands et ré- 
parée peu de temps après par Gislcbert. 
En 962, pendant la guerre entre Thé- 
hauHe— Tricheur, comte de Chartres, 
et Richard de Normandie , elle ml de 
nouveau incendiée. Plus lard, c'est-à- 
dire en 1020 , elle fut encore incendiée. 
Ce dernier incendie arriva sous l'é- 
piscopat de Fulbert, s Le premier soin 
de ce prélat fut d'écrire au roi de France, 
aux autres souverains de l'Europe, aux 
princes et aux seigneurs du royaume . 
pour les engager à coopérer par leurs 
bienfaits à la reconstruction de son 
église. Il commença par donner l'exem- 
ple , en employant trois années de ses 
revenus et de ceux de la masse capilu- 
laire. La grande réputation dont Ful- 
bert jouissait à la cour de France et 
même dans l'Europe chrétienne , ainsi 
que la dévotion particulière que tous 
les peuples avaient pour l'église de 
Chartres permirent à ce prélat et à ses 
successeurs d'exécuter sur un plan aussi 
vaste un édifice qui , par son ordonnance 
et la difficulté du travail des pierres que 
l'on y a employées, a dû coûter des 
sommes immenses. » 

La construction de la cathédrale de 
Chartres s'est prolongée pendant près 
de cent trente ans; elle fut dédiée à la 
Vierge, le 17 octobre 1260, par Pierre 
de itlaincy, soixante-seizième évêque 
de Chartres. 

Après cet exposé rapide de l'histoire 
de la cathédrale de Chartres, passons à 
sa 

Description. — Commençons à parler 
del' 
Extérieur, et d'abord de sa 
Façade principale. — Cette façade, 
dont la longeur totale est de 150 pieds, 
présente deux grosses tours carrées, 
surmontées de deux hautes pyramides 
octogones, séparées par un intervalle 
de 50 pieds. Cette façade est divisée par 
trois grandes 

Portes, précédées d'un perron élevé 
de six marches et pratiquées sous des 
voussures ogives chargées de figures et 
d'ornemens. Ces figures représentent 
divers sujets tirés de l'Apocalypse et de 
la vie de la Vierge. Sur la porte du 
milieu , dite 

Porte Royale , nous voyons dans la 
partie supérieure de l'enfoncement Je- 



20* 



2Ï0 



GUIDE 



sus-Christ dans un ovale lumineux assis 
sur son trône,tenant de la main gauche le 
livre des Sept-Psaumes, ayant la droite 
élevée comme pour donner sa bénédic- 
tion. Au dessous sont placées sur une 
même ligne les figures des prophètes au 
nombre de quatorze. Dans les arcs ogi- 
ves qui forment la voussure du portail , 
se voient les vingt-quatre vieillards de 
l'Apocalypse, tenant divers instrumens 
de musique , des coupes d'or remplies 
de parfums et chantant aux noces de 
l'a; neau un cantique nouveau, avec la 
harpe , le sistre et le pSaltèrion. Le 
fond du cadre ogive au dessus de la 
porte est décoré de plusieurs anges te- 
nant dans leurs mains des astrolabes ou 
espèces de cadrans servant à indiquer 
le cours des astres. Les 

Façades latérales de ce portail sont 
ornées de grandes statues. Le 

Deuxième Portail, à droite, présente 
différais traits de la vie de ia Vierge. Le 

Troisième Portail, à gauche, repré- 
sente, dans la partie supérieure au des- 
sus de la porte d'entrée, Jésus-Christ, 
la main droite élevée, accompagné de 
deux anges. Les deux faces latérales de 
ce porta 1 sont décorées de six grandes 
statues; trois de chaque côté représen- 
tant les principaux bienfaiteurs de cette 
église. Les personnages représentées sur 
les portiques, son! des rois et des reines, 
ducs et comtes, qui contribuèrent à la 
réédificalion de cette basilique. Les cha- 
piteaux eteouronnemensqui surmontent 
les colonnes et les statues de ces porti- 
ques, ainsi que le pourtour des cham- 
branles, sont décorés d'une suite de 
petits bas-reliefs, représentant pour la 
plupart les mystères du nouveau Testa- 
ment. Au dessous de ces portiques sont 
trois 

Grandes Fenêtres vitrées en verre 
peint. Plus haut, nous remarquons une 

Grande liose remarquable par la dé- 
licatesse de ses compartimens en pierre. 
Cette rose est surmontée d'une 

Galerie qui sert à communiquer d'un 
clocher à l'autre. Au dessus de cette 
galerie sont placées, dans des niches, 
les 

Grandet Statues de rois et de reines, 
tenant des sceptres, et qui sans doute 
sont celles des bienfaiteurs de l'église. 
Dans le 

Grand Pignon, qui surmonte la fa- 
çade de l'ét'lisé, nous voyons une re- 



présentation en bas-reliefs de l'apo- 
théose de la Vierge. Ce pignon est 
surmonté de la 

Statue de saint aventurier , premier 
cvèque de Chartres. Sur deux lignes 
parallèles, s'élèvent les deux 

Clochers ! l'un , dit le 

Clocher Vieux , qui étonne par sa 
masse énorme, sa forme pyramidale, et 
ses belles positions. L'autre, dit le 

Clocher Neuf , commande l'admira- 
teur , tant par la hardiesse de sa struc- 
lion que par la richesse et la délica- 
tesse de ses ornemens. Il est divisé en 
plusieurs étages voûtés en pierre ; le 
premier, situé à la hauteur du comble 
de l'église, est appelé la 

Chambre de la Sonnerie Sur le mur 
de celle pièce est gravée une 

Inscription en caractères gothiques, 
qui rappelle le funeste incendie qui 
arriva en 1306, et qui réduisit en cen- 
dres une partie du clocher. C'est censé 
le clocher qui parle : 

Je fus jadis de plomb et bois construit. 

Grand, haut et beau, de somptueux ouvrage 

Jusqu'à ce que le tonnerre cl 1 orage 

M'aient consume, dégradé et détruit. 

A la sainte Anne , vers six beuresde nuit , 
En l'an compté mille cinq cent sic: 
Je Tus bi ûlé , démoli et recuit 
Et avec moi de grosses eloebes six. 
Après messieurs en plein chapitre assis , 
Ont ordonné de pierre me refaire , 
A grande voûte et piliers bien massifs 
Par Jean de Bauce , ouvrier qui put faire 
L au dessus dit après pour me refaire 
Firent asseoir le vingt-quatrième jour 
Du mois de mars pour la première affaire 
Première pierre el autres sans séjour ; 

Et en avril, huitième jour exprès , 

Eené Delliers, évoque de renom , 

Perdit la vie , au lieu duquel après 

Erard siégea par postulation. 

En ce temps là qu'avait nécessité , 

Avait des gens qui pour moi lois veillaient ; 

De hou leur fut ou l'hiver ou l'été , 

Leur pardonne le ciel , car pour lui travaillaient, 
i5o8. 

Dans l'étage au dessus de la chambre 
de la sonnerie, nous voyons la 

Charpente à laquelle étaient attachés 
cinq cloches et trois bourdons. On peut 
circuler autour de ce clocher par une 

Galerie , dont la balustrade à jour 
forme une niche continue horizon- 
tale. De cette galerie, on monte par 
un escalier pratiqué dans une tourelle 
à jour hors-d'œuvre, et l'on arrive dans 
une chambre octogone et voûtée en 
pierre, dans laquelle sont deux lits et 
une cheminée. Celte chambre sert à lo- 
ger les deux hommes qui sont gagés par 



DU VOYAGEUR 

la ville pour veiller nuit et jour aux in- 
cendies. De celle chambre, on mon'e 
au dernier étage du clocher. C'est une 

Lanterne, de forme octogone, percée 
de deux fenêtres sur chaque pan. dans 
laquelle est suspendue la cloche de l'hor- 
loge, vulgairement appeée la 

Cloche du Gui. Au dessus de celle 
lanterne, s'élève une 

Pyramide eh pierre, de form" octo- 
gone, dont les arrêts sont enrichis d'or- 
nemens en saillie; elle est surmontée 
d'une 

Croix de Fer de huit pieds de hau- 
teur, et de cinq pied9 de large. 

Examinons Maintenant la 

Face méridionale. Cette face présente 
un caractère, à la fois sévère et impo- 
sant. Son 

Portail est précédé d'un \a<te por- 
che à trois portiques formant péris!; le, 
et auquel on monte par un perron com- 
posé de 17 marches. Ce magnifique 
porche est soutenu par un massif ou 
pied-droit, décoré d'une suite de bas- 
relief", cl acco -npagné d'une grande 
quantité de colonnes dont presque tous 
les fuis sont d'une seule pierre. Quant 
à la 

Face septentrionale , elle offre un 
aspect atiSM imposant que celui du 
midi. Le 

Portail , de ce côlé , est précédé 
d'un vaste porche formant péristyle, et 
auquel on monte par un perron de 
sept marches. Ce porche, dont les avanl- 
corps sont décorés de statues, est d'une 
composition plus sévère que celui du 
midi. 

Après cet examen rapide de l'exté- 
rieur, passons à celui de I' 

Intérieur. L'intérieur de cette église 
est digue d'admiraîion ; la première 
chose qui frappe en y entrant , c'est 
l'Harmonie des proportions; elle semble 
ajouter quel pie cluse d'auguste à la 
majesté du lieu, où tous les jours sont 
d'ailleurs tellement ménagés , que tout 
y prend une teinte sévère , pcul-èlre 
même un peu sombre, mais qui con- 
vient à la destination de l'édifice. 

Description. — Dimension. — Tout 
l'édifice a de 

Longueur, dans œuvre, 396 pieds sur 
101 [lieds de 

Largeur, d'un mur à l'autre , et 106 
pieds de 
Hauteur sous la clef de la voûte. La 



EN „UROPE. 231 

largeur de la nef, depuis la porte prin- 
cipale jusqu'au milieu du premier p lier 
duch'i'ur, est de 214 pieds d'un pilier 
à l'autre. Le9 Pas-côtés ont chacun 20 
pieds de largeur, sur 48 de hauteur. La 
croisée a de longueur, d'une part à l'au- 
tre, I9ô pieds, sur 38 de large ; elle est 
accompagnée de bas-côtés. Les 

/ itrdhi; dont cette église estornée, 
sont superbes ; ceux de la croisée du 
choeur, des bas-côtés et des chapelles, 
représentent plusieurs saints personna- 
ges, un grand nombre de sujets de l'an- 
cien et du nouveau Testament, et des 
tableaux sur lesquels sont figurées les 
corporations d'arts et métiers qui ont 
contribué, soit par leurs cotisations ou 
par des travaux manuels, à la conslruc- 
lion rie ce superbe édifice. La 

Grande Rose du Portail méridional 
est divisée en plusieurs compartirnens 
très délicatement découpés, et don! lés 
interstices sont garnis de vitraux peints. 
La 

Grande Rose du Portail septentrio- 
nal est divisée également en plusieurs 
coin; arli. nens, dont les intervalle-' sont 
garnis de vitres peintes. Pans la rosette 
du centre, se voit la sainte Vierge de- 
bout, tenant son fils. Les panneaux en- 
<;■!:;! -es entre les COmpartimens, pré- 
sentenl douze rois de l'ancien Testament 
et douze bannières de France, et les 
douze petits prophètes. Le 

Grand . Intel, qui est placé au milieu 
du sanctuaire, est en marbie bleu tur- 
quin , enrichi d'ernemens en bronze 
doré en or moulu : sa forme es; celle 
d'un tombeau antique. Au rond-point 
du chœur, et derrière le maître-autel, 
est placé un 

Groupe de marbre liane de 18 ou 19 
pieds de hauteur. L'assomplion de la 
Vierge eu est le sujet; trois an^rs la 
soutiennent , et diligent leur vol vers 
le ciel. Les 

Chapelles, dont celle superbe basi- 
lique est ornée, sont fort belles, ainsi 
que '.es 

Orgues, dont la façade indique le 
passage du gt; le gothique à celui de la 
renais-ance des arls. 

Au dessous de celte église en est une 
autre, dite 

FgUse Souterraine ! dans Iaque!le on 
descend par cinq escaliers difiérens. 
Elle se compose de deiu longues nefs 
pratiquées sous chacun des bas-côtés 



&m 



232 



GUIDE 



de l'église haute. Les voûtes sont en 
arête , dans la partie qui correspond au 
pourtour du cliœur de l'église haute; 
on a élevé treize 

Chapelles, entre autres celle delà 
Vierge, ou les fidèles vinrent de tous 
temps en pèlerinage f„ire dos dévo- 
tions, et poser de* ex-voto et des offran- 
des; près de l'autel est un ancien puits, 
nomme dans le pays, le 

Puits des Saints-Forts, parce que, dit 
Rouillant, du temps de l'empereur, 
grand persécuteur des chrétiens, le 
gouverneur de Chartres, après avoir fait 
passer plusieurs chrétiens au fil de Cépée, 
Ut jeter leur corps dans ce puits 

Souvenir historique. — Cette église 
se glorifie d'avoir reçu le pèlerinage de 
plusieurs rois de France. Après la ba- 
taille de Mons-en-Puel'e, gagnée par 
es Flamands, le 18 août 1304, Philippe- 
ie-j) -I, en reconnaissance de cette vic- 
toire , fit hommage à la Vierge de l'ar- 
mure qu'iJ portait le jour de la bataille 
f.niIippe-de-Valois vint à Chartres pour 
y rendre grâce à la mère du Sauveur 
de la victoire éclatante qu'il avait rem- 
portée à Cassel, le 3 août 1328. Emince 
fut dans celte basilique que le vain- 
queur de la Ligue courba son front 
Victorieux pour recevoir l'onction des 
mains de Nicolas de Thou ; que ce 
prince, le meilleur des rois, jura dans 
son coeur la f licite des Français, qui 
chérirent toujours sa mémoire comme 
Us conservèrent éternellement le sou- 
venir de ses vertus. 



Dépari de Chartres. 

I>e Chartres, nous allons à 

Thwas, petit village situé sur l'Eure, 
et qui n'offre rien de remarquable. De 
cet endroit, nous allons à 
_ Li Boiirdinière , autre village sans 
importance, et après lequel vient 

Jionneval, qui n'a qu'une rue, et n'a 
ne remarquable que 1' 

ancien collège de Bénédictins, aujour- 
d nui séminaire de Chartres, et qui a été 
tonde , suivant quelques auteurs , par 
«-Harles-Ie-Chanvc, en S'il, et suivant 
d autres, par Foulques de Bonneval: 
après avoir traversé deux fois la 

*•"''«•• If Loi,-, nous entrons dans 

Uh.atea.udun, ville située sur le Loir 
et dans laquelle nous remarquons le 

Château des comtes de Dimois, qui 



est remarquable par la hardiesse de sa 
construction. Les deux escaliers sont 
d'une grande légèreté. La 

Grosse Tour.'.' qui l'accompagne, fut 
construite par Thiault-le-V'ieux ou le 
Tricheur; le reste du bâtiment est du 
XV e siècle. De ce château, on jouit 
d'une 

_ Vue magnifique \\ sur le beau bassin 
où coule le Loir , et sur le moulin bàli 
au pied du roc, sur lequel la ville est 
construite. De 
Châteaudun, nous allons à 
Claye, petite ville bâtie dans une 
situation agréable sur le Loir, mais 
qui n'offre rien de remarquable. Passé 
Claye, nous entrons dans le 

Département de Loir-et-Cher. Après 
avoir passé les villages de 

P'zou et de Vile, nous entrons dans 
Vendôme, petite ville située sur la rive 
droite du Cher, et dans laquelle existe 
un collège qui jouit de quelque célé- 
brité. 

Hôtel recommandé. — Hôtel du Lion 
d'Or, tenu par M. Langlois , situé sur 
la place d'Armes et prés de la salle de 
spectacle. 

Cet hôtel, dans lequel est établi le 
bureau des messageries royales INotre- 
Dames-des-Victoires, ne 1 isse rien à 
désirer, soit par son ameublement, soit 
par sa bonne cuisine, soit enfin par les 
divers soins de son propriétaire. 
De Vendôme, après avoir passé 
Saint- imand, nous entrons dans le 
Département d'Indre-et-Loire , et 
bientôt après, dans 

Chàteau-Regnault, petite ville divi- 
sée en haute et ville basse, et dans la- 
quelle nous remarquons un château et 
quelques restes d'antiquités. De Chà- 
teau-Regnault, nous allons à 

Tours , qui est le terme de notre 
route. Pour la description de cette ville, 
voyez de Paris à Nantes. 

De Paris à Chartres par Rambouillet. 

Distance à parcourir : 21 lieues et demie , 
10 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris à Tours.) 

De Paris à Versailles. 

Dislance b parcourir : i lieues et demie , 
2 postos un quart. 

( Voyez de Paris à Brest.) 



12 



DU VOYAGEUR 

De Paris à Rambouillet. 

Distance à parcourir : 12 lieues, 6 postes. 
( Voyez de Paris à Tours.) 

De Paris à Poitiers. 

Routes. 

Nous pouvons nous rendre à Poitiers 
par deux routes différentes, savoir : par 
Orléans el Tours, et enfin par Chartres 
et Tours. 

Première route. 

Route par Orléans et Tours. 

Distance à parcourir : 88 lieues, 44 postes. 

( Voyez de Paris à Bordeaux , par Tours, 
Poitiers et A ngoultme. ) 

Deuxième route. 

Route par Chartres et Tours. 

Distance à parcourir : 87 lieues, 45 postes 
et demie. 

( Voyez de Paris à Tours par Chartres et 
Vendôme , et de Tours à Poitiers , de 
Paris d Bordeaux.') 

De Paris a Angouléme. 

Roules. 

ÎVous pouvons nous rendre à Angou- 
lème par deux routes différentes, savoir: 
par Orléans et par Chartres. 

Première route. 

Route par Orléans et Chartres. 

Dislance à parcourir: 1 1f! lieues et demie , 
SO postes un quart. 

( Voyez de Paris à Bordeaux. ) 

Deuxième route. 

Route par Chartres et Tours. 

Distance à parcourir: 117 lieues et demie, 
38 postes trois quarts. 

( Voyez de Paris à Tours par Chartres et 
Vendôme , et de Tours d Angouléme de 
Paris à Bordeaux.) 



EN EUROPE. 255 

De Paris à Limoges. 
Dislance à parcourir: 98 lieues, 49 postes. 

( Voyez de Paris à Toulouse, et ta deuxième 
roule de Paris d Bordeaux. ) 

De Paris à Chàteauroux. 

Distance à parcourir : 61> lieues et demie , 
52 postes un quart. 

( Voyez la roule précédente.) 

De Paris à Clermout. 

Observation. 

Cette roule se trouvant décrite jus- 
qu'à Moulins , par la deuxième route 
de Paris à Lyon , nous y reu\ oyons le 
lecteur ; ce n'est donc que depuis 
Moulins que notre itinéraire doit com- 
mencer. 

Itinéraire de Moulins à Clermonl. 

Distance 1 DeParisaMoulins,721ieues. 
à < De Moulins à Uermont, 241. 

parcourir: l el demie. 

Topographie de la route. 
Départ. 

En sortant de Moulins , nous pa?soti9 
la 

Rivière de P Allier sur un superbe 
pont, après lequel nous suivons, à gau- 
che , une 

Longue avenue de peupliers , qui 
borde le cours de l'Allier, et se termine 
au 

Château de Bressoles. Le pays est 
agréablement boisé et légèrement mon- 
tueux jusqu'à 

Châiel-NeuJ, village bàli sur une 
colline sablonneuse qui se termine par 
une côte qui descend dans les riches 
campagnes de 

Saini-Poursain. Au dessous de cette 
ville , nous traversons la 

Rivières de. la Sioule , après laquelle 
nous entrons dans une 

p' allée monotone , à l'issue de laquelle 
nous trouvons 

Mayet - d'Ecole , beau village après 
lequel nous allons à 

Ganat, petite ville assez mal bâtie, 
mais entourée de charmantes prome- 



JÊf* 



ses»-: 



35* 



GUIDE 



; • 



nades. Au sortir de cette ville et après 
avoir traversé une belle 

Plaine , nous entrons dans le 

Département du Pu y - de - Dôme. 
Bientôt après nous arrivons à 

Aigùeperse, petite ville située sur le 
le ruisseau de Luzon, et dans laquelle 
nous remarquons 1' 

Eglise Notre-Dame , dans laquelle 
se voit un beau 

Tableau, représentant le martvre de 
saint Sébastien. Passé Aigùeperse, le 
pays que nous parcourons est agréa- 
blement diversifié jusqu'à la 

Vallée du Sirdon. Après avoir passé 
la rhière de ce nom , nous avons une 

Côte à gravir, au bout de laquelle 
nous trouvons 

Riom, petite ville bien percée, bâtie 
sur un monticule au pied duquel coule 
la petite rivière d'Ambone. Toutes ses 
constructions sont en lave de Volvic, 
ce qui leur donne un aspect sombre 
et bizarre qu'augmente leur style déjà 
ancien. Au nombre des 

Curiosités de liiom , nous remarquons 
lés 

Fontaines, qui sont fort remarqua- 
bles, r 

Hôtel de la Sous-Pré lecture ; enfin, 
les 

Promenades , dans l'une desquelles 
nous remarquons une 

Colonne élevée à Desaix. 

Passé Riom , nous parcourons une 
contrée charmante, à l'issue de laquelle 
se trouve 

C lermont-Ferrànd , qui est le terme 
de notre roule. 

Aperçu général de Clermont -Fer- 
rand. — Cette ville, qui est située en- 
tre les deux ruisseaux de Tiretuine et 
SÂHicr, est bâtie sur un monticule 
élevé d'environ cinquante mètres au 
dessus de sa bise , à l'entrée d'un vallon 
semi-circulaire de près de six lieues de 
tour , que couronnent de riciies coteaux 
à l'ouest. Ses rues sont , pour la plu- 
part, étroites, sombres et mal percées; 
ses maisons sont hautes et resserrées, 
surtout dans la partie la plus élevée dé 
la ville ; mais elles sont solidement bâ- 
ties eu laves de Volvic , dont l'a-pect est 
sombre et triste. Les différens quartiers 
n'ont nulle symétrie; les places sont 
vastes, mais irrégulières ou mal en- 
tourées. Toutefois, les nouvelles con- 
structions offrent un aspect agréable , 



leurs façades sont blanchies , propres 
et fort jolies. 

Clermont possède quatre places pu- 
bliques, deux églises, un Hôtel-Dieu, 
un jardin botanique, deux salles de 
spectacle, une bibliothèque publique, 
riche d'environ quinze mille volumes, 
un muséum d'histoire naturelle , uu 
hôpital général, un musée d'antiqui- 
tés , une académie universitaire , de 
belU's promenades , utie école secon- 
daire de médecine ; enfin , une école 
départementale d'accouchement. 

Histoiique.— L'origine de cette ville se 
perd dans la nuit des siècles. Sous l'em- 
pire romain , elle devint célèbre et eut 
un sénat qui subsistait encore au VII e 
siècle ; elle fut du nombre de celles 
qui jouirent du droit latin, droit qui 
lui donnait l'avantage de se gouverner 
par ses propres magistrats , et en vertu 
duquel les habitans pouvaient préten- 
dre au litre de citoyens romains, ainsi 
qu'aux premières charges de l'empire. 
Sous ce peuple, cette capitale était 
divisée en deux parties : la ville et la 
cité. La ville était placée au bas du 
monticule, et s'étendait de l'est au 
midi ; la cité , construite sur le som- 
met de l'éininence , dans l'endroit où 
se trouve la cathédrale, était entourée 
de murs et fortifiée de belles tours : ce 
fut pour le besoin de cette partie éle- 
vée de la ville , qu'il fit construire un 
aqueduc de plus d'une lieue de long, 
qui partait des montagnes situées à 
l'occident de Clermont, nom qui de- 
vint celui de toute la ville vers le IX e 
siècle. En 408, Crocus, à la tête d'une 
troupe de Vandales , assiégea et prit 
Clermont , el renversa de fond en comble 
tous les édifices antiques qui déco- 
raient cette ville. En 412, Clermont 
fut encore saccagé par les capitaines 
d'Honorius, qui y prirent le lieutenant 
du tyran Constantin. Plus tard , c'est- 
à-dire en 474, Euric , roi des Visi- 
goths, l'assiégea sans succès. En 507, 
Thierry, Jîls naturel de Clovis , prit 
Clermont, et soumit pour la première 
fois toute l'Auvergne à la domination 
des rois de France. En 7(>1 , Pépin 
s'empara du château Clarus - Mous , 
bâti sur le sommet du monticule où 
s'élevait jadis la cité romaine, y mit le 
feu, et fit égorger les habitans sans dis- 
tinction d'âge ni de sexe ; maître de 
cette forteress